


{"id":733,"date":"2011-07-21T19:13:00","date_gmt":"2011-07-21T17:13:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=733"},"modified":"2011-07-21T19:13:00","modified_gmt":"2011-07-21T17:13:00","slug":"lindestructible-madame-richard-wagner","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/lindestructible-madame-richard-wagner\/","title":{"rendered":"L\u2019indestructible Madame Richard Wagner"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p><em> <strong>Cr\u00e9\u00e9e en mars 2011 au Th\u00e9\u00e2tre de Gennevilliers et reprise du 18 au 24 juillet au Tinel de la Chartreuse de Villeneuve Lez Avignon, L\u2019indestructible Madame Richard Wagner, \u00e9crite et mise en sc\u00e8ne par Christophe Fiat, retrace 150 ans d\u2019histoire culturelle et politique \u00e0 travers la figure f\u00e9minine de Cosima Wagner. Entre faits historiques pr\u00e9cis et extrapolations imaginaires, le r\u00e9cit propose une \u00ab th\u00e9orie de l\u2019indestructibilit\u00e9 \u00bb. Un th\u00e9\u00e2tre minimaliste o\u00f9 les corps sont les principaux vecteurs d\u2019une parole po\u00e9tique.<\/strong> <\/em><br \/>\nApr\u00e8s plusieurs \u00e9tapes de travail autour du mythe des Wagner[1], Christophe Fiat a choisi pour sa nouvelle pi\u00e8ce de se concentrer sur la figure de Madame Richard Wagner. De son pr\u00e9nom Cosima. Une femme dont le caract\u00e8re bien tremp\u00e9 et la d\u00e9termination tiraient en partie leur source de la phallocratie ambiante. Une femme qui s\u2019est mis un point d\u2019honneur \u00e0 faire entrer l\u2019\u0153uvre de son mari au patrimoine national de l\u2019Allemagne et \u00e0 faire de Bayreuth un festival p\u00e9renne et international. Une femme qui s\u2019est impos\u00e9e sur le terrain de l\u2019art et de l\u2019argent au nez et \u00e0 la barbe des hommes. Christophe Fiat traite la veuve du c\u00e9l\u00e8bre compositeur allemand \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une h\u00e9ro\u00efne d\u2019op\u00e9ras et fait appel au personnage de Kundry dans Parsifal (dernier op\u00e9ra compos\u00e9 par Wagner). Kundry est une femme ambig\u00fce, ambivalente, qui s\u2019impose dans un monde d\u2019hommes et qui laisse planer le doute sur sa mort. Ainsi, chaque fois que Cosima rencontre une difficult\u00e9 ou traverse une \u00e