


{"id":686,"date":"2012-07-15T17:30:00","date_gmt":"2012-07-15T15:30:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=686"},"modified":"2012-07-15T17:30:00","modified_gmt":"2012-07-15T15:30:00","slug":"la-faculte-la-tragedie-a-la-contemporaine","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/la-faculte-la-tragedie-a-la-contemporaine\/","title":{"rendered":"La Facult\u00e9, la trag\u00e9die \u00e0 la contemporaine"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212;<br \/>\n<em> <strong>En ce 13 juillet on s\u2019approche de la salle de spectacle en plein air dans la cour du lyc\u00e9e Mistral. Le soleil s\u2019est presque couch\u00e9 et le sable inattendu surgit sous les pieds, soigneusement vers\u00e9 par des organisateurs de la repr\u00e9sentation. Ce n\u2019est pas au hasard qu\u2019on se retrouve pr\u00e8s du lyc\u00e9e : il vaux mieux se plonger dans l\u2019ambiance scolaire pour entrer dans l\u2019espace de La Facult\u00e9 d\u2019\u00c9ric Vigner, le premier r\u00e9sultat du projet exp\u00e9rimental de ce metteur en sc\u00e8ne qui s\u2019appelle \u00ab L\u2019Academie du CDDB-Th\u00e9\u00e2tre de Lorient \u00bb. Elle rassemble des jeunes \u00e9trangers qui donneraient une nouvelle bouff\u00e9e d\u2019oxig\u00e8ne au th\u00e9\u00e2tre. Des fran\u00e7ais d\u2019origine \u00e9trang\u00e8re (Mali, Maroc, Isra\u00ebl) et des \u00e9trangers (Cor\u00e9e, Allemagne, Roumanie, Belgique) y sont int\u00e9gr\u00e9s. Il y en a aussi deux venus de l\u2019Autriche et des \u00c9tats-Unis, qui n\u2019ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s que pour cette pi\u00e8ce, \u00e9crite par Christophe Honor\u00e9 sp\u00e9cialement pour les acteurs de l\u2019Academie.<\/strong> <\/em><br \/>\nLe 66-\u00e8me festival d\u2019Avignon est riche en la cr\u00e9ation de Christophe Honor\u00e9. Le Nouveau roman, ranimant l\u2019histoire de la naissance de ce courant litt\u00e9raire, a fait grand bruit et il a \u00e9voqu\u00e9 plusieurs discours autour d\u2019elle. En outre, une pi\u00e8ce Un jeune se tue, dans une mise en sc\u00e8ne de Robert Cantarella avec des \u00e9l\u00e8ves de l\u2019\u00c9cole de la Com\u00e9die de Saint-\u00c9tienne.<br \/>\nL\u2019int\u00e9r\u00eat intarissable de Christophe Honor\u00e9 \u00e0 la jeunesse et \u00e0 ses probl\u00e8mes se d\u00e9couvre de nouveau dans sa nouvelle cr\u00e9ation. Nombreux sont les sujets qui sont y abord\u00e9s, d\u00e9passant les fronti\u00e8res de questions des relations humaines, menant aux discours sur des th\u00e8mes globaux. La pi\u00e8ce dont l\u2019action se passe en France et dont les personnages sont fran\u00e7ais, jou\u00e9e par des \u00e9trangers met l\u2019accent autrement sur des probl\u00e8mes g\u00eanants de l\u2019immigation et r\u00e9v\u00e8le inopin\u00e9ment certains tabous.<br \/>\n\u00c9ric Vigner recourt aux pi\u00e8ces classiques et contemporaines qui pourraient donner un autre regard sur l\u2019art th\u00e9\u00e2tral. Sa liste des mises en sc\u00e8ne comprend des pi\u00e8ces de Corneille (L\u2019illusion comique en 1996, La place royale en 2011), de Shakespeare (Othello en 2008), de Moli\u00e8re (L\u2019\u00e9cole des femme en 1999, Le Bourgeois gentilhomme en 2004), de Beaumarchais (Le Barbier de Seville en 2007 et 2011), mais aussi des pi\u00e8ce de Marguerite Duras, Victor Hugo et Roland Dubillard.