


{"id":717,"date":"2012-01-18T12:26:00","date_gmt":"2012-01-18T11:26:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=717"},"modified":"2012-01-18T12:26:00","modified_gmt":"2012-01-18T11:26:00","slug":"salves-rushes-and-flashs-de-maguy-marin","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/salves-rushes-and-flashs-de-maguy-marin\/","title":{"rendered":"Salves : Rushes and Flashs de Maguy Marin"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">&#8212;&#8211;<br \/>\n<small><center><i>Salves<\/i> \u2013 Compagnie Maguy Marin<br \/>\n<br \/>Le Pavillon Noir Preljocaj \u2013 Aix-en-Provence \u2013 12 \/13 et 14 janvier 2012<br \/>\n<em>Conception<\/em> : Maguy Marin, en collaboration avec Denis Mariotte.<br \/>\n<br \/><em>Interpr\u00e8tes<\/em> : Ulises Alvarez, Romain Bertet, Ka\u00efs Chouibi, Teresa Cunha, Mayalen Otondo, Jeanne Vallauri, Vania Vaneau.<br \/>\n<\/small><\/center><\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-716\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/capture_d_e_cran_2016-01-07_a_21.07.48-2.png\" alt=\"capture_d_e_cran_2016-01-07_a_21.07.48-2.png\" align=\"center\" width=\"601\" height=\"423\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong> <em>De m\u00e9moire, achevant d\u2019\u00e9crire sur<\/em> Description d\u2019un Combat <em>pr\u00e9sent\u00e9 en 2009, au Gymnase Aubanel, je concluais en disant que cette pi\u00e8ce chor\u00e9graphique avait \u00e0 voir avec l\u2019enjeu d\u2019un homme qui se tiendrait debout. En t\u00eate, la sculpture de Giacometti \u00ab l\u2019homme qui marche \u00bb faisait \u00e9cho au souvenir de quelques lignes lues chez Deleuze sur ce qui menace la personne : la \u00ab honte \u00bb. L\u2019un et l\u2019autre s\u2019\u00e9taient impos\u00e9s \u00e0 mon esprit, et avec elles une certaine id\u00e9e du cours de l\u2019Histoire s\u2019\u00e9tait fait jour qui prenait son origine, chez Maguy Marin, dans la guerre de Troie : la mort de Patrocle pleur\u00e9e par Achille.<\/em> <\/strong><br \/>\n<em>Salves<\/em>, comme un nouvel \u00e9pisode de cette Odys\u00e9e, pourrait se regarder comme son prolongement plastique si la pr\u00e9sence du pluriel \u2013 rendu muet par les r\u00e8gles de la langue \u2013 permettait de faire entendre le nom d\u2019un martyr qu\u2019Augustin honorera devant Carthage. Rien ne permet de soutenir cette intuition et les \u0153uvres devraient nous obliger \u00e0 la r\u00e9serve puisqu\u2019elles sont par nature ind\u00e9chiffrables. Paradoxalement, c\u2019est aussi au regard de cette constance \u00e9nigmatique qu\u2019elles convoquent une parole qui ne se confond pas avec la connaissance mais avec le t\u00e2tonnement qui est un cheminement en qu\u00eate d\u2019un savoir. <em>Salves<\/em>, nous est certes interdit, pour autant \u0153uvre d\u2019art elle nous invite \u00e0 sonder toujours plus avant les territoires sensibles o\u00f9 elle se d\u00e9ploie. <em>Salves<\/em> ou le mot qui fait entendre, encore, non pas la mitraille comme on l\u2019aura lu ici et l\u00e0, dans quelques critiques, mais tout au contraire un rituel militaire qui est celui de l\u2019adieu et de l\u2019honneur rendus \u00e0 ce qui a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9, \u00e0 ce qui est mort. Moins une pi\u00e8ce de guerre qu\u2019une sorte de chant de deuil, une veill\u00e9e mortuaire, un mime fun\u00e8bre\u2026<br \/>\nSur le plateau, Maguy Marin a dispos\u00e9 un jeu de