


{"id":709,"date":"2012-07-08T12:08:00","date_gmt":"2012-07-08T10:08:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=709"},"modified":"2012-07-08T12:08:00","modified_gmt":"2012-07-08T10:08:00","slug":"mcburney-le-maitre-enchanteur","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/mcburney-le-maitre-enchanteur\/","title":{"rendered":"McBurney: Le Ma\u00eetre enchanteur"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p><em> <strong>Une adaptation visuelle du roman fantastique <em>Seize chaises inoccup\u00e9es. <\/em> Deux micros en avant sc\u00e8ne cr\u00e9pitent d&rsquo;impatience. Lorsque vingt-deux heures retentit dans la Cour d&rsquo;Honneur du Palais des Papes, quelques spectateurs retardataires rejoignent rapidement leur place. Les minutes passent puis, comme par enchantement, une lign\u00e9e d&rsquo;acteurs entre en sc\u00e8ne. La lumi\u00e8re du public s&rsquo;assombrit alors peu \u00e0 peu. Les com\u00e9diens s&rsquo;assoient sur leur chaise. Juste le temps d&rsquo;une respiration et nous voil\u00e0 lanc\u00e9s pour l&rsquo;ouverture du 66 festival d&rsquo;Avignon le 7 juillet 2012. Dans une mise en sc\u00e8ne foisonnante de mots et d&rsquo;images, Simon Mcburney nous donne \u00e0 voir une adaptation fid\u00e8le du roman de Mikha\u00efl Boulgakov. Le ma\u00eetre et Marguerite nous transporte dans diff\u00e9rents lieux, diff\u00e9rentes \u00e9poques \u00e0 travers diff\u00e9rents styles de jeu. L&rsquo;artiste avec humour, surprise et \u00e9motion r\u00e9alise un spectacle dont la beaut\u00e9 des images nous illumine. Sur fond de critique sociale, Simon McBurney partage sa vision d&rsquo;un monde infini, d&rsquo;une longue et entra\u00eenante histoire.<\/strong> <\/em><br \/>\n<em>L&rsquo;image imagin\u00e9e comme travail cr\u00e9ateur<\/em><br \/>\nMcBurney fonde sa compagnie Complicite \u00e0 Londres en 1983 au cot\u00e9 d&rsquo;Annabel Arden et Marcello Magni. Au cot\u00e9 de seize com\u00e9diens,  le metteur en sc\u00e8ne demeure un des pionniers du th\u00e9\u00e2tre multim\u00e9dia. Dans A disappearing Number (2007), il cr\u00e9\u00e9 un spectacle multitemporel et multidimensionnel entre science et m\u00e9moire gr\u00e2ce \u00e0 de nombreux proc\u00e9d\u00e9s visuels. En sc\u00e8ne, il utilise les technologies comme preuve du d\u00e9veloppement humain qu&rsquo;il per\u00e7oit comme des outils de communication. Tout comme le metteur en sc\u00e8ne qu\u00e9b\u00e9cois Robert Lepage, Simon Mcburney se sert du multim\u00e9dia comme moyen de raconter une histoire. Le travail de McBurney investit \u00e9galement une importante dimension sonore. Ses diff\u00e9rentes cr\u00e9ations t\u00e9moignent de l&rsquo;importance auditive du spectateur. Il monte une pi\u00e8ce radiophonique pour la BBC To the weeding (1997) ainsi qu&rsquo;un op\u00e9ra Dog&rsquo;s heart (2010). Acteur lui-m\u00eame au th\u00e9\u00e2tre et au cin\u00e9ma, le jeu des com\u00e9diens dans ses productions th\u00e9\u00e2trales est toujours mis en avant. C&rsquo;est pourquoi  le th\u00e9\u00e2tre de McBurney peut \u00eatre per\u00e7u comme un art pluridisciplinaire. Ses spectacles visuels et sonores t\u00e9moignent \u00e9galement d&rsquo;un engagement litt\u00e9raire soutenu par le jeu d&rsquo;acteur. Simon McBurney se forme en tant qu&rsquo;acteur \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole Jacques Lecoq \u00e0 Paris. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il saisit l&rsquo;importance de cr\u00e9er, d&rsquo;imaginer et de raconter des histoires. La notion d&rsquo;imagination en tant que muscle d\u00e9fendu par Jacques Lecoq ne quitte jamais McBurney:  \u00ab\u00a0Parce qu&rsquo;\u00e0 la fin, le th\u00e9\u00e2tre n&rsquo;existe que dans l&rsquo;imagination du spectateur1\u00a0\u00bb.  