


{"id":697,"date":"2012-07-12T17:56:00","date_gmt":"2012-07-12T15:56:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=697"},"modified":"2012-07-12T17:56:00","modified_gmt":"2012-07-12T15:56:00","slug":"sans-titre-de-cohen-le-dessous-de-lintimite","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/sans-titre-de-cohen-le-dessous-de-lintimite\/","title":{"rendered":"Sans titre de Cohen : le dessous de l&rsquo;intimit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211;<br \/>\n<em> <strong>Le performeur Steven Cohen \u00e9branle son public avec ses inclassables interventions donn\u00e9es dans les lieux difficiles \u00e0  imaginer d&rsquo;\u00eatre ceux pour une repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale. Alors, le 11 juillet 2012 le public est invit\u00e9 dans un lieu secret et normalement cach\u00e9 des regards des autres: le sous-sol de la sc\u00e8ne de la Cour d&rsquo;honneur du Palais des Papes en Avignon. Des spectateurs vont porter t\u00e9moignage de la naissance de la performance de Steven Cohen \u00c2\u00ab Sans titre. Pour raisons l\u00e9gales et \u00e9thiques \u00c2\u00bb. Les r\u00e9flexions de Cohen sur le journal intime d&rsquo;un juif ayant v\u00e9cu en France pendant la Seconde Guerre mondiale sont devenues une source de cette cr\u00e9ation. Toutefois, le th\u00e8me de l&rsquo;Holocauste et du racisme n&rsquo;est pas trop loin du performeur m\u00eame : ses grands-parents juifs ont \u00e9chapp\u00e9 au r\u00e9gime nazi s&rsquo;\u00e9tant abrit\u00e9s en Afrique du Sud.<\/strong> <\/em><br \/>\nDepuis longtemps, Steven Cohen ne cesse de s\u2019interroger sur son identit\u00e9, sur les relations entre la politique actuelle et ses propres positions qui sont excessivement diff\u00e9rentes. Il se d\u00e9crit comme  \u00ab un sud-africain, blanc, juif et homosexuel \u00bb, ainsi il lance un d\u00e9fi \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, en se pr\u00e9sentant en tant que m\u00e9lange rare de plusieurs extr\u00eames.<br \/>\nTr\u00e8s sensible \u00e0 l\u2019attitude des autres par rapport aux minorit\u00e9s, il met leurs difficult\u00e9s en valeur en en parlant avec violence et avec une certaine cruaut\u00e9. En attirant l\u2019attention des spectateurs \u00e0 des masses populaires, d\u00e9munies et ins\u00e9curis\u00e9es, le performeur fait une tentative de briser une vision occidentale du capitalisme vis\u00e9 \u00e0 l\u2019enrichissement tout en ignorant les souffrances de la pauvret\u00e9 qui reste toujours consid\u00e9rable. Pour cette raison il d\u00e9ambule d\u00e9guis\u00e9 en un vrai chandelier dans les banlieues des SDF de Johannesburg (sa ville natale) et il prend contact avec des gens priv\u00e9s de leurs habitations \u00e0 cause de la destruction de ces maisons par l\u2019ordre de la municipalit\u00e9 de la ville (en 2001).<br \/>\nEn 2009 il cr\u00e9e \u00abGolgotha \u00bb dans les rues de New-York, notamment sur le Wall Street. V\u00eatu en complet homme il marche sur les talons \u00e9normes qui repr\u00e9sentent des cr\u00e2nes humains. Une m\u00e9taphore provocatrice est bien lisible, ne serait-ce que le lien entre l\u2019ambiance du quartier signifiant le pouvoir de l\u2019argent et la marche sur les cr\u00e2nes la fait vigoureusement parlante. Cette performance rend hommage \u00e0 son fr\u00e8re qui s\u2019est suicid\u00e9 \u00e0 cause des probl\u00e8mes financiers. De cette fa\u00e7on, Steven Cohen revendique la connaissance des gens en la puissance \u00e9conomique ravageant la vie d\u2019un individu.<br \/>\nL\u00e0, sous le Palais des Papes le performeur continue \u00e0 explorer sa m\u00e9thode de critiquer le monde contemporain d\u2019une mani\u00e8re r\u00e9trospective. Il s\u2019adresse au journal intime d\u2019il y a soixante-dix ans plein de desseins, de notes, de pens\u00e9es, de marques de l\u2019\u00e9poque, reliant le pass\u00e9 et sa propre exp\u00e9rience d\u2019avoir v\u00e9cu dans l\u2019apartheid, un milieu oppos\u00e9 \u00e0 la politique de l\u2019Afrique du Sud. Il s\u2019est trouv\u00e9 que l\u2019\u00e9tat de sa famille opprim\u00e9e, quitt\u00e9e l\u2019Europe en qu\u00eate d\u2019une vie sereine, \u00e9tait devenu compl\u00e8tement inverse, voire oppresseur dans ce r\u00e9gime. M\u00eame si Steven Cohen met en valeur le th\u00e8me de l\u2019Holocauste dans son nouveau travail, ses traces ne sont perceptibles que dans certains \u00e9pisodes.