cloisons brutes, d\u2019ouvertures modestes, d\u2019\u00e9chafaudages en stand by, de pl\u00e2tres et de coffrages frais, de palettes de bois\u2026 laissant au regard le soin de d\u00e9couvrir une construction ni achev\u00e9e, ni abandonn\u00e9e. Une sorte de chantier frapp\u00e9 par une crise o\u00f9 le dessin d\u2019un appartement est indistinct de son devenir lointain de ruines. Et c\u2019est l\u00e0, dans cet espace et ce temps interm\u00e9diaires, \u00e0 l\u2019endroit de ce qu\u2019il faut bien nommer un \u00ab passage \u00bb, que <em>Salves<\/em> prend forme. L\u00e0, en ce lieu suspendu qui accueille un projet \u00e0 l\u2019arr\u00eat, <em>Salves<\/em> commence dans le silence qui baigne ces espaces retir\u00e9s promis \u00e0 la vie et initialement priv\u00e9s des mouvements comme des sonorit\u00e9s qui le peupleront. Au silence intense qui marque les premi\u00e8res secondes viendra alors s\u2019ajouter une pantomime tout aussi muette. Un, puis deux, puis bient\u00f4t sept\u2026 interpr\u00e8tes, s\u2019extrayant des gradins du Pavillon Noir, gagnent ainsi cette \u00ab zone \u00bb. Ils sont li\u00e9s entre eux par un m\u00eame geste a\u00e9rien des bras o\u00f9, de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre main, ils semblent tenir et regarder, chacun et chacune, les rushes d\u2019un film. Pellicule invisible \u00e0 l\u2019\u0153il nu qui s\u2019\u00e9paissit dans leurs regards ou l\u2019expression de leurs visages, ils regardent avec les yeux de la m\u00e9moire une histoire qu\u2019aura relay\u00e9e et \u00e9crite Kodak. Peut-\u00eatre la leur, intime et accessoire qui, de toutes les mani\u00e8res, n\u2019est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 celle qui est faite d\u2019\u00e9pisodes moins anonymes, d\u2019\u00e9v\u00e9nements plus c\u00e9l\u00e8bres, de temps marqu\u00e9s par le sceau du commun qui vaut pour l\u2019humanit\u00e9.<br \/>\n<em>Salves<\/em> prend ainsi forme dans un geste silencieux surexpos\u00e9 dans une luminosit\u00e9 brute et un signe fait \u00e0 l\u2019Histoire. A la mani\u00e8re d\u2019une ouverture symphonique, sur un mouvement lent et retenu, <em>Salves<\/em> ne fait que commencer, sur le mode, in fine, d\u2019une bande annonce presque muette o\u00f9 l\u2019image parle une histoire sans paroles. Ou une mani\u00e8re de faire de <em>Salves<\/em>, aussi, un ban de montage. C\u2019est-\u00e0-dire le lieu technique et id\u00e9ologique s\u2019il en est o\u00f9 le r\u00e8glement de la question esth\u00e9tique peut accoucher d\u2019Hollywood ou de Godard, d\u2019un r\u00e9cit fictif film\u00e9 ou d\u2019une exp\u00e9rience visuelle, d\u2019un ordre de l\u2019image montr\u00e9e ou d\u2019un chaos du montr\u00e9 d\u00e9mont\u00e9, d\u2019une image satur\u00e9e et narrative ou d\u2019une image qui pr\u00e9serverait \u00ab un presque rien de lumi\u00e8re \u00bb\u2026 Un effet \u00ab luciole \u00bb[[ Georges Didi-Huberman, <em>Survivance des lucioles<\/em>, Paris, les \u00e9d. de Minuit, 2009.]]  comme le rappelle Maguy Marin qui, en lectrice, cite dans le programme Didi-Huberman.