


{"id":714,"date":"2012-02-02T12:22:00","date_gmt":"2012-02-02T11:22:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=714"},"modified":"2012-02-02T12:22:00","modified_gmt":"2012-02-02T11:22:00","slug":"dans-le-chemin-solitaire-le-jeu-solidaire-des-tgstan","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/dans-le-chemin-solitaire-le-jeu-solidaire-des-tgstan\/","title":{"rendered":"Dans Le Chemin solitaire, le jeu solidaire des tg\/STAN"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n<em> <strong>Qui aura eu le temps de passer \u00e0 l\u2019\u00e9tage du Bois de l\u2019Aune aura pu marcher dans l\u2019exposition Masqu\u00e9 d\u2019Erhard Stiefel, parmi ses masques, d\u2019ici et d\u2019ailleurs, accroch\u00e9s au mur qui sont comme autant de miroirs qui r\u00e9fl\u00e9chissent le portrait de celui qui les regarde. Et qui venait voir Le Chemin Solitaire d\u2019Arthur Schnitzler proposait par les tg\/STAN savait que le viennois aimait lui aussi les vies masqu\u00e9es et d\u00e9doubl\u00e9es. Un peu plus d\u2019une heure plus tard, les STAN se retirent. Keersmaeker, De Schrijver, Gramser, Vercruyssen ou les STAN (StopThinking About Names, dit l\u2019acronyme et la devise)<\/strong> <\/em><br \/>\n<em>Que Schnitzler vienne<\/em><br \/>\nLe soir du 16 juin 1922, \u00e0 Vienne, deux silhouettes de m\u00e9decin s\u2019\u00e9loignent dans la nuit. Sigmund Freud et Arthur Schnitzler viennent enfin de se rencontrer. Le premier, Freud, lui fait sans doute fait part de son regard familier sur son \u0153uvre. Il lui avoue certainement que ce \u00ab d\u00e9terminisme comme ce scepticisme (que les gens appellent pessimisme) r\u00e9fl\u00e9chit une sensibilit\u00e9 aux v\u00e9rit\u00e9s de l\u2019inconscient, \u00e0 la nature pulsionnelle de l\u2019homme\u2026 \u00bb. Le second, lui parlera sans aucun doute de son int\u00e9r\u00eat pour le \u00ab demi-conscient \u00bb. Les deux m\u00e9decins, au tournant du si\u00e8cle, continueront de s\u2019observer \u00e0 travers les cas cliniques et litt\u00e9raires qu\u2019ils traitent chacun \u00e0 leur mani\u00e8re\u2026 tout en croyant, pour l\u2019un comme pour l\u2019autre devant l\u2019\u00e9nigme qu\u2019est l\u2019homme, dans la cl\u00e9 qu\u2019est la langue.<br \/>\nCe n\u2019est pas encore la Vienne dont Thomas Bernhard va h\u00e9riter, mais c\u2019est celle qui, en marche, nourrira son \u0153uvre. Vienne se raidit et Schnitzler en est le t\u00e9moin. En 1904, il finit d\u2019\u00e9crire Der einsame Weg : Le Chemin solitaire. Un temps, il a song\u00e9 \u00e0 intituler cette pi\u00e8ce \u00ab Les C\u00e9libataires \u00bb, puis \u00ab Les Ego\u00efstes \u00bb\u2026 avant de pr\u00e9f\u00e9rer une autre variation de ces solitudes qui s\u2019\u00e9cartera de la morale. Le Chemin solitaire sera donc tout \u00e0 la fois le portrait d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 et un autoportrait o\u00f9 la mort et la solitude forment le bilan de la vie.<br \/>\nLes personnages ont vieilli, Von Sala a abandonn\u00e9 l\u2019\u00e9criture. Fichter se perd en conqu\u00eates jusqu\u2019\u00e0 ce que les conqu\u00eates le perdent. Les femmes sont st\u00e9riles ou mortes\u2026 D\u00e9cr\u00e9pitude, v\u00e9rit\u00e9s am\u00e8res, fin de partie en quelque sorte\u2026 Le Chemin solitaire tient de l\u2019attente tchekovienne, de l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre soi-m\u00eame ibsenienne, du drame intime strindbergien, du regard lib\u00e9r\u00e9 et acerbe de Wedekind\u2026 Le temps y est compt\u00e9, marqu\u00e9 d\u2019un compte \u00e0 rebours. L\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 et les secrets de famille sont la structure g\u00e9n\u00e9tique\/ ADN de clans promis au pourrissement\u2026 Chaque rencontre est un point de d\u00e9part et chaque d\u00e9part est sans issue. En ce d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle, le