


{"id":715,"date":"2012-01-25T12:24:00","date_gmt":"2012-01-25T11:24:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=715"},"modified":"2012-01-25T12:24:00","modified_gmt":"2012-01-25T11:24:00","slug":"maitre-desproges","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/maitre-desproges\/","title":{"rendered":"Ma\u00eetre Desproges\u2026"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211;<br \/>\n<em> <strong>Michel Didym, le fondateur de la Mousson d\u2019\u00e9t\u00e9 (festival europ\u00e9en consacr\u00e9 \u00e0 la promotion des auteurs et des textes contemporains), en auteur, en tant que metteur en sc\u00e8ne, comme acteur aussi, ne pouvait pas, parce qu\u2019il aime les mots et les textes, ignorer Desproges. Entre un Beckett, Botho Strauss, Schnitzler, Kolt\u00e8s, Valetti, Hanoch Levin (dont je me souviens encore, un soir \u00e0 la Com\u00e9die de Caen, \u00e0 la belle \u00e9poque de Dubois) que Didym a mis en sc\u00e8ne\u2026 Desproges est comme un type avec qui le Directeur du Th\u00e9\u00e2tre de la Manufacture dialogue. En 2003, tout d\u2019abord, avec Les animaux ne savent pas qu\u2019ils vont mourir. Une premi\u00e8re mise en sc\u00e8ne o\u00f9 la compagne de Pierre Desproges l\u2019\u00e9paule dans l\u2019\u0153uvre inachev\u00e9e qu\u2019a laiss\u00e9e Monsieur Cyclop\u00e8de. Puis \u00e0 la r\u00e9ouverture de la Manufacture, en 2011, Michel Didym, en compagnie de deux grandes actrices ( Christine Murillo et Dominique Valadi\u00e9) cr\u00e9era Chroniques d\u2019une haine ordinaire[<em>Chroniques de la haine ordinaire<\/em>, de Pierre Desproges. Editions, Deux points deux, 464 pages, 11 \u20ac.]]. Du nom que Desproges avait choisi pour animer quotidiennement les ondes de France Inter, de f\u00e9vrier 1986 \u00e0 juin de la m\u00eame ann\u00e9e, sur un jingle de Paolo Cont\u00e9. Avant de mourir d\u2019un cancer le 18 avril 1988. Ou quand Desproges, ponctuant ses Chroniques, finissait par \u00ab quant au mois de mars, je le dis sans aucune arri\u00e8re-pens\u00e9e politique, \u00e7a m\u2019\u00e9tonnerait qu\u2019il passe l\u2019hiver \u00bb\u2026En janvier au Th\u00e9\u00e2tre du Jeu de Paume, on entendait Desproges encore.<\/strong> <\/em><br \/>\nDu fils spirituel au p\u00e8re Lachaise<br \/>\nIl y a eu Pierre Dac, Francis Blanche, Thierry Le Luron, Guy Bedos et Pierre Desproges. Enfant de Ch\u00e2lus et cr\u00e9ature in vitro des h\u00e9t\u00e9ros et des homos que furent les premiers, Desproges en cultiva les g\u00e8nes : un go\u00fbt certain pour la langue fran\u00e7aise, une insolence aristocratique, une irr\u00e9v\u00e9rence chronique, un enthousiasme dans le pessimisme, une culture certaine et un imaginaire illimit\u00e9, de la noblesse dans les jeux de l\u2019esprit\u2026plus trivialement, Desproges, n\u00e9 \u00e0 Pantin, fera le guignol et sera aussi dr\u00f4le que la guerre ou l\u2019ann\u00e9e 39 qui le vit na\u00eetre. Ma\u00eetre des classifications hasardeuses, architecte des r\u00e9cits \u00e9piques les plus improbables, d\u00e9froqu\u00e9 de tous les id\u00e9alismes ou ap\u00f4tres de l\u2019entourloupe verbale, franc parleur \u00e9rudit, chantre du trait d\u2019esprit, chevalier de la phrase impr\u00e9visible, anarchiste de la pens\u00e9e, P\u00e8re Ubu \u00e0 ses heures coll\u00e9giennes et buissonnier \u00e0 17 (heure) hors antenne\u2026 Desproges aura \u00e9t\u00e9 Monsieur Cyclop\u00e8de plusieurs minutes et aura gagn\u00e9 l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Rapporteur chez Jacques Martin, avant de claquer la porte au nez de ce Cyrano qui le mettait trop souvent dans ses papiers, puis plus tard Avocat de Bedos par amiti\u00e9 contre Jacques dans une Chronique dont il avait le