


{"id":681,"date":"2012-07-17T17:33:00","date_gmt":"2012-07-17T15:33:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=681"},"modified":"2012-07-17T17:33:00","modified_gmt":"2012-07-17T15:33:00","slug":"i-love-you-daddy-un-conte-de-markus-ohrn","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/i-love-you-daddy-un-conte-de-markus-ohrn\/","title":{"rendered":"\u00ab I love you, Daddy \u00bb, un conte de Markus \u00d6hrn"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p><em> <strong>Un \u00e9cran \u00e0  droite du public montre le processus de ma\u00e7onnerie. Lentement, m\u00e9ticuleusement la b\u00e9tonni\u00e8re remue le b\u00e9ton pendant que rien ne se passe sur sc\u00e8ne : dans l&rsquo;obscurit\u00e9 un homme se pr\u00e9lasse sur un canap\u00e9 blanc, juch\u00e9 sur une grande bo\u00eete de 2,5 m\u00e8tres de hauteur avec des b\u00e2ches opaques plastiques au lieu des murs. Voici l&rsquo;image du d\u00e9but de la premi\u00e8re de Conte d&rsquo;amour de Markus \u00d6hrn qui s&rsquo;est tenu le 14 juillet dans la salle de spectacle de Ved\u00e8ne.<\/strong> <\/em><br \/>\nOn s\u2019\u00e9tonnerait de lier le titre de cette pi\u00e8ce avec l\u2019histoire r\u00e9elle qui est \u00e0 l\u2019origine de Conte d\u2019amour. Il s\u2019agit de l\u2019affaire de Fritzl, l\u2019autrichien qui avait gard\u00e9 depuis vingt-quatre ans dans la cave de sa maison sa fille et ses enfants n\u00e9s en r\u00e9sultat des incestes. Markus \u00d6hrn, vid\u00e9aste, en collaboration avec des compagnies Institutet (Su\u00e8de) et Nya Rampen (Finlande) a cr\u00e9e en 2010 \u00e0 Berlin une interpr\u00e9tation de cet acte fond\u00e9 primordialement sur l\u2019amour qui est ins\u00e9parable de la violence selon les propres mots du metteur en sc\u00e8ne[[Propos recueillis par Sarah Chaumette]]. Les preuves de cette id\u00e9e on cherchera par la suite.<br \/>\nL\u2019organisation de l&rsquo;espace de spectacle est faite d\u2019une mani\u00e8re surprenante changeant \u00e0 la fois le mode de perception d&rsquo;un spectateur et la m\u00e9thode du jeu des acteurs. Le fait est que les com\u00e9diens se trouvent \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la bo\u00eete aux b\u00e2ches restant invisibles pendant toute la repr\u00e9sentation, lorsque le public ne remarque que leurs ombres de temps en temps. Deux \u00e9crans plac\u00e9s au-dessus de cette derni\u00e8re transmettent la projection vid\u00e9o des actions s\u2019op\u00e9rant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.<br \/>\nLe concept de la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 se remplace par celui du documentaire. La cam\u00e9ra de surveillance install\u00e9e dans un coin du plafond de la bo\u00eete, produit une image priv\u00e9e de valeur artistique, une sorte de live, alors que une autre cam\u00e9ra portative, utilis\u00e9e par des com\u00e9diens donne une repr\u00e9sentation de home video.<br \/>\nEn ce qui concerne les acteurs, cette s\u00e9paration spatiale du public leur impose un vrai quatri\u00e8me mur pouss\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame, dont les admirateurs \u00e9taient Andr\u00e9 Antoin et Constantin Stanislavski. De m\u00eame, ce langage cin\u00e9aste-documentaire-th\u00e9\u00e2tral engendre l\u2019espace de reality show, (m\u00eame si on reste toujours dans la fiction) transformant les rapports \u00abacteur en face du spectateur \u00bb en ceux \u00ab acteur-cam\u00e9ra-spectateur \u00bb.