


{"id":705,"date":"2012-07-09T18:00:00","date_gmt":"2012-07-09T16:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=705"},"modified":"2012-07-09T18:00:00","modified_gmt":"2012-07-09T16:00:00","slug":"lencerclement-du-trait","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/lencerclement-du-trait\/","title":{"rendered":"L\u2019encerclement du trait"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;-<br \/>\n<strong> <em>En ce 8 juillet 2012, la chaleur p\u00e8se en Avignon. Les rues, pleines d\u2019affiches comme autant de cr\u00e9ations sur papiers d\u00e9sirant attirer une poign\u00e9e de spectateurs sont d\u00e9j\u00e0, pour la plupart, corn\u00e9es. Loin des remparts avignonnaises, dans la salle Montflavet, \u00e0 quelques trente minutes de bus, se donne pour la premi\u00e8re repr\u00e9sentation Le Trait, que signe la chor\u00e9graphe et danseuse Nacera Belaza. Il est pr\u00e8s de dix-huit heures : une file d\u2019attente repose patiemment, dans un silence habitu\u00e9. Le premier trait est lanc\u00e9. Silence dans les rangs. Attention en pr\u00e9paration. Vide. Lumi\u00e8re. Solitude, trois mots pour -re-lier les trois pi\u00e8ces dans\u00e9es que proposent cette oeuvre. Trois. Trois temps. Trois pi\u00e8ces. Trois espaces. Trois chor\u00e9graphies. Trois. Un solo et deux duo qui feront trois. Vont-ils se relier ? Le trait bat en retraite pour laisser place au cercle.<\/em> <\/strong><br \/>\nL\u2019exploration du vide par le vide.<br \/>\nAutodidacte form\u00e9e par la force des choses et la croyance dans son art, Nacera Belaza, chor\u00e9graphe et danseuse franco-alg\u00e9rienne fonde sa propre compagnie en 1987, suite \u00e0 un parcours d\u2019\u00e9tudes en lettres modernes. Dans l\u2019aventure, elle entra\u00eene sa soeur, Dalila Belaza, avec qui elle avait, enfant d\u00e9j\u00e0, de danser clandestinement. Suite \u00e0 pr\u00e8s de vingts ans d\u2019exp\u00e9rimentations de cr\u00e9ations dans\u00e9es, Nacera Belaza avoue ne toujours pas saisir l\u2019ampleur des traces possibles qu\u2019un corps en mouvement peut laisser sur un plateau. Dans son travail, c\u2019est l\u2019inscription du mouvement dans l\u2019espace vide qui prime. Associ\u00e9 \u00e0 Eric Soyer pour la cr\u00e9ation lumi\u00e8re et Christophe Renaud pour le son, la compagnie Nacera Belaza propose jusqu\u2019alors essentiellement des partitions chor\u00e9graphi\u00e9es pour deux danseurs minimum. Saisir de fa\u00e7on \u00e9ph\u00e9m\u00e8re l\u2019inscription du corps dans l\u2019espace vide, laisser entendre la solitude de l\u2019\u00eatre sans jamais la montrer explicitement, exposer le d\u00e9bat, combat du corps perdu dans l\u2019aire de jeu, voici les grands traits de cr\u00e9ation que se proposent d\u2019explorer la chor\u00e9graphe. Le cri, partition dans\u00e9e pr\u00e9sent\u00e9e en 2009 au c\u00f4t\u00e9 de sa soeur ajoute un nouveau fil conducteur aux cr\u00e9ations de la compagnie. Le d\u00e9sir pour Nacera Belaza de travailler en lien avec les danses traditionnelles de son pays natal se fait plus fort. Depuis 2009 donc, la chor\u00e9graphe \u00e9tudie les rituels de danses \u00e0 l\u2019occasion des \u00e9v\u00e8nements c\u00e9r\u00e9monials alg\u00e9riens. Mener le danseur \u00e0 un \u00e9tat de transe par la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019un m\u00eame mouvement en \u00e9volution presque imperceptible, voil\u00e0 le d\u00e9fi que se donne la chor\u00e9graphe. Au spectateur de se laisser embarquer depuis son propre point de vision dans l\u2019\u00e9tat de transe des danseurs. Au spectateur de trouver son propre fil conducteur, de s\u2019inventer sa propre histoire, d\u2019entrer dans une sorte d\u2019introspection imag\u00e9e.