secret. Figaro Journaliste \u00e0 l\u2019Aurore : d\u00e9test\u00e9 par son chef Jacques Perrier que son humour mettait en bulle, en bo\u00eete et en \u00e9bulition, ergo Desproges sera renvoy\u00e9. Tant\u00f4t poil \u00e0 gratter avec Le Luron (pas si gai in fine) dans l\u2019\u00e9mission hebdomadaire Les Parasites. Homme de main qui manie la Plume \u00e0 Charlie Hebdo avec Les \u00e9trangers sont nuls. Procureur f\u00e9roce du tribunal des flagrants d\u00e9lires entre 1980 et 1983. Chroniqueur de la Haine ordinaire \u00e0 partir de 1986. Journaux, T\u00e9l\u00e9, Radio\u2026 Desproges s\u2019enhardit et fera de la sc\u00e8ne le lieu de sa rencontre avec le public sans \u00e9cran. Bedos est l\u00e0 qui le conseille.<br \/>\nA sa mort, et dans la foul\u00e9e de son arriv\u00e9e au P\u00e8re Lachaise &#8211; pas si loin de mon Ma\u00eetre Slakta (section 11 que je fr\u00e9quente irr\u00e9guli\u00e8rement) qui signait au Monde une chronique telle que \u00ab\u00a0La vie du Langage\u00a0\u00bb- Marc Jitiaud, en hommage \u00e0 Desproges, cr\u00e9era l\u2019Acad\u00e9mie Cyclop\u00e9dique, \u00e0 la devise que n\u2019aurait r\u00e9vis\u00e9 Pierre : \u00ab Des questionnements, jamais de r\u00e9ponse \u00bb. Acad\u00e9mie, ou confr\u00e9rie, dans le prolongement du Coll\u00e8ge de Pataphysique et de l\u2019un des p\u00e8res d\u00e9lirant de Desproges : UBU.<br \/>\nReste une \u0153uvre principalement \u00e9dit\u00e9e au Seuil, de nombreux DVD et CD, plusieurs vignettes des Chroniques sur Youtube\u2026 Et le souvenir de quelques sketchs (Desproges, Le Luron, VGE et le \u00ab bouap \u00bb buccal), quelques moments de t\u00e9l\u00e9vision en t\u00eate \u00e0 t\u00eate (lui en robe de procureur raillant le g\u00e9niteur de Marine : \u00ab il y a plus d\u2019humanit\u00e9 dans l\u2019\u0153il d\u2019un chien qui remue la queue, que dans celle de Le Pen quand il remue le sien \u00bb. Et le d\u00e9bit de sa voix empruntant l\u2019air fluide et les ondes jusqu\u2019\u00e0 l\u2019autoradio de ma 2CV ; dans laquelle, moi, derri\u00e8re le pare-brise comme un insecte prisonnier d\u2019une lamelle de laboratoire, qui souris aux conducteurs de l\u2019automobile d\u2019en face, lequel me prend pour un trisomique en vadrouille et s\u2019inqui\u00e8te du moniteur d\u2019auto-\u00e9cole qui m\u2019a d\u00e9livr\u00e9 le permis ou du Diaphoirus qui m\u2019a diagnostiqu\u00e9 sain d\u2019esprit quand il voit les difformit\u00e9s de la partie sup\u00e9rieur de mon corps : la face ; moi dis-je, je vis heureux l\u2019instant o\u00f9 Desproges me parle et fais de mon oreille le pavillon, sans pivoines, illumin\u00e9 par les d\u00e9lices d\u2019un plus fou que moi.<br \/>\n Chroniques en sc\u00e8ne<br \/>\nSur le plateau du Th\u00e9\u00e2tre du Jeu de Paume, \u00e0 Aix, Didym a dispos\u00e9 son humble d\u00e9cor dans lequel \u00e9volueront l\u2019\u00e9l\u00e9gante Christine Murillo relook\u00e9e, et jacassi\u00e8re, en Madame Loyal habill\u00e9e d\u2019une sorte d\u2019une sorte de queue de pie dor\u00e9 et lumineux et Dominique Valadi\u00e9, genre sans famille, \u00e0 l\u2019allure d\u2019un clown Fratellini, au gai-luron pass\u00e9 de mode tandis qu\u2019au revers de la veste une fleur rouge lui sert de l\u00e9gion d\u2019honneur. Elles interpr\u00e9teront Chroniques d\u2019une haine ordinaire ou quelques texticules (petits textes qui mettent les boules) qui, dans l\u2019histoire des Dialogues d\u2019exil\u00e9s, des Br\u00e8ves de comptoir, de la libre parole tenue dans les S\u00e9nats[[ Mot qui d\u00e9signe le \u00ab caf\u00e9 \u00bb dans l\u2019argot du bistrot d\u2019Antoine Blondin.]] de Topor, \u00e0 Dubillard en passant par Brecht\u2026 sonnent comme des heures