


{"id":728,"date":"2011-07-23T15:54:00","date_gmt":"2011-07-23T13:54:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=728"},"modified":"2011-07-23T15:54:00","modified_gmt":"2011-07-23T13:54:00","slug":"violet-transe-solitaire","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/violet-transe-solitaire\/","title":{"rendered":"VIOLET, Transe solitaire"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212;<br \/>\n<em> <strong>Cinq danseurs, un musicien composent l\u2019\u00e9quipe de VIOLET, derni\u00e8re cr\u00e9ation de la chor\u00e9graphe am\u00e9ricaine, install\u00e9e en Europe depuis vingt ans. Pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la salle de spectacle de Ved\u00e8ne, il s\u2019agit d\u2019un des derniers spectacles de cette 65e \u00e9dition du Festival d\u2019Avignon. En 2004, Meg Stuart y \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente dans une collaboration avec Beno\u00eet Lachambre et Hahn Rowe, Forgeries, Love and Other Matters.<\/strong> <\/em><br \/>\n\u00ab C\u2019est l\u2019intensit\u00e9 du mouvement et comment on l\u2019habite qui peut amener le spectaculaire. Je cherche plut\u00f4t le d\u00e9passement physique que ce spectaculaire. Tout mouvement habit\u00e9 exige une forte dose d\u2019\u00e9nergie. Vitesse et lenteur se ressemblent. Mais pouss\u00e9es \u00e0 l\u2019extr\u00eame, en toute conscience, elles peuvent changer notre perception ou notre rapport au temps et notre propre corps.[[Cette citation de Louise Lecavalier est extraite de l\u2019ouvrage de Rosita Boisseau et Christian Gattioni, Danse et art contemporain, Paris, Nouvelles \u00e9ditions Scala, coll. Les Sentiers d\u2019art, 2011, p. 106.]]\u00bb Ces propos de Louise Lecavalier pourraient tout \u00e0 fait d\u00e9crire l\u2019entreprise chor\u00e9graphique tent\u00e9e par Meg Stuart avec VIOLET, pi\u00e8ce pour cinq danseurs et un musicien qui refuse le spectaculaire et la narration dans\u00e9e.<br \/>\nPr\u00e9cisons d\u2019embl\u00e9e que Violet appara\u00eet comme une exception dans le parcours de l\u2019am\u00e9ricaine qui nous avait habitu\u00e9 \u00e0 des spectacles entre danse et th\u00e9\u00e2tre, aux sc\u00e9nographies souvent imposantes (Replacement en 2006, Forgeries, Love and Other Matters en 2004). Travaillant avec des artistes des arts visuels (Gary Hill pour Splayed Mind Out, Ann Nordman pour Appetite), elle nous montrait des corps confront\u00e9s \u00e0 des p\u00e9rils ext\u00e9rieurs, image d\u2019une humanit\u00e9 rescap\u00e9e o\u00f9 se manifestait un int\u00e9r\u00eat pour l\u2019\u00e9chec et la maladresse, le nom de sa compagnie \u00ab Damaged goods \u00bb ayant valeur de manifeste. Avec VIOLET, Meg Stuart op\u00e8re un retour \u00e0 la danse, \u00ab vers l\u2019int\u00e9rieur de la danse[[ Cette citation, ainsi que les suivantes de Meg Stuart, est extraite d\u2019un entretien avec Jean-Louis Perrier, paru dans le programme de salle lors des repr\u00e9sentations \u00e0 la salle de spectacle de Ved\u00e8ne, au Festival d\u2019Avignon 2011.]]\u00bb affirme-t-elle.<br \/>\nCinq danseurs donc, et un musicien. Cinq danseurs en ligne, en fond de sc\u00e8ne, face au public. Un musicien et compositeur, Brendan Dougherty, \u00e0 cour, avec sa batterie et son ordinateur, pour de la musique live. Seul d\u00e9cor, un praticable blanc et une sorte de mur miroir noir renvoyant une image d\u00e9form\u00e9e et r\u00e9solument hors de vision des spectateurs.<br \/>\nLa musique commence, les corps se mettent \u00e0 bouger. D\u2019abord presque furtivement, une main, un pivotement de t\u00eate, un d\u00e9hanchement. Tr\u00e8s vite, le volume monte, presque assourdissant (nous avions \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venus, des bouchons pour les oreilles ont \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9s \u00e0 l\u2019entr\u00e9e en salle), les basses r\u00e9sonnent dans nos corps sagement assis. La musique \u00e9lectronique gagne les danseurs, ils s\u2019agitent de plus en plus, dans des mouvements m\u00e9caniques. La musique ent\u00eatante et r\u00e9p\u00e9titive semble hypnotiser les interpr\u00e8tes. Chacun dans son espace s\u2019avance au fur et \u00e0 mesure, brisant l\u00e9g\u00e8rement la ligne d\u2019avanc\u00e9e, avant de se perdre dans une transe n\u00e9vrotique. Il n\u2019y a pas de mouvement d\u2019ensemble, au mieux des lignes de force, les danseurs restent seuls dans leur univers. La progression de la chor\u00e9graphie suit un champ \u00e9nerg\u00e9tique qui fait passer les danseurs de micro-actions, d\u2019impulsions \u00e0 des \u00e9tats de corps fr\u00e9n\u00e9tiques. Car le corps est en crise, il convulse dans des spasmes chaotiques.