


{"id":704,"date":"2012-07-09T18:00:00","date_gmt":"2012-07-09T16:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=704"},"modified":"2012-07-09T18:00:00","modified_gmt":"2012-07-09T16:00:00","slug":"en-vla-une-drole-daffaire","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/en-vla-une-drole-daffaire\/","title":{"rendered":"En v&rsquo;l\u00e0 une dr\u00f4le d&rsquo;affaire!"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211;<br \/>\n<em> <strong>Le th\u00e9\u00e2tre du petit chien ouvre le festival Off d\u2019Avignon avec le diptyque d\u2019Yvette Guilbert, chant\u00e9 par Nathalie Joly. \u2018En v\u2019l\u00e0 une dr\u00f4le d\u2019affaire\u2019 \u00e9bauche les textes et r\u00e9cits de la vie de cette \u00ab diseuse fin de si\u00e8cle \u00bb (surnom fait par Jehan Sarrazin, son directeur artistique en 1892). Yvette Guilbert, qualifi\u00e9e de f\u00e9ministe et cocasse, a v\u00e9cu entre la critique et la fascination du public pour ses chansons au ton cruel et d\u00e9risoire. Le spectacle retrace chronologiquement les d\u00e9buts difficiles de la fille au th\u00e9\u00e2tre des Nouveaut\u00e9s, son succ\u00e8s au Moulin Rouge, apr\u00e8s quoi, vers 1913 elle risqua sa carri\u00e8re en ouvrant une \u00e9cole d\u2019art destin\u00e9e aux jeunes filles d\u00e9munies.<\/strong> <\/em><br \/>\n<em>Nathalie Joly chante Yvette Guilbert<\/em><br \/>\n Nathalie Joly rencontre le metteur en sc\u00e8ne Jacques Verzier en 1984, avec qui elle fonde la compagnie Marche la Route. Ses diverses cr\u00e9ations ont en commun une forme de th\u00e9\u00e2tre musical, o\u00f9 le chant s\u2019entrecoupe d\u2019un parl\u00e9. Ici la chanteuse poursuit cette technique de travail autour de bribes de textes d\u2019Yvette Guilbert.<br \/>\nCes chansons lui sont parvenues sous forme d\u2019enregistrement, de texte ou de partition. L\u2019int\u00e9r\u00eat que Nathalie Joly accorde \u00e0 cette figure du d\u00e9but 20\u00e8me, vient de la popularit\u00e9 de ses chants et de son engagement f\u00e9ministe et artistique. Ce caf\u00e9-concert est une proposition d\u2019\u00e9criture et de lecture par Nathalie Joly, qui entrem\u00eale la vie de cette \u00ab diseuse \u00bb, le contexte historique du d\u00e9but du 20\u00e8me si\u00e8cle et un regard sur l\u2019artiste de notre \u00e9poque.<br \/>\nSprech gesang ou la surprise de la parole<br \/>\nUn piano et un paravent habite la sc\u00e8ne,  \u00e9pur\u00e9e de lumi\u00e8re. Nathalie Joly assist\u00e9e de Jean Pierre Gesbert au piano s\u2019installe \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un caf\u00e9-concert des ann\u00e9es 1900. L\u2019adresse est direct, le spectateur \u00e0 la fois t\u00e9moin et  complice. A l\u2019ombre du paravent la chanteuse d\u00e9voile un portrait sensuel \u00e0 la voix d\u2019op\u00e9rette qui oscille du grave \u00e0 l\u2019aigu. Cette montagne russe des sons r\u00e9v\u00e8le toute la fragilit\u00e9 du corps \u00e0 dire et \u00e0 s\u2019\u00e9mouvoir. La distorsion des notes cr\u00e9\u00e9e paradoxalement  beaut\u00e9 et harmonie. La voix appara\u00eet comme miroir de l\u2019\u00e2me, o\u00f9 le rire, le souffle et les larmes chantent.  Nathalie Joly s\u2019inscrit dans le courant allemand du sprechgesang (chant parl\u00e9) initi\u00e9 par Engelbert Humperdinck dans son op\u00e9ra Die K\u00f6nigskinder (les enfants royaux). A l\u2019instar du travail de Jacques Rebotier et de la po\u00e9sie sonore contemporaine, chanter appara\u00eet  comme l\u2019essence de la parole, la voix comme enveloppe du corps.