r\u00e9cr\u00e9atives, loin du s\u00e9rieux molest\u00e9 par les petits juges qui nous d\u00e9robent la parole libre et autres spectres de la morale et du politiquement correct qui contraignent la langue et la restreignent au point que le silence n\u2019est plus musical et libertaire, po\u00e9tique et symphonique, mais carc\u00e9ral et juste eccl\u00e9siastique. C\u2019est-\u00e0-dire muet. Murillo-Valadi\u00e9 faudrait-il les nommer d\u2019un seul nom qui rendrait compte que deux grandes actrices, \u00e0 la sc\u00e8ne, ne forment plus qu\u2019une seule voix : celle de Desproges. Non pas deux com\u00e9diennes pour feindre un dialogue, mais bien un duo, ou plut\u00f4t un ch\u0153ur, pour mettre en sc\u00e8ne un monologue \u00e0 m\u00eame lequel on \u00e9coutera Desproges :  ses pens\u00e9es int\u00e9rieures, ses adresses au public, ses apart\u00e9s imp\u00e9tueuses, ses p\u00e9r\u00e9grinations model\u00e9es sur un esprit d\u2019escalier, un dialogue avec lui-m\u00eame\u2026Car Desproges, ne l\u2019oublions, est un homme singulier (rare s\u2019entend), mais surtout une t\u00eate de sc\u00e8ne qui \u0153uvre en solitaire. Mesrine de la rime inattendue qui tue, Mandrin des id\u00e9es de grands soirs, Zarathoustra du verbe d\u00e9volu au gai savoir, Abb\u00e9 Pierre retourn\u00e9 \u00e0 une haine de l\u2019humanit\u00e9, Domenech ou un fossoyeur de verts (allusion \u00e0 Saint-Etienne)\u2026 Desproges est \u00e0 la communaut\u00e9 ce que le livre est au biblioth\u00e8que, seul parmi tous et unique \u00e0 jamais.<br \/>\nEt d\u2019ajouter que le rire vient oui, mais toujours dans un clivage qui proc\u00e8de de l\u2019hilarit\u00e9 ou d\u2019un jaune que l\u2019humour et parfois le cynisme noir colorent des formes du d\u00e9sespoir. Car c\u2019est \u00e0 d\u00e9sesp\u00e9rer de l\u2019humanit\u00e9, de sa gueule carnassi\u00e8re et de ses molles convictions, de ses engagements reni\u00e9es, de ses assurances vie que sont les \u00ab ismes \u00bb (capitalisme, humanisme, christianisme, lib\u00e9ralisme, nazisme\u2026), de ses incontinences discursives o\u00f9 la parole est branlette, et l\u2019oreille toujours viol\u00e9es par quelques promesses faites ou \u00ab fesses \u00bb (contagion de Desproges. Je ne sais plus). Desproges a ainsi une mani\u00e8re \u00e0 lui, une \u00e9criture \u00e0 lui qui conduit \u00e0 rire plut\u00f4t que pleurer, et peut-\u00eatre m\u00eame \u00e0 \u00e9couter ce qu\u2019il dit plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 rire de ce que l\u2019on reconna\u00eet. La Haine, chez Desproges, fil\u00e9e dans chaque phrase, est un Nobel auquel chacun pourrait pr\u00e9tendre, avec un peu de fin de compassion pour son prochain.<br \/>\nTous pr\u00e9tendre certes, mais sans doute bien peu seront capables d\u2019\u00e9lever leur syntaxe et leurs esprits \u00e0 l\u2019endroit que Desproges a choisi pour r\u00e9aliser les tours de sa pens\u00e9e. Alors de quoi rit-on au juste, sinon d\u2019une construction, d\u2019un style, d\u2019un monde d\u2019id\u00e9es \u2026 Desproges pass\u00e9 ma\u00eetre dans l\u2019aphorisme, dans le mot criminel (Deleuze dit que \u00ab la parole tue \u00bb), dans l\u2019esprit d\u2019escalier, dans l\u2019association de mots ou de sons\u2026 Emport\u00e9 par le rythme de phrases sans r\u00e9elles fin qui pourraient rebondir s\u2019il n\u2019y avait la limite du temps d\u2019antenne. Phrase sujette aux jeux de mots, aux mots d\u2019esprits, \u00e0 la r\u00e9f\u00e9rence ridiculis\u00e9e, \u00e0 celle impr\u00e9visible de l\u2019association d\u2019id\u00e9es\u2026 Desproges ou un art de tisser plusieurs files d\u2019un texte qui, cumulant le cousu de file blanc et l\u2019accroc \u00e0 la biens\u00e9ance, le file