


{"id":688,"date":"2012-07-15T17:30:00","date_gmt":"2012-07-15T15:30:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=688"},"modified":"2012-07-15T17:30:00","modified_gmt":"2012-07-15T15:30:00","slug":"33-tours-ca-ne-tourne-plus-rond","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/33-tours-ca-ne-tourne-plus-rond\/","title":{"rendered":"33 tours\u2026 \u00e7a ne tourne plus rond"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Au gymnase du Lyc\u00e9e Saint-Joseph, Lina Saneh et Rabih Mrou\u00e9 convoquent le spectateur une petite heure pour 33 tours et quelques secondes. Une pi\u00e8ce, on dira volontiers un DISPOSITIF, qui met en sc\u00e8ne l\u2019Absence\u2026<\/strong> <\/em><\/p>\n<div style=\"position:relative;width:100%;display:inline-block;\"><iframe src=\"https:\/\/www.theatre-contemporain.net\/embed\/rpUcK7hN\" allowfullscreen style=\"border:none;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;\"><\/iframe><\/p>\n<div style=\"padding-top:56.25%;\"><\/div>\n<\/div>\n<p><em>Le Liban en toile de fond<\/em><br \/>\nDepuis 1975, d\u00e9but de la guerre au Liban, dans un espace qui sera tr\u00e8s vite identifi\u00e9 comme balkanis\u00e9, la guerre, les assassinats politiques et leurs cohortes de r\u00e8glements de compte\u2026 font du pays du C\u00e8dre un lieu o\u00f9 le mouvement de l\u2019histoire se lit \u00e0 m\u00eame les murs. Impacts de projectiles et slogans, portraits de martyrs et de politiques en campagne\u2026sont le paysage d\u2019un Liban d\u00e9chir\u00e9 o\u00f9 les membres de sa communaut\u00e9 la\u00efque et multiconfessionnelle vont de guerre en guerre. Dans ce qui est pr\u00e9sent\u00e9 bien souvent comme un no man\u2019 land en proie aux attentats, aux enl\u00e8vements\u2026 le regard des artistes peut difficilement ignorer ce qui se joue et Lina Saneh comme Rabih Mrou\u00e9 sont de ces jeunes cr\u00e9ateurs qui le vivent et le relaient.<br \/>\nLui, Rabih Mrou\u00e9, est n\u00e9 en 1967, \u00e0 Beyrouth, aime travailler la vid\u00e9o, pr\u00e9f\u00e8re la performance et le multim\u00e9dia. Pour cela, on lui pr\u00eate l\u2019id\u00e9e d\u2019un th\u00e9\u00e2tre quasi documentaire qui amalgame fiction et r\u00e9alit\u00e9. Elle, Lina Saneh, est n\u00e9e en 1966, est pass\u00e9e par des \u00e9tudes de th\u00e9\u00e2tre \u00e0 l\u2019universit\u00e9 libanaise de Beyrouth, ainsi qu&rsquo;\u00e0 l\u2019institut d\u2019\u00e9tudes th\u00e9\u00e2trales de Paris 3. Elle est actrice et metteur en sc\u00e8ne, et si la \u00ab premi\u00e8re p\u00e9riode \u00bb de son travail a concern\u00e9 l\u2019acteur, aujourd\u2019hui elle s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la place de celui-ci dans le d\u00e9veloppement d\u2019internet et \u00e0 l\u2019ascendance que semble prendre le monde virtuel.<br \/>\nL\u2019un et l\u2019autre s\u2019interrogent, de toutes les mani\u00e8res, sur l\u2019espace social, la place du politique, la prise de parole, etc. En toile de fond, pour l\u2019un comme pour l\u2019autre, l\u2019enjeu du corps revient ind\u00e9passablement et est confront\u00e9 aux mouvements sociaux, religieux, mentaux, politiques qui le contraignent, le marquent, l\u2019inscrivent dans un espace de signification\u2026<br \/>\nDepuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 90, s\u00e9par\u00e9ment ou ensemble, l\u2019un et l\u2019autre signent donc des performances et des mises en sc\u00e8ne qui s\u2019inqui\u00e8tent donc de ces diff\u00e9rents aspects. Les Chaises (1996), Ovrira (1997), Extrait d\u2019Etat civil (2000), Biographia (2002), Who\u2019s afraid of representation (2005), Appendice (2007)\u2026 \u0152uvres o\u00f9 le t\u00e9moignage (vid\u00e9o et audio) est r\u00e9current et qui, pour autant qu\u2019il inscrit ces cr\u00e9ations dans une forme documentaire, n\u2019est pas moins esth\u00e9tis\u00e9 et po\u00e9tis\u00e9. \u0152uvres du t\u00e9moignage o\u00f9 chaque cr\u00e9ation se regarde comme la pi\u00e8ce d\u2019un puzzle d\u2019une pratique qui ne peut s\u2019abstraire d\u2019un contexte violent. \u0152uvres du t\u00e9moignage o\u00f9 le corps et l\u2019esprit sont un autre terrain de luttes et de conflits, aux issues incertaines. Dans Appendice, par exemple, Lina Saneh et Rabih Mrou\u00e9 d\u00e9claraient ainsi : \u00ab L\u2019ambition de ce projet est de faire de mon corps un lieu de lutte, un champs de bataille entre promesses de libert\u00e9 et de modernit\u00e9 (de tout Etat, au-del\u00e0 de l\u2019Etat Libanais) et les forces identitaires et communautaires qui, partout, veulent \u00e9riger leurs syst\u00e8mes en mod\u00e8les universels et, par suite, imp\u00e9ratifs. Il s\u2019agit de pouvoir discuter les tensions qui se jouent, sur l\u2019espace d\u2019un corps (et sa libert\u00e9), le langage de la Loi (et ses imp\u00e9ratifs et quali\u00ef\u00accations), le commerce moderne (et sa \u201cmonnaie\u201d virtuelle), et l\u2019art (et ses instances constituantes) \u00bb.<br \/>\n <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/w_120707_rdl_1333-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" class=\"alignnone size-medium wp-image-2746\" \/><br \/>\n<strong>33 tours\u2026 Minutes.<\/strong><br \/>\nEn front de sc\u00e8ne, une table, un tourne-disque, un \u00e9cran d\u2019ordinateur, un \u00e9cran plat \u00e0 gauche d\u2019une table de travail sur laquelle est pos\u00e9e une box dont les diodes vertes vont et viennent au rythme des connexions. La densit\u00e9 est feinte et ce qui est finalement le plus visible, c\u2019est une chaise vide.<br \/>\nEn fond de sc\u00e8ne, un \u00e9cran blanc et bient\u00f4t la projection d\u2019un Iphone agrandi, terriblement pr\u00e9sent et omnipr\u00e9sent quand, l\u2019application Facebook ouverte, d\u00e9filent les messages d\u2019un monde participatif qui n\u2019a d\u2019autre nom que la communaut\u00e9 des internautes.<br \/>\nEt d\u2019\u00e9couter, in extenso A mon dernier repas de Jacques Brel. Et encore une sonnerie de t\u00e9l\u00e9phone, un message laiss\u00e9, une messagerie qui, comme toutes les messageries, pr\u00e9cise que \u00ab je ne suis pas l\u00e0, mais, etc \u00bb. Et de regarder un programme t\u00e9l\u00e9, diff\u00e9rent de celui diffus\u00e9 sur le web ou pas, reprenant en boucle ce qui se passe sur les r\u00e9seaux sociaux ou pas, les commentant ou pas, les prolongeant ou pas&#8230;<br \/>\nEt d\u2019\u00e9couter l\u2019histoire qui prend forme \u00e0 mesure que les messages s\u2019affichent : Diyaa Yamout s\u2019est suicid\u00e9. Le guide anarchiste est mort. S\u2019en suivent des paroles et des d\u00e9bats qui, pour autant qu\u2019ils prennent forme dans un espace virtuel, n\u2019en sont pas moins repr\u00e9sentatifs d\u2019une r\u00e9alit\u00e9. R\u00e9alit\u00e9 o\u00f9 la pens\u00e9e, le dogme, l\u2019interdit, la libert\u00e9 du sujet font de ce geste un th\u00e8me qui nourrira le d\u00e9bat o\u00f9 le religieux, le politique ont leur mot \u00e0 dire.<br \/>\nOu quand l\u2019intime et le symbolique, le priv\u00e9 et le public, le biographique et l\u2019historique interf\u00e8rent, se t\u00e9l\u00e9scopent, se heurtent et font entendre plusieurs voix.