


{"id":694,"date":"2012-07-12T18:00:00","date_gmt":"2012-07-12T16:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=694"},"modified":"2012-07-12T18:00:00","modified_gmt":"2012-07-12T16:00:00","slug":"cherkaoui-cherche-quoi","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/cherkaoui-cherche-quoi\/","title":{"rendered":"Cherkaoui cherche quoi?"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p><em> <strong>Puz\/zle est la derni\u00e8re cr\u00e9ation chor\u00e9graphique de Sidi Larbi Cherkaoui, mont\u00e9e sp\u00e9cialement pour les Carri\u00e8res de Boulbon. Th\u00e8me principal du spectacle, la pierre s\u2019est trouv\u00e9e \u00eatre un mat\u00e9riau de recherche pour le corps des danseurs. La danse physique et th\u00e9\u00e2trale se met au service d\u2019un mouvement de reproduction permanent.<\/strong> <\/em><br \/>\n Sidi Larbi Cherkaoui est un artiste qui a beaucoup travaill\u00e9 en collaboration, avant de cr\u00e9er sa propre compagnie East man en 2010. Dans Puz\/zle il dit s\u2019\u00eatre int\u00e9ress\u00e9 aux diff\u00e9rents m\u00e9canismes d\u2019agencement et d\u2019assemblement d\u2019espace en incessante mutation. Pour se faire, il \u00e9labore un puzzle \u00e0 trois pi\u00e8ces.<br \/>\n<em>Premi\u00e8re pi\u00e8ce.<\/em><br \/>\nDans un espace naturellement rocheux se confondent les structures de pierres du chor\u00e9graphe, habill\u00e9es d\u2019une douce lumi\u00e8re souterraine. Un labyrinthe de pi\u00e8ces est projet\u00e9 sur un rocher. Orchestr\u00e9 de sons lourds, la vid\u00e9o d\u00e9file lentement, plongeant le spectateur dans des lieux qui se r\u00e9p\u00e8tent. Le cheminement recommence jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des danseurs, qui tentant de traverser les images, la font dispara\u00eetre. S\u2019en suit une douce lutte entre les corps et la roche qui s\u2019y reprennent \u00e0 plusieurs fois comme pour chercher \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer la mati\u00e8re, \u00e0 faire corps avec elle. Les tentatives se multiplient, mais en vain une des pierres c\u00e8de, entra\u00eenant avec elle la chute des autres. Le bloc fait place \u00e0 un gigantesque escalier que nos danseurs essaient de gravir. Ces derniers se laissent aller \u00e0 leur souplesse et se d\u00e9placent dans une \u00e9nergie particuli\u00e8re. En effet, le tronc du corps d\u00e9ambule avec lenteur, tandis que ses parties s\u2019agitent et virevoltent dans tous les sens. Les chanteurs perch\u00e9s en haut de la carri\u00e8re, rejoignent la sc\u00e8ne pour accompagner au plus pr\u00e8s de leur voix la danse. Leur place sur le plateau n\u2019est pas \u00e9vidente, car leur gestuel de chanteurs, contraste fortement avec celle des danseurs.<br \/>\nPar ailleurs on appr\u00e9cie la diversit\u00e9 des voix qui s\u2019harmonise autour d\u2019une touchante polyphonie. Les interpr\u00e8tes quant \u00e0 eux s\u2019accouplent si bien que parfois, on ne discerne plus \u00e0 qui appartient les membres. Sur des airs de buto, les corps se d\u00e9forment dans une volont\u00e9 de briser la chair, l\u2019ouvrir, la s\u00e9parer. On croirait assister \u00e0 un organisme affect\u00e9 par un virus, tant la multiplicit\u00e9 des gestes cr\u00e9e un flux agonisant. A chaque danseur on reconna\u00eet une gestuelle particuli\u00e8re, qu\u2019il s\u2019agisse de la technicit\u00e9, de la souplesse ou de l\u2019\u00e9nergie, d\u00e9fiant ainsi l\u2019\u00e9quilibre et la gravit\u00e9. Puis ensemble, ils prennent des pierres \u00e0 la main et se mettent \u00e0 les casser comme pour illustrer une recherche autour de