tournant esth\u00e9tique affirme dans les \u0153uvres nouvelles les lucidit\u00e9s et les v\u00e9rit\u00e9s qui jusqu\u2019alors \u00e9taient parfum\u00e9es et cach\u00e9es par le style bourgeois. Et Schnitzler, son \u00e9criture, les d\u00e9voile \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un peintre. Celle d\u2019Egon Schiele, ai-je toujours pens\u00e9, qui marque les motifs de ses toiles de la violence la plus crue, la plus visuelle, la plus radicale. Entre Schnitzler et Schiele, le point commun est la peinture des formes avort\u00e9es, des pens\u00e9es f\u0153tus mortes-n\u00e9es. Sans compromis, sans voile. Entre Schnitzler et Schiele, le go\u00fbt du portrait passe par la mani\u00e8re de rendre la duplicit\u00e9, de r\u00e9v\u00e9ler la pluralit\u00e9 des visages et leurs traits cadav\u00e9riques sous les maquillages verd\u00e2tres et putr\u00e9fi\u00e9s. Effet post \u00ab Auklarung \u00bb, o\u00f9 aux odes \u00e0 la libert\u00e9 du sujet succ\u00e8dent l\u2019ali\u00e9nation que reprendra l\u2019expressionnisme allemand. Ali\u00e9nation\u2026 qui dit autant la folie larv\u00e9e, la frustration couv\u00e9e, la r\u00e9signation encaiss\u00e9e que le d\u00e9terminisme pesant qu\u2019exerce l\u2019autre, cette fa\u00e7on qu&rsquo;il a d&rsquo;\u00eatre \u00e0 jamais une non-issue : \u00e0 commencer par la figure patriarcale. La d\u00e9faite s\u2019est ainsi substitu\u00e9e \u00e0 la f\u00eate. Et du coup, dans ce maelstr\u00f6m d\u2019id\u00e9es et de valses de pens\u00e9es fun\u00e8bres, la g\u00e9mellit\u00e9, le d\u00e9doublement, le masque\u2026 sont les peaux qu\u2019il faut lever et que Schnitzler autopsie et d\u00e9couvre. Un peu comme si, Schnitzler, de La Ronde en passant par La Nouvelle r\u00eav\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 Le Chemin solitaire \u00e9tait le po\u00e8te du d\u00e9visagement\u2026.<br \/>\nPo\u00e9tique du tableau<br \/>\nEvoquant Schiele qui vient par les descriptions de tableaux faites tout au long de Le Chemin Solitaire, c\u2019est sans doute cet \u00e9l\u00e9ment qui a guid\u00e9 le travail des tg\/STAN. Esth\u00e9tique du tableau donc, qui vaut moins ici pour une pratique th\u00e9\u00e2trale, que pour un motif r\u00e9current dans le th\u00e9\u00e2tre de la fin du XIX\u00e8me et le d\u00e9but du XX\u00e8me. Laborieux serait le travail d\u2019inventaire o\u00f9 des pi\u00e8ces de Tchekhov en passant par celles d\u2019Ibsen, entre autres, les textes privil\u00e9gient de mettre en sc\u00e8ne un tableau suspendu, dans quelques salons bourgeois ou salle \u00e0 manger cossue. A l\u2019aube de la photographie et des portraits qui s\u2019en suivront, le tableau est encore l\u2019endroit du r\u00e9cit familial, le lieu de la figure honor\u00e9e qui correspond \u00e0 l\u2019origine de la lign\u00e9e. Les figures tut\u00e9laires tr\u00f4nent ainsi parmi les vivants comme quelques variations de spectres et de fant\u00f4mes qui les hantent. Le regard du p\u00e8re, crout\u00e9, peint, d\u00e9finitivement fig\u00e9 sur le mouvement de la vie imprime ainsi \u00e0 l\u2019espace son h\u00e9ritage, ses lois, son dogme. Tel un masque immobile, le portrait de famille du d\u00e9funt est l\u00e0 qui veille et surveille. Silencieux, \u00e9nigmatique, il couve le secret des \u00e9pop\u00e9es familiales, les myst\u00e8res d\u2019alc\u00f4ve, les \u00e9garements sociaux, les errances de jeunesse. Il cautionne et entretient un silence. Ce silence qui est devenu, chez Maeterlinck, un personnage \u00e0 part enti\u00e8re. Prisonnier de son cadre dor\u00e9, la figure paternelle, tel un sphinx, encadre et dicte leurs conduites aux prog\u00e9nitures g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9es, produits de couches incestueuses, r\u00e9sidus d\u2019histoires douloureuses et tues.