En tant que metteur en sc\u00e8ne, il guide ses com\u00e9diens dans la qu\u00eate de cette propre imagination pour trouver une fa\u00e7on propre \u00e0 soi de s&rsquo;exprimer. L&rsquo;identit\u00e9 artistique de ses com\u00e9diens fait de sa compagnie une force \u00e9clectique. McBurney r\u00e9alise \u00e9galement un th\u00e9\u00e2tre de fouille qui questionne l&rsquo;\u00eatre humain dans toutes ses cultures, notament le th\u00e9\u00e2tre asiatique. Pour cela il s&rsquo;engage au pr\u00e8s d&rsquo;acteurs d&rsquo;horizons et d&rsquo;identit\u00e9s diff\u00e9rentes. Mcburney est un scientifique qui cherche des r\u00e9ponses. H\u00e9ritage d&rsquo;un p\u00e8re arch\u00e9ologue, il est  tent\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 de grands myst\u00e8res humains. Simon Mc Burney aime m\u00e9langer les outils sc\u00e9niques et techniques. Chaque nouveau moyen de communication est une fa\u00e7on d&rsquo;inventer et de cr\u00e9er du spectacle : marionnette, cam\u00e9ra, projections, \u00e9cran etc. A 16 ans, McBurney d\u00e9couvre le texte de Boulgakov dont il ne cerne pas directement tous les enjeux sociaux. Plus tard, il monte une nouvelle de cet auteur (Dog&rsquo;s heart) et se replonge dans Le ma\u00eetre et Marguerite apr\u00e8s avoir c\u00f4toy\u00e9 le milieux russe \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole d&rsquo;art de Stanislavski. Boulgakov \u00e9crit Le Ma\u00eetre et Marguerite sous le r\u00e9gime totalitaire de Staline entre 1928 et 1940, ann\u00e9e de sa mort. Publi\u00e9e \u00e0 titre posthume en 1966, cette \u0153uvre peint la soci\u00e9t\u00e9 Russe des ann\u00e9es 1920. M\u00e9lange des styles d&rsquo;\u00e9critures, ce roman historique et fantastique met en parall\u00e8le trois histoires, celle de Ponce Pilate et J\u00e9sus, celle de Ivan l&rsquo;\u00e9crivain de cette nouvelle, et celle de l&rsquo;histoire d&rsquo;amour entre le Ma\u00eetre et Marguerite. Woland, figure fantastique de Satan, semble surplomber toutes ses histoires. \u00ab\u00a0Ce roman maudit\u00a0\u00bb car jug\u00e9 presque impossible \u00e0 monter voit \u00e0 la cour d&rsquo;Honneur son sort corrompu.<br \/>\n<em>Tourbillon de sensations et d&rsquo;illusions dans un monde chaotique<\/em><br \/>\nLe ma\u00eetre et Marguerite de McBurney donne vie \u00e0 un montage endiabl\u00e9. Un rythme sc\u00e9nique dynamique qui m\u00e9lange humour, trag\u00e9die et burlesque. Les r\u00e9cits se croisent, se d\u00e9croisent, s&#8217;emm\u00ealent, se prolongent. L&rsquo;essentiel de la fable de Boulgakov est pr\u00e9serv\u00e9e et nous donne \u00e0 entendre un texte litt\u00e9raire adapt\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre mais fid\u00e8le. Le metteur en sc\u00e8ne pr\u00e9serve la superposition des r\u00e9cits et le myst\u00e8re qui na\u00eet de cette \u00e9criture. Sur le plateau, la pr\u00e9sence ou non du quatri\u00e8me mur donne \u00e0 voir des moments de narration, d&rsquo;interaction avec le public et de dialogue jou\u00e9s parfois de mani\u00e8re cin\u00e9matographique. Les sc\u00e8nes comme les parties du roman s&#8217;embo\u00eetent \u00e0 la perfection. Comme par magie, sans m\u00eame que le spectateur s&rsquo;en aper\u00e7oive, le d\u00e9cor change, se transforme. Un clignement de paupi\u00e8re suffit pour nous trouver dans un lieu diff\u00e9rent. La douce m\u00e9tamorphose des lieux d\u00e9pose une po\u00e9sie corporelle dans l&rsquo;espace. Les acteurs d\u00e9placent les chaises, les tables, une cabine. Ils vont au