<br \/>\nPour la premi\u00e8re fois avec Le trait, Nacera Belaza se confronte au solo. Constitu\u00e9 de trois pi\u00e8ces autonomes dont la seconde est confi\u00e9e \u00e0 la chor\u00e9graphie et \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation de sa soeur, le spectacle d\u00e9bute avec un duo dans\u00e9 par Mohamed Ali Djermane et  Lotfi Mohand Arab, deux jeunes alg\u00e9riens issus du hip-hop, et s\u2019ach\u00e8ve par le solo cr\u00e9\u00e9 et port\u00e9 par Nacera Belaza. Apr\u00e8s Le Cercle vient Le Coeur et l\u2019Oubli que conclut La Nuit. Trois pi\u00e8ces pr\u00e9sent\u00e9es sous le titre g\u00e9n\u00e9rique du Trait, dont l\u2019essence m\u00eame est de faire lien, de relier.<br \/>\nEt puisque seul du silence peut na\u00eetre la musique, de l\u2019obscurit\u00e9 \u00e9merger la lumi\u00e8re, de l\u2019immobilit\u00e9 s\u2019inscrire le mouvement, Nacera Belaza entre dans la danse par l\u2019exploration du vide menant au vide, au l\u00e2cher prise du danseur et du spectateur.<br \/>\nUne trilogie de l\u2019exp\u00e9rience sensible.<br \/>\nTrois temps pour explorer le vide et la solitude de l\u2019\u00eatre face \u00e0 l\u2019immensit\u00e9 du plateau.<br \/>\nLe Cercle ouvre alors le trait. Abrupt, \u00e0 vif. Apr\u00e8s cinq minutes d\u2019attente dans une lumi\u00e8re semi-tamis\u00e9e, la salle est plac\u00e9e dans le noir le plus total. L\u2019entr\u00e9e dans le spectacle se fait sans crier gare. Lorsque se dessine un carr\u00e9 de lumi\u00e8re blanche au sol, les deux danseurs sont d\u00e9j\u00e0 en mouvement, fr\u00e9tillant sur place. Le volume de la bande-son est faible. On ne sait d\u00e9j\u00e0 pas, plus, qui de la musique et ou du danseur suit l\u2019autre. Dans un rythme non rythm\u00e9, les deux danseurs suivent une partition commune en d\u00e9calage infime. C\u00f4te \u00e0 c\u00f4te dans le m\u00eame espace de lumi\u00e8re, et pourtant isol\u00e9 chacun dans sa partition, les corps des danseurs vibrent plus qu\u2019ils ne dansent. Imperceptiblement la musique prend une plus grande place, puis les corps se d\u00e9cha\u00eenent, explosent, se d\u00e9chirent dans une \u00e9nergie brutale. Comme \u00e9lectris\u00e9s, branch\u00e9s sur des caisses de r\u00e9sonances, dynamit\u00e9s de l\u2019int\u00e9rieur, les danseurs encha\u00eenent sans r\u00e9pit leur partitions. Pr\u00e9cis, ensemble sans pour autant \u00eatre synchronis\u00e9s, ils cr\u00e9ent la musique plus qu\u2019elle ne les portent. Lorsque le volume de la bande-son atteint son point culminant, c\u2019est \u00e0 la limite de la saturation qu\u2019on est expos\u00e9. Des noirs nous offrent un r\u00e9pit visuel sans en autoris\u00e9 un aux danseurs, qui, imperturbables r\u00e9-apparaissent d\u00e9chain\u00e9s par la m\u00eame \u00e9nergie dans la lumi\u00e8re oscillante. Sur place, ils sautent ensuite, re-initialisant leur barom\u00e8tre \u00e9nerg\u00e9tique.<br \/>\nSautent. Sautent. Sautent. Sautent. Sautent. Sautent. Sautent&#8230;D\u00e9collants du sol.<br \/>\nDe plus en plus haut. Ensemble. Aux m\u00eames hauteurs. L\u2019un des deux s\u2019expulsent de l\u2019aire de danse, s\u2019autorisant le silence et l\u2019immobilit\u00e9 dans la profondeur du noir. Intouch\u00e9 par la disparition de son acolyte, l\u2019autre poursuit. Son corps ondule. En d\u00e9calage, rejoint par l\u2019oubli\u00e9 tant\u00f4t disparu, ils entament une danse fr\u00e9n\u00e9tique de la t\u00eate dont le corps essuie les vibrations. Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils se d\u00e9sarticulent. Chacun, un et un.  Indissociables l\u2019un de l\u2019autre, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, puis face \u00e0 face, ils semblent pourtant seuls, combattant l\u2019air de l\u2019aire qui les entoure. La lumi\u00e8re ajoute \u00e0 leur isolement lorsqu\u2019elle dessine dans le carr\u00e9, un cercle de lumi\u00e8re plus net et plus abrupte.<br \/>\nDurant les vingt minutes de chor\u00e9graphie, l\u2019\u00e9nergie brutale expos\u00e9e nous laisse en dehors. Devant plus que dedans, on cherche \u00e0 se laisser prendre par la violence des corps. Pour autant, la d\u00e9cision d\u2019embarquer dans la danse est impossible \u00e0 prendre  consciemment depuis l\u2019ext\u00e9rieur. Chacun est seul ici-bas. L\u2019interruption de la lumi\u00e8re, du son et de la danse ach\u00e8ve Le cercle, aussi surprenante que l\u2019irruption de d\u00e9part. Un fragment de ce duo constitu\u00e9 de deux solos solitaires nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9, plac\u00e9s face \u00e0 mais pas avec.<br \/>\nNoir. Silence.<br \/>\nLorsque l\u2019on se demande quand viendra le second tableau, on distingue une fronti\u00e8re de lumi\u00e8re entre la sc\u00e8ne et la salle. Faible. Floue, d\u2019un blanc moins franc que celui pr\u00e9sent dans Le Cercle. La fronti\u00e8re, no man\u2019s land de lumi\u00e8re s\u2019affirme peu \u00e0 peu, \u00e9tirant son horizon vers le fond du plateau. On devine une pr\u00e9sence, en ombre. Un corps recourb\u00e9 sur lui-m\u00eame, les \u00e9paules entr\u00e9es vers le thorax. L\u2019avanc\u00e9e de la lumi\u00e8re est imperceptible, pourtant elle fait son chemin. Immobile, la silhouette de Dalila Belaza est enfin \u00e0 d\u00e9couvert. En tendant l\u2019oreille, on s\u2019aper\u00e7oit que la bande-son \u00e9galement, a du mal \u00e0 sortir du silence. \u00c9chos lointains de chants religieux orientaux, elle s\u2019affirme petit \u00e0 petit. Dans une mobilit\u00e9 r\u00e9duite \u00e0 l\u2019extr\u00eame de la mobilit\u00e9, Dalila Belaza semble chercher \u00e0 demeurer vivante. Lumi\u00e8re toujours tamis\u00e9e, le corps de la danseuse s\u2019ouvre dans une extr\u00eame lenteur. T\u00eate baiss\u00e9e, les bras en croix, elle invoque l\u2019offrande sacrificielle. La musique tarde \u00e0 se faire plus forte. On reste dans l\u2019attente que quelque chose d\u00e9bute, s\u2019active&#8230;une rupture, une tension. Lentement, elle commence \u00e0 tourner sur elle-m\u00eame. Lentement, ses bras se l\u00e8vent. La lumi\u00e8re baisse un peu plus, \u00e0 la limite du noir. En contre-point    de la fixit\u00e9 mouvante, la bande-son se fait criante, \u00e0 la limite de la saturation. Noir totale ensuite.<br \/>\nFrustr\u00e9s que notre regard soit brim\u00e9, laiss\u00e9 seul assourdi par la musique, on pressent que \u00e7a s\u2019agite dans le noir. Semblance d\u2019activit\u00e9 aussit\u00f4t r\u00e9voqu\u00e9e lorsque l\u2019on retrouve inchang\u00e9e Dalila Belaza, r\u00e9p\u00e9tant perp\u00e9tuellement le m\u00eame tour sur elle-m\u00eame, un bras tendu vers les hauteurs.