


{"id":719,"date":"2011-10-03T12:30:00","date_gmt":"2011-10-03T10:30:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=719"},"modified":"2011-10-03T12:30:00","modified_gmt":"2011-10-03T10:30:00","slug":"colas-goetz-raynaud-porteurs-de-melankolik","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/colas-goetz-raynaud-porteurs-de-melankolik\/","title":{"rendered":"Colas-Goetz-Raynaud : porteurs de m\u00e9lanKolik"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p><em> <strong>Cr\u00e9e au Centre Pompidou de Metz l\u2019an dernier, puis repris au festival Via, au Man\u00e8ge de Maubeuge, \u00e0 la M\u00e9nagerie de Verre \u00e0 Paris\u2026 Kolik aura connu une belle tourn\u00e9e soutenue par l\u2019Onda et l\u2019institut fran\u00e7ais, avant d\u2019\u00eatre programm\u00e9 dans le cadre du festival Actoral, en ce d\u00e9but d\u2019automne, au Th\u00e9\u00e2tre de la Cri\u00e9e, \u00e0 Marseille. C\u2019est l\u00e0, dans la petite salle, \u00e0 deux pas du vieux port et de ses terrasses peupl\u00e9es, que le metteur en sc\u00e8ne Hubert Colas donne \u00e0 entendre, \u00e0 regarder, \u00e0 sentir\u2026 la vitalit\u00e9, la nervosit\u00e9, la rugosit\u00e9, du texte de Goetz (traduit par Olivier Cadiot et Christine Seghezzi). Un solo d\u2019une heure de Thierry Raynaud o\u00f9 l\u2019acteur, incarnant une prose amok, arrache au r\u00e9cit un chant cruel et h\u00e9morragique fait de sursauts explosifs, de souffles rentr\u00e9s, de mots expuls\u00e9s, de rythmes dissym\u00e9triques, d\u2019h\u00e9sitations en deuil\u2026 o\u00f9 un recueil de balises indompt\u00e9es, d\u2019angoisses irr\u00e9pressibles, d\u2019\u00e9pisodes et de spasmes d\u2019une vie tourment\u00e9e. Une sorte de voyage au bout de la nuit qu\u2019est une vie sans fard.<\/strong> <\/em><br \/>\nGoetz : le g\u00e9nie g\u00eanant (comme on l\u2019a dit de Genet)<br \/>\nConsid\u00e9r\u00e9 comme un provocateur litt\u00e9raire : un \u00ab Ha\u00dfliterat, Rainald Goetz, auteur allemand n\u00e9 en 1954, appara\u00eet sur la sc\u00e8ne allemande alors qu\u2019il a la trentaine. A Munich, \u00e0 Berlin, \u00e0 Bonn, \u00e0 Francfort, dans des th\u00e9\u00e2tres ou des cabarets, le public post-brechtien, contemporain de Peter Handke, de Botho Strauss, d\u2019Heiner M\u00fcller\u2026 et des metteurs en sc\u00e8ne que sont Zadek, Gr\u00fcber, Stein\u2026 d\u00e9couvre les textes de Goetz, jeune auteur des eighties. L\u2019Europe vit alors une p\u00e9riode o\u00f9 le lib\u00e9ralisme n\u2019a pas encore avou\u00e9 sa parent\u00e9 avec le spectre de Moloch, m\u00eame si, ici et l\u00e0, et notamment \u00e0 travers le th\u00e9\u00e2tre anglais des \u00ab jeunes hommes en col\u00e8re \u00bb (Motton, Barker), le baroque \u00e9lisab\u00e9thain a trouv\u00e9 une forme mutante dans la langue d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e et la main de fer des ministres du culte thatch\u00e9rien. C\u2019est le temps o\u00f9 l\u2019on enterre d\u00e9finitivement 68, et dans sa tra\u00eene les mouvements r\u00e9volutionnaires : les brigades rouges, la bande \u00e0 Baader\u2026 La sociale d\u00e9mocratie semble \u00eatre venue \u00e0 bout des illusions, c\u2019est le temps des alliances et des peuples cocus ; la soci\u00e9t\u00e9 de consommation en place, les marchands de sommeil oeuvrent\u2026 le Bien-\u00eatre s\u2019impose, l\u2019\u00e9cologie balbutie et prend des couleurs (h\u00e9site entre rose et vert, exit le rouge et noir), les intellectuels engag\u00e9s sont bient\u00f4t la nouvelle esp\u00e8ce en voie de disparition\u2026 On compte en KF, la culture se substitue \u00e0 l\u2019art, le cr\u00e9dit diff\u00e8re la pauvret\u00e9\u2026 D\u2019un titre de Gilles Lipovetski, on entre dans \u00ab l\u2019\u00e8re du vide \u00bb : antichambre du n\u00e9ant \u00e0 venir, chemin qui ne m\u00e8nera nulle part o\u00f9 se perd le sens de l\u2019Histoire.