


{"id":698,"date":"2012-07-12T18:00:00","date_gmt":"2012-07-12T16:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=698"},"modified":"2012-07-12T18:00:00","modified_gmt":"2012-07-12T16:00:00","slug":"la-negation-du-temps-persistance-dun-rebus","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/la-negation-du-temps-persistance-dun-rebus\/","title":{"rendered":"La n\u00e9gation du temps, persistance d&rsquo;un r\u00e9bus"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;-<br \/>\n<em> <strong>Quoi de mieux que la Place de l\u2019Horloge pour pr\u00e9senter Refuse the Hour de William Kentridge et ses collaborateurs : Philip Miller \u00e0 la musique, Dada Masilo \u00e0 la danse, Catherine Meyburgh \u00e0 la vid\u00e9o et Adam Howard \u00e0 la direction musicale. Dans une improbable installation de machines, de dessins et d\u2019instruments, les danseurs et chanteurs, pendant plus d\u20191h30, mettent en place une \u00e9poustouflante c\u00e9l\u00e9bration du temps.<\/strong> <\/em><br \/>\n William Kentridge, auteur de films d\u2019animation, sculpteur, metteur-en-sc\u00e8ne, est avant tout, dessinateur. Le dessin au fusain, comme mat\u00e9riau pour cette cr\u00e9ation, prend pour point de d\u00e9part les conversations que l\u2019homme \u00e9change avec le physicien Peter Galison. \u00ab Nous avons parl\u00e9 du temps, mais, tr\u00e8s vite le temps a laiss\u00e9 place au destin et est devenu une m\u00e9taphore pour parler de ce qui se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du corps humain. \u00bb citation de l\u2019artiste sur le programme du festival.<br \/>\nPour se faire, le public assiste, d\u00e8s son entr\u00e9e, \u00e0 l\u2019\u00e9chauffement des chanteurs, musiciens et danseurs. On y voit Kentridge donner ses derni\u00e8res indications aux interpr\u00e8tes. Puis l\u2019homme se dirige vers sa table pour \u00e9crire ou dessiner. Noir. Une batterie suspendue bat le rythme du tic-tac de l\u2019horloge. La mesure est lanc\u00e9e.<br \/>\nLe metteur en sc\u00e8ne se place au centre de la sc\u00e8ne et confesse, en tant que narrateur, les lectures et recherches qui l\u2019ont amen\u00e9 \u00e0 ce projet et qui le fa\u00e7onnent. Les textes \u00e0 caract\u00e8re scientifique sont \u00e9crits dans une pure po\u00e9sie. Le r\u00e9cit de Pers\u00e9e, qui tue son grand-p\u00e8re  au lanc\u00e9 de disque, la th\u00e9orie du trou noir ainsi que celle de newton, sont \u00e9nonc\u00e9s et mises \u00e0 l\u2019\u00e9preuve, non pas en tant que th\u00e9orie ou le\u00e7on  du pass\u00e9. Mais, dans un m\u00e9lange de texte et de performance physique, ces textes servent  \u00e0 produire une pens\u00e9e en train de se faire. R\u00e9solument politique, l\u2019auteur oppose, dans son chapitre \u00ab Rendez-nous notre soleil \u00bb, le temps compt\u00e9 et rentabilis\u00e9 des europ\u00e9ens, au temps colonial de l\u2019Afrique du Sud.<br \/>\nRefuse the Hour d\u00e9fit le temps m\u00e9canique, le temps \u00ab int\u00e9rieur que nous poss\u00e9dons tous \u00bb mais surtout le temps de la repr\u00e9sentation. En effet, sur la sc\u00e8ne, transform\u00e9e en une sorte de laboratoire, les interpr\u00e8tes sont livr\u00e9s \u00e0 une s\u00e9rie d\u2019exp\u00e9riences, tentant d\u2019aborder toutes les formes de temps \u00e9voqu\u00e9es.  