


{"id":700,"date":"2012-07-10T18:00:00","date_gmt":"2012-07-10T16:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=700"},"modified":"2012-07-10T18:00:00","modified_gmt":"2012-07-10T16:00:00","slug":"en-travaux-nuits-dincertitudes","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/en-travaux-nuits-dincertitudes\/","title":{"rendered":"En travaux : Nuits d&rsquo;incertitudes"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211;<br \/>\n<em> <strong>A la Manufacture, le pr\u00e9au CDR de Vire s\u2019est install\u00e9 pendant toute la p\u00e9riode du festival pour pr\u00e9senter \u00ab En travaux \u00bb \u00e9crit et mis en sc\u00e8ne par Pauline Sales1. Pendant une heure trente, une collision de deux \u00eatres que tout oppose se d\u00e9ploie. Lui, c\u2019est un homme, Andr\u00e9, chef de chantier, fran\u00e7ais. Elle, une femme, Sveltana, bi\u00e9lorusse. Elle travaille dans le b\u00e2timent. Elle n\u2019est pas blonde, pas grande, elle n\u2019attend pas les clients sur les boulevards des m\u00e9tropoles d\u2019Europe occidentale. Elle construit les maisons, les appartements de cette m\u00eame Europe. Il construit aussi, ces maisons, ces appartements, mais il b\u00e2tit depuis son enfance sa vie ici, pierre apr\u00e8s pierre, des clich\u00e9s et des certitudes bien encr\u00e9es. Il l\u2019a embauch\u00e9e pensant qu\u2019elle \u00e9tait il. Mais c\u2019est elle. Elle, sous les ordres, construit ici, ne pouvant plus construire o\u00f9 \u00ab ils ne font \u00e0 plus \u00e0 manger \u00bb. Les deux com\u00e9diens Anthony Poupard et H\u00e9l\u00e8ne Vivi\u00e8s racontent par \u00e9clats, par fragments, des \u00e9pisodes de cette rencontre et les impacts qui en d\u00e9coulent.<\/strong> <\/em><br \/>\nDans la salle, o\u00f9 la fraicheur apaise, la sc\u00e9nographie d\u2019une parcelle d\u2019un chantier nous accueille. Ces chantiers qui croissent dans les villes, ceux qui sont \u00e9vit\u00e9s de peur de se salir, de peur d\u2019\u00eatre pris dans un embouteillage. Ceux qu\u2019on voit chaque jour muer sans vraiment voir qui les meut. Ces chantiers dont les pancartes indiquent les ma\u00eetres d\u2019\u0153uvres, les financements publics, les entreprises priv\u00e9es ou parfois le r\u00e9sultat de ce qui s\u2019y construit. L\u00e0, c\u2019est un chantier de la S.B.A.M. \u00c0 l\u2019accueil des spectateurs, les deux acteurs sont au plateau, lui en avant sc\u00e8ne et elle tapit, \u00e0 l\u2019ombre, derri\u00e8re les barri\u00e8res m\u00e9talliques et le scotch rouge et blanc indicateur du danger. C\u2019est la musique qui donne le la. Un la, \u00e0 la mesure, de ce qui va se d\u00e9velopper dans ce spectacle. En effet, une confrontation musicale ouvre \u00ab en travaux \u00bb, une musique est percut\u00e9e par une autre, parfois l\u2019accord des musiques est possible, parfois la discorde est manifeste. Silence.<br \/>\nH\u00e9l\u00e8ne Vivi\u00e8s expose sa voix, le personnage de Sveltana, son accent. Elle pr\u00e9sente les clich\u00e9s\/fantasmes sur les filles de l\u2019est, le regard que Sveltana pose sur la France et ses habitants. Lui, Anthony Poupard pr\u00e9sente Andr\u00e9. Le rapport qu\u2019il a au travail et aux travailleurs \u00e9trangers, sa vie bien rang\u00e9e et ses certitudes. Les pr\u00e9sentations finies, Anthony Poupard d\u00e9chire le scotch, ouvre les barri\u00e8res. La confrontation peut avoir lieu, le r\u00e9cit de cette aventure commence. Mais la narration que Pauline Sales a mise en place participe du flash-bach qui met \u00e0 distance en donnant une vision r\u00e9trospective \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement. De la m\u00eame mani\u00e8re, l\u2019utilisation par les com\u00e9diens du \u00ab Je \u00bb et \u00ab Elle \u00bb ou \u00ab Je \u00ab et \u00ab Lui \u00bb d\u00e9crive une distanciation qui permet d\u2019entrer en connexion avec les personnages. Car ce n\u2019est pas la rencontre d\u2019une bi\u00e9lorusse et d\u2019un fran\u00e7ais dont il est question, c\u2019est la rencontre de Sveltana et Andr\u00e9. La suite des \u00e9pisodes donne par touches successives \u00e0 imaginer ce lien ; \u00ab ce fil invisible \u00bb dont Andr\u00e9 dit qu\u2019ils le percevaient tous les deux.  La construction de cette relation s\u2019imagine, s\u2019invente, se pr\u00e9cise en fonction des pi\u00e8ces du puzzle qui se joignent.<br \/>\nC\u2019est la nuit, leurs nuits. La premi\u00e8re o\u00f9 la journ\u00e9e finie, il n\u2019arrive pas \u00e0 rentrer \u00e0 la maison et \u00e0 d\u00e9faire ce lien. C\u2019est ce lieu o\u00f9 ils restent la nuit \u00e0 parler, \u00e0 chercher \u00e0 se comprendre. Lui est s\u00fbr, \u00ab et pourquoi il changerait \u00bb mais l\u00e0, face \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, \u00e0 l\u2019\u00e9trang\u00e8re quelque chose r\u00e9siste \u00e0 ses certitudes, quelque chose le d\u00e9place. C\u2019est peut-\u00eatre le rapport \u00e9troit qu\u2019elle entretient \u00e0 l\u2019art, \u00e0 la sculpture en particulier. C\u2019est sa proposition de regarder soit un film pornographique, soit un documentaire sur Tchernobyl. Elle, elle ne s\u2019expose pas, elle a une carapace, elle peut faire un striptease, elle reste en armure. Mais il est l\u00e0, perdu. Une confusion qui d\u00e9construit ce qu\u2019il avait fabriqu\u00e9 ou plut\u00f4t ce qui \u00e9tait pr\u00e9fabriqu\u00e9 en lui. Elle, c\u2019est une machine de d\u00e9molition, mais l\u00e0 au moment de fondre pour lui, elle fend l\u2019armure. Elle retrace la vision d\u2019une petite fille qui voit les fondations de sa maison, de son quartier d\u00e9molit du \u00e0 la radioactivit\u00e9 de Tchernobyl. Pauline Sales \u00e9voque cette attraction mais ce sont les mots qui les tiennent, c\u2019est l\u2019\u00e9change qui construit ou renforce leur lien. Un lien qui nait comme une fulgurance, comme un \u00e9lectrochoc et qui reste un danger. C\u2019est le danger du corps, de cette fronti\u00e8re qui, m\u00eame en se pr\u00e9servant, permet de \u00ab regarder \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019autre \u00bb.<br \/>\nCe corps, c\u2019est aussi celui des acteurs. Ils sont encr\u00e9s dans le sol d\u00e9gageant une animalit\u00e9. Il transpire d\u2019eux, une relation instinctive \u00e0 leurs corps et \u00e0 celui de l\u2019autre. Dans la cage qu\u2019est ce chantier, ils deviennent une proie et son pr\u00e9dateur. \u00c0 tour de r\u00f4le, ils prennent \u00e0 bras le corps l\u2019une ou l\u2019autre posture. C\u2019est le cas souvent de celui qui \u00e9coute l\u2019autre, il est aux aguets ou aux abois. Cela circule d\u2019un \u00e9tat \u00e0 l\u2019autre sans \u00eatre \u00ab mis en sc\u00e8ne \u00bb, sans \u00eatre fig\u00e9. Ils sont c\u2019est tout. Leurs personnages sont dans un rapport terriens. Ils \u00e9voquent le corps, le rapport au corps, \u00e0 la fatigue, la douleur. Le corps, c\u2019est aussi la voix. Ce sont leurs voix transform\u00e9es qui donnent une incarnation. Loin d\u2019\u00eatre dans le clich\u00e9 de leurs personnages, elles donnent \u00e0 voir Sveltana et Andr\u00e9. L\u2019accentuation du texte donne une mati\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9criture.