<br \/>\nMalgr\u00e9 la distanciation apparente accrue, l\u2019action semble avoir \u00e9tabli plus d\u2019intimit\u00e9 et de v\u00e9rit\u00e9. En ce sens-l\u00e0, les acteurs ne sont plus des interpr\u00e8tes du point de vue des spectateurs, mais les performeurs, leur fonction r\u00e9duisant \u00e0 la performance. N\u00e9anmoins, cette vision n\u2019est rien moins que l\u2019illusion donn\u00e9e par l\u2019effet de reality show, les com\u00e9diens continuant \u00e0 interpr\u00e9ter leurs r\u00f4les.<br \/>\nLe troisi\u00e8me \u00e9cran mentionn\u00e9 plus haut, n\u2019a projet\u00e9 que la vid\u00e9o du processus de ma\u00e7onnerie qui aurait laiss\u00e9 le public un peu interloqu\u00e9. Peut-\u00eatre, elle aurait impliqu\u00e9 l\u2019id\u00e9e de la construction d\u2019une maison, d\u2019un foyer ou d\u2019une famille, lorsque la pi\u00e8ce aborde le sujet du syst\u00e8me patriarcal. Ce dernier est esquiss\u00e9 dans le spectacle d\u2019une mani\u00e8re floue, d\u00e9nu\u00e9e d\u2019une critique positive ou n\u00e9gative. En revanche, on y d\u00e9couvre le mod\u00e8le de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation o\u00f9 le \u00ab papa \u00bb Fritzl figure son repr\u00e9sentant typique : il ne propose aux enfants que la bouffe dans toute sa diversit\u00e9 de McDonald. Dans le prologue, avant de descendre dans la cave, le papa donne \u00e0 manger les chips avec la coca aux poup\u00e9es symbolisant ses enfants. Si l&rsquo;on emploie une autre approche de critique, alors la couleur et le contenu de cette \u00ab nourriture \u00bb formeront une image alt\u00e9r\u00e9e du pain et du vin en tant que le corps et le sang du Christ. Par la suite le th\u00e8me de la religion se d\u00e9ploie, \u00e9voquant les sujets bibliques comme des mythes de la cr\u00e9ation d\u2019\u00c8ve, comme la trinit\u00e9 chr\u00e9tienne exprim\u00e9s par les nombreuses r\u00e9p\u00e9titions des phrases tir\u00e9es de l\u2019Ancien Testament.<br \/>\nAlors, \u00d1ette \u00e9tranget\u00e9 de la repr\u00e9sentation du syst\u00e8me patriarcal bas\u00e9 sur la croyance et des traditions ancestrales s\u2019entrem\u00eale avec une sorte de d\u00e9rision orient\u00e9e \u00e0 d\u2019autres types des croyances tels que le polyth\u00e9isme ou l\u2019animisme, par exemple. En effet, l\u2019\u00e9motion con\u00e7ue par le metteur en sc\u00e8ne reste ambigue, sa position \u00e9tant ind\u00e9finissable. Un totem en la forme d\u2019un oiseau noir, le symbole du Mal, approch\u00e9 \u00e0 l\u2019objectif de la cam\u00e9ra portative, plane au-dessus de la cave comme un fatum ou un mal tout-puissant. L\u00e0, il faudrait bien rappeler que Markus \u00d6hrn a travaill\u00e9 le concept de Unheimlich, invent\u00e9 par Sigmund Freud, d\u00e9signant le sinistre, le funeste des refoul\u00e9s et des peurs que notre subconscient abrite. Cette notion est \u00e9troitement li\u00e9e avec le paganisme qui constitue la conception du monde du patriarcat dans la m\u00eame mesure que la religion. Ainsi, la cat\u00e9gorie du patriarcat se heurte au concept de la petite-bourgeoisie repr\u00e9sent\u00e9e par les figurinesnrococo en porcelaine : petits anges, animaux souriants entass\u00e9s dans un coin de la cave. Ils sont anim\u00e9s par la voix off d\u2019un acteur (Elmer B\u00e4ck) qui piaule \u00e0 plusieurs reprises: \u00ab je suis un poney de l\u2019esp\u00e9rence \u00bb, (gros plan de la cam\u00e9ra portative sur des figurines parmi lesquelles on y distingue un poney) ce qui nous renvoie aussi \u00e0 l\u2019id\u00e9e du paganisme.