<br \/>\nD\u2019un point de vue dramaturgique, La Facult\u00e9, nomm\u00e9e \u00ab une trag\u00e9die \u00bb par le metteur en sc\u00e8ne, reprend quelques caract\u00e9ristiques du th\u00e9\u00e2tre classique. Les r\u00e8gles de trois unit\u00e9s r\u00e9sum\u00e9es par Boileau s\u2019y d\u00e9c\u00e8lent d\u2019une mani\u00e8re un peu archa\u00efque.<br \/>\n<br \/>&nbsp;L\u2019unit\u00e9 de lieu<br \/>\nLa notion d\u2019une sc\u00e8ne est absente, remplac\u00e9e par un lieu am\u00e9nag\u00e9 afin d\u2019\u00eatre un endroit de repr\u00e9sentation. Il consiste en une partie de la cour couverte de sable, ayant plusieurs profondeurs sc\u00e9niques d\u00e9nivel\u00e9es permettant de transporter l\u2019action afin d\u2019enrichir des jeux de sc\u00e8ne. Pourtant, le changement de position s\u2019op\u00e9rant au lointain ne favorise pas une perception normale du spectacle vu que les paroles s\u2019assourdissent. Alors, on aper\u00e7oit un terrain de foot tout en face du public, une sorte de salle aux murs vitr\u00e9s \u00e0 gauche au lointain, au fond de l\u2019espace sc\u00e9nique une terrasse aupr\u00e8s d\u2019un immeuble, une autre terrasse avec la descente r\u00e9serv\u00e9e aux motos \u00e0 droite.<br \/>\n            En compl\u00e9ment \u00e0 un tel d\u00e9cor immobile et constant s\u2019ajoutent des arbres plant\u00e9s sur tout l\u2019espace et de multiples r\u00e9verb\u00e8res utilis\u00e9s en tant qu\u2019\u00e9clairage sc\u00e9nique, \u00e0 l\u2019aide de laquelle le sable semble \u00eatre des cong\u00e8res.<br \/>\n            Des jeux de sc\u00e8ne d\u00e9montrent des conventions des endroits : une terrasse \u00e0 droite, par exemple, figure une maison du h\u00e9ros principal (J\u00e9r\u00e9my) et ses fr\u00e8res. Ainsi, on con\u00e7oit ce lieu comme un espace tr\u00e8s restreint, limit\u00e9 d\u2019un quartier o\u00f9 se passe toute l\u2019action. De ce fait, il est possible de prouver l\u2019unit\u00e9 de lieu. Cependant, l\u2019espace autour des spectateurs envahissent \u00e9galement, car les acteurs sortant \u00ab du plateau \u00bb s\u2019enfuient parfois dans l\u2019obscurit\u00e9 de la cour du lyc\u00e9e et y disparaissent, en revenant dans des scooters et des camions.<br \/>\n<br \/>&nbsp;L\u2019unit\u00e9s de temps et d\u2019action<br \/>\nL\u2019action dans la pi\u00e8ce se d\u00e9roule sans rupture temporaire, peut-\u00eatre, d\u00e9passant l\u00e9g\u00e8rement 24 heures. Il s\u2019agit d\u2019une bagarre in\u00e9gale se passant entre un gar\u00e7on arabe et des fran\u00e7ais, qui meurt ensuite. Un autre \u00e9tudiant qui le connaissait, dissimule le meurtre qui a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9 par ses fr\u00e8res. Donc, l\u2019intrigue suivante se groupe autour des dialogues entre les personnages \u00e9claircissant des motifs et des circonstances du meurtre, ce qui permet de constater l\u2019unit\u00e9 d\u2019action.<br \/>\nLa mani\u00e8re pompeuse des acteurs de parler exag\u00e9rant la force de la voix affirme encore une fois la r\u00e9f\u00e9rence au classicisme qui s\u2019est manifest\u00e9 ind\u00e9pendemment ou non de la conception de l\u2019auteur. Des attitudes fig\u00e9es principalement en face du public, les r\u00e9pliques jet\u00e9es dans la salle sans regarder le partenaire, des intonations forc\u00e9es : qu\u2019est-ce qu\u2019il en y a tant de stylisation au XVII si\u00e8cle. Tout de m\u00eame, la pi\u00e8ce ne semble pas viser \u00e0 une parodie, au contraire, elle tente de faire rena\u00eetre le style de l\u2019\u00e9poque en l\u2019appliquant aux conventions du th\u00e9\u00e2tre contemporain, en en composant \u00ab une nouvelle forme \u00bb.