ralentit, miment, dansent  presque. Le sol leur permet de glisser, de virevolter, d&rsquo;\u00e9voluer dans un monde en suspension. De cet aspect na\u00eet une fluidit\u00e9 narrative exaltante. L&rsquo;univers a\u00e9rien pr\u00e9sent dans ce spectacle se confronte avec l&rsquo; univers terrien voire souterrain d&rsquo;une sombre soci\u00e9t\u00e9 russe, de ses ombres malfaisantes. Le metteur en sc\u00e8ne tout comme Boulgakov d\u00e9crit une Russie violente, \u00e9touffante, avide d&rsquo;argent, de ragots et quelque peu hyst\u00e9rique. Un univers de contr\u00f4le dans lequel le portrait de Staline projet\u00e9 deux fois sur les mur du Palais des Papes  confirme la pr\u00e9sence d&rsquo;un pouvoir autoritaire. La pens\u00e9e unique devient un sujet important quand ceux qui s&rsquo;\u00e9loignent d&rsquo;une litt\u00e9rature de masse ou ceux qui osent prononcer \u00ab\u00a0I hate this city!\u00a0\u00bb sont jug\u00e9s fou et enferm\u00e9s dans un h\u00f4pital psychiatrique. La population elle m\u00eame est violente. Le pr\u00e9sentateur du th\u00e9\u00e2tre des Vari\u00e9t\u00e9s se fait jet\u00e9 par dessus la fosse par un comparse de Woland, figure de Satan, sans m\u00eame que les spectateurs r\u00e9agissent. La critique de la soci\u00e9t\u00e9 du pass\u00e9 est accompagn\u00e9e d&rsquo;une critique de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Cette comparaison s&rsquo; \u00e9tablit gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;image du public film\u00e9 en direct et celle d&rsquo;un public de th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;autrefois. Ces deux images sont projet\u00e9es tour \u00e0 tour face \u00e0 nous et interrogent le spectateur. Le public et le th\u00e9\u00e2tre m\u00eame deviennent le sujet d&rsquo;\u00e9tude de Woland : \u00ab\u00a0Les citoyens ont-ils chang\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur?\u00a0\u00bb La lumi\u00e8re sur le public marque une coupure avec la fiction et redouble l&rsquo;inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 de Woland dans son long costume noir. La masse a des valeurs positives et n\u00e9gatives. Elle oscille sans cesse entre le bien et le mal. Comme un coup de r\u00e9volte de la part de l&rsquo;artiste et une sombre projection du pass\u00e9, McBurney projette en parall\u00e8le des soldats Nazis sur les murs de la cour d&rsquo;honneur, embryon d&rsquo;un engagement politique. Cependant McBurney insiste d&rsquo;avantage sur le cot\u00e9 po\u00e9tique et fantastique de l&rsquo;histoire. Il cherche \u00e0 amuser le spectateur et fait parfois de quelques sc\u00e8nes un vrai show soutenu par des musiques pop (Mig Jegger). McBurney se sert de la pr\u00e9sence de cam\u00e9ra sur sc\u00e8ne pour filmer et projeter en direct des images du plateau. Ce processus peut rappeler certains jeu de t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9. Ce jeu d&rsquo;images visuelles accentue \u00e9galement le myst\u00e8re et l&rsquo;enchantement du roman. Par son immensit\u00e9, son toit cosmique, sa valeur historique et religieuse, le Palais des Papes met en lumi\u00e8re la force spirituelle et myst\u00e9rieuse du roman de Boulgakov. Ces deux monuments cr\u00e9ent une po\u00e9sie fantastique \u00e9tonnante. L&rsquo;utilisation compl\u00e8te de l&rsquo;espace, les murs, les fen\u00eatres et l&rsquo;attente du Chat et de Belh\u00e9moth tout en haut \u00e0 jardin ouvrent les spectacle sur l&rsquo;infini. Pendant la repr\u00e9sentation le public peut \u00eatre li\u00e9 \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments naturels. Les bruits sourds qui ponctuent le texte r\u00e9sonnent comme les coups de tonnerre de l&rsquo;orage qui annoncent le chaos futur sur la ville de Moscou. Dans la seconde partie de la pi\u00e8ce comme celle du roman tout s&rsquo;enflamme, les manuscrits br\u00fblent. Les flammes bleus, rouges ou oranges, projet\u00e9es sur les murs du th\u00e9\u00e2tre illuminent les yeux des spectateurs.