<br \/>\nConte d\u2019amour devient une concentration dense des multiples id\u00e9es, r\u00e9flexions sur d\u2019innombrables sujets avec beaucoup de humour doux. Le papa, appel\u00e9 avec tendresse Daddy, s\u2019adresse au public regardant la cam\u00e9ra disant qu\u2019il n\u2019y a rien compliqu\u00e9 dans cette histoire si on y pense globalement. Le plus important, c\u2019est vivre, faire ce que vous voulez mais \u00ab avec tous vos sentiments !\u00bb.<br \/>\nMalgr\u00e9 le sujet \u00e9pouvantable de la s\u00e9questration et de l\u2019inceste, la pi\u00e8ce est quasi priv\u00e9e d\u2019horreur. Le spectateur se trouve dup\u00e9, attendant tout le temps des images atroces de la violence. En r\u00e9alit\u00e9, elles sont substitu\u00e9es par des jeux enfantins, des blagues apaisant la tension du public. Le papa se transforme en un m\u00e9decin venu avec l\u2019aide humanitaire dans \u00ab les jungles \u00bb chez \u00ab les petits africains \u00bb. Il s\u2019\u00e9clate, rigole collant des pansements au nez d\u2019un enfant, bandant la t\u00eate de son fils cadet. En temps qu\u2019interm\u00e8des, les chansons karaoke s\u2019ex\u00e9cutent par des acteurs, les chansons d\u2019amour tr\u00e8s connues, diminuant le niveau de l\u2019effroi sous-entendu et faisant douter un petit moment m\u00eame de la nature de ce crime-l\u00e0. Par contre, le crime est tellement monstrueux, que peut \u00eatre la d\u00e9rision et le rire deviennent un seul moyen pour des jeunes cr\u00e9ateurs de repr\u00e9senter cette histoire sur sc\u00e8ne afin de ne pas tomber dans une horreur artificielle.<br \/>\nLe refrain du spectacle devient \u00ab I love you, Daddy \u00bb d\u2019une voix aigu\u00d1\u2018 d\u2019enfant (Elmer B\u00e4ck) qui lance des regards s\u00e9ducteurs \u00e0 l\u2019objectif de la cam\u00e9ra. Les sourires du bonheur m\u00e9lang\u00e9s avec des larmes, des lamentations \u00ab nous avons faim, nous avons soif \u00bb, \u00ab nous sommes des victimes \u00bb, forment l\u2019image controvers\u00e9e d\u2019une famille qui semble \u00eatre \u00e0 la fois heureuse et d\u00e9vaforis\u00e9e. D\u2019ailleurs, il est un fait notoire que l\u2019amour dans le sens spirituel est d\u00e9pourvu de violence. Si l&rsquo;on d\u00e9place l\u00e9g\u00e8rement l\u2019accent de l\u2019amour sur la sexualit\u00e9 dont Freud a largement \u00e9crit, l\u2019id\u00e9e du spectacle de l\u2019ins\u00e9parabilit\u00e9 de l\u2019amour et de la violence se justifiera. L\u2019Eros s\u2019y manifeste sublim\u00e9 dans les actes de violence.<br \/>\nConte d\u2019amour, un conte de la sexualit\u00e9, plut\u00f4t son hymne balance entre les cat\u00e9gories de l\u2019amour et du mal et leurs manifestations pendant toute sa dur\u00e9e. La chanson de Chris Issak avec une phrase devenue c\u00e9l\u00e8bre \u00ab No, I don\u2019t wanna fall in love with you \u00bb (Je ne veux pas tomber amoureux de toi) retentit paisiblement \u00e0 la fin du spectacle comme si ces deux oppos\u00e9s s\u2019\u00e9taient r\u00e9concili\u00e9s.<\/p>\n<hr \/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un \u00e9cran \u00e0 droite du public montre le processus de ma\u00e7onnerie. 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