


{"id":707,"date":"2012-07-08T12:00:00","date_gmt":"2012-07-08T10:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=707"},"modified":"2012-07-08T12:00:00","modified_gmt":"2012-07-08T10:00:00","slug":"refuse-the-hour-ou-lart-du-contretemps","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/refuse-the-hour-ou-lart-du-contretemps\/","title":{"rendered":"Refuse the hour ou l\u2019art du contretemps"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;-<br \/>\nAvignon, le festival, sa 66\u00e8me \u00e9dition est l\u2019occasion pour Hortense Archambault et Vincent Baudriller d\u2019associer Simon McBurney, acteur et metteur en sc\u00e8ne anglais. C\u2019est aussi une fa\u00e7on de mettre en avant la sc\u00e8ne anglo-saxonne contemporaine. Le premier spectacle du festival est l\u2019\u0153uvre de William Kentridge, artiste sud-africain, tour \u00e0 tour dessinateur, r\u00e9alisateur de film d\u2019animation et metteur en sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre ou d\u2019op\u00e9ra. Avec \u00ab Refuse the Hour \u00bb2 \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra\u2013th\u00e9\u00e2tre d\u2019Avignon, le metteur en sc\u00e8ne ouvre le festival en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 ce d\u00e9sir et \u00e0 cette absurdit\u00e9 de refuser le temps, de se rebeller, de s\u2019opposer contre le cadre du temps. Ce travail n\u2019est pas un manifeste mais plut\u00f4t une conf\u00e9rence compos\u00e9e de la parole de Kentridge accompagn\u00e9e de ses films d\u2019animation ainsi qu\u2019une place tr\u00e8s importante accord\u00e9e \u00e0 la danse et \u00e0 la musique. La musique qui est \u00e0 la fois tributaire du tempo et pouvant \u00e9chapper \u00e0 une temporalit\u00e9. C\u2019est \u00e0 partir d\u2019un dialogue qu\u2019il a mis en place avec le physicien am\u00e9ricain Peter Galison que \u00ab Refuse the Hour \u00bb a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9.<br \/>\n\u00ab Tout commence par le dessin \u00bb dit William Kentridge. Une fois install\u00e9 dans la salle pour assister \u00e0 \u00ab Refuse the hour \u00bb une sc\u00e9nographie se pr\u00e9sente empreinte du trait, du dessin. Les formes g\u00e9om\u00e9triques qui composent le mur du fond sont sph\u00e9riques et dessin\u00e9es et les objets\/machines pr\u00e9sentes sur la sc\u00e8ne sont coniques. C\u2019est une sorte de cosmogonie, une organisation singuli\u00e8re de l\u2019espace. Sur le plateau les musiciens accordent leur \u00ab violons \u00bb et autres instruments. Les interpr\u00e8tes d\u00e9ambulent se r\u00e9unissent, discutent entre eux, le metteur en sc\u00e8ne Kentridge est l\u00e0 aussi. C\u2019est lui qui tiendra le discours, qui exposera son analyse sur le temps et du rapport qu\u2019on entretient avec le temps et son d\u00e9coupage. Ce d\u00e9coupage qui cadre et qui enferme, r\u00e9duisant les possibilit\u00e9s d\u2019\u00e9chappement. L\u2019art est sans doute un lieu possible d\u2019un d\u00e9gagement de la contrainte du temps.  Mais rappelons que ce cadre temporel est aussi, et c\u2019est sans doute contradictoire, le lieu d\u2019une r\u00e9union et du m\u00eame coup l\u2019espace d\u2019\u00e9changes possibles.<br \/>\n\u00ab Tout commence par un dessin \u00bb mais la repr\u00e9sentation de \u00ab Refuse the hour \u00bb commence par la batterie. Celle qui rythme, celle qui donne la mesure, celle qui donne le temps et le ton. Cela dit Kentridge, transforme la question de la rythmique en la rendant \u00e0 sa multiplicit\u00e9. Nous n\u2019entendons pas un battement r\u00e9gulier, ni un m\u00e9tronome mais une transformation successive du tempo un peu \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un morceau de free jazz. Mais cette r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un mouvement musical inscrit dans le r\u00e9el, inscrit dans le ici et maintenant est contrari\u00e9e par le fait que la batterie est suspendue \u00e0 5 m\u00e8tres du sol et actionn\u00e9e de fa\u00e7on m\u00e9canique. Cela donne une expression fig\u00e9e \u00e0 une musique qui ne l\u2019est par nature pas. Cela renvoie aussi \u00e0 l\u2019in\u00e9luctabilit\u00e9 du temps tout en le mat\u00e9rialisant dans une composition multiple.