<br \/>\nGoetz, Docteurs de l\u2019Universit\u00e9, en a termin\u00e9 avec ses \u00e9tudes d\u2019Histoire et de M\u00e9decine. Un temps, il est all\u00e9 rouler sa bosse dans le milieu psychiatrique. Il en fait un roman : Irre (Chez les fous, traduit et publi\u00e9 en 1983 chez Gallimard). Premier opus de l\u2019auteur dont on peut lire, sur le site des \u00e9ditions Suhrkamp, que le monde psychiatrique lui est un terrain familier d\u2019\u00e9criture, mais qu\u2019il ne s\u2019interdit pas non plus de crayonner (romans et th\u00e9\u00e2tres) sur des th\u00e8mes comme : la r\u00e9volution, la RAF (La Fraction Arm\u00e9e Rouge), le langage (son d\u00e9senchantement et son d\u00e9soeuvrement)\u2026<br \/>\nPost Punk, attach\u00e9 \u00e0 faire la critique radicale de la sociale d\u00e9mocratie (la vie en rose et vert envelopp\u00e9e d\u2019un humanisme jud\u00e9o-chr\u00e9tien), Rainald Goetz, \u00e0 Klagenfurt, alors qu\u2019il re\u00e7oit le prix Ingeborg-Bachmann en Autriche pour son texte Subito, d\u00e9coupe consciencieusement la peau de son front, au scalpel. Ecrire et saigner se rejoignent ainsi au terme de la lecture. Se saigner, pratiquer une saign\u00e9e, le stylo et le scalpel s\u2019amalgament, se confondent, et inscrivent l\u2019auteur dans une violence radicale bient\u00f4t identifi\u00e9e \u00e0 de la virtuosit\u00e9. Le voil\u00e0 d\u00e9sormais auteur contemporain, catalogu\u00e9 original, fondant son \u0153uvre sur les m\u00e9andres d\u2019une Europe en proie aux guerres, aux contr\u00f4les, \u00e0 la d\u00e9sillusion. Europe-spectre r\u00e9gl\u00e9e par le monde m\u00e9diatique, les causeries politiques et ses l\u00e9gions de souteneurs du monde de la finance (expression \u00e9lastique qui veut dire \u00ab commer\u00e7ant \u00bb). Goetz entre alors en r\u00e9sistance et en critique via l\u2019\u00e9criture : espace de sauvegarde ou de sursit, lieu de constat et de non-r\u00e9signation, territoire d\u2019autres mondes qui d\u00e9ploient toutes les douleurs, zone de contestation et de solitude.<br \/>\nEntre 1992 et 1999, c\u2019est Krieg (Guerre) du th\u00e9\u00e2tre, puis les romans Kontrolliert (contr\u00f4l\u00e9), Hirn (Cerveau), Festung (Forteresse), 1989 (compos\u00e9 de trois volumes qui sont la retranscription des discours publics diffus\u00e9s dans les m\u00e9dias, entre f\u00e9vrier 1988 et ao\u00fbt 1990. Somme documentaire de 1632 pages o\u00f9 une parole brute, non retouch\u00e9e, laisse entendre la disparition d\u2019une langue).<br \/>\nMais aussi Jeff Koons, Rave, Eines Jahres, Abfall f\u00fcr alle (d\u00e9chets pour tous), C\u00e9l\u00e9bration (\u00e9loge de la vie nocturne sur fond de musique techno et ecstasy), Katarakt ou Kronos (r\u00e9cits de sa vie qui utilisent des formes litt\u00e9raires diff\u00e9rentes. Chaque carnet \u00e9tant pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019un cahier d\u2019images personnelles ou m\u00e9diatiques).<br \/>\nGoetz po\u00e8te aussi quand il publie, en 2001, le recueil Jahrsehnt des sch\u00f6nen Frauen (d\u00e9cennie des belles femmes) qui est un journal intime exprimant la morosit\u00e9 qui ouvre ce nouveau mill\u00e9naire. Se saisissant des nouveaux modes d\u2019expression Goetz se saisit du net, y met en place un blog ; puis il s\u2019associe aux musiciens Olivier Loeb et Stevie Be-Zet pour un disque (techno\/transe\/\u00e9lectro) Word, en 1994. L\u2019exp\u00e9rience sonore se poursuit avec le DJ Westbam et Goetz enregistre ses textes sur un nouveau disque Heute Morgen (traduisons Aujourd\u2019hui).