<br \/>\nL\u2019id\u00e9e de la pi\u00e8ce se focalise sur la transmission de la trag\u00e9die de nos jours, apportant curieusement des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la Gr\u00e8ce Antique avec des crimes terrifiants et l\u2019homosexualit\u00e9 abondante. Au gr\u00e9 du retour \u00e9ternel, notre temps est marqu\u00e9 par la d\u00e9claration de l\u2019amour libre, et on ne peut pas s\u2019abstenir de rappeler cette belle \u00e9poque. D\u2019apr\u00e8s les motifs de la trag\u00e9die racinienne, on retrouve un h\u00e9ros oppos\u00e9 au monde et qui reste dans l\u2019isolation et h\u00e9site entre les sentiments fraternels qui lui repousse de d\u00e9noncer des criminels \u00e0 la police et entre la volont\u00e9 de rendre justice \u00e0 son ami tu\u00e9.<br \/>\nDiff\u00e9rents accents se retentissent sur sc\u00e8ne \u00e0 cause des nationalit\u00e9s diverses de jeunes com\u00e9diens. La phrase de l\u2019acteur interpr\u00e9tant un fran\u00e7ais dite au personnage arabe : \u00abJe suis chez moi en France, alors, casse-toi \u00bb, nourrit une autre perception, comme si c\u2019\u00e9tait le regard dans le miroir. \u00c9videmment, ce serait mal compris par la majorit\u00e9. La Facult\u00e9 tourne sur la question nationaliste de l\u2019assassinat et ainsi renforce le sujet de l\u2019immigration, provoquant les d\u00e9bats les plus acharn\u00e9s. Pourtant toute \u00e9nonciation critique et ac\u00e9r\u00e9e de cette pi\u00e8ce peut \u00eatre controvers\u00e9e par une riposte qui enl\u00e8verait la discussion : \u00ab mais ce ne sont que des ados qui n\u2019ont pas encore trop d\u2019intelligence \u00e0 cause de leur \u00e2ge \u00bb. Insistant sur le fait que la pi\u00e8ce ne poursuivait pas le but d\u2019exciter la pol\u00e9mique sur l\u2019art politiquement correct ou non, \u00c9ric Vigner [[Entretien avec \u00c9ric Vigner, propos recueillis par Jean-Fran\u00e7ois Perrier<br \/>\n]]fait des r\u00e9ticences, peut-\u00eatre, vu que l\u2019\u00e9vidence d\u2019une r\u00e9action \u00e0 propos de ce sujet existe.<br \/>\nLa trag\u00e9die avec des jeunes h\u00e9ros de notre temps appuye sur l\u2019amour (certes) et l\u2019intolerance, si on parle de la pi\u00e8ce de Christophe Honor\u00e9. En ce qui concerne la mise en sc\u00e8ne d\u2019 \u00c9ric Vigner, on \u00e9voque une convergence d\u2019une sc\u00e9nographie r\u00e9aliste et originale, marqu\u00e9e par le style que l\u2019on avait cru abandonner il y a quelques si\u00e8cles. Un jonction experimental en recherche d\u2019une forme d\u2019expression.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212; En ce 13 juillet on s\u2019approche de la salle de spectacle en plein air dans la cour du lyc\u00e9e Mistral. Le soleil s\u2019est presque couch\u00e9 et le sable inattendu surgit sous les pieds, soigneusement vers\u00e9 par des organisateurs de la repr\u00e9sentation. Ce n\u2019est pas au hasard qu\u2019on se retrouve pr\u00e8s du lyc\u00e9e : il vaux mieux se plonger dans l\u2019ambiance scolaire pour entrer dans l\u2019espace de La Facult\u00e9 d\u2019\u00c9ric Vigner, le premier r\u00e9sultat du projet exp\u00e9rimental de ce metteur<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-686","article","type-article","status-publish","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/686","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=686"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=686"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}