<br \/>\nEnsuite Kentridge commence sa conf\u00e9rence en renvoyant au pass\u00e9, le sien. Lors d\u2019un voyage en train, il a 8 ans, son p\u00e8re lui raconte l\u2019histoire du roi Acrisios et de son petit fils Pers\u00e9e. Ce roi d\u2019Argos apprend par un oracle que son petit fils Pers\u00e9e l\u2019enverra dans le royaume d\u2019Ad\u00e8s. Pour contrecarrer, sa funeste destin\u00e9e, il enferme sa fille Dana\u00e9. Zeus d\u00e9couvrant la beaut\u00e9 de cette femme, p\u00e9n\u00e8tre sa prison et f\u00e9conde la prisonni\u00e8re. A la naissance de Pers\u00e9e, Acrisios les enferment dans un coffre et les j\u00e8tent dans la mer. Ils survivent et sont recueillis. Arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte, Pers\u00e9e a pour mission de tuer la Gorgone M\u00e9duse. Il r\u00e9ussit sa mission et d\u00e9cident de rejoindre sa terre natale. Son grand-p\u00e8re tenu au courant de l\u2019arriv\u00e9e de son petit-fils se cache \u00e0 Larissa en se d\u00e9guisant en mendiant. Pers\u00e9e passe \u00e0 Larissa o\u00f9 le roi de la cit\u00e9 organise des jeux auxquels il participe. Pendant le concours de disque, son jet ph\u00e9nom\u00e9nal atterrit dans les gradins sur la t\u00eate de son grand p\u00e8re travestit en mendiant. Racontant cette histoire, Kentridge renvoie \u00e0 son pass\u00e9 mais aussi au pass\u00e9 mythologique. Celui qu\u2019on peut associer au premier pas du th\u00e9\u00e2tre. Mais \u00e0 la fin de son r\u00e9cit, Kentridge exprime son refus du d\u00e9nouement de l\u2019histoire, rejetant l\u2019id\u00e9e de destin\u00e9e, mais refusant aussi cette conception d\u2019un th\u00e9\u00e2tre cathartique. Effectivement la repr\u00e9sentation \u00e0 laquelle nous sommes convi\u00e9s d\u00e9borde les cadres de la narration et de la moralisation. Le livret qui s\u2019apparente plus \u00e0 une conf\u00e9rence est associ\u00e9e aux musiques, aux projections de ces films d\u2019animation, \u00e0 la danse de Dada Masilo. La musique participe de l\u2019hybridation du spectacle en confrontant la musique sud-africaine \u00e0  celle de Berlioz. Mais cette confrontation, cet affrontement est chez Kentridge une id\u00e9e de faire se rencontrer des \u00e9l\u00e9ments contradictoires et ainsi permettre une affirmation de chaque composante. Cet \u00ab affrontement \u00bb musical est mis en sc\u00e8ne comme un dialogue.<br \/>\nCe dialogue en jeu chez les musiciens, mais particuli\u00e8rement dans le travail des trois chanteuses, deux sopranos et une mezzo-soprano qui \u00e0 travers les morceaux font entendre leurs diff\u00e9rences et leurs compl\u00e9mentarit\u00e9s. Un peu plus tard, il fera convers\u00e9 un interpr\u00e8te avec trois m\u00e9tronomes en vid\u00e9o qui en m\u00eame temps qu\u2019ils indiquent un tempo, ne sont pas \u00e0 l\u2019unisson et leur rythmique propre est modifi\u00e9es au cours de la s\u00e9quence. Cette sc\u00e8ne fait \u00e9cho et se confronte \u00e0 l\u2019ouverture du spectacle avec la batterie. Enfin cette confrontation joyeuse participe du m\u00e9lange comme William Kentridge l\u2019affirme : \u00ab \u2026 le temps (du colonialisme ndlr) est pass\u00e9, nous devons penser en termes de m\u00e9lange. \u00bb.<br \/>\nCe m\u00e9lange est pr\u00e9sent dans toute la pi\u00e8ce. Les vid\u00e9os de ces dessins au fusain rencontre par exemple des images de lui et des interpr\u00e8tes. La chor\u00e9graphe\/danseuse est tr\u00e8s pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019image. Tant\u00f4t elle d\u00e9place une porte dessin\u00e9e au fusain tant\u00f4t elle danse tandis que le dessin l\u2019effeuille. Ces images projet\u00e9es renvoient \u00e0 des images du cin\u00e9ma muet et sa pr\u00e9sence sur l\u2019\u00e9cran \u00e9voque la pr\u00e9sence de Hitchcock. Dans une interview qu\u2019il donnait pour une exposition au Pavillon Noir en 2010, il expliquait comment il \u00e9tait venu au dessin film\u00e9, comment le fusain l\u2019avait trouv\u00e9. Et regardant ces dessins film\u00e9s, on note qu\u2019\u00e0 partir d\u2019un seul dessin, il fait une s\u00e9quence en effa\u00e7ant et redessinant sur le m\u00eame dessin. Cela donne en m\u00eame temps la notion du mouvement et la trace de ce mouvement. C\u2019est \u00e0 dire le pr\u00e9sent, ce qui se passe et le pass\u00e9, d\u2019o\u00f9 cela provient. L\u00e0 encore, il exprime un rapport au temps et une envie d\u2019en d\u00e9coudre en superposant le r\u00e9volu et le maintenant.