<br \/>\nMcBurney nous donne \u00e0 voir et \u00e0 imaginer des lieux, des temporalit\u00e9s, des sensations: la ville de J\u00e9rusalem et sa chaleur, la ville de Moscou grise et terne, le ciel d&rsquo;une nuit \u00e9toil\u00e9e, les moucherons qui se glissent sous la peau de J\u00e9sus. Des jeux d&rsquo;ombres viennent prolonger ses jeux de lumi\u00e8res et renforcer l&rsquo;aspect onirique irr\u00e9el et fantastique du texte.<br \/>\nDes images fortes se c\u00f4toient : J\u00e9sus nu crucifi\u00e9 sur le mur du Palais des Papes, le regard diabolique et tourment\u00e9 de Ponce Pilate&#8230; Dans ce tourment, la pens\u00e9e humaine n&rsquo;est pas au repos. L&rsquo;homme se questionne sur le vrai, le faux, la v\u00e9rit\u00e9, le bien et le mal, la croyance. Marguerite, qui passe un pacte avec Woland, vole. Assis sur le plateau, une cam\u00e9ra filme la com\u00e9dienne et projette l&rsquo;image \u00e0 la verticale sur l&rsquo;immense mur du Palais des Papes. Les images qui d\u00e9filent derri\u00e8re elle donnent une impression vertigineuse et Marguerite qui se rel\u00e8ve sur le plateau se fait ensuite porter de fa\u00e7on presque enfantine par d&rsquo;autres com\u00e9diennes.  Beaut\u00e9 d&rsquo;une image surr\u00e9aliste, l&rsquo;illusionniste McBurney nous emporte dans ce voyage c\u00e9leste. Il abolit les fronti\u00e8res entre fiction et r\u00e9alit\u00e9. Dans ce tourbillon de tableaux, les \u00e9l\u00e9ments naturels se d\u00e9cha\u00eenent. Deux sph\u00e8res comme deux globes terrestres projet\u00e9s repr\u00e9sentent les deux mondes : celui de l&rsquo;eau, celui du feu, celui du mal, celui du bien. Cette pens\u00e9e \u00e0 premi\u00e8re vue manich\u00e9enne s&rsquo;analyse diff\u00e9remment suite \u00e0 la phrase cit\u00e9e dans le spectacle et inscrite au d\u00e9but du roman de Boulgakov : \u00ab\u00a0Je suis une partie de cette force qui \u00e9ternellement, veut le mal, et qui, \u00e9ternellement, accomplit le bien\u00a0\u00bb citation qui \u00e0 la fin nous permet d&rsquo;analyser le passage d&rsquo;un m\u00eame com\u00e9dien de Satan \u00e0 J\u00e9sus.<br \/>\nApr\u00e8s la mort de Juda et la chute de tous les autres com\u00e9diens, il s&rsquo;agit de la chute du Palais. D\u00e9j\u00e0 sur le fond de sc\u00e8ne, le mur s&rsquo;est fissur\u00e9 au mot \u00ab\u00a0Compassion\u00a0\u00bb. La libert\u00e9 que donne l&rsquo;\u00e9crivain \u00e0 son oeuvre, le metteur en sc\u00e8ne \u00e0 son oeuvre et \u00e0 l&rsquo;histoire est trop grande. Elle provoque la fin d&rsquo;un monde mais annonce le d\u00e9but d&rsquo;un autre dans lequel notre imagination ne s&rsquo;\u00e9teindra jamais et o\u00f9 les hallucinations deviendront images.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une adaptation visuelle du roman fantastique Seize chaises inoccup\u00e9es. Deux micros en avant sc\u00e8ne cr\u00e9pitent d&rsquo;impatience. Lorsque vingt-deux heures retentit dans la Cour d&rsquo;Honneur du Palais des Papes, quelques spectateurs retardataires rejoignent rapidement leur place. Les minutes passent puis, comme par enchantement, une lign\u00e9e d&rsquo;acteurs entre en sc\u00e8ne. La lumi\u00e8re du public s&rsquo;assombrit alors peu \u00e0 peu. Les com\u00e9diens s&rsquo;assoient sur leur chaise. 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