<br \/>\nAu cours des chansons, le texte parl\u00e9 agit comme un sursaut, une d\u00e9tonation. Parler change le rythme mais surtout la mat\u00e9rialit\u00e9 sonore. La forme stylis\u00e9e du chant interrompue, les mots nous parviennent en \u00e9tat brut, sauvage. Le parl\u00e9, vid\u00e9e par rapport au chant de variations tonales, semble pale. Pourtant il reste porteur de beaucoup de sens !  En effet, \u2018parler\u2019 donne \u00e0 la com\u00e9dienne l\u2019occasion \u00e0 la fois de faire des commentaires, de mettre en relief des mots et des sentiments. La forme du sprechgesang serait comme compl\u00e8te, car le chant\u00e9 travaille sur les sens auditifs, tandis que le parl\u00e9 agit sur les sens cognitifs. Cette technique fleuretant avec le slam, cr\u00e9\u00e9e des \u00e0-coups tant dans le rythme que dans l\u2019enjeu des paroles ; offrant ainsi aux ruptures leur caract\u00e8re  humoristique ou angoissant. Ce traitement de la voix \u00e0 contretemps permet de trouer la m\u00e9lodie musicale et de d\u00e9s\u00e9quilibrer voir de d\u00e9shabituer notre r\u00e9ception sonore traditionnelle. Les chansons s\u2019encha\u00eenent sous forme de num\u00e9ro ou d\u2019interpellation. Le pianiste initie le nouveau morceau laissant ainsi la chanteuse bouche b\u00e9e. Tout se passe comme si l\u2019\u00e9mission du son naissait de l\u2019\u00e9tonnement.<br \/>\nLa ritualisation, en v\u2019l\u00e0 une dr\u00f4le d\u2019affaire<br \/>\nL\u2019origine de la pantomime orientale n\u2019est pas tr\u00e8s \u00e9vidente pour le spectateur. On apprend qu\u2019Yvette Guilbert a \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9 par le japonisme des ann\u00e9es 1900-1910, mais l\u2019apparition en cours de spectacle des codes orientaux n\u2019est pas amen\u00e9 avec sens et nous tombent un peu dessus.<br \/>\nLa chanteuse v\u00eatue d\u2019un kimono peint dans l\u2019espace des gestes expressionnistes. Son corps comme sa voix battent le rythme de la musique. Tout se passe comme si le mouvement \u00e9tait d\u00e9pli\u00e9, d\u00e9construit et marqu\u00e9 par des pauses. En effet la pr\u00e9sence d\u2019ombres chinoises,  du kimono japonais et du masque de kabuki donne au jeu de l\u2019actrice des allures de pantin en porcelaine. Certains gestes sont r\u00e9p\u00e9t\u00e9s entra\u00eenant une sorte de d\u00e9composition de l\u2019image.  Ce parti pris de r\u00e9p\u00e9tition gestuelle transforme le corps de la chanteuse en poup\u00e9e presque d\u00e9shumanis\u00e9e. Et pourtant plus la femme devient pantin et plus les \u00e9motions stylis\u00e9es semblent humaines ; comme si le factice \u00e9tait plus vrai, le non r\u00e9aliste plus naturel.<br \/>\nLes codes du th\u00e9\u00e2tre japonais \u2019kabuki\u2019 fonctionne avec le caf\u00e9-concert d\u2019Yvette Guilbert, car ses chansons sont habit\u00e9es d\u2019\u00e9pop\u00e9es et de passion ; elles en deviennent parfois religieuses. Le corps se pr\u00e9sente dans un espace ritualis\u00e9 par une douche de lumi\u00e8re entour\u00e9e de la noirceur du n\u00e9ant. Ainsi les dieux sont comme pr\u00eats \u00e0 \u00eatre accueillis. Le chant fait place \u00e0 l\u2019invocation, \u00e0 la pri\u00e8re.