


{"id":724,"date":"2011-07-26T15:46:00","date_gmt":"2011-07-26T13:46:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=724"},"modified":"2011-07-26T15:46:00","modified_gmt":"2011-07-26T13:46:00","slug":"parsifal","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/parsifal\/","title":{"rendered":"Parsifal"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n<em> <strong>Le festival d\u2019Avignon propose une projection de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, enregistr\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre royal de La Monnaie de Bruxelles le 20 f\u00e9vrier 2011, comme un t\u00e9moignage du travail r\u00e9alis\u00e9 cet hiver. Atmosph\u00e8re studieuse dans le Tinel de la Chartreuse, le gradin est aux trois quarts plein et c\u2019est dans le silence que le public attend sagement en lisant la feuille de salle, comme une r\u00e9vision de derni\u00e8re minute avant l\u2019examen de l\u2019\u00e9v\u00e9nement sc\u00e9nique wagn\u00e9rien. Ecoute attentive de la br\u00e8ve pr\u00e9sentation de Romeo Castellucci et Christian Longchamp, directeur adjoint de la Monnaie, \u00e0 l\u2019origine de la cr\u00e9ation de ce Parsifal. Par avance, ils nous pr\u00e9viennent que la projection n\u2019offre malheureusement pas la m\u00eame perception qu\u2019une repr\u00e9sentation. On le v\u00e9rifiera. C\u2019est la premi\u00e8re fois que Romeo Castellucci s\u2019essaie \u00e0 la mise en sc\u00e8ne d\u2019op\u00e9ra. Le metteur en sc\u00e8ne italien est connu pour son approche singuli\u00e8re des textes. Plasticien de formation, c\u2019est \u00e0 travers l\u2019image que Castellucci formule ses pens\u00e9es : dans les spectacles de la Raffaello Sanzio, il n\u2019y a quasiment pas de paroles sur sc\u00e8ne. On se souvient de la Divine Com\u00e9die, pr\u00e9sent\u00e9e lors de l\u2019\u00e9dition 2008 du festival d\u2019Avignon, sans un seul vers de Dante. Comment Romeo Castellucci va-t-il faire face \u00e0 Parsifal ? Contraint de respecter le dispositif de l\u2019op\u00e9ra et le livret de Wagner &#8211; plus de quatre heures de texte chant\u00e9 &#8211; que va-t-il proposer ?<\/strong> <\/em><br \/>\nLe premier acte commence dans la p\u00e9nombre d\u2019une for\u00eat dense dont on distingue \u00e0 peine les grands arbres dans la nuit. Les voix nous parviennent des bois, des arbres, des feuillages qui tremblent. Des buissons se d\u00e9placent lentement. Les hommes qui habitent ici sont invisibles dans les feuilles. De temps en temps un arbre tombe mais la densit\u00e9 de la for\u00eat retient sa chute et son fracas. Tout semble infiniment enchev\u00eatr\u00e9, emm\u00eal\u00e9. Une civilisation en train de se p\u00e9trifier qui se cache sous les branches et finit par \u00eatre prise au pi\u00e8ge d\u2019une protection excessive.<br \/>\nParsifal, interpr\u00e9t\u00e9 par Andrew Richards, d\u00e9tonne dans ce paysage, lui qui ressemble \u00e0 un cadre \u00e0 la chemise bien repass\u00e9e sortant du bureau. Il est ext\u00e9rieur \u00e0 ce monde et y entre par hasard. D\u00e8s son arriv\u00e9e dans le domaine du graal, il est identifi\u00e9 par Kundry, figure double au service de la communaut\u00e9 du graal mais aussi de Klingsor son ennemi. Reconnu par Gurnemanz comme celui qui viendra les sauver, Parsifal est invit\u00e9 \u00e0 assister \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie du graal.<br \/>\nLa sc\u00e8ne de la c\u00e9r\u00e9monie est l\u2019occasion pour les spectateurs de la Raffaello Sanzio de retrouver le plaisir de la savante manipulation de l\u2019espace et les \u00e9l\u00e9ments clefs de l\u2019esth\u00e9tique de la compagnie. La sc\u00e8ne est accompagn\u00e9e de ch\u0153urs invisibles. Parsifal le quidam est en avant-sc\u00e8ne, plac\u00e9 entre les spectateurs anonymes et la communaut\u00e9 du graal. Cette pr\u00e9sence semble \u00e9loigner la perspective malheureuse d\u2019une communion entre sc\u00e8ne et salle, c\u00e9l\u00e9bration d\u2019une exaltation uniquement visuelle. En avant-sc\u00e8ne, dos au public, Parsifal regarde la c\u00e9r\u00e9monie \u00e0 travers une vitre noire. Puis il se retourne et fait face aux spectateurs \u00e0 travers la vitre devenue transparente. Son regard parcourt la c\u00e9r\u00e9monie r\u00e9elle, en train de se d\u00e9rouler \u00e0 la Monnaie en ce soir d\u2019hiver. Spectateur \u00e0 part enti\u00e8re, Parsifal observe le public.