<br \/>\nL\u2019expos\u00e9 de Kentridge se propose sous forme de chapitres s\u00e9par\u00e9s par des moments musicaux et dans\u00e9s devant les images projet\u00e9es sur le mur de fond de sc\u00e8ne. Ces chapitres qui sont une fa\u00e7on d\u2019organiser la repr\u00e9sentation et qui \u00e9voque l\u2019histoire, la m\u00e9canisation, le colonialisme, l\u2019entropie, les trous noirs. Kentridge nous conte, par exemple la construction \u00e0 Paris, au XIX\u00e8me si\u00e8cle, en plein essor industriel, d\u2019un syst\u00e8me pour r\u00e9gler toutes les horloges de Paris \u00e0 la m\u00eame heure. Dans ce spectacle, Kentridge nous donne \u00e0 penser le rapport au temps en tant que mesure et fabrication d\u2019un cadre qui peut \u00eatre ali\u00e9nant. Tout tourne autour du temps, ce sont les objets \/ machines coniques qui renvoient \u00e0 des entonnoirs, qui r\u00e9tr\u00e9cissent le temps en m\u00eame temps qui amplifient les voix et les sons, les sph\u00e8res qui renvoie \u00e0 la terre et \u00e0 sa r\u00e9volution perp\u00e9tuelle. Ce n\u2019est pas une \u0153uvre qui regrette un temps r\u00e9volu mais au contraire qui pense le refus, la r\u00e9sistance comme dynamique et comme n\u00e9cessit\u00e9 \u00e0 imaginer le monde autrement.<\/p>\n<hr \/>\n<p><quote><br \/>\n1 &#8211; Contretemps<br \/>\nA.\u2212 Domaines artistiques<br \/>\n1. CHOR\u00c9GR. Pas saut\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9 sur une jambe, l&rsquo;autre restant lev\u00e9e. On l\u00e8ve une jambe en l&rsquo;air et on s&rsquo;enl\u00e8ve en sautant sur l&rsquo;autre jambe, ce qui est exactement le contretemps d\u00e9fini par Compan (Brillant, Probl. danse,1953, p. 96).Contretemps sissonne; contretemps soubresaut; contretemps jet\u00e9 (Bourgat, Techn. danse,1959, p. 95).<br \/>\n2. MUS. Proc\u00e9d\u00e9 rythmique qui rompt une accentuation r\u00e9guli\u00e8re lorsqu&rsquo;un son, commenc\u00e9 sur un temps faible, est interrompu sur le temps fort qui suit. L&rsquo;\u00e9motion de ces accents, dont les battements des violons \u00e0 contre-temps et les clarinettes soupirantes trahissent le d\u00e9sordre int\u00e9rieur (Rolland, Beethoven,t. 2, 1928, p. 395).<\/quote><\/p>\n<hr \/>\n<p><small><br \/>\n<quote>Distribution<br \/>\n<br \/>&mdash;&nbsp;mise en sc\u00e8ne William Kentridge<br \/>\n<br \/>&mdash;&nbsp;musique Philip Miller<br \/>\n<br \/>&mdash;&nbsp;chor\u00e9graphie Dada Masilo<br \/>\n<br \/>&mdash;&nbsp;vid\u00e9o Catherine Meyburgh<br \/>\n<br \/>&mdash;&nbsp;dramaturgie Peter Galison<br \/>\n<br \/>&mdash;&nbsp;sc\u00e9nographie Sabine Theunissen<br \/>\n<br \/>&mdash;&nbsp;mouvement Luc de Wit<br \/>\n<br \/>&mdash;&nbsp;directeur musical Adam Howard<br \/>\n<br \/>&mdash;&nbsp;costumes Greta Goiris<br \/>\n<br \/>&mdash;&nbsp;machines Christoff Wolmarans, Louis Olivier, Jonas Lundquist<br \/>\n<br \/>&mdash;&nbsp;lumi\u00e8re Urs Schoenebaum<br \/>\navec Joanna Dudley, William Kentridge, Dada Masilo, Ann Masina, Donatienne Michel-Dansac, Thato Motlhaolwa, Bahm Ntabeni<br \/>\net les musiciens Waldo Alexander, Adam Howard, Tlale Makhene, Philip Miller, Vincenzo Pasquariello, Dan Selsick, Thobeka Thukane<\/quote><\/small><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;- Avignon, le festival, sa 66\u00e8me \u00e9dition est l\u2019occasion pour Hortense Archambault et Vincent Baudriller d\u2019associer Simon McBurney, acteur et metteur en sc\u00e8ne anglais. 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