rouge et le suivi obsessionnel d\u2019une pens\u00e9e rev\u00eat toujours une signification exclusive li\u00e9e au seul plaisir d\u2019une langue qui vivrait, vibrerait, vitaliserait \u00ab la bande de d\u00e9soeuvr\u00e9s \u00bb que figure le spectateur en salle. Desproges est un ainsi et d\u2019abord un auteur ou plut\u00f4t un aventurier du dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues et \u00e9cul\u00e9es, recourant au lexique comme le chercheur d\u2019or au tamis, il trie afin de s\u00e9parer le convenu et l\u2019insulte d\u2019une parole qui ne se d\u00e9partira jamais de l\u2019exigence et de la rigueur. Grand narrateur devant les immortels endormis de l\u2019acad\u00e9mie, Desproges est le mortel qui d\u00e9fie l\u2019ennui \u00e0 travers des r\u00e9cits, des \u00e9pop\u00e9es qu\u2019il sculpte. Type indiff\u00e9rent aux honneurs, indiff\u00e9rent \u00e0 sa grandeur, indiff\u00e9rent \u00e0 ses d\u00e9tracteurs\u2026. Desproges est un Ulysse qui fait de ses Chroniques et de ses \u0153uvres, une Illiade et une Odyss\u00e9e sans la tricoteuse P\u00e9n\u00e9lope et T\u00e9l\u00e9maque le fiston surdou\u00e9. Et comme le navigateur grec, il tient le cap qui ne le reconduit pas \u00e0 Ithaque (forme circulaire de la litt\u00e9rature qui radote les m\u00eames r\u00e9cits), mais va toujours plus au large, plus loin, en terre inconnue l\u00e0 o\u00f9 le terrain peut \u00eatre glissant, mouvant. Desproges, comme Beckett finalement, c\u2019est toujours le mot qui manque qui l\u2019int\u00e9resse, la liaison absente qui le gouverne, l\u2019id\u00e9e de moins qu\u2019il cherche.<br \/>\nEt regardant la sc\u00e8ne, on se dit qu\u2019il manque \u00e0 cette \u00e9poque un Desproges de Ch\u00e2lus dont le commentaire sur l\u2019actualit\u00e9 aurait \u00e9t\u00e9 un pain b\u00e9ni pour ceux qui attendent du discours qu\u2019il circonscrive la r\u00e9alit\u00e9, le futur, l\u2019avenir, la paix.<br \/>\nQu\u2019aurait-il dit du discours du Bourget, du discours de Dakar, de Nadine M., de Eric W., du triple A, de l\u2019inflation et de la fellation, de la double peine, de la bravitude, de l\u2019anosognosie\u2026 dans une Chronique qu\u2019il n\u2019aura pas pu \u00e9crire ou ajouter \u00e0 la quarantaine r\u00e9dig\u00e9e. Un atelier d\u2019\u00e9criture s\u2019y risquerait \u00e0 pr\u00e9ciser les r\u00e8gles de cette grammaire c\u00e9r\u00e9brale. Il faudrait alors pour l\u2019imiter : d\u2019abord respecter un souffle o\u00f9 la phrase est toujours en expansion, fa\u00e7on Proust. Y mettre un jeu de mots, un trait d\u2019esprit, quelques affabulations, quelques parties saugrenues moins attendues que les vannes de Lib\u00e9. Passer du coq \u00e0 l\u2019\u00e2ne en choisissant l\u2019angle de la bifurcation afin que le sens vienne \u00e0 produire un son (pour l\u2019\u00e2ne). Y incorporer un \u00e9nonc\u00e9 impr\u00e9visible qui aura rapport ou non avec une id\u00e9e ant\u00e9rieure (d\u00e9clin\u00e9e dans un autre sketch ou ailleurs). M\u00e9langer les contrastes : la gravit\u00e9 pour le ridicule, le burlesque pour la gravit\u00e9, le neutre dans l\u2019emportement, la retenue dans l\u2019\u00e9nervement. Y placer une r\u00e9f\u00e9rence cultiv\u00e9e, de pr\u00e9f\u00e9rence tronqu\u00e9e ou suffisamment ignor\u00e9e de tous pour qu\u2019elle prenne de la valeur aupr\u00e8s des incultes et des faiseurs. Enfin, on ajoutera adjectif et adverbe qui permettront \u00e0 la langue insolente d\u2019\u00eatre n\u00e9anmoins soutenue.  