<br \/>\n<em>Salves<\/em> se poursuivra alors en recourant \u00e0 ces presque rien de lumi\u00e8re, ces flashs intermittents, ces noirs chromatiques et ces blancs sonores. D\u2019impulsions lumineuses en soubresauts phoniques\u2026 c\u2019est une succession d\u2019images d\u00e9clinantes et de tensions entre entendre, ne plus entendre, ne plus pouvoir entendre\u2026  et voir, ne plus voir, ne plus pouvoir voir qui sont mont\u00e9s dans un mouvement d\u2019aller et retour. Moins un mouvement binaire, qu\u2019un espace dialectique construit sur la mise en sc\u00e8ne d\u2019un rythme interrompu, aux motifs et aux courses impr\u00e9visibles ; l\u00e0 o\u00f9 le mode perceptif se verrait concurrencer par un mode sensitif. Espace en fusion, en quelque sorte, o\u00f9 la fulgurance des images et les trajectoires furtives inscrivent la vision et l\u2019ouie dans un \u00e9tat d\u2019incertitude, une \u00ab \u00e9coute flottante \u00bb. Pens\u00e9e qui, traduite par Didi-Huberman, s\u2019\u00e9crirait comme le moment o\u00f9 l\u2019on saisirait que \u00ab le but de l\u2019art, c\u2019est de donner une sensation de l\u2019objet \u00bb[[<em>Ibid.<\/em>, p. 77]]<br \/>\n<em>Au pr\u00e9texte du Clinamen\u2026<\/em><br \/>\nMaguy Marin fabrique donc un univers plastique qui emprunte \u00e0 cet atome (le clinamen) auquel on doit tout si l\u2019on comprend que sa course subitement al\u00e9atoire, rompant avec un ordre physique pr\u00e9visible, r\u00e9-introduit le chaos et le d\u00e9sordre. Donc, le mouvement et le vivant. <em>Salves<\/em> en sera l\u2019expression exponentielle qui, de mani\u00e8re constante, d\u00e9construit et reconstruit un monde visuel et sonore. Monde priv\u00e9 de lin\u00e9arit\u00e9, de litt\u00e9rarit\u00e9 et de continuit\u00e9 depuis que les \u00ab grands r\u00e9cits \u00bb ont v\u00e9cu et ont \u00e9t\u00e9 fossoy\u00e9s par les observateurs et autres philosophes de la postmodernit\u00e9. Communaut\u00e9 d\u00e9soeuvr\u00e9e depuis qu\u2019elle a rencontr\u00e9 la fin de l\u2019effet miroir de l\u2019art. Peuples, encore, en exil, sans destination depuis que le sens de l\u2019Histoire s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 plus difficile \u00e0 identifier que les utopies qui le guidaient ; \u00e0 imaginer aussi, alors que Moloch et son valet Capital ont r\u00e9duit toutes croyances dans les vertus cardinales : prudence, justice, force, temp\u00e9rance\u2026Curieux Monde lorgnant l\u2019\u00e9quilibre, pris en \u00e9tau dans un paradoxe qui lui fait d\u00e9sirer la libert\u00e9 et craindre cela m\u00eame qui le tentait ; Monde fascin\u00e9 par les entreprises collectives, soucieux de solidarit\u00e9s mais toujours promptes \u00e0 organiser l\u2019exclusion ; Monde insolite fait de livres, de collections de pi\u00e8ces d\u2019art, d\u2019archives et de pens\u00e9es toujours oublieux de ce qu\u2019il conserve\u2026<em>Salves<\/em>, tel un clinamen, en restituera le film presque muet, au moins quelques \u00ab chutes \u00bb choisies.<br \/>\nVient alors une succession d\u2019\u00e9pisodes pr\u00e9sent\u00e9s sur un mode clignotant o\u00f9 la lumi\u00e8re disjoncte. Effet \u00ab warning \u00bb, en quelque sorte, qui signe un temps alarmant ou pour le dire autrement \u00ab une \u00e9poque faite de d\u00e9tresse r\u00e9currente \u00bb. Parmi les premi\u00e8res images, comme emprunt\u00e9s au mouvement lat\u00e9ral et m\u00e9canique d\u2019un appareil de projection de diapositives d\u2019antan, trois interpr\u00e8tes apparaissent et disparaissent \u00e0 tour de r\u00f4le jouant Mizaru, Iwazaru et Kikazaru. Clin d\u2019\u0153il \u00ab asiatique \u00bb de Marin \u00e0 la sagesse des trois petits singes (ne rien voir, ne rien dire, ne rien entendre) que l\u2019on ne saurait traduire autrement que par un \u00ab gardons-nous \u00bb de parler sans savoir, ou de r\u00e9p\u00e9ter ce qui a \u00e9t\u00e9 mal compris ou de faire croire que l\u2019on aura vu. Clin d\u2019\u0153il ou clignement de l\u2019\u0153il qui nous rapproche de cette \u00e9tude sur la lumi\u00e8re qu\u2019est <em>Salves<\/em>. Premi\u00e8res images qui, tel un axiome, se regardent comme un temps de pr\u00e9vention vis-\u00e0-vis de la parole qui se confondrait \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 : cette autre Lumi\u00e8re. Ici, on ne saurait rien dire qui ne soit trop \u00e9loign\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9, sauf \u00e0 en rappeler le rapport \u00e9troit avec un mouvement qui ne peut \u00eatre que d\u00e9voilement. L\u2019alternance irr\u00e9guli\u00e8re de moments de clart\u00e9 et d\u2019obscurit\u00e9 pourrait ainsi le figurer alors que <em>Salves<\/em> s\u2019offre au regard comme un dispositif fonctionnant \u00e0 l\u2019instar d\u2019une lanterne magique, appel\u00e9e aussi \u00ab lanterne de peur \u00bb.<br \/>\nEt d\u2019ajouter que le Monde qui est aussi un cirque autorise Maguy Marin, alors, \u00e0 multiplier les images comme si le sc\u00e9nario de <em>Salves<\/em> reposait sur la mise en place de num\u00e9ros. D\u00e8s lors se presse sur le plateau, rendu \u00e0 son \u00e9tat de platine et de piste optique, un flux discontinu d\u2019images\/sons qui, comme au cirque, joue sur les registres de la gravit\u00e9 et de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, du p\u00e9rilleux et du risible, du dramatique et du clownesque.<br \/>\nImages de poterie bris\u00e9e, d\u2019un vase dynastique cass\u00e9, d\u2019une statue de la libert\u00e9 perdant l\u2019\u00e9quilibre qui vole en \u00e9clats, d\u2019une V\u00e9nus de Milo recoll\u00e9e, d\u2019une V\u00e9nus hottentote morte en 1815 \u00e0 Paris, d\u2019un soldat hagard sorti de nulle part comme dans un tour de passe-passe, d\u2019un danseur qui se prend les pieds dans le tapis, d\u2019une danseuse de bo\u00eete \u00e0 musique qui tourne sur elle-m\u00eame\u2026Extraits d\u2019archives sonores INA o\u00f9 l\u2019on disserte sur la beaut\u00e9, sur la litt\u00e9rature\u2026 Images sonores de voix \u00e9ructant de petits chefs, s\u00e9quences sonores de films du cin\u00e9ma italien n\u00e9o-r\u00e9aliste\u2026 Toiles accroch\u00e9es au mur ou passant de main en main chez des magasiniers poussi\u00e9reux en blouse grise qui voient d\u00e9filer \u00ab La libert\u00e9 guidant le peuple \u00bb de Delacroix, le scandaleux \u00ab Enterrement \u00e0 Ornans \u00bb de Courbet, \u00ab les fusillades du 3 mai \u00bb de Goyat\u2026 Mais aussi, dans un geste parodique proche des s\u00e9ries r\u00e9trospectives de Warhol, un portrait puis cinq d\u2019Elvis coll\u00e9s par cinq figures f\u00e9minines wilsoniennes dupliqu\u00e9es de pied en cap, du geste \u00e0 la coiffure\u2026et encore, au d\u00e9tour de ces \u00e9pisodes, la photo encadr\u00e9e et sacr\u00e9e d\u2019un coker qui, Marin le fera entendre subrepticement, aboiera en \u00e9cho aux chiens aim\u00e9s de Courbet lequel, peut-\u00eatre comme Bloy, les pr\u00e9f\u00e9rait \u00e0 la compagnie des hommes : leurs jugements\u2026etc.