la mati\u00e8re rocheuse. L\u2019exploration n\u2019est jamais pleinement r\u00e9alis\u00e9e et r\u00e9duite \u00e0 son \u00e9vocation. A l\u2019exception d\u2019une s\u00e9quence mettant enfin les corps \u00e0 l\u2019\u00e9preuve. Cela se passe juste apr\u00e8s que les danseurs aient agit\u00e9 les pierres. A  peine repos\u00e9es, les corps se dressent tous ensemble et se mettent \u00e0 sautiller sur le sol. L\u2019agitation para\u00eet agir sur eux et non pas \u00eatre d\u00e9clench\u00e9e par eux. Tout se passe comme si le mouvement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du caillou battu devenait le leur. De ses rebonds \u00e9manent une vraie force qu\u2019on sent venir de loin, de l\u2019int\u00e9rieur de la pierre en apparence fig\u00e9e. L\u2019exp\u00e9rience ici fonctionne car la m\u00e9tamorphose des corps est v\u00e9cue sensiblement et non simul\u00e9e.<br \/>\nC\u2019est dans un va et vient permanent que les danseurs sont pris dans la mati\u00e8re et rejet\u00e9s par elle ; on ne saurait dire s\u2019ils s\u2019accouplent ou se s\u00e9parent. Cette dualit\u00e9 de la perception rend compte d\u2019une violente affinit\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments. La danse se construit autour d\u2019une qu\u00eate d\u2019int\u00e9grer un espace, d\u2019y trouver sa place. Ce d\u00e9sir d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 est tr\u00e8s pr\u00e9sent mais on est d\u00e9\u00e7u de le voir se manifester sous la forme d\u2019images convenues. Cette premi\u00e8re pi\u00e8ce du puzzle montre une nature brute, sauvage, originelle. Les danseurs illustrant la naissance et la formation des organismes vivants.<br \/>\n<em>Deuxi\u00e8me mouvement.<\/em><br \/>\nPuis ils r\u00e9apparaissent par\u00e9s de tissus pales et asym\u00e9triques. En cha\u00eene humaine, ils b\u00e2tissent tels les premiers hommes, une sorte de tour de Babel.<br \/>\nEn vraie gargouille, les interpr\u00e8tes se figent pour la premi\u00e8re fois dans une br\u00e8ve  immobilit\u00e9. Ils se remettent \u00e0 prendre vie, mais les mouvements (bien qu\u2019ex\u00e9cutants les m\u00eames genres de rapport de fusion et d\u00e9fusion) se dessinent avec moins de mollesse. Le geste est pr\u00e9cis, tonique et ma\u00eetris\u00e9. L\u2019humanit\u00e9 est pr\u00e9sent\u00e9e sous une forme m\u00e9canique, comme des pantins, ils se livrent \u00e0 des duels sur la sc\u00e8ne, reprenant les chor\u00e9graphies des combats de jeux vid\u00e9o. L\u2019homme appara\u00eet dans une volont\u00e9 de domination. Effectivement, les danseurs s\u2019ex\u00e9cutent \u00e0 des rituels \u00e9tranges d\u2019alliance et de meurtre. Les spectateurs se retrouvent eux-m\u00eames menac\u00e9s de jets de pierres par ces combattants qui avancent jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9border de la sc\u00e8ne. Les chanteurs quittent alors d\u00e9finitivement le plateau, laissant derri\u00e8re eux un \u00e9norme mur. La qualit\u00e9 des lumi\u00e8res durant la pi\u00e8ce surprend notre regard \u00e0 passer d\u2019un lieu \u00e0 un autre, faisant exister l\u2019espace qui pourtant est install\u00e9 par les danseurs \u00e0 vue.<br \/>\n<em>Troisi\u00e8me mouvement.<\/em><br \/>\nDans une sorte de suite pr\u00e9visible, les danseurs r\u00e9apparaissent, cette fois v\u00eatus d\u2019habits contemporains. La vid\u00e9o du d\u00e9but refait surface. Un danseur court \u00e0 nouveau apr\u00e8s le labyrinthe pour vouloir s\u2019y introduire. La construction de la pi\u00e8ce, qui se veut exp\u00e9rimentale et spirituelle, conserve finalement le sch\u00e9ma classique d\u2019une narration o\u00f9 l\u2019\u00e9ternel recommencement est mis \u00e0 l\u2019honneur, bouclant la boucle d\u00e9j\u00e0 boucl\u00e9e !