<br \/>\nLa musique s\u2019arr\u00eate brusquement, faisant place au silence. Les cinq danseurs sont au bord du plateau, ils nous font face. Le spectacle n\u2019est pas termin\u00e9. Une autre chor\u00e9graphie s\u2019installe, les corps se touchent, s\u2019enlacent, s\u2019enroulent, dessinant des formes abstraites mouvantes et vivantes. Une sorte d\u2019organise \u00e0 corps multiples. Un amalgame corporel qui fait un tour de piste, entre violence et langueur.<br \/>\nNouvelle rupture, dissolution de la masse des danseurs, chaque interpr\u00e8te retrouve son espace. L\u2019\u00e9clairage est jaun\u00e2tre, la musique repart de plus belle. Fin.<br \/>\nEtrange spectacle auquel les spectateurs viennent d\u2019assister. Entre \u00e9nervement et \u00e9puisement, ceux rest\u00e9s jusqu\u2019au bout n\u2019ont pourtant pas \u00e9t\u00e9 convi\u00e9 \u00e0 la f\u00eate. A travers une seule et longue sc\u00e8ne, les interpr\u00e8tes n\u2019ont cess\u00e9 d\u2019\u00eatre isol\u00e9s dans leurs gestuelles distinctes. Point de propos, une pure abstraction chor\u00e9graphique motiv\u00e9e par l\u2019\u00e9nergie de la danse, par le mouvement devrait-on dire, par la puissance de la musique. Selon les propres dires de Meg Stuart, la chor\u00e9graphe aurait pour cette cr\u00e9ation \u00ab recherch\u00e9 des th\u00e8mes par-del\u00e0 le social, par-del\u00e0 la psychologie, dans des \u00e9l\u00e9ments qui traversent et r\u00e9v\u00e8lent un paysage invisible. [Elle a] travaill\u00e9 au plus pr\u00e8s de ce qui est \u00e9th\u00e9r\u00e9, au plus pr\u00e8s du sublime, du vide&#8230; de sublimes vides \u00bb. Pourtant sur le plateau, ne reste que l\u2019absence (pour ne pas dire le n\u00e9ant). Malgr\u00e9 la densit\u00e9 de la musique et des corps, tout tourne \u00e0 vide. Aucun paysage \u2013 m\u00eame invisible \u2013 n\u2019\u00e9mane de ce tumulte. Le spectateur reste ext\u00e9rieur, pos\u00e9 devant un objet auquel il n\u2019a aucune prise, m\u00eame pas sensorielle ou perceptive \u2013 l\u2019\u00e9clairage souvent en fond de salle, \u00e9clairant le public aussi bien que les danseurs, intensifie cette ext\u00e9riorit\u00e9. A aucun moment, il n\u2019est possible de percevoir l\u2019abstraction devenir paysage ou voyage. VIOLET, avec ses lettres majuscules, reste une interrogation dans le parcours de Meg Stuart. VIOLET pourtant sentait bon, suscitait le d\u00e9sir et l\u2019envie mais la r\u00e9alisation laisse un parfum de d\u00e9ception. In fine, \u00ab Les danseurs se dissolvent, comme plong\u00e9s dans leur inconscient, dans le monde de leurs r\u00eaves, dans des formes de pure \u00e9nergie. \u00bb et en cela le pari de la chor\u00e9graphe est r\u00e9ussi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212; Cinq danseurs, un musicien composent l\u2019\u00e9quipe de VIOLET, derni\u00e8re cr\u00e9ation de la chor\u00e9graphe am\u00e9ricaine, install\u00e9e en Europe depuis vingt ans. Pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la salle de spectacle de Ved\u00e8ne, il s\u2019agit d\u2019un des derniers spectacles de cette 65e \u00e9dition du Festival d\u2019Avignon. En 2004, Meg Stuart y \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente dans une collaboration avec Beno\u00eet Lachambre et Hahn Rowe, Forgeries, Love and Other Matters. \u00ab C\u2019est l\u2019intensit\u00e9 du mouvement et comment on l\u2019habite qui peut amener le spectaculaire. 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