<br \/>\nJusqu\u2019au tableau final, sorte de feu d\u2019artifice fellinien en pleine lumi\u00e8re, pris entre l\u2019imagerie tch\u00e9kovienne de tables de banquet dress\u00e9es et de banqueroute du sacr\u00e9 (j\u00e9sus arrive en h\u00e9lico) et du bon go\u00fbt d\u00e9graiss\u00e9 ; Marin, \u00e0 vrai dire, multiplie les touches et les coups, convoque les formats c\u00e9l\u00e8bres et invente des s\u00e9quences plus \u00e9nigmatiques, d\u00e9jouant ainsi tout rapport d\u2019exclusivit\u00e9 \u00e0 une signification qui pourrait \u00eatre arr\u00eat\u00e9e. Pour autant, \u00e0 m\u00eame ce charnier d\u2019images et de sonorit\u00e9s \u00e9prises de vibrations violentes, quelque chose s\u2019\u00e9l\u00e8ve qui, au-del\u00e0 du regard, n\u2019est jamais hors de vue\u2026<br \/>\n<em>Un art de vivre<\/em><br \/>\nQuelque chose de l\u2019ordre d\u2019une histoire spectrale na\u00eetra de ce d\u00e9sordre qui, tout au long de <em>Salves<\/em>, se distille. Quelque chose qui t\u00e9moigne d\u2019une histoire des arts et des arts de la sc\u00e8ne, un peu comme si, un des effets du clinamen avait permis \u00e0 <em>Salves<\/em> de devenir le point de chute de diff\u00e9rents mat\u00e9riaux pr\u00e9lev\u00e9s \u00e0 d\u2019autres \u0153uvres pour n\u2019en former qu\u2019Une plurielle. Ou disons, pr\u00e9cis\u00e9ment, pour rappeler que toutes ces \u0153uvres forment en d\u00e9finitive une histoire de l\u2019art qui, si elle passe par des pratiques distinctes, r\u00e9fl\u00e9chit de toutes les mani\u00e8res un souci commun. Ici, une ombre chinoise se regarderait comme un hommage au geste th\u00e9\u00e2tral de Fran\u00e7ois Tanguy. L\u00e0, dans l\u2019encadrement d\u2019une ouverture, une esquisse shakespearienne de quelque trag\u00e9die rappellerait la pr\u00e9gnance de l\u2019\u00e9lisab\u00e9thain. Plus loin, cinq filles dupliqu\u00e9es, aux gestes r\u00e9p\u00e9titifs, convoqueraient l\u2019ent\u00eatement de Wilson \u00e0 exercer sur la lenteur sa ma\u00eetrise. Avant, de profil, la silhouette fragile d\u2019un homme en chemise de malade d\u2019h\u00f4pital, au cheveu blanchi nourri par un fils comme on l\u2019aura vu chez Castellucci\u2026 Entre deux, un personnage moustachu, comme sorti de La Classe morte, raide comme un major d\u2019homme au pied d\u2019une table napp\u00e9e accueillant une femme en robe blanche et au cr\u00e2ne proth\u00e9tique, laissait revenir l\u2019image d\u2019un des jumeaux Janitzki : figures atemporelles de tous les spectacles de Kantor\u2026 etc.<br \/>\nEt de regarder <em>Salves<\/em> comme un amalgame qui t\u00e9moignerait de la pr\u00e9sence de l\u2019art ; d\u2019une histoire picturale o\u00f9 les tableaux de ma\u00eetres et les photos de quidam n\u2019ont finalement de valeur que pour les yeux qui les regardent. Et de voir dans la sculpture ou l\u2019artisanat qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alisation de poteries et de vaisselle un art pas moins sup\u00e9rieur. Et d\u2019entendre les fragments des discours sur l\u2019art parasit\u00e9s par le temps comme un art de penser qui n\u2019est pas si r\u00e9pandu. Et d\u2019\u00e9couter le d\u00e9ferlement des sons et bruitages comme un lointain \u00e9cho aux cr\u00e9ations de Cage\u2026etc. Et voir les s\u00e9quences de \u00ab pousse toi de l\u00e0 que je m\u2019y mette \u00bb comme un art du com\u00e9dien rompu \u00e0 toutes les acrobaties.