


{"id":679,"date":"2012-07-17T17:31:00","date_gmt":"2012-07-17T15:31:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=679"},"modified":"2012-07-17T17:31:00","modified_gmt":"2012-07-17T15:31:00","slug":"braunschweig-en-quete","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/braunschweig-en-quete\/","title":{"rendered":"Braunschweig en qu\u00eate"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211;<br \/>\n<em> <strong>Ramass\u00e9e \u00e0 gauche sur la page de couverture du programme d\u00e9livr\u00e9 au public, la mention \u00ab d\u2019apr\u00e8s \u00bb \u2013 dans une police de caract\u00e8re tr\u00e8s fine qui contraste avec l\u2019\u00e9paisseur des graisses d\u2019encre rouge pour d\u00e9signer le nom du metteur St\u00e9phane Braunschweig \u2013 est lisible sans \u00eatre vraiment remarquable. C\u2019est pourtant \u00e0 cet endroit du \u00ab D\u2019apr\u00e8s \u00bb qu\u2019est l\u2019enjeu de la mise en sc\u00e8ne de Six Personnages en qu\u00eate d\u2019auteur de Luigi Pirandello, propos\u00e9 aux Carmes. Ou une question qui se pose \u00ab Et qu\u2019est-ce que c\u2019est, un plateau de th\u00e9\u00e2tre ? \u00bb dit la belle-fille.<\/strong> <\/em><br \/>\n<em>D\u2019apr\u00e8s<\/em><br \/>\n\u00ab D\u2019apr\u00e8s \u00bb marquant non seulement la main mise du metteur en sc\u00e8ne sur le texte, mais \u00e9galement la marge de libert\u00e9 qu\u2019il occupera vis-\u00e0-vis du texte, alors que le vingti\u00e8me si\u00e8cle (Sartre le d\u00e9plorait) aura vu l\u2019h\u00e9g\u00e9monie du metteur en sc\u00e8ne. Proposer un \u00ab d\u2019apr\u00e8s \u00bb revient donc \u00e0 faire valoir un droit (que personne ne contestera) ou \u00e0 prendre une pr\u00e9caution, observer une prudence. Dans l\u2019esprit du \u00ab d\u2019apr\u00e8s \u00bb, il s\u2019agit alors d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois proche de l\u2019objet intitial (ici la pi\u00e8ce de Pirandello), et de pouvoir observer une libert\u00e9 qui nous en \u00e9loigne. Ainsi, \u00ab d\u2019apr\u00e8s \u00bb inscrit celui qui y recourt dans un geste o\u00f9, entre proximit\u00e9 et \u00e9loignement, le metteur en sc\u00e8ne doit trouver la juste mesure. C\u2019est, si vous pr\u00e9f\u00e9rez, la parabole du porc-\u00e9pic de Holderlin.<br \/>\nDit autrement, si le texte de Pirandello peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un ensemble qui prendra le nom de \u00ab r\u00e9f\u00e9rence \u00bb, le geste de Braunschweig peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un signe d\u00e9riv\u00e9 \u00e0 la condition qu\u2019il ne soit pas \u00e9tranger \u00e0 la r\u00e9f\u00e9rence. Faire du th\u00e9\u00e2tre ou pratiquer la mise en sc\u00e8ne \u00ab d\u2019apr\u00e8s \u00bb, c\u2019est donc toujours se mettre dans la position de celui qui est fid\u00e8le sans \u00eatre celui qui est ali\u00e9n\u00e9. Des r\u00e9f\u00e9rences qui semblent ind\u00e9passables : l\u2019auteur, le texte, peut-\u00eatre m\u00eame certains des enjeux s\u00e9mantiques du texte\u2026 seront \u00e9pargn\u00e9s par la libert\u00e9, qu\u2019en droit, le metteur en sc\u00e8ne peut exercer.<br \/>\nQuand l\u2019ad\u00e9quation existe entre l\u2019auteur et le metteur en sc\u00e8ne, quand le rien de libert\u00e9 du metteur en sc\u00e8ne \u00ab r\u00e9hausse \u00bb le geste de l\u2019auteur (Pirandello), alors on parlera d\u2019une appr\u00e9hension juste du second.<br \/>\n\u00ab D\u2019apr\u00e8s \u00bb induit ou impose donc un savant m\u00e9lange ou un \u00e9quilibre entre fid\u00e9lit\u00e9 et libert\u00e9 ; un statu quo entre auteur et metteur en sc\u00e8ne, entre texte et mise en sc\u00e8ne.<br \/>\nFaire du th\u00e9\u00e2tre sur le mode du \u00ab d\u2019apr\u00e8s \u00bb est donc n\u00e9cessairement p\u00e9rilleux puisqu\u2019il suppose que l\u2019un et l\u2019autre des auteurs (entendons-le au sens large de celui qui endosse la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre) conservent cette identit\u00e9 d\u2019auteur, au terme du travail. L\u2019auteur qu\u2019est l\u2019\u00e9crivain et l\u2019auteur qu\u2019est le metteur en sc\u00e8ne se retrouvent donc normalement dans un rapport d\u2019\u00e9galit\u00e9 (parabole du porc-\u00e9pic) o\u00f9 l\u2019un livre son \u0153uvre \u00e0 un tiers qui la re\u00e7oit. Le tiers, penseur de celle-ci, la restitue \u00e0 sa mani\u00e8re sans en trahir le fond. Car, rappelons-le, le fond est commun \u00e0 l\u2019\u00e9crivain comme au metteur en sc\u00e8ne \u00e0 qui l\u2019on d\u00e9l\u00e9gue le droit de trouver une forme.