<br \/>\nTouche \u00e0 tout ou plus simplement \u00e0 la recherche d\u2019un mode d\u2019\u00e9criture et d\u2019expression qui toucherait le tout, le docteur Goetz ramasse les prix litt\u00e9raires qui le consacrent \u00ab auteur dramatique contemporain \u00bb. Ce qui doit amuser cet \u00ab enfant terrible \u00bb qui, comme Thomas Bernhard, pourrait un jour nous dire qu\u2019il se \u00ab fait chier sur la t\u00eate \u00bb.<br \/>\n\u00ab Enfant terrible \u00bb dis-je ou \u00ab adulte politiquement incorrect \u00bb, Rainald Goetz, veille \u00e0 Berlin : ville schizophr\u00e8ne qui panse ses fronti\u00e8res, ses cicatrices. Et d\u2019entendre Heiner M\u00fcller, de Potsdam, murmurait \u00e0 l\u2019oreille de Goetz : \u00ab mes pens\u00e9es sont des plaies dans mon cerveau, mon cerveau est une cicatrice \u00bb . Goetz, mi Angelus Novus qui annoncerait le d\u00e9sastre, mi ombre c\u00e9linienne (l\u2019antis\u00e9mitisme en moins) \u00e9prouvant une haine du genre humain\u2026 Goetz n\u2019en finit pas d\u2019\u00eatre en proie \u00e0 un d\u00e9sir sans ailes o\u00f9 son \u0153uvre : entre r\u00e9volte et chute, entre cri d\u2019alarme et \u00e9preuve du d\u00e9sert, entre condamnation et r\u00e9signation, entre destin connu et r\u00eave \u00e0 faire durer, entre lutte et abandon\u2026 dit et montre le chaos : le KO.<br \/>\nKolik : prendre un coup et finir KO.<br \/>\nFr\u00e8re d\u2019Antoine Blondin attabl\u00e9 dans une salle obscure comme au fond d\u2019une arri\u00e8re-cour, Thierry Raynaud siffle des verres et vocif\u00e8re des bribes d\u2019arri\u00e8re-pens\u00e9es. \u00ab Couch\u00e9\u2026 Truc\u2026 merde\u2026 Cerveau\u2026 Crasse\u2026 Homme\u2026 \u00bb d\u00e9bite-t-il sur le mode d\u2019un d\u00e9sarroi priv\u00e9 de syntaxe mais pas de sens. Proche parent de Nietzsche dans une crise de raison, dans les \u00e9carts qui s\u00e9parent chaque mot, lui est \u00e0 la peine dans la continuit\u00e9. Les phrases ne viennent plus, seules arrivent les id\u00e9es elliptiques, les pens\u00e9es trou\u00e9es qui passent par des mots venus du bas du c\u0153ur ou du fond de la raison. \u00ab Cerveau\u2026 Chien\u2026 Putain de chien \u00bb\u2026 poursuit-il indiff\u00e9rent \u00e0 l\u2019ordre rh\u00e9torique et dialectique. Aucune preuve n\u2019est plus \u00e0 faire, l\u2019\u00e9preuve en revanche ressemble \u00e0 un enfer.<br \/>\nIci, le d\u00e9sordre syntaxique, bien loin de r\u00e9fl\u00e9chir une maladie mentale, renvoie \u00e0 une douleur o\u00f9 la perte de la grammaire souligne un ras-le-bol, ou le sentiment d\u2019une inutilit\u00e9, d\u2019une vie vaine. Raynaud, ou Artaud dans un ultime \u00ab jugement pour en finir avec \u00bb\u2026, r\u00e8gle son compte \u00e0 la narration et lui pr\u00e9f\u00e8re l\u2019\u00e9tat ondulatoire d\u2019une langue faite de vibrations, de s\u00e9ismes, de chocs des sons et des intonations. Il \u00e9ructe ou murmure. Il parle ou gueule. Il questionne ou s\u2019interroge. Dans un dialogue d\u00e9sabus\u00e9 avec lui-m\u00eame, dans un espace dialectique hant\u00e9 par ses fant\u00f4mes, Thierry Raynaud se regarde comme un spectre qui, obsessionnellement, dans l\u2019attraction des verres qu\u2019il vide, rappelle qu\u2019il a pris des coups. Coups tordus, coups durs, mauvais coups\u2026 Raynaud riv\u00e9 \u00e0 sa chaise grise d\u2019administratif, devant un micro comme sous la lampe d\u2019un bureau de flic, livre ses interrogations ou subit un interrogatoire men\u00e9 \u00e0 bout de conscience. La d\u00e9position \u00e0 laquelle il se livre tient d\u2019un \u00ab pr\u00e9cis de d\u00e9composition \u00bb. \u00ab Mot \u00bb\u2026 \u00ab r\u00e9ponse \u00bb\u2026 \u00ab haine \u00bb\u2026 \u00ab discipline \u00bb\u2026 articule le plaignant. Et chaque verre soulev\u00e9 se regarde