Une chanteuse v\u00eatue de bleu s\u2019exerce \u00e0 chanter au son d\u2019un micro distordant sa voix en directe. Elle bute sur les mots \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un disque ray\u00e9, qui refuse la projection d\u2019un nouveau son. Les chanteuses  de Berlioz font persister des notes jusqu\u2019\u00e0 l\u2019essoufflement, tout comme Kentridge qui, retenant sa respiration, semble vouloir arr\u00eater le temps. A travers de grands porte-voix, les artistes donnent \u00e0 voir un espace-temps \u00e9lastique. Ces tentatives demandent un effort qui parfois \u00e9choue, laissant ainsi l\u2019exp\u00e9rience irr\u00e9solue ; dans le m\u00eame \u00e9tat d\u2019incertitude et de r\u00e9bus qu\u2019au d\u00e9part.<br \/>\nC\u2019est avec humour et enthousiasme, que nos performers font face aux difficult\u00e9s et aux \u00e9checs de leur d\u00e9monstration. Les corps subissent des d\u00e9formations qui procurent diverses sensations, dans lesquelles le spectateur se d\u00e9couvre de l\u2019int\u00e9rieur. Ainsi ces cobayes en r\u00e9sistance, ne peuvent refuser leur destin, dict\u00e9 par un temps qui fuit inexorablement.<br \/>\nLe temps de la repr\u00e9sentation d\u00e9file aux rythmes de projections d\u2019images, de voix et de sons, qui battent sans cesse la mesure. Le tic-tac r\u00e9gulier de l\u2019horloge, qui d\u2019habitude nargue l\u2019homme angoiss\u00e9, se retrouve ici tortur\u00e9, \u00e0 la mani\u00e8re des montres molles de Dali. Les films anim\u00e9s d\u00e9composent les images, rembobinent la pellicule ou superposent les intrigues mettant en doute la progression du temps. Les musiques, elles aussi, malm\u00e8nent le tempo en d\u00e9sordonnant les rythmes, les faisant s\u2019entrecouper dans une harmonieuse d\u00e9sharmonie. Ce dispositif travaill\u00e9 et r\u00e9gl\u00e9, s\u2019exprime pourtant dans une forme inachev\u00e9e et en d\u00e9sordre. Tout se passe comme si \u00ab on brise un vase, on le secoue et on regarde ! \u00bb Ces \u00e9clats structur\u00e9s donnent la formidable impression d\u2019une \u0153uvre lib\u00e9r\u00e9e du carcan de la repr\u00e9sentation traditionnelle. Au-del\u00e0 du temps, Kentridge se risque avec une belle modestie, \u00e0 une forme artistique,  g\u00e9n\u00e9reuse et festive.<br \/>\nRefuse the Hour d\u00e9passe la notion du temps scientifique pour s\u2019int\u00e9resser au destin et aux fronti\u00e8res de nos soci\u00e9t\u00e9s contemporaines toujours mena\u00e7antes. C\u2019est avec r\u00e9manence que Kentridge rivalise avec l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re de la repr\u00e9sentation. Du m\u00eame coup, il r\u00e9ussit ce pari fou de mat\u00e9rialiser le temps \u00e0 partir des sensations int\u00e9rieures que les corps \u00e9prouvent, et de d\u00e9fier non pas le temps qui passe, mais l\u2019angoisse qu\u2019on s\u2019en fait ; faisant ainsi appara\u00eetre l\u2019homme dans sa dimension h\u00e9ro\u00efque.<\/p>\n<hr \/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;- Quoi de mieux que la Place de l\u2019Horloge pour pr\u00e9senter Refuse the Hour de William Kentridge et ses collaborateurs : Philip Miller \u00e0 la musique, Dada Masilo \u00e0 la danse, Catherine Meyburgh \u00e0 la vid\u00e9o et Adam Howard \u00e0 la direction musicale. Dans une improbable installation de machines, de dessins et d\u2019instruments, les danseurs et chanteurs, pendant plus d\u20191h30, mettent en place une \u00e9poustouflante c\u00e9l\u00e9bration du temps. 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