<br \/>\nC\u2019est l\u00e0 un point important, car en d\u00e9finitive \u00ab d\u2019apr\u00e8s \u00bb induit un espace dialectique entre le fond et la forme. Sur le fond, on peut tr\u00e8s bien, et d\u00e9lib\u00e9rement, se contenter des notes explicatives de l\u2019auteur-\u00e9crivain, se saisir de divers \u00e9l\u00e9ments biographiques, archives, notes etc. On peut aussi, c\u2019est l\u00e0 une entreprise complexe, entreprendre de saisir le fond. C\u2019est la t\u00e2che du lecteur. On parlera d\u2019interpr\u00e9tation ou de r\u00e9gime herm\u00e9neutique (ce qui d\u00e9signe la mise en place d\u2019un syst\u00e8me de signification \u00e0 m\u00eame de produire du sens). Le texte de l\u2019auteur-\u00e9crivain est alors l\u2019objet d\u2019une lecture (une analyse, une interpr\u00e9tation, un commentaire) qui, \u00e0 son terme, met en avant les enjeux de l\u2019\u0153uvre de l\u2019auteur-\u00e9crivain.<br \/>\nQuant \u00e0 la forme, elle s\u2019insrit dans la mani\u00e8re de trouver une \u00e9paisseur mat\u00e9rielle \u00e0 la parole de l\u2019auteur-\u00e9crivain. C\u2019est un syst\u00e8me de signes dont la corpor\u00e9it\u00e9 permet d\u2019\u00e9lever \u00e0 la visibilit\u00e9 le syst\u00e8me de signe arbitraire qu\u2019est le texte. La forme peut d\u00e8s lors \u00eatre plurielle et le \u00ab d\u2019apr\u00e8s \u00bb est un encouragement \u00e0 trouver ces formes qui sont comme le d\u00e9veloppement du fond, sa reprise, son \u00e9closion. Sc\u00e9nographie, jeu de l\u2019acteur, travail chromatique, etc\u2026 sont quelques-uns des espaces formels o\u00f9 le travail sur les formes s\u2019applique.<br \/>\n\u00ab D\u2019apr\u00e8s \u00bb, me semble-t-il, est l\u00e0 dans son entier, \u00e0 compter du moment o\u00f9 ce travail de modelage du fond a \u00e9t\u00e9 entrepris.<br \/>\nD\u2019apr\u00e8s moi<br \/>\nUtilisant \u00e0 notre profit le \u00ab d\u2019apr\u00e8s \u00bb qui, nous l\u2019\u00e9crivions, induit une marge de libert\u00e9, il s\u2019agira ici de glisser deux ou trois mots sur le texte de Pirandello. Il y a bien longtemps d\u00e9j\u00e0, la lecture de cette \u0153uvre m\u2019avait paru int\u00e9ressante. Moins pour sa fiction (la petite histoire) que pour ce qu\u2019elle mettait en jeu du th\u00e9\u00e2tre. Comprenons par-l\u00e0 que le motif dramatique n\u2019\u00e9tait pas, pour le dire simplement, \u00ab palpitant \u00bb. L\u2019errance de personnages, leurs confessions interminables, la multiplication des intrigues\u2026 et des dialogues r\u00e9p\u00e9titifs entre les uns et les autres inscrivaient le tout dans un statisme qui \u00e9tait loin de faire sens. J\u2019\u00e9tais peut-\u00eatre, alors, un jeune homme press\u00e9.<br \/>\nPour autant, et malgr\u00e9 le d\u00e9ploiement d\u2019un espace didactique qui me para\u00eessait interminable, et o\u00f9 les personnages sont les porteurs de leurs \u00e9tats atrophi\u00e9s, il y avait quelque chose de fascinant dans ce texte. Les th\u00e8mes y foisonnaient. Celui de l\u2019abandon et de l\u2019orphelin. Celui de l\u2019incertitude et du doute. Celui de l\u2019art de l\u2019acteur. Celui de la r\u00e9conciliation, surtout et notamment, toujours incertaine, toujours provisoire ou diff\u00e9r\u00e9e. Dans cette pi\u00e8ce donn\u00e9e d\u2019un seul mouvement, il y avait un go\u00fbt pour le labyrinthe, pour le d\u00e9dale, pour le pluriel. Et j\u2019\u00e9tais heureux , bien plus tard, de lire Barthes et ses pens\u00e9es sur le sujet pluriel. Il y avait, et l\u2019on pourrait ne pas clore, un go\u00fbt pour le brouillage et le brouillon qui faisait de ces personnages et de leurs vis-\u00e0-vis les acteurs, un jeu o\u00f9 le \u00ab tu me joues \u00bb s\u2019inqui\u00e9tait de l\u2019ordre pronominal o\u00f9 le risque du \u00ab tu te joues \u00bb mettait en cause, en place, en tension la question du \u00ab jouer \u00bb. Regardant le Pirandello de Braunschweig, c\u2019est moins cela que je voyais, que ces id\u00e9es qui me revenaient et dont je me souvenais.