<br \/>\nLe sous-sol du Palais des Papes avec un plafond bas se remplit assez vite. On d\u00e9couvre \u00e9tonnement un banc en pierre sortant des murs, s\u2019\u00e9tendant tout au long de trois murs qui forment une sorte de salle. Au-dessus de t\u00eates des spectateurs passe un tuyau transparent et dans le c\u00f4t\u00e9 jardin s\u2019\u00e9l\u00e8ve un syst\u00e8me spiral des tuyaux. Le d\u00e9but du spectacle s\u2019annonce par un bruit l\u00e9ger dans les tuyaux \u2013 ce sont des rats qui y courent, tr\u00e8s visibles, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de nos t\u00eates. Pour la plupart des gens les rats \u00e9veillent un sentiment de d\u00e9go\u00fbt, d\u2019horreur et de peur. Il semble que cette d\u00e9marche donne un ton primordial pour toute la performance, faisant na\u00eetre l\u2019horreur qui a \u00e9t\u00e9 une marque essentielle de la Shoah. L\u2019attention aux rats est bient\u00f4t d\u00e9tourn\u00e9e par la projection d\u2019une vid\u00e9o en noir et blanc sur l\u2019\u00e9cran au fond du c\u00f4t\u00e9 cour. La m\u00eame vid\u00e9o est projet\u00e9e sur le sol pour les spectateurs qui se posent \u00e0 gauche. Alors on voit un homme presque nu, coinc\u00e9 dans un petit espace d\u2019o\u00f9 il essaye de sortir. Dans quelques instants Steven Cohen (qui \u00e9tait dans la vid\u00e9o) appara\u00eet devant le public passant par l\u2019ouverture d\u2019un mur : en corset de femme, le sexe en une voile transparente, juch\u00e9 sur des cothurnes hauts de fer, dont les semelles sont des \u00e9crans allum\u00e9s. Steven Cohen progressant lentement de cour \u00e0 jardin s\u2019\u00e9vertue \u00e0 faire des num\u00e9ros acrobatiques pour pr\u00e9senter \u00e0 chaque spectateur des \u00e9crans sur lesquels on distingue la lecture film\u00e9e par un inconnu du journal intime. Le spectateur devient un v\u00e9ritable complice du performeur, Cohen lui montrant personnellement le journal num\u00e9ris\u00e9. Une sensation de r\u00e9pulsion se manifeste aussi, parce que on voit clairement la p\u00e9rin\u00e9e de l\u2019artiste, parce qu\u2019il s\u2019allonge sur le sol et monte ses jambes vers le spectateur. On pourrait bien dire que cela implique la r\u00e9pugnance comme un renforcement du sentiment provoqu\u00e9 par les rats.<br \/>\nAu cours de sa promenade lente et symbolique, on voit sur l\u2019\u00e9cran derri\u00e8re lui une vid\u00e9o choquante des \u00e9bats d\u2019une femme nue avec un serpent, accompagn\u00e9s d\u2019une musique juive. Ayant atteint le centre de la sc\u00e8ne, ou plut\u00f4t d\u2019un espace de repr\u00e9sentation, l\u2019artiste grimpe sur une \u00e9l\u00e9vation de pierre et met en marche une autre musique. Il prend une cam\u00e9ra de surveillance et la passe sur sa peau, son visage, l\u2019enfonce dans sa bouche nous permettant de d\u00e9couvrir ses amygdales et les particularit\u00e9s de ses dents, alors que son image est projet\u00e9e sur l\u2019\u00e9cran. Brusquement l\u2019image s\u2019entrecoupe d\u2019une vid\u00e9o r\u00e9v\u00e9lant les pages du journal intime, se focalisant sur des inscriptions et des petits dessins qui s\u2019entrem\u00ealent dans un collage cin\u00e9matographique avec des preuves de l\u2019\u00e9poque hitl\u00e9rienne (photos, journaux, papiers officiels, passeports), de la p\u00e9riode de l\u2019apartheid en Afrique du Sud (les titres des journaux portant le nom de Nelson Mandela, pr\u00e9sident lib\u00e9rateur, photos, textes). Il se compose par le passage de la cam\u00e9ra sur les papiers aupr\u00e8s de Steven Cohen. Diff\u00e9rents sons, multiples extraits des chansons de l\u2019\u00e9poque, fran\u00e7aises et juives, les discours enregistr\u00e9s pendant la Seconde Guerre mondiale et surtout sur l\u2019Holocauste suivent l\u2019encha\u00eenement des images. Ainsi, se d\u00e9voilent des traces diverses de l\u2019\u00e9poque mais d\u2019une