


{"id":730,"date":"2011-07-23T15:56:00","date_gmt":"2011-07-23T13:56:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=730"},"modified":"2011-07-23T15:56:00","modified_gmt":"2011-07-23T13:56:00","slug":"kristin-star-de-cinema","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/kristin-star-de-cinema\/","title":{"rendered":"Kristin star de cin\u00e9ma"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n<em> <strong>\u00c0 la marge d\u2019Avignon et de son effervescence intramuros, le 65e festival propose \u00e0 la sc\u00e8ne nationale de Cavaillon : \u00ab Kristin, Nach Fr\u00e4ulen Julie \u00bb mis en sc\u00e8ne et en images par Katie Mitchell, Leo Wagner dans le cadre d\u2019une cr\u00e9ation de la Schaub\u00fchne Berlin en 2010. Ce spectacle pr\u00e9sent\u00e9 pour trois repr\u00e9sentations fait \u00e9cho \u00e0 la Mademoiselle Julie propos\u00e9e au Gymnase Aubanel, au ch\u0153ur de la cit\u00e9 des Papes par Fr\u00e9d\u00e9ric Fisbach. Deux visions, deux spectacles qui impriment au texte de Strindberg leur lecture. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 une vision assez classique dans un d\u00e9cor contemporain [[ Voir l\u2019article sur l\u2019insens\u00e9                                                                    https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/site\/index.php?p=article&#038;id=210]] et de l\u2019autre une sc\u00e9nographie classique pour un regard original. En effet, Katie Mitchell a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019exposer Kristin, la cuisini\u00e8re, la \u00ab fianc\u00e9e \u00bb de Jean : \u00ab c\u2019est comme \u00e7a que nous disons \u00bb r\u00e9pond-elle \u00e0 Julie. C\u2019est le point de vue du personnage en retrait, en coulisses de cette pi\u00e8ce. Personnage qui devient l\u2019h\u00e9ro\u00efne du film mis en sc\u00e8ne dont nous sommes spectateurs de sa fabrication \u00e0 sa r\u00e9alisation. C\u2019est \u00e0 travers ce personnage que nous sommes les t\u00e9moins de cette nuit de la Saint Jean o\u00f9 Julie \u00ab la ma\u00eetresse de maison \u00bb et Jean \u00ab le valet \u00bb vont sceller leurs destins. Les cam\u00e9ras suivent la discr\u00e8te Kristin, spectatrice malheureuse et digne de ce drame.<\/strong> <\/em><br \/>\nIl est \u00e0 remarquer que lors de la cr\u00e9ation \u00e0 la Schaub\u00fchne, ce spectacle avait pour titre \u00ab Fr\u00e4ulein Julie \u00bb et pour sous titre \u00ab frei nach August Strindberg \u00bb qu\u2019en France on traduit avec une pr\u00e9venance surann\u00e9e pour le public \u00ab fran\u00e7ais \u00bb. Spectateurs en France qui ont tendance \u00e0 savoir ce qu\u2019est le \u00ab vrai \u00bb mode de pr\u00e9sentation de tel ou tel texte. Dans ce titre francis\u00e9, on nous explique bien que ce n\u2019est pas \u00ab Mlle Julie \u00bb de  Strindberg mais une occurrence, une interpr\u00e9tation. Car notre culture de ce texte serait troubl\u00e9e si on nous avait pr\u00e9sent\u00e9 cette pi\u00e8ce sous son titre initial \u00ab Mlle Julie \u00bb. Effectivement du texte de August Strindberg, les r\u00e9alisateurs n\u2019ont conserv\u00e9 que les parties dont est ou peut \u00eatre t\u00e9moin Kristin. Katie Mitchell a m\u00eame ajout\u00e9 des po\u00e8mes de Inger Christensen[[               Inger Christensen (1935 &#8211; 2009) \u00e9tait une po\u00e8te danoise, romanci\u00e8re, essayiste et \u00e9ditrice consid\u00e9r\u00e9e comme \u00e0 l\u2019avant-garde de la po\u00e9sie de sa g\u00e9n\u00e9ration. Le th\u00e8me central de son travail \u00e9tait la distance entre le langage et l&rsquo;exp\u00e9rience, la