<br \/>\nAvec Six personnages en qu\u00eate d\u2019auteur, Pirandello avait donc \u00e9crit une pi\u00e8ce, certes, mais surtout il avait particip\u00e9 aux discussions qui animent les cercles litt\u00e9raires et dramatiques. Il nous interrogeait sur l\u2019interpr\u00e9tation. Mot duel qui appartient autant au champ litt\u00e9raire en qu\u00eate de signification qu\u2019au th\u00e9\u00e2tre quand l\u2019acteur vient en front de sc\u00e8ne.<br \/>\nUn essai po\u00e9tique sur l\u2019interpr\u00e9tation \u00e9tait donc l\u00e0 \u00e0 l\u2019\u0153uvre o\u00f9 les identit\u00e9s du Directeur (gardien du sens), celles de l\u2019acteur (porteurs du sens arr\u00eat\u00e9 par le Directeur) et celles des personnages (all\u00e9gories de l\u2019\u0153uvre qui se refuse toujours) faisaient de cette communaut\u00e9 assembl\u00e9e, le cercle des lecteurs (ceux qui ne savent pas, mais cherchent). Id\u00e9e reprise dans la pr\u00e9sence de certains des personnages de cette pi\u00e8ce, muets, qui prolongent l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u0153uvre inachev\u00e9e. Ou plut\u00f4t de l\u2019\u0153uvre qui, dans son rapport au lecteur, s\u2019inscrit dans un inachev\u00e9, un diff\u00e9r\u00e9, voire un diff\u00e9rend comme le d\u00e9veloppaient plusieurs sc\u00e8nes qui soulignent les d\u00e9saccords qui portent sur l\u2019interpr\u00e9tation. Et de regarder les sc\u00e8nes de r\u00e9p\u00e9tition comme autant de tatonnements et de tentatives o\u00f9 la question de la lecture s\u2019inscrit dans un espace d\u2019incertitude.<br \/>\nQue resterait-il de cela ?<br \/>\nUne bande d\u2019acteurs pris dans une mise en sc\u00e8ne o\u00f9, l\u2019immobilit\u00e9 devient inertie. Un jeu qui tire sur la cocasserie. Une pi\u00e8ce o\u00f9 d\u2019aucuns pr\u00e9tendent au \u00ab d\u00e9poussi\u00e9rage \u00bb, quand en fait la poussi\u00e8re est pouss\u00e9e sous le tapis. Ramener Facebook, la t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9, et l\u2019auteur qui appara\u00eet \u00e0 la fin, et flingue le metteur en sc\u00e8ne\u2026 Bon, voil\u00e0\u2026<br \/>\nSur le plateau, un mobile immense, \u00e0 deux parois blanches, en forme de feuillet\u00e9 (de cahier ouvert, presque, dispos\u00e9 en face du spectateur) \u00e9tait ramen\u00e9 au centre de la sc\u00e8ne. Les com\u00e9diens y viendront de temps en temps comme s\u2019il s\u2019agissait du lieu de l\u2019ex\u00e9cution. De temps en temps seulement, car le plus souvent ils joueront de part et d\u2019autres un affrontement un rien fig\u00e9. C\u2019est dommage. Sur ce feuillet\u00e9, ces pages blanches\u2026 on aurait pu croire un instant que ces com\u00e9diens pouvaient \u00eatre les petits graphes d\u2019une \u00e9criture en devenir. Mais ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019imagination. Ces pages, en front de sc\u00e8ne, seront rest\u00e9es vierges. Ou quand soudain, l\u2019angoisse de la page blanche de l\u2019auteur\/metteur en sc\u00e8ne en manque d\u2019inspiration, gagna aussi le spectateur, que la sc\u00e8ne privait d\u2019imagination. Et de voir l&rsquo;immense page blanche s&rsquo;effondrer sur le plateau, \u00e0 la derni\u00e8re image&#8230; Comme le signe d&rsquo;une fin qui n&rsquo;aura pas trouv\u00e9 \u00e0 s&rsquo;orienter.<\/p>\n<hr \/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211; Ramass\u00e9e \u00e0 gauche sur la page de couverture du programme d\u00e9livr\u00e9 au public, la mention \u00ab d\u2019apr\u00e8s \u00bb \u2013 dans une police de caract\u00e8re tr\u00e8s fine qui contraste avec l\u2019\u00e9paisseur des graisses d\u2019encre rouge pour d\u00e9signer le nom du metteur St\u00e9phane Braunschweig \u2013 est lisible sans \u00eatre vraiment remarquable. 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