<br \/>\nPauline Sales et l\u2019\u00e9quipe de cr\u00e9ation mettent en place un espace concret pour raconter les nuits de ce couple improbable qui tisse un lien fragile et dangereux ou sont pr\u00e9sents les risques de la nuit, les craintes de l\u2019\u00e9tranget\u00e9 et le d\u00e9placement que produit une rencontre. Ce m\u00eame d\u00e9placement, cette m\u00eame m\u00e9tamorphose qui existe \u00e0 la rencontre d\u2019une \u0153uvre d\u2019art. L\u2019art est une langue \u00e9trang\u00e8re qui per\u00e7ut devient la d\u00e9couverte d\u2019un nouveau continent avec ses p\u00e9rils et ses doutes.<br \/>\nDistibution : Auteur et Metteur en sc\u00e8ne : Pauline SALES \/Interpr\u00e9tation : H\u00e9l\u00e8ne VIVI\u00c8S, Anthony POUPARD\/ Sc\u00e9nographie : Diane THIBAULT\/ Son : Fr\u00e9d\u00e9ric B\u00dcHL\/ Lumi\u00e8res : Micka\u00ebl PRUNEAU\/ Costumes : Collaboration de Malika MA\u00c7ON\/ Construction d\u00e9cor : Les ateliers du Pr\u00e9au\/ Direction technique : Bruno MONNEZ<br \/>\n1- N\u00e9e en 1969, elle est com\u00e9dienne et auteur. Ses pi\u00e8ces sont \u00e9dit\u00e9es aux Solitaires Intempestifs et \u00e0 l\u2019Arche. Elles ont \u00e9t\u00e9 mises en sc\u00e8ne par Richard Brunel, Marie-Pierre B\u00e9sanger, Philippe Delaigue, Laurent Laffargue, Jean-Claude Berutti. D\u2019octobre 2002 \u00e0 mai 2007, elle a \u00e9t\u00e9 auteur associ\u00e9e \u00e0 la Com\u00e9die de Valence (Centre Dramatique National Dr\u00f4me-Ard\u00e8che). Plusieurs de ses pi\u00e8ces sont traduites en anglais et en allemand et ont \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Elle collabore avec Silvia Berutti-Ronelt et Philippe Le Moine \u00e0 la traduction vers le fran\u00e7ais de pi\u00e8ces du r\u00e9pertoire contemporain de langue allemande et anglaise traduites. Elle a fait partie des intervenants du d\u00e9partement \u00e9criture de l\u2019Ensatt dirig\u00e9 par Enzo Cormann. Elle est membre de la coop\u00e9rative d\u2019\u00e9criture, un collectif d\u2019auteurs qui r\u00e9unit Fabrice Melquiot, Marion Aubert, Enzo Cormann, R\u00e9mi Devos, Samuel Gallet, David Lescot&#8230;\u00e2\u20ac\u00a8Depuis janvier 2009, elle codirige avec Vincent Garanger le Pr\u00e9au, Centre Dramatique R\u00e9gional de Basse-Normandie &#8211; Vire. Parmi les cr\u00e9ations du Centre Dramatique, elle est l\u2019auteur de \u00c0 l\u2019ombre mise en sc\u00e8ne par Philippe Delaigue, adaptatrice &#8211; avec Richard Brunel qui signe la mise en sc\u00e8ne &#8211; et interpr\u00e8te de J\u2019ai la femme dans le sang, d\u2019apr\u00e8s les farces conjugales de Georges Feydeau. Elle a traduit avec Philippe Le Moine Occupe-toi du b\u00e9b\u00e9 de Dennis Kelly mise en sc\u00e8ne par Olivier Werner et cr\u00e9\u00e9e \u00e0 la Colline en janvier 2011.\u00e2\u20ac\u00a8Elle est l\u2019auteur de De la salive comme oxyg\u00e8ne mise en sc\u00e8ne par Kheireddine Lardjam, une production du Th\u00e9\u00e2tre de Sartrouville et des Yvelines, CDN, dans le cadre du festival Odyss\u00e9es en Yvelines (2011) et de En travaux qu\u2019elle met en sc\u00e8ne.\u00e2\u20ac\u00a8Elle joue \u00e9galement dans La Campagne Martin Crimp | Vincent Garanger.\u00e2\u20ac\u00a8En travaux est sa premi\u00e8re mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n<hr \/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211; A la Manufacture, le pr\u00e9au CDR de Vire s\u2019est install\u00e9 pendant toute la p\u00e9riode du festival pour pr\u00e9senter \u00ab En travaux \u00bb \u00e9crit et mis en sc\u00e8ne par Pauline Sales1. 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