r\u00e9alit\u00e9 et les mots.]] C\u2019est m\u00eame ce qui ouvre le spectacle, des mots en voix off, comme une pens\u00e9e int\u00e9rieure de Kristin. Voix off qui se montre \u00e0 la sc\u00e8ne, dans une cabine d\u2019enregistrement o\u00f9 on entend l\u2019une des deux actrices dire le texte, pendant que la seconde fait la cuisine comme les didascalies de Strindberg l\u2019indiquent. Sur la sc\u00e8ne, un d\u00e9cor en trois dimensions avec des murs coulissants. Ce sont les espaces d\u2019une maison bourgeoise de la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle o\u00f9 se d\u00e9roulent le drame. La r\u00e9alisation de la sc\u00e9nographie s\u2019apparente \u00e0 un d\u00e9cor de cin\u00e9ma. Les d\u00e9tails sont minutieux. Les portes, les fen\u00eatres, les objets, les costumes indiquent la temporalit\u00e9 dans laquelle se joue la pi\u00e8ce. La manipulation de ce d\u00e9cor nous donnera \u00e0 voir la cuisine, un couloir, la chambre de Kristin. Ce r\u00e9alisme, ce soucis d\u2019une inscription dans un temps historique est relativis\u00e9 par la pr\u00e9sence de cinq cam\u00e9ras d\u2019une part et d\u2019autre part par l\u2019avant sc\u00e8ne qui est occup\u00e9e par les bruiteurs qui tout le long du spectacle fabriquent le son, des pas dans un escalier \u00e0 une allumette qui craque en passant par le remplissage des verres de vin. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, \u00e0 jardin, devant une cabine d\u2019enregistrement des voix off, l\u2019espace est r\u00e9serv\u00e9 pour les plans serr\u00e9s sur des d\u00e9tails, une main qui coupe un rognon, un \u0153il qui \u00e9pie dans l\u2019entreb\u00e2illement de la porte. Surplombant le d\u00e9cor, un \u00e9cran de cin\u00e9ma en 16\/9\u00e8me donne \u00e0 voir en direct le film en construction, le montage est pr\u00e9cis, pr\u00e9\u00e9tabli et en direct. Tout se passe \u00e0 vue, les cinq cam\u00e9ras visibles filment ces espaces en travaillant les cadres et les lumi\u00e8res pour donner une atmosph\u00e8re picturale aux images. Ce sont des images o\u00f9 la lumi\u00e8re est extr\u00eamement travaill\u00e9e faisant penser \u00e0 la peinture de Vermeer.<br \/>\nC\u2019est l\u2019histoire de Kristin qui se raconte. Deux actrices jouent ce r\u00f4le et permettent au montage d\u2019alterner un plan large de la cuisine dans laquelle Kristin pr\u00e9pare \u00e0 manger et un plan serr\u00e9 sur ses mains. Deux autres acteurs les accompagnent, Fr\u00e4ulein Julie et Jean. Ils sont les alibis \u00e0 l\u2019histoire dont est t\u00e9moin Kristin, mais ils sont aussi les cadreurs et les cam\u00e9ramans de Kristin. Ils passent d\u2019une sc\u00e8ne de Strindberg au d\u00e9placement d\u2019une cam\u00e9ra pour voir la r\u00e9action de Kristin. Ce sont les personnages principaux de la pi\u00e8ce qui font de Kristin un personnage de cin\u00e9ma. Dans la pr\u00e9face, Strindberg indiquait que cette pi\u00e8ce \u00e9tait : \u00ab un conglom\u00e9rat de civilisations pass\u00e9es et actuelles, de bouts de livres et de journaux, des morceaux d\u2019hommes, des lambeaux de v\u00eatements de dimanche devenus haillons tout comme l\u2019\u00e2me elle-m\u00eame est un assemblage de pi\u00e8ces de toutes sortes. \u00bb Cet assemblage est \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans ce spectacle ou le XIX\u00e8me   c\u00f4toient la technique du XXI\u00e8me si\u00e8cle, les costumes dat\u00e9s des personnages partagent la sc\u00e8ne avec les bruiteurs et cadreurs habill\u00e9s de sobres habits noirs. Le texte de Strindberg s\u2019absente mais la plong\u00e9e