


{"id":690,"date":"2012-07-14T17:30:00","date_gmt":"2012-07-14T15:30:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=690"},"modified":"2012-07-14T17:30:00","modified_gmt":"2012-07-14T15:30:00","slug":"le-syndrome-de-down-et-le-theatre","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/le-syndrome-de-down-et-le-theatre\/","title":{"rendered":"Le syndrome de Down et le th\u00e9\u00e2tre"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p><em> <strong>De multiples questions \u00e9thiques et esth\u00e9tiques se l\u00e8vent quand on parle de l\u2019art des handicap\u00e9s mentaux, quoi qu\u2019il en soit : peinture, th\u00e9\u00e2tre, musique, \u00e9criture. A-t-on le droit de le traiter comme l\u2019art \u00ab des normaux \u00bb mais diff\u00e9rent? Est-ce qu\u2019il repr\u00e9sente un art \u00e0 part enti\u00e8re avec le label \u00absp\u00e9cifique \u00bb ? Ou alors cette cr\u00e9ation ne pr\u00e9sente-t-elle que le r\u00e9sultat de l\u2019art-th\u00e9rapie ? Une agitation \u00e0 peine saisissable flotte dans la salle Beno\u00eet-XII. En attendant une repr\u00e9sentation au festival d\u2019Avignon du Disabled Theater, le 13 juillet, des spectateurs s\u2019appr\u00eatent \u00e0 se retrouver face \u00e0 face \u00e0 ceux qui sont rejet\u00e9s par la societ\u00e9 : acteurs en situation de handicap mental, notamment, qui ont le syndrome de Down. Participant au Theater Hora, fond\u00e9 en 1993 \u00e0 Zurich, ils sont des acteurs professionnels, ayant une pratique du th\u00e9\u00e2tre et une exp\u00e9rience du public. Michael Elber, metteur en sc\u00e8ne de ce th\u00e9\u00e2tre, ex\u00e9cute des r\u00e9p\u00e9titions avec ses artistes, montant des spectacles d\u2019apr\u00e8s les pi\u00e8ces de Shakespeare, Conrad ou Fellini. J\u00e9r\u00f4me Bel, cherchant au cours de sa voie artistique de nouvelles formes d\u2019art qui contiendraient un d\u00e9fi contre le r\u00e9gime \u00e9conomique et social, a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 par Michael Elber pour diriger le travail des com\u00e9diens. Il a eu la pratique du th\u00e9\u00e2tre \u00ab documentaire \u00bb avec des danseurs (V\u00e9ronique Doisneau en 2004, Pichet Klunchun and Myself en 2005, C\u00e9dric Andrieux en 2009), dont empreintes se d\u00e9voilent dans le \u00ab Disabled Theater \u00bb.<\/strong> <\/em><br \/>\nIl propose aux handicap\u00e9s des exercices simples bas\u00e9s sur l\u2019improvisation sans aucune obligation d\u2019endosser le r\u00f4le. Par cons\u00e9quent, la structure de la pi\u00e8ce est \u00e9l\u00e9mentaire, les acteurs ne pr\u00e9sentant qu\u2019eux-m\u00eame.<br \/>\nIl y a onze chaises sur le plateau nu, onze bouteilles de Cristaline au c\u00f4t\u00e9 de chacune. Une femme (Simone Truong) devant un ordinateur se trouvant pr\u00e8s des coulisses annonce qu\u2019elle va \u00eatre interpr\u00e8te pour le public, les acteurs ne parlant que suisse allemand. Elle invite le premier com\u00e9dien \u2013 la confrontation d\u00e9marre. Il s\u2019agit d\u2019entrer sur la sc\u00e8ne et rester l\u00e0 dans le silence pendant une minute. En ce moment-l\u00e0 on regarde fixement les acteurs entrer chacun \u00e0 son tour sur le plateau, essayant d\u2019approprier l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 ou de d\u00e9celer des ressemblances avec nous.<br \/>\nCette premi\u00e8re action devient une sorte de rencontre initiale afin d\u2019introduire l\u00e9g\u00e8rement des acteurs dans la situation de repr\u00e9sentation. Toutes les autres seront r\u00e9alis\u00e9es avec une sinc\u00e9rit\u00e9 totale et absolue. Une certaine g\u00eane s\u2019\u00e9tablit, le public se transformant en un voyeuriste contre son gr\u00e9. Ces acteurs ne savent pas mentir, n\u2019ayant aucune notion de la simulation. D\u2019ailleurs, on doute parfois de leur n\u00e9cessit\u00e9 du public : quelques-uns ne ressentent aucune relation avec la salle, chaque com\u00e9dien poss\u00e9dant sa situation particuli\u00e8re de handicap.