<br \/>\nLa tour de Babel devient un large immeuble sur lequel si\u00e8gent certains danseurs-blocs de pierres. D\u2019autres arrivent avec perceuses, ciseaux carbures et marteaux ; ils se mettent \u00e0 sculpter les statues humaines. Le fait d\u2019avoir vu pendant plus d\u2019une heure une nature sauvage et libre, qui soudainement vient se faire tailler et discipliner par les hommes, provoque le rire de toute la salle.  Cette s\u00e9quence intervient comme une v\u00e9ritable rupture qui justifie les \u00e9clats de rires d\u00e9finit par Bergson comme une chute. Ce dernier tableau nous montre, sans grand \u00e9tonnement, l\u2019\u00e9volution de l\u2019homme \u00e0 nos jours, avec ses corps, qui malgr\u00e9 le temps qui a pass\u00e9, restent dans un flux d\u2019accouplement et de mort.<br \/>\nLa mort, quant \u00e0 elle, est repr\u00e9sent\u00e9e au pied d\u2019un grand mur, devant lequel les danseurs se font fusiller.  Le spectacle s\u2019ach\u00e8ve sur un tag de porte ouverte \u00e0 la surface de la pierre, o\u00f9 chacun y d\u00e9posera l\u2019empreinte de sa main,  en \u00e9cho aux peintures des hommes des cavernes. La pi\u00e8ce se finit sur l\u2019id\u00e9e d\u2019un \u00e9ternel recommencement de l\u2019histoire humaine, guid\u00e9e par un danseur peint en blanc, sorte de divinit\u00e9, qui reste seul en sc\u00e8ne, annon\u00e7ant un nouveau d\u00e9part.<br \/>\nOn appr\u00e9cie l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 du d\u00e9cor qui ne cesse de se transformer et d\u2019agencer de nouveaux espaces. Tant\u00f4t labyrinthe, tombeau ou \u00e9difice. Mais la transposition du \u00ab fonctionnement biologique aux rapports sociaux humains \u00bb[[S.L. Cherkaoui cit\u00e9 dans le programme du Festival d\u2019Avignon 2012.<br \/>\n]]- , celle de l\u2019histoire pass\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque actuelle, et les pas de la chor\u00e9graphie sont st\u00e9riles et convenus. Le chor\u00e9graphe se repose sur la beaut\u00e9 du d\u00e9cor, des lumi\u00e8res, des chants et de la gr\u00e2ce du danseur, \u00e9puisant ainsi toutes les ficelles du spectaculaire. L\u2019exploration \u00e9choue sous la forme de l\u2019illustration, r\u00e9duisant le spectacle \u00e0 une superficialit\u00e9.  Le public se lasse assez vite de la logique r\u00e9p\u00e9titive des mouvements. Et peut s\u2019indigner de la facilit\u00e9 \u00e0 utiliser de belles images (souvent bibliques,  pr\u00e9sentes dans l\u2019imaginaire collectif) satisfaisant ainsi le ravissement des spectateurs \u00e0 les reconna\u00eetre. Cherkaoui met en sc\u00e8ne des lieux communs dans une esth\u00e9tique qui se veut exp\u00e9rimentale et originale. Mais le maquillage spectaculaire ne parvient pas \u00e0 camoufler  la pauvret\u00e9 de la cr\u00e9ation.<br \/>\n\ufeff&#8212;&#8212;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Puz\/zle est la derni\u00e8re cr\u00e9ation chor\u00e9graphique de Sidi Larbi Cherkaoui, mont\u00e9e sp\u00e9cialement pour les Carri\u00e8res de Boulbon. Th\u00e8me principal du spectacle, la pierre s\u2019est trouv\u00e9e \u00eatre un mat\u00e9riau de recherche pour le corps des danseurs. La danse physique et th\u00e9\u00e2trale se met au service d\u2019un mouvement de reproduction permanent. Sidi Larbi Cherkaoui est un artiste qui a beaucoup travaill\u00e9 en collaboration, avant de cr\u00e9er sa propre compagnie East man en 2010. 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