<br \/>\nNaturellement, si la page Facebook faisait \u00e9cran, on en resterait l\u00e0 avec cette installation de Lina Saneh et Rabih Mrou\u00e9. Et d\u2019une certaine mani\u00e8re, on pourrait alors d\u00e9plorer la pauvret\u00e9 du d\u00e9bat philosophique, la pauvret\u00e9 esth\u00e9tique et po\u00e9tique de ce dispositif qui restitue (peu importe le fictif des messages ou leurs authenticit\u00e9) les discussions du forum \u00e9rig\u00e9 en nouvelle agora. On en oublierait la pr\u00e9sence de la mama cosmique que fut Janis Joplin qui cl\u00f4t ce travail. On reprocherait le didactisme et la mani\u00e8re de le\u00e7on de 33 tours et quelques secondes.<br \/>\nEt on oublierait que ce dispositif met en avant un langage, une fa\u00e7on d\u2019appr\u00e9hender le langage avec ses codes, ses nouvelles \u00e9critures, sa syntaxe, son lexique&#8230; On oublierait qu\u2019un nouveau mode de pens\u00e9e (est-ce bien un mode) se d\u00e9veloppe. On oublierait que le mode \u00e9pistolaire vient ici \u00e0 \u00eatre concurrenc\u00e9 par ces messages qui d\u00e9jouent nos repr\u00e9sentations du temps, privil\u00e9giant l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 plut\u00f4t que l\u2019intervalle et le diff\u00e9r\u00e9. On oublierait que ce monde qui parle \u00e0 tout va oublie de s\u2019\u00e9couter, que l\u2019intempestif, l\u2019abr\u00e9g\u00e9, le r\u00e9actif\u2026 sont les nouvelles valeurs d\u2019un monde qui n\u2019en finit plus de \u00ab rebondir \u00bb. Infinitif repris \u00e0 l\u2019endroit m\u00eame du discours politique qui, pour autant qu\u2019il a adopt\u00e9 ce verbe, n\u2019en est toujours pas moins pesant et plombant.<br \/>\nEt de regarder 33 tours, d\u00e8s lors, pour ce qu\u2019il met en sc\u00e8ne : une absence. Un monde d\u2019absences o\u00f9 la technologie et le publicitaire (on sourit aux fen\u00eatres surgissantes qui invitent \u00e0 \u00ab agrandir son p\u00e9nis de 10 cm \u00bb) se substituent \u00e0 un autre monde, aujourd\u2019hui en crise, qui n\u2019en finit plus d\u2019\u00eatre dans une transition ind\u00e9cise. Un monde o\u00f9 le politique, qui pratique lui aussi l\u2019imm\u00e9diat et qui n\u2019entreprend plus de penser \u00e0 long terme, est lui aussi une sorte de Facebook ou fast food des id\u00e9es.<br \/>\nAussi 33 tours dit la maladie du corps social, sa vitalit\u00e9 contamin\u00e9e, son esth\u00e9tisation publicitaire, sa politisation sans polis\u2026 Si 33 tours rel\u00e8ve d\u2019un propos sur l\u2019absence, gageons alors que le geste de Lina Saneh et Rabih Mrou\u00e9 pointait un \u00e9tat du langage aujourd\u2019hui, du langage politique en l\u2019occurrence. Ou quand il n\u2019est plus de responsable du sens : ab-sens, comme l\u2019ont pens\u00e9 Foucault, Nancy, Derrida\u2026 ou comment finalement la toile (dit aussi le Net) qu\u2019on aura t\u00f4t fait de confondre avec une surface extensible accueillant toutes les libert\u00e9s, n\u2019est en d\u00e9finitive que le lieu du \u00ab tourner en rond \u00bb qui fait de 33 tours une petite heure qui souligne aussi que \u00ab \u00e7a ne tourne pas tr\u00e8s rond tout \u00e7a \u00bb.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/w_120707_rdl_1361-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" class=\"alignnone size-medium wp-image-2748\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au gymnase du Lyc\u00e9e Saint-Joseph, Lina Saneh et Rabih Mrou\u00e9 convoquent le spectateur une petite heure pour 33 tours et quelques secondes. 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