dans la r\u00e9ception toute en retenue de Kristin de ce dialogue amput\u00e9 nous donne \u00e0 entendre l\u2019au-del\u00e0 des mots. Cette part vide des mots est prise en charge par les images, le jeu des com\u00e9diens qui parlent le texte comme une confession. Les mots peuvent \u00eatre durs, violents, les acteurs les l\u00e2chent simplement, sans d\u00e9monstration, dans une \u00e9conomie de l\u2019expression du sentiment. On repense alors \u00e0 l\u2019\u00e9criture de Inger Christensen et aux premiers vers d\u2019Extension :<br \/>\n\u00ab Dans le silence de l\u2019\u00e9criture \/ le silence de l\u2019\u00e9crivant \u00e2\u20ac\u00a8<br \/>\nla terrible machine \u00e0 silence de l\u2019\u00e9crit \u00e2\u20ac\u00a8<br \/>\n\u00e2\u20ac\u00a8le monde dispara\u00eet \/ un monde apr\u00e8s l\u2019autre \u00e2\u20ac\u00a8<br \/>\ndispara\u00eet \/ s\u2019enfonce dans un monde \u00bb<br \/>\nC\u2019est cette disparition que nous voyons \u00e0 travers ce personnage qui voit s\u2019effondrer le monde auquel elle croyait, \u00e0 l\u2019ordre dans lequel elle avait trouv\u00e9 une place.<br \/>\nDans cette pi\u00e8ce, qui est \u00e0 la fois une le\u00e7on de cin\u00e9ma, de th\u00e9\u00e2tre et de vid\u00e9o au th\u00e9\u00e2tre, les acteurs r\u00e9alisent une chor\u00e9graphie pr\u00e9cise et rigoureuse. Cette pr\u00e9cision, ce soin et cette rigueur les d\u00e9tachent d\u2019une incarnation volontariste vis \u00e0 vis de leurs r\u00f4les. Les personnages deviennent concrets dans la mesure o\u00f9 le spectateur projette sur eux un \u00e9tat d\u2019\u00eatre. Tout le travail est \u00e0 construire \u00e0 partir de tous les \u00e9l\u00e9ments \u00e9clat\u00e9s qui sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans ce spectacle. La musique est elle aussi faite en direct par une violoncelliste qui accompagne et le film et la sc\u00e8ne. On associe les \u00e9l\u00e9ments s\u00e9par\u00e9s, l\u2019image, le son, le cadre. On fabrique sa propre dramaturgie \u00e0 partir de cette m\u00e9canique qui montre la r\u00e9alit\u00e9 de la construction d\u2019une fiction. Tout est r\u00e9el, tout se fait devant nous en \u00ab vrai \u00bb comme on dit aujourd\u2019hui, mais tout ce r\u00e9el est \u00e0 l\u2019\u0153uvre pour la production d\u2019une fiction. \u00ab Ce qu\u2019il me faut, c\u2019est absolument savoir. Et pour cela je vais faire sur ma vie une profonde, une discr\u00e8te et scientifique enqu\u00eate. Utilisant toutes les ressources de la nouvelle science psychologique, en mettant \u00e0 profit la suggestion, la lecture de pens\u00e9e, la torture mentale, [\u2026] je chercherai tout. \u00bb[[     August Strindberg dans la pr\u00e9face de <em>Mademoiselle Julie<\/em>]]. Dans cette proposition, les metteurs en sc\u00e8nes nous proposent de savoir comment cela se fabrique. Les artifices ne sont pas cach\u00e9s et c\u2019est \u00e0 partir de cette \u00ab transparence \u00bb qu\u2019\u00e9merge une densit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212;- \u00c0 la marge d\u2019Avignon et de son effervescence intramuros, le 65e festival propose \u00e0 la sc\u00e8ne nationale de Cavaillon : \u00ab Kristin, Nach Fr\u00e4ulen Julie \u00bb mis en sc\u00e8ne et en images par Katie Mitchell, Leo Wagner dans le cadre d\u2019une cr\u00e9ation de la Schaub\u00fchne Berlin en 2010. Ce spectacle pr\u00e9sent\u00e9 pour trois repr\u00e9sentations fait \u00e9cho \u00e0 la Mademoiselle Julie propos\u00e9e au Gymnase Aubanel, au ch\u0153ur de la cit\u00e9 des Papes par Fr\u00e9d\u00e9ric Fisbach. 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