<br \/>\nUn rapport spectaculaire<br \/>\nNathalie Joly incarne une Yvette Guilbert  pleine de courage et en proie aux \u00e9pop\u00e9es de ses chansons. En fonction du registre de l\u2019histoire, noir ou l\u00e9ger, la tessiture de la chanteuse varie, montrant ainsi une Yvette Guilbert fragile, moqueuse, s\u00e9ductrice ou disciplinaire.<br \/>\nLes textes de cette \u00ab diseuse fin de si\u00e8cle \u00bb rel\u00e8vent \u00e0 la fois du conte et du fait divers. La transmission orale et son adresse directe aux spectateurs procurent une v\u00e9ritable ambiance intimiste et conviviale. Les oreilles s\u2019enchantent \u00e0 chaque coupure du chant\u00e9 au parl\u00e9, en restant toujours dans l\u2019attente et la surprise du prochain sursaut. La complicit\u00e9, que cr\u00e9e le parl\u00e9 (source de commentaire) entre la chanteuse et le public de m\u00eame que l\u2019esth\u00e9tique japonisante r\u00e9v\u00e8le la sc\u00e8ne dans sa fonction la plus spectaculaire. Ce caf\u00e9-concert est un v\u00e9ritable show gr\u00e2ce au ton populaire des paroles, \u00e0 la d\u00e9sinvolture du chant et \u00e0 la beaut\u00e9 esth\u00e9tique.<br \/>\nLe pi\u00e8ge de la bibliographie<br \/>\nLa chanteuse et son pianiste introduisent les chansons par des interm\u00e8des parfois trop bibliographiques, narratifs et explicatifs.  Les chants situent d\u00e9j\u00e0 la vie d\u2019Yvette Guilbert et de son \u00e9poque. Ces interventions ont tendance \u00e0 alourdir aussi bien le rythme que le texte. Cette g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 des informations et le choix du th\u00e8me bibliographique comportent un risque ; celui de limiter le r\u00e9cit \u00e0 des faits anecdotiques.<br \/>\nPar ailleurs d\u2019autres interm\u00e8des, plus pertinents, engagent tout un questionnement sur la place de l\u2019artiste, son courage, son rapport au public. On sort ici de la dimension informative pour d\u00e9gager des faits, une probl\u00e9matique. De l\u2019information on passe \u00e0 l\u2019interrogation. Poser des probl\u00e8mes au public permet de mettre en action une pens\u00e9e et d\u2019extraire de la vie singuli\u00e8re d\u2019Yvette Guilbert, une pr\u00e9occupation collective. La simplicit\u00e9 avec laquelle sont livr\u00e9es ces r\u00e9flexions rend compte, justement et sensiblement, de la fantaisie comme de la cruaut\u00e9 de la vie d\u2019artiste. Tout le sublime des textes d\u2019 Yvette Guilbert ou de Nathalie Joly r\u00e9side dans le fait qu\u2019ils posent des questions qui ne rassurent pas. La condition humaine des hommes et des femmes des ann\u00e9es 1900 font encore \u00e9cho au XXI\u00e8me si\u00e8cle. Cette cr\u00e9ation est au-del\u00e0 d\u2019un voyage dans le temps, un voyage de sens. A travers la figure d\u2019 Yvette Guilbert se dresse la devise des artistes : \u00ab ne vous laissez pas d\u00e9courager ! \u00bb<\/p>\n<hr \/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211; Le th\u00e9\u00e2tre du petit chien ouvre le festival Off d\u2019Avignon avec le diptyque d\u2019Yvette Guilbert, chant\u00e9 par Nathalie Joly. \u2018En v\u2019l\u00e0 une dr\u00f4le d\u2019affaire\u2019 \u00e9bauche les textes et r\u00e9cits de la vie de cette \u00ab diseuse fin de si\u00e8cle \u00bb (surnom fait par Jehan Sarrazin, son directeur artistique en 1892). Yvette Guilbert, qualifi\u00e9e de f\u00e9ministe et cocasse, a v\u00e9cu entre la critique et la fascination du public pour ses chansons au ton cruel et d\u00e9risoire. 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