<br \/>\nSa main semble faire signe. Nous faire signe ? Quelques rires osent s\u2019affranchir, qui aussit\u00f4t s\u2019\u00e9touffent, se r\u00e9priment. Ici, on ne rie pas, on tente d\u2019entrer dans l\u2019introspection de l\u2019\u00eatre. La lumi\u00e8re parcourt \u00e0 nouveau l\u2019espace, effa\u00e7ant par le noir le fond du plateau cette fois-cI. L\u2019obscurit\u00e9 s\u2019avance vers nous, laissant d\u00e9couvrir en contrejour la danseuse, qui, lentement entame une marche vers jardin. Alors que seuls quelques pas de distances la s\u00e9parent de son point de base centrale, de son point d\u2019\u00e9quilibre, elle tente \u00e0 nouveau de reprendre un tour sur elle-m\u00eame. L\u2019obscurit\u00e9 se fait alors plus lourde, appelant l\u2019oubli de la danseuse, appelant la Nuit, qui ach\u00e8vera le parcours du Trait.<br \/>\nNoir total. Silence.<br \/>\nA la silhouette de Nacera Belaza de se laisser d\u00e9couvrir. Elle, de dos, proche de la salle, fait face \u00e0 la lueur d\u2019un visage dont on rep\u00e8re symboliquement les yeux et la bouche. En filigrane sur le fond du plateau, on se l\u2019invente plus qu\u2019on ne le per\u00e7oit. Elle est seule face \u00e0 lui. Longtemps. Ils semblent se fixer. Longtemps. Dans une immobilit\u00e9 sereine, la danseuse est post\u00e9e face \u00e0 l\u2019Autre. \u00c0 quoi pense-t-elle? Est-ce un duel qui se pr\u00e9pare ? Est-elle en train d\u2019apprivoiser sa pr\u00e9sence ? Le silence, cette fois-ci est empli de rayonnements. La pr\u00e9sence de ces deux \u00eatres en regard suffit \u00e0 laisser place \u00e0 l\u2019imaginaire. Se pr\u00e9pare-t-elle \u00e0 entrer sur la piste de danse ? Rien ne laisse pressentir qu\u2019elle  initiera un mouvement vers lui, un premier pas. Rien ne laisse pressentir qu\u2019elle dansera. Rien ne s\u2019\u00e9chappe du corps de Nacera Belaza. Une respiration imperceptible, un souffle de vie dans l\u2019immobilit\u00e9 et le silence sont cependant pr\u00e9sents. Etat serein de contemplation devant l\u2019immensit\u00e9 de la nuit, du vide devant elle, elle attend paisible, repos\u00e9e, les bras le long du corps. Des paillettes scintillent de son costume. La bande-son, comme souffle sourd, \u00e9cho du vent permet \u00e0  la danseuse de se lancer. Le visage se r\u00e9v\u00e8le en fait \u00eatre constitu\u00e9 de neuf projecteurs. On sort de la r\u00eaverie contemplative de la nuit. L\u2019aire de danse est disponible, sacralis\u00e9e apr\u00e8s la longue attente. En \u00e9quilibre ou en apesanteur, tel un albatros d\u00e9ploy\u00e9, la danseuse se lance dans une travers\u00e9e lente pour rejoindre le centre du plateau. Le temps du cheminement, elle devient funambule, s\u2019offrant sereinement, d\u00e9termin\u00e9e et pacifiquement, en sacrifice \u00e0 la sc\u00e8ne. Bien qu\u2019en action, l\u2019apaisement pr\u00e9sent dans son corps alors d\u00e9ploy\u00e9 demeure depuis le d\u00e9but du tableau. En contre-jour, \u00e9clair\u00e9e par les projecteurs, elle s\u2019avance dans une simplicit\u00e9 semblant prouver qu\u2019elle n\u2019a rien \u00e0 perdre. A coeur ouvert, l\u2019albatros est bien d\u00e9cid\u00e9, co\u00fbte que co\u00fbte \u00e0 aller jusqu\u2019au bout. D\u00e9sormais c\u2019est certain, si un duel doit se mener avec la lumi\u00e8re, elle dominera par la pesanteur, l\u2019apaisement. Arriv\u00e9 au bout de sa course, l\u2019albatros se tourne pos\u00e9ment vers nous. Son visage ne se laisse pourtant pas d\u00e9couvrir. La lueur de la nuit est trop \u00e9blouissante \u00e0 ce moment-l\u00e0 pour que l\u2019on distingue des traits de visages ou un regard. L\u2019int\u00e9rieur parvient \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Le vide de sens s\u2019emplie malgr\u00e9 tout. Puis les bras en croix, elle entame des tours sur elle-m\u00eame, succ\u00e9dant