d\u00e8s lors comme un mauvais coup pris. Ou quand \u00ab prendre un coup \u00bb, ici \u00ab prendre des coups \u00bb se trouve signifier que l\u2019on encaisse, a encaiss\u00e9 une violence qui n\u2019est plus supportable. Petit \u00e0 petit, alors, \u00e0 mesure que les verres s\u2019entrechoquent et s\u2019empilent, des lambeaux d\u2019\u00e9nonc\u00e9s finissent par se former. Et d\u2019entendre distinctement \u00ab je dis haine \u00bb\u2026 \u00ab je ne demande pas pourquoi \u00bb\u2026 Petits bouts de phrase qui finissent par nommer ce qui \u00e9tait \u00e0 vue, ce qui se voyait. \u00ab Je meurs \u00bb dit Raynaud au pr\u00e9sent. Enonc\u00e9 bref, aussi bref que tous les autres, dit au pr\u00e9sent. Seul \u00e9nonc\u00e9, philosophiquement parfait qui exprime pr\u00e9cis\u00e9ment que ce corps, cette voix, cette pens\u00e9e mourraient\u2026 \u00ab Ich sterbe \u00bb disait Tchekhov, et Sarraute.<br \/>\nDans la p\u00e9nombre qui aura envelopp\u00e9 l\u2019acteur Thierry Raynaud, dans cette prison noire \u2013 en son cerveau comme entre quatre murs \u2013 tout au long de cette longue partition qui dit un d\u00e9chirement, le metteur en sc\u00e8ne Hubert Colas aura travaill\u00e9 \u00e0 ne jamais faire de l\u2019acteur et de la table \u00e9clair\u00e9e un point de fixation. Tout au contraire, travaillant \u00e0 la r\u00e9verb\u00e9ration des sons dans l\u2019espace, recourant \u00e0 une image vid\u00e9o de l\u2019acteur projet\u00e9e en fond de sc\u00e8ne, tout aussi spectrale que fantomale dans son apparition et sa disparition, modifiant notre rapport \u00e0 l\u2019\u00e9chelle sonore et visuelle\u2026 Colas fait de Kolik un espace g\u00e9om\u00e9trique o\u00f9 diff\u00e9rents points, dispos\u00e9s sur l\u2019aire du plateau, soulignent une fragmentation, un \u00e9clatement, une discontinuit\u00e9. Effet qui parfois met le spectateur au carrefour des mots dits, des sons jet\u00e9s\u2026 mani\u00e8re de dire, peut-\u00eatre, que le spectateur n\u2019est pas \u00e9tranger \u00e0 ce constat.<br \/>\nDans ce dispositif o\u00f9 la fragilit\u00e9 est augment\u00e9e, sur cette sc\u00e8ne o\u00f9 la voix de l\u2019acteur r\u00e9fl\u00e9chit tout autant un travail de choriste punk que celui d\u2019un gymnaste parapl\u00e9gique soumis aux lois de l\u2019inertie\u2026 Kolik est un po\u00e8me qui se construit dans l\u2019instant, dans l\u2019improvisation et la figuration d\u2019une violence continue. Une violence o\u00f9 l&rsquo;entrechoquement des verres qui se succ\u00e8dent pourrait annoncer un nouveau d\u00e9part, un nouvel envol, un nouvel espoir rattrap\u00e9 par un verre de d\u00e9sarroi. Celui-l\u00e0 m\u00eame qui marque son visage d&rsquo;un l\u00e9ger sourire dont on dit, en psychiatrie, qu&rsquo;il annonce un geste radical et irr\u00e9versible. Dans ces nuances audibles et visibles, Kolik, donc, est une pi\u00e8ce qui a \u00e0 voir avec un \u00e9tat m\u00e9lancolique. C\u2019est-\u00e0-dire, et tr\u00e8s exactement comme le rappelait Baudrillard, un mode de pens\u00e9e que Raynaud et Colas livrent dans un geste organique et phonique. Un mode de pens\u00e9e qui est, pour le philosophe qui l\u2019analyse, un mode de vie quand la pens\u00e9e est sentie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cr\u00e9e au Centre Pompidou de Metz l\u2019an dernier, puis repris au festival Via, au Man\u00e8ge de Maubeuge, \u00e0 la M\u00e9nagerie de Verre \u00e0 Paris\u2026 Kolik aura connu une belle tourn\u00e9e soutenue par l\u2019Onda et l\u2019institut fran\u00e7ais, avant d\u2019\u00eatre programm\u00e9 dans le cadre du festival Actoral, en ce d\u00e9but d\u2019automne, au Th\u00e9\u00e2tre de la Cri\u00e9e, \u00e0 Marseille. 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