<br \/>\nSur le plateau, sur la surface d\u2019un rectangle blanc comme sur le fond cr\u00e9meux du fond de sc\u00e8ne, les tg\/STAN ont donc privil\u00e9gi\u00e9 un cadre, eux aussi. Impression redoubl\u00e9e d\u2019un tableau aux multiples facettes o\u00f9 les \u00e9l\u00e9ments \u00e9clectiques (un grille pain, une chaise, un tourne disque\u2026) figurent les petites touches impressionnistes \u00e9parpill\u00e9es d\u2019une \u0153uvre que la parole finit de mettre en forme. Quelques toiles, blanches, ou tableaux retourn\u00e9s, puis plus tard quelques cadres pass\u00e9s dans un broyeur orange\u2026 soulignent la pr\u00e9sence et l\u2019omnipr\u00e9sence d\u2019un travail pictural relev\u00e9 des pigments li\u00e9s aux effets de langage. Tableau de vie, nature bient\u00f4t morte\u2026 Une histoire chaotique s\u2019ach\u00e8ve dans le bruit m\u00e9canique du broyeur. Vie broy\u00e9e, sent-on, faite de rebondissements, de surprises, d\u2019aveux\u2026 A un qui pense enfin le voyage amoureux, le docteur lui annonce la mort. A une qui attendait l\u2019\u00e9poux, l\u2019histoire lui annonce qu\u2019elle sera une mari\u00e9e en noire. Un autre r\u00e9v\u00e8le sa paternit\u00e9 \u00e0 un fils qui trouve que son p\u00e8re ne vaut plus la peine. Tous m\u00e9dite qu\u2019il y a quelque chose de mort au milieu de nous. Quelque chose de mort qui gagne cette partie de cache-cache et de colin-maillard, le temps que les mots \u00e9chang\u00e9s et les langues qui se d\u00e9lient permettent d\u2019ouvrir les yeux.<br \/>\nA ce jeu-l\u00e0, les tg\/STAN offrent une partition tout en nuance et en volte-face, en m\u00e9tamorphose et en travestissement, passant d&rsquo;une absolue l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 \u00e0 une gravit\u00e9 prise dans presque, exclusivement, le travail vocal. Jeu d\u2019acteurs rod\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9coute de l\u2019autre, au timbre et au rythme de l&rsquo;alter ego, au passage de la parole de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. La virtuosit\u00e9 tient ici non seulement \u00e0 une ma\u00eetrise parfaite des chatoiements, mais aussi et surtout, \u00e0 ces petits gestes complices, ces mouvements d\u2019humour et ses infinis d\u00e9tails qui montrent une complicit\u00e9 \u00e0 chaque tournant du dialogue. Des cinq actes qui composent Le Chemin solitaire, les tg\/STAN proposent une seule sc\u00e8ne qui fonctionne dans l\u2019\u00e9tirement et la variation furtive. Une veste \u00e9chang\u00e9e, et c\u2019est un autre personnage qui para\u00eet. Un \u00e9cart de pas, et c\u2019est la voix d\u2019un autre qui fait r\u00e9sonner un point de vue diff\u00e9rent. Un d\u00e9placement devient un remplacement.<br \/>\nAu risque du labyrinthe et de la confusion, les tg\/STAN inventent un th\u00e9\u00e2tre de la coh\u00e9sion, un th\u00e9\u00e2tre solidaire o\u00f9, sur un mode hegelien impr\u00e9vu, l\u2019un est dans le tout, et le tout ne forme plus qu\u2019un. Jeu de croisements, jeu d\u2019inversions, jeu de renversements\u2026 Le d\u00e9doublement, cher \u00e0 Schnitzler est \u00e0 l\u2019\u0153uvre, et sert l\u2019\u0153uvre. C\u2019est remarquable, impr\u00e9visible et rarement travail d\u2019acteurs n\u2019aura \u00e9t\u00e9 aussi proche d\u2019une perfection rattrap\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212;- Qui aura eu le temps de passer \u00e0 l\u2019\u00e9tage du Bois de l\u2019Aune aura pu marcher dans l\u2019exposition Masqu\u00e9 d\u2019Erhard Stiefel, parmi ses masques, d\u2019ici et d\u2019ailleurs, accroch\u00e9s au mur qui sont comme autant de miroirs qui r\u00e9fl\u00e9chissent le portrait de celui qui les regarde. Et qui venait voir Le Chemin Solitaire d\u2019Arthur Schnitzler proposait par les tg\/STAN savait que le viennois aimait lui aussi les vies masqu\u00e9es et d\u00e9doubl\u00e9es. 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