les traces laiss\u00e9es par sa soeur au m\u00eame endroit, le centre du cercle frapp\u00e9 des sauts des deux danseurs. \u00c7a s\u2019acc\u00e9l\u00e8re. De plus en plus vite. Tourne. Tourne. Tourne. Tourne encore. Longtemps. La bande-son sourde apaise le rythme des pas : un pied apr\u00e8s l\u2019autre se pose d\u00e9licatement sur le sol, martelant \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition le m\u00eame endroit du plateau. Des rugissement aigus provenant du fond appellent des pr\u00e9sences d\u2019autres \u00eatres, absents. Comme bloqu\u00e9e au centre, centrifug\u00e9e par le mouvement qu\u2019elle ne semble plus initier d\u2019elle-m\u00eame. En \u00e9coute du rythme qu\u2019elle a atteint, elle se laisse guider et nous embarque par la m\u00eame dans les tours infinis de son propre sacrifice. T\u00eate, \u00e9paules, bustes, bassins signent une m\u00eame verticale. Le corps est entier, elle semble \u00eatre dirig\u00e9e depuis un ailleurs, ob\u00e9issant \u00e0 des lois que la nature ne supporte pas. La lumi\u00e8re se resserre alors sur la danseuse, l\u2019isole. La bande-son s\u2019intensifie. L\u2019albatros semble touch\u00e9, \u00e9tendant ses ailes vers l\u2019arri\u00e8re de son corps, tournant perp\u00e9tuellement, d\u00e9rivant lentement vers jardin. Noir. Un projecteur de service prend le relais des projecteurs. Elle tourne, enti\u00e8rement d\u00e9ploy\u00e9e, tra\u00e7ant au sol un large cercle&#8230;\u00e9tourdie ? Des battements de coeur \u00e9veillent l\u2019\u00e9cho de la vie que ce digne oiseau semble avoir perdu d\u2019avoir trop donn\u00e9. Sous la lumi\u00e8re brute, la danseuse vient se replacer \u00e0 l\u2019endroit initial, pr\u00eate \u00e0 recommencer s\u2019il le faut, comme condamn\u00e9e \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. L\u2019albatros a un go\u00fbt de Tityos, attendant son supplice qu\u2019il sait chaque jour revenir.<br \/>\nNoir. Silence.<br \/>\nLa lumi\u00e8re d\u00e9voile pour la premi\u00e8re fois l\u2019immensit\u00e9 du plateau, qui finalement n\u2019aura \u00e9t\u00e9 exploit\u00e9 qu\u2019en son centre. Les trois partitions du Trait, autonomes chacune pour et par ce qu\u2019elles pr\u00e9sentent se rejoignent en r\u00e9alit\u00e9 sous le concept du cercle, du cycle. Bien que les dynamiques soient diff\u00e9rentes, les lumi\u00e8res et le son servent toujours \u00e0 faire monter le crescendo de la transe \u00e0 laquelle il n\u2019est pas \u00e9vident de s\u2019accrocher d\u2019embl\u00e9e. Les applaudissements d\u2019abord timides se font ensuite pesants. On d\u00e9couvre pour la premi\u00e8re fois au salut les visages des interpr\u00e8tes jusqu\u2019alors non identifi\u00e9s. Le cycle des trois tableaux s\u2019ach\u00e8ve avec la trace d\u2019une exposition \u00e0 risque de ce que Nacera Belaza recherche dans le rituel.<\/p>\n<hr \/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;- En ce 8 juillet 2012, la chaleur p\u00e8se en Avignon. Les rues, pleines d\u2019affiches comme autant de cr\u00e9ations sur papiers d\u00e9sirant attirer une poign\u00e9e de spectateurs sont d\u00e9j\u00e0, pour la plupart, corn\u00e9es. Loin des remparts avignonnaises, dans la salle Montflavet, \u00e0 quelques trente minutes de bus, se donne pour la premi\u00e8re repr\u00e9sentation Le Trait, que signe la chor\u00e9graphe et danseuse Nacera Belaza. Il est pr\u00e8s de dix-huit heures : une file d\u2019attente repose patiemment, dans un silence habitu\u00e9. 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