


{"id":682,"date":"2012-07-17T17:30:00","date_gmt":"2012-07-17T15:30:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=682"},"modified":"2012-07-17T17:30:00","modified_gmt":"2012-07-17T15:30:00","slug":"peine-damour-le-conte-pas-perdu","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/peine-damour-le-conte-pas-perdu\/","title":{"rendered":"Peine d&rsquo;Amour : le conte pas perdu"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212;<br \/>\n<em> <strong>En commettant \u00ab\u00a0Conte d\u2019Amour\u00a0\u00bb, cr\u00e9e en 2010 \u00e0 Berlin, sur la sc\u00e8ne Avignonnaise, le vid\u00e9aste Markus OHRN et les quatre acteurs des compagnies finlandaise et su\u00e9doise Institutet et Nya Rampen s\u2019ajoutent \u00e0 la liste des cr\u00e9ateurs radicaux du festival. Se hissent au rang des spectacles controvers\u00e9s sur lesquels le public, sans demi-mesure, gerbe ou applaudit, part ou reste. Trois heures durant, le Conte d\u2019Amour enferme les spectateurs dans la vie de famille de Fritzl, cet autrichien qui a s\u00e9questr\u00e9 pendant 24 ans sa fille et les enfants qui sont n\u00e9s de leurs rapports incestueux.<\/strong> <\/em><br \/>\nJ\u2019aime les faits divers quand ils sont bien racont\u00e9s. La presse aussi les aime et en noircit ses pages, en ponctue ses journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, en fait m\u00eame des \u00e9missions sp\u00e9cialis\u00e9es. Parce que \u00e7a augmente le lectorat et l\u2019audimat garantissant, ainsi la survie \u00e9conomique de certains m\u00e9dias. Mais aussi parce que \u00e7a fait place \u00e0 la face cach\u00e9e de la soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 sa part sombre et t\u00e9n\u00e9breuse, scabreuse.<br \/>\nPendant 24 ans Fritzl, l\u2019autrichien a viol\u00e9 et s\u00e9questr\u00e9 dans la cave de sa maison sa fille Elisabeth et d\u00e9tenu \u00e9galement trois des sept enfants qui sont n\u00e9s de leurs rapports incestueux.<br \/>\nJ\u2019aime les faits divers. Quand ils sont bien racont\u00e9s. L\u2019affaire Fritzl est la mati\u00e8re premi\u00e8re du spectacle Conte d\u2019Amour. Markus Ohrn sait raconter. Il sait que la repr\u00e9sentation litt\u00e9rale, \u00ab l\u2019authenticit\u00e9 naturaliste \u00bb comme il la nomme, n\u2019a pas d\u2019int\u00e9r\u00eat au th\u00e9\u00e2tre. Il sait que le fait divers est la matrice d\u2019un d\u00e9r\u00e8glement, d\u2019une d\u00e9rive que la soci\u00e9t\u00e9 refoule. Alors il cultive l\u2019affaire Fritzl pour travailler sur la \u00ab famille et la structure patriarcale \u00bb dit-il.<br \/>\nLes gens biens sous tous rapports cachent des dessous noirs<br \/>\nLe carr\u00e9 de pelouse artificielle abrite une habitation cossue d\u00e9limit\u00e9e par une petite barri\u00e8re blanche de maison de poup\u00e9e. Maison des merveilles au pays de notre enfance. Le salon des gens biens est perch\u00e9 \u00e0 3 m\u00e8tres du sol. Et pour cause, au dessous il y a la cave : structure en agglom\u00e9r\u00e9 retenue par des \u00e9chafaudages et b\u00e2ch\u00e9e. Des dessous noirs, obscurs, imp\u00e9n\u00e9trables.<br \/>\nLe dispositif sc\u00e9nographique s\u2019amuse des fronti\u00e8res entre th\u00e9\u00e2tre et vid\u00e9o pour cr\u00e9er l\u2019enfermement. Ohrn repousse le th\u00e9\u00e2tre \u00e0 la cave pour ne donner \u00e0 voir au spectateur que l\u2019image de ce th\u00e9\u00e2tre incestueux et souterrain. Cam\u00e9ra fixe en plong\u00e9e et cam\u00e9ra au point filment le huis-clos impensable. Les images sont projet\u00e9es et donn\u00e9es au spectateur sur le grand \u00e9cran du salon, comme \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 : un carr\u00e9 pour les gros plans ; un carr\u00e9 pour le plan large. Mis \u00e0 part trois s\u00e9quences \u00e0 vue, jamais on ne verra les acteurs directement.<br \/>\nLa monstruosit\u00e9 syst\u00e9mique<br \/>\nConte d\u2019Amour repr\u00e9sente le quotidien de la famille, le p\u00e8re et ses trois fils, \u00e9cartant bien des aspects factuels du fait divers. Celui-ci est \u00e9vid\u00e9 de son sensationnalisme.