<br \/>\nUne autre t\u00e2che : dire son nom, \u00e2ge et profession, ensuite, raconter son handicap, qui devient le moment le plus \u00e9mouvant et dur \u00e0 entendre. Leurs r\u00e9v\u00e9lations prononc\u00e9es basculent notre \u00e9tat paisible et met en valeur une distance insurmontable entre les spectateurs et les handicap\u00e9s. Il semble que certains acteurs ne se rendent pas compte de leur situation, ils ne profitent que d\u2019une possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre devant le public afin de montrer leurs talents, la sinc\u00e9rit\u00e9 des autres accentuent un ab\u00eeme entre eux et nous. Voici quelques citations :<br \/>\nUn gar\u00e7on, 20 ans : \u00ab Cela me d\u00e9range pas, tout simplement je suis plus lent que les autres et ma maman est parfois f\u00e2ch\u00e9e \u00bb ;<br \/>\nUne fille, 23 ans : \u00abJ\u2019ai la trisomie 21, c\u2019est-\u00e0-dire, j\u2019ai une chromosome de plus que vous tous, normaux, dans la salle \u00bb ;<br \/>\nUne femme, 41 ans : \u00ab Je suis mongolo\u00efde, putain de mongolo\u00efde. Et cela me fait mal \u00bb ;<br \/>\nUne fille, 19 ans : \u00ab J\u2019ai le syndrome de Down et je suis d\u00e9sol\u00e9e \u00bb.<br \/>\n            En outre de ces confidences les acteurs pr\u00e9sentent leurs danses qu\u2019ils ont invent\u00e9es selon leur propre chor\u00e9graphie, accompagn\u00e9es d\u2019une musique choisie \u00e0 leur go\u00fbt. Presque tous ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 des chansons rythmiques sauf un homme qui a eu l\u2019engouement pour le jazz. Certains ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des capacit\u00e9s extraordinaires de la sensation du rythme et des talents de copier et reproduire minutieusement des mouvements de danse qu\u2019ils auraient d\u00fb voir dans des clips vid\u00e9os. Certes, on ne pourrait aucunement les comparer avec des danses professionnelles, pour autant cette exp\u00e9rience sc\u00e9nique constitue un moyen de communication pour les com\u00e9diens du Theater Hora, voire la possibilit\u00e9 de l\u2019adaptation \u00e0 la vie ordinaire.<br \/>\nDes spectateurs applaudissent afin d\u2019encourager les artistes, sourient et rient mal \u00e0 propos, au m\u00eame temps quelques-uns n\u2019arrivent pas \u00e0 se retenir de pleurer. Un sentiment ambigu ne me quitte pas : comment est-ce qu\u2019on doit r\u00e9agir ? Faudrait-il qu\u2019on fasse semblent d\u2019\u00eatre heureux et amus\u00e9 tout en compatissant et en comprenant notre impuissance de corriger leur situation ? De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, nos larmes ne sont pas non plus tr\u00e8s attendues, surtout si des acteurs aspirent \u00e0 partager pleinement la vie \u00ab des normaux \u00bb. De nouveau, un aveu franc remet en question une r\u00e9action rieuse du public: \u00ab Je ne sais pas comment traiter cette pi\u00e8ce. Mes parents n\u2019ont pas aim\u00e9. Apr\u00e8s le spectacle ma soeur a pleur\u00e9 dans la voiture. Elle a dit que nous sommes comme des b\u00eates dans le zoo \u00bb.<br \/>\nIl est possible que cette pi\u00e8ce vise \u00e0 rendre la soci\u00e9t\u00e9 plus charitable, \u00e0 d\u00e9masquer sa sensibilit\u00e9, \u00e0 faire appel \u00e0 son humanit\u00e9. En plus, on d\u00e9terre le fameux probl\u00e8me de la tol\u00e9rance exigeant de \u00ab faciliter la vie des handicap\u00e9s tout en les sociabilisant \u00bb. N\u00e9anmoins, tant qu\u2019on r\u00e9fl\u00e9chit sur l\u2019aspect \u00e9thique de ce type de repr\u00e9sentation, on se permet de poser une question : est-ce que la r\u00e9v\u00e9lation au grand public de l\u2019art des handicap\u00e9s mentaux est l\u00e9gitime par rapport \u00e0 eux-m\u00eames dans le sens du secret m\u00e9dical? Leur cr\u00e9ation \u00e9tant le r\u00e9sultat d\u2019un organisme malade ne doit-elle pas \u00eatre gard\u00e9e confidentielle ?<br \/>\nPourtant, tout expos\u00e9 plus haut porterait, probablement, une pointe de rh\u00e9torique, car notre \u00e9poque de d\u00e9rives des rep\u00e8res ne trouverait pas bient\u00f4t une r\u00e9ponse claire et d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 ces interrogations.<\/p>\n<hr \/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De multiples questions \u00e9thiques et esth\u00e9tiques se l\u00e8vent quand on parle de l\u2019art des handicap\u00e9s mentaux, quoi qu\u2019il en soit : peinture, th\u00e9\u00e2tre, musique, \u00e9criture. A-t-on le droit de le traiter comme l\u2019art \u00ab des normaux \u00bb mais diff\u00e9rent? Est-ce qu\u2019il repr\u00e9sente un art \u00e0 part enti\u00e8re avec le label \u00absp\u00e9cifique \u00bb ? Ou alors cette cr\u00e9ation ne pr\u00e9sente-t-elle que le r\u00e9sultat de l\u2019art-th\u00e9rapie ? Une agitation \u00e0 peine saisissable flotte dans la salle Beno\u00eet-XII. 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