<br \/>\nDans le livret de Wagner, Amfortas d\u00e9voile le graal lors de la c\u00e9r\u00e9monie afin de fortifier et apaiser la communaut\u00e9. Pas de graal visible pour Castellucci mais un rideau blanc qui se ferme en avant-sc\u00e8ne. Juste une virgule, seule, qui vient ponctuer le vide et signifier sa pr\u00e9sence. Romeo Castellucci pose l\u2019\u00e9quation suivante : graal = vide. Pas de sang du Christ, ni d\u2019objet sacr\u00e9. Le vide comme origine ou destination d\u2019un champ de forces infiniment puissant. Comme source et destination du d\u00e9sir. Un trou noir, point d\u2019impact du transcendantal. Le vide est paradoxal, il prot\u00e8ge et apaise la communaut\u00e9 tout en la faisant souffrir. La plaie d\u2019Amfortas pr\u00e9sent\u00e9e comme le trou noir d\u2019un corps vide le fait atrocement souffrir mais l\u2019absence du vide est fatale \u00e0 son p\u00e8re, Titurel. Une dualit\u00e9 qui se loge dans la pr\u00e9sence du serpent albinos dont le venin peut devenir m\u00e9dication, ou encore la for\u00eat qui cache et prot\u00e8ge mais engloutit la communaut\u00e9. Castellucci travaille depuis longtemps sur l\u2019id\u00e9e de vide, qui constitue l\u2019un des points centraux de sa pratique et de sa pens\u00e9e artistique. Il propose le vide comme un appel aux spectateurs, charg\u00e9s de le combler.<br \/>\nLe second acte s\u2019ouvre sur le domaine de Klingsor. Espace blanc, moite, construit autour d\u2019un pi\u00e9destal central sur lequel est pr\u00e9sent\u00e9 un sexe f\u00e9minin, autre trou noir, clef du champ de forces de l\u2019acte, d\u2019o\u00f9 les chants des filles fleurs semblent provenir. Des danseuses et performeuses shibari aux corps blancs et cheveux peroxyd\u00e9s, presque identiques les unes aux autres, dansent et se d\u00e9placent dans des positions \u00e9tranges. De ces corps contorsionn\u00e9s, ligot\u00e9s, pendus, manipul\u00e9s par le double de Klingsor, \u00e9manent des figures contemporaines du d\u00e9sir charnel. Sur la surface de la blancheur laiteuse, une multitude de signes et de symboles \u00e9nigmatiques apparaissent les uns apr\u00e8s les autres et viennent s\u2019ajouter aux chants de Parsifal et Kundry. Cordes, fils blancs, fils rouges, serpent, fusils, cercles. On attache et on d\u00e9lie. Des noms de poisons apparaissent en projection, puis des mots peints sur les murs, comme des \u00e9nigmes : \u00ab Anna me now tied \u00bb. Autant de signes qui \u00e9garent les spectateurs dans leur volont\u00e9 de comprendre&#8230; Pour Romeo Castellucci, il ne s\u2019agit pas de \u00ab comprendre \u00bb. Mais qu\u2019en est-il de la fable de Wagner, qui court sous la baguette de Harmut Haenchen ? Le long duo entre Kundry et Parsifal s\u2019av\u00e8re difficile \u00e0 suivre. Le texte chant\u00e9 est un r\u00e9cit complexe, auquel s\u2019ajoute toute la complexit\u00e9 des pistes propos\u00e9es par les symboles visuels.<br \/>\nCette crise entre le texte et la sc\u00e8ne prend une autre direction dans le troisi\u00e8me et dernier acte. Le texte de Wagner devient le fantasme d\u2019une fin r\u00eav\u00e9e, chant\u00e9e par les personnages, mais qui n\u2019a pas lieu sur sc\u00e8ne. Parsifal ne gu\u00e9rit pas Amfortas, il ne sauve pas la communaut\u00e9 du graal.<br \/>\nL\u2019espace vide est occup\u00e9 par le ch\u0153ur de la Monnaie et cent soixante-dix figurants v\u00eatus de leurs propres v\u00eatements noirs, gris et blancs, formant une foule morne et silencieuse. Cette foule marche vers le public, le visage inexpressif mais n\u2019avance pas. Parsifal est au premier rang de cette communaut\u00e9 urbaine. Les textes sont chant\u00e9s face au public, sans autre action que la marche. Les membres de la foule, chacun dans leur solitude, ne se parlent ni ne se rencontrent. A propos de Parsifal Romeo Castellucci parle des pigeons des villes, nous n\u2019en sommes pas si loin. Le metteur en sc\u00e8ne choisit de finir sur cette solitude urbaine d\u2019une communaut\u00e9 pouss\u00e9e \u00e0 son paroxysme. Pas de h\u00e9ros, pas d\u2019exploit, mais des anonymes plut\u00f4t uniformes, les uns \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres, aux prises avec leurs d\u00e9sirs.<br \/>\nReste de ce spectacle ce qui donne \u00e0 la d\u00e9marche artistique de Romeo Castellucci son \u00e9lan et sa force : la cr\u00e9ation d\u2019espaces de pens\u00e9e, de vides \u00e0 remplir. La musique de Wagner lui permet d\u2019atteindre notamment dans le premier acte, des instants o\u00f9 le temps se suspend et s\u2019ouvre aux possibles ; sp\u00e9cificit\u00e9 essentielle du spectacle vivant.<br \/>\n<small><quote>Parsifal (projection), op\u00e9ra de Richard Wagner, mise en sc\u00e8ne de Romeo Castellucci, Tinel de la Chartreuse, 22 juillet 2011.<\/quote><\/small><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212;- Le festival d\u2019Avignon propose une projection de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, enregistr\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre royal de La Monnaie de Bruxelles le 20 f\u00e9vrier 2011, comme un t\u00e9moignage du travail r\u00e9alis\u00e9 cet hiver. Atmosph\u00e8re studieuse dans le Tinel de la Chartreuse, le gradin est aux trois quarts plein et c\u2019est dans le silence que le public attend sagement en lisant la feuille de salle, comme une r\u00e9vision de derni\u00e8re minute avant l\u2019examen de l\u2019\u00e9v\u00e9nement sc\u00e9nique wagn\u00e9rien. 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