Pour autant que la recette est l\u00e0, imiter un auteur sera toujours plus difficile et moins efficace que l\u2019original. Extraits :<br \/>\nEntre une mauvaise cuisini\u00e8re et une empoisonneuse, il n\u2019y a qu\u2019une diff\u00e9rence d\u2019intention. Plus je connais les hommes, plus j\u2019aime mon chien. Plus je connais les femmes, moins j\u2019aime ma chienne<br \/>\nLes femmes n\u2019ont jamais eu envie de porter un fusil, pour moi c\u2019est quand m\u00eame un signe d\u2019\u00e9l\u00e9gance morale.<br \/>\nLa seule certitude que j\u2019ai c\u2019est d\u2019\u00eatre dans le doute.<br \/>\nTous les animaux sont utiles \u00e0 l\u2019homme, parce qu\u2019ils nous aiment, nous gardent et qu\u2019on les bouffe<br \/>\nPlus canc\u00e9reux que moi, tumeur !<br \/>\nOu encore et dans l\u2019esprit du travail offert par Didym : \u00ab Dieu fond dans la bouche pas dans la main\/ Je hais l\u2019humanit\u00e9, c\u2019est dur \u00e0 vivre, surtout pour moi\/ C\u2019est pas \u00e9vident d\u2019imiter l\u2019accent d\u2019un canc\u00e9reux\/ \u00bb.<br \/>\nSur le plateau hant\u00e9 par Desproges et \u00e0 m\u00eame les mimiques des com\u00e9diennes ni pleureuses, ni nostalgiques, ni embourb\u00e9es dans l\u2019hommage que Didym interdit, Desproges est convoqu\u00e9 pas \u00e9voqu\u00e9. Avec brio, avec maestria et parfois quelques exc\u00e8s loin de la simplicit\u00e9 de Desproges, la mise en sc\u00e8ne de Didym est distanci\u00e9e, joyeuse, grin\u00e7ante, famili\u00e8re de la douleur de vivre que l\u2019on per\u00e7oit dans le grincement d\u2019un piano de bastringue, dans les blagues potaches qui rappellent qu\u2019au soir des sept ans on est priv\u00e9 d\u2019enfance pour avoir gagn\u00e9 l\u2019\u00e2ge de raison.<br \/>\nEt de regarder le rectangle pourpre du fond de sc\u00e8ne comme un carton rouge qui insinue que la vie est un jeu sans r\u00e8gles (allusion au football d\u00e9cri\u00e9 chez Desproges)\u2026 Et de voir dans tout cela, un instant quand Valadi\u00e9 joue l\u2019infantilis\u00e9 sur un air de piano arrang\u00e9,  une belle charge contre l\u2019\u00e9cole des fans et son Mentor ou Menteur qui, tout autant que les navets de Walt Disney, ont rendu ch\u00e8vres des g\u00e9n\u00e9rations de spectateurs, des cohortes de t\u00eates blondes, des l\u00e9gions de papa\/maman, des bottes de carottes\u2026<br \/>\nAu salut, Didym on le remerciera aussi d\u2019avoir rappel\u00e9 que Pierre Desproges est un contemporain \u00e0 jamais. Un philosophe du pas de quartier et de l\u2019antenne, loin des demi-mondains qui se pressent sur les plateaux t\u00e9l\u00e9 pour baver ou bavarder, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 le g\u00e9nocide des coccinelles s\u2019est un peu calm\u00e9 dans la douce \u00ab Provence des santons mous \u00bb. Pied de nez joyeux au parterre assembl\u00e9 qui, en fid\u00e8le de Desproges, apr\u00e8s avoir ri sur le dos des autres, rit aussi aux plaisanteries que le galopin balance \u00e0 son endroit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211; Michel Didym, le fondateur de la Mousson d\u2019\u00e9t\u00e9 (festival europ\u00e9en consacr\u00e9 \u00e0 la promotion des auteurs et des textes contemporains), en auteur, en tant que metteur en sc\u00e8ne, comme acteur aussi, ne pouvait pas, parce qu\u2019il aime les mots et les textes, ignorer Desproges. Entre un Beckett, Botho Strauss, Schnitzler, Kolt\u00e8s, Valetti, Hanoch Levin (dont je me souviens encore, un soir \u00e0 la Com\u00e9die de Caen, \u00e0 la belle \u00e9poque de Dubois) que Didym a mis en sc\u00e8ne\u2026 Desproges<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-715","article","type-article","status-publish","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/715","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=715"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=715"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}