<br \/>\n<em>Salves<\/em>, sans qu\u2019il soit possible de l\u2019affirmer, n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre rien moins qu\u2019une ode \u00e0 tous les arts, en m\u00eame temps qu\u2019il en fut la forme plastique qui s\u2019interrogeait sur la foi qui a \u00e9t\u00e9 mis en lui. Maguy Marin se gardera de faire entendre un jugement ou au contraire les convoquera tous. Au pire, la d\u00e9sillusion, dans une cr\u00e9ation qui en a fini avec le simulacre, serait totale. Et l\u2019on aura regard\u00e9 un Monde de reliques, de r\u00e9serves, de caves et de stocks d\u00e9volus \u00e0 la mise en sc\u00e8ne des mus\u00e9es. Soit le lieu touristique de nos \u00e9checs o\u00f9 l\u2019art semble ne nous avoir enseign\u00e9 rien qui puisse nous permettre un d\u00e9passement. A l\u2019oppos\u00e9, et simultan\u00e9ment, Slaves est peut-\u00eatre un encouragement \u00e0 nous questionner sur le \u00ab\u00a0Salut\u00a0\u00bb que l\u2019on peut encore esp\u00e9rer en c\u00f4toyant et en \u00e9coutant les \u0153uvres. Si tant est que l\u2019histoire n\u2019ait plus de sens, c\u2019est peut-\u00eatre \u00e0 travers elles, les \u0153uvres, qu\u2019il est encore possible de trouver une issue.<br \/>\nEntre chien et loup, entre deux coups de torche qui balaient la nuit du plateau et le bruit strident d\u2019un sifflet de policier qui d\u00e9chire le silence et nous rappelle sans doute que nous sommes prisonniers de notre aveuglement, une image persistera qui montrait le groupe d\u2019interpr\u00e8tes \u00ab\u00a0faire la cha\u00eene\u00a0\u00bb. Image d\u2019un \u00ab faire corps \u00bb, remis en cause r\u00e9guli\u00e8rement par une maladresse, mais image reconduite d\u2019une action o\u00f9 il s\u2019agissait de \u00ab sauver les meubles \u00bb. <em>Salves<\/em>, ou une histoire d\u2019instantan\u00e9s brouss\u00e9s par Maguy Marin. Une sorte d&rsquo;exposition universelle inattendue, entre exil int\u00e9rieur et fuite en avant&#8230; o\u00f9 les chefs d&rsquo;oeuvre mis en mouvement, fragilis\u00e9s, bris\u00e9s, mais aussi sortis des mus\u00e9es et rendus au chaos de la vie recouvrent de temps \u00e0 autres, expos\u00e9s \u00e0 la rare lumi\u00e8re, une vitalit\u00e9. Un peu comme si <em>Salves<\/em> rappelait qu&rsquo;oeuvrer en art offre une double perspective. Celle du catalogue qui est une consigne au risque de devenir le cim\u00e9ti\u00e8re d&rsquo;oeuvres mortes. Celle de la Boh\u00e8me (un parent du clinamen) qui offre un horizon encore \u00e0 construire. <em>Salves<\/em> qui se cl\u00f4t en pleine lumi\u00e8re sur un arr\u00eat des danseurs s&rsquo;immobilise finalement sur l&rsquo;impression qu&rsquo;une porte est entrouverte&#8230; Une \u00ab\u00a0ouverture luciole\u00a0\u00bb d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, un passage non seulement \u00e9troit mais un espace qui se rar\u00e9fie&#8230; ou quand l&rsquo;espoir est entrevu et entre nos mains comme \u00e0 la premi\u00e8re image, du premier interpr\u00e8te, du premier instant de <em>Salves<\/em>.<\/p>\n<hr \/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211; Salves \u2013 Compagnie Maguy Marin Le Pavillon Noir Preljocaj \u2013 Aix-en-Provence \u2013 12 \/13 et 14 janvier 2012 Conception : Maguy Marin, en collaboration avec Denis Mariotte. Interpr\u00e8tes : Ulises Alvarez, Romain Bertet, Ka\u00efs Chouibi, Teresa Cunha, Mayalen Otondo, Jeanne Vallauri, Vania Vaneau. De m\u00e9moire, achevant d\u2019\u00e9crire sur Description d\u2019un Combat pr\u00e9sent\u00e9 en 2009, au Gymnase Aubanel, je concluais en disant que cette pi\u00e8ce chor\u00e9graphique avait \u00e0 voir avec l\u2019enjeu d\u2019un homme qui se tiendrait debout. 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