mani\u00e8re assez fugitive et pas tr\u00e8s convaincante, mais \u00e9voquant une masse des allusions et souvenirs, des id\u00e9es, comme si l\u2019on retrouvait un coffre ancien gardant des objets poussi\u00e9reux \u00e9tant chers \u00e0 notre coeur. Apparemment, le th\u00e8me de l\u2019Holocauste est un sujet historique tr\u00e8s d\u00e9licat, assez r\u00e9cent qui n\u2019est pas encore soign\u00e9 par le temps. Certes, il est possible de sentir l\u2019horreur plus perceptible en regardant des documentations sur l\u2019\u00e9poque. Steven Cohen cherche \u00e0 fuir une relation directe avec les objets (qui constituent d\u2019ailleurs une sorte de naturalisme sur sc\u00e8ne) et \u00e0 imposer une horreur d\u2019une autre mani\u00e8re.<br \/>\nUne fois l\u2019\u00e9pisode achev\u00e9, Cohen se rel\u00e8ve et poursuit la marche qui r\u00e9p\u00e8te les m\u00eames actions : l\u2019allongement et la montre des semelles-\u00e9crans aux spectateurs. Se lance une autre vid\u00e9o porno des amusements d\u2019une femme avec un poisson. Une questionne \u00e9merge : faut-il chercher une symbolique \u00e9ventuelle de ces \u00e9pisodes qui donneraient une autre approche \u00e0 analyser cette performance ou non ? Au premier abord, il para\u00eet juste de conclure que cela n\u2019a pour objet que de choquer le public afin de faire sortir une nouvelle bouff\u00e9e d\u2019aversion. Il vaut mieux quand m\u00eame remarquer que ces vid\u00e9os ne sont pas priv\u00e9es d\u2019un certain humour, aussi bien qu\u2019une sc\u00e8ne avec les rats : le tuyau spiral commence \u00e0 s\u2019emplir par des scintillements mobiles de petites lampes diodes qui sont attach\u00e9es aux rats. Le public ne regarde plus le performeur, il se laisse charmer par le jeu d&rsquo;une lumi\u00e8re r\u00e9fl\u00e9chissante dans les courbures du spiral transparent.<br \/>\nSteven Cohen a atteint le jardin, il s\u2019est d\u00e9chauss\u00e9, enlevant ses cothurnes pesant 7 kilos chacun, est rentr\u00e9 \u00e0 l\u2019ouverture dans le mur et il a abandonn\u00e9 les spectateurs, ainsi, on peut croire que la performance se termine d\u2019autant plus que la fin est annonc\u00e9e par l\u2019enregistrement des applaudissements.<br \/>\nLa figure du performeur sur ses cothurnes donnent quelques indices : au premier lieu, le rappel \u00e0 la trag\u00e9die grecque qui rime avec le sujet de la performance, au deuxi\u00e8me, aux instruments de torture, qui nous font penser aux martyres \u00e9prouv\u00e9s par les juifs dans les camps de concentration. Autrement dit, chaque dispositif dans cette performance a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9 pour provoquer un brin d\u2019horreur chez le spectateur qui ne pourrait \u00eatre jamais compar\u00e9e avec celle qui avait \u00e9t\u00e9 en r\u00e9alit\u00e9. Pourtant, Steven Cohen travaille sur l\u2019envahissement de l\u2019espace, ce qui permet de constater que son passage de cour \u00e0 jardin constituant l\u2019essentiel du spectacle, lui sert d\u2019un moyen de r\u00e9unir le public afin de lui faire sentir l\u2019unit\u00e9 et la complicit\u00e9, autant que la r\u00e9pugnance, en posant plus de questions que donnant des r\u00e9ponses. La confiance et l\u2019intimit\u00e9 mises \u00e0 l\u2019\u00e9preuve ne r\u00e9sistent pas et finissent par se transformer en un sentiment confus et perplexe, laissant le public embarrass\u00e9 et scandalis\u00e9 par des images agressives.<br \/>\nLe jeu des concepts du priv\u00e9 (le journal intime, la nudit\u00e9 d\u2019un corps) et du public (l\u2019\u00e9tat de repr\u00e9sentation) rend ces derniers flous, ambigus et remis en questions. La seule notion que la performance rend constante : l\u2019histoire des oppressions et de l\u2019extermination des peuples ne se laisse pas oubli\u00e9e.<\/p>\n<hr \/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211; Le performeur Steven Cohen \u00e9branle son public avec ses inclassables interventions donn\u00e9es dans les lieux difficiles \u00e0 imaginer d&rsquo;\u00eatre ceux pour une repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale. 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