<br \/>\nOhrn traite les motifs de la captivit\u00e9 : manger, attendre, s\u2019occuper \u2013 penser ? \u2013 pour dessiner la relation \u00ab bourreau\/victime \u00bb scell\u00e9e par l\u2019amour.  Ainsi il fait appara\u00eetre progressivement les rituels et les codes propres \u00e0 la famille et \u00e9rige une figure toute puissante et grotesque du p\u00e8re. Les trois heures de spectacles sont \u00e9prouvantes mais il faut bien cela pour ressentir l\u2019ampleur du syst\u00e8me d\u00e9viant. Alors que l\u2019on pourrait croire que les sc\u00e8nes se r\u00e9p\u00e8tent et s\u2019engluent dans des actions plus grotesques les unes que les autres, le r\u00e9cit progresse pour d\u00e9voiler la perversit\u00e9 et la monstruosit\u00e9 de cet amour exclusif et possessif.<br \/>\nOhrn joue avec le spectateur. Le plonge d\u2019abord dans un semi \u00e9tat de torpeur lorsque le p\u00e8re descend pour la premi\u00e8re fois \u00e0 la cave. Bruit d\u2019\u00e9chelle, g\u00e9missements, couinements, obscurit\u00e9, masses informes, \u00ab nous avons faim, nous avons soif \u00bb, \u00e9tranget\u00e9 de ces b\u00eates, \u00e9clair\u00e9es \u00e0 la frontale. Et voil\u00e0 que le p\u00e8re apporte des poches McDonald et prend soin d\u2019ouvrir les cartons de hamburger, de d\u00e9poser les frites une \u00e0 une, d\u2019y faire couler la sauce lentement installant un suspens \u00e9quivoque. A chaque mouvement, le spectateur pense d\u00e9couvrir l\u2019horreur. Ohrn le met en effet dans la peau d\u2019un pervers en sugg\u00e9rant des images mentales obsc\u00e8nes et violentes qui, par effet de retardement, n\u2019adviennent pas et se transforment \u00e0 l\u2019\u00e9cran en tendresse et en attention. Quand le petit dernier demande \u00e0 \u00ab jouer \u00e0 la tha\u00eflandaise avec Papa \u00bb, on imagine le pire. On commence \u00e0 voir le fils faire une fellation \u00e0 son p\u00e8re. Mais non, il enl\u00e8ve simplement sa robe de chambre pour lui faire un massage, comme beaucoup d\u2019enfants le font\u2026 pour rigoler avec leurs parents.<br \/>\nLa vie de famille \u00e0 la cave est peupl\u00e9e de jeux infantiles qui vont crescendo et basculent dans la violence : on se frappe, on se masturbe. Tout cela en rigolant, habill\u00e9. Une violence stylis\u00e9e, oserait-on dire ?<br \/>\nOhrn  ma\u00eetrise le rythme de sa pi\u00e8ce \u00e0 la perfection.<br \/>\nAlors que le p\u00e8re est remont\u00e9 \u00e0 la surface, dans le salon, vautr\u00e9 \u00e0 nouveau sur le canap\u00e9, le spectateur croit tout naturellement que la fin du spectacle approche. Or Fritzl finit par redescendre \u00e0 la cave accompagn\u00e9 d\u2019un bruit d\u2019h\u00e9licopt\u00e8re grondant au dessus de la sc\u00e8ne. \u00ab Ca doit \u00eatre les autorit\u00e9s qui interviennent \u00bb pense-t-on b\u00eatement. Oui c\u2019est cela. Oui c\u2019est la fin. Mais non. C\u2019est juste le d\u00e9but d\u2019une nouvelle journ\u00e9e, d\u2019un nouveau d\u00e9lire o\u00f9 Fritzl se prend pour un docteur humanitaire en Afrique. Le d\u00e9but d\u2019une folle s\u00e9quence ou l\u2019acteur en slip et chaussettes s\u2019agite, imite le singe, transpire, devient rouge, viole la m\u00e8re-poup\u00e9e sous le regard interloqu\u00e9 des trois enfants \u00e0 qui il ordonne de jouer des percussions.<br \/>\nC\u2019est un nouveau jeu que le p\u00e8re tout puissant apprend \u00e0 ses gamins. C\u2019est une vision fantasm\u00e9e et d\u00e9lirante de la r\u00e9alit\u00e9 du monde ext\u00e9rieure qui entre dans la cave.<\/p>\n<hr \/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212; En commettant \u00ab\u00a0Conte d\u2019Amour\u00a0\u00bb, cr\u00e9e en 2010 \u00e0 Berlin, sur la sc\u00e8ne Avignonnaise, le vid\u00e9aste Markus OHRN et les quatre acteurs des compagnies finlandaise et su\u00e9doise Institutet et Nya Rampen s\u2019ajoutent \u00e0 la liste des cr\u00e9ateurs radicaux du festival. Se hissent au rang des spectacles controvers\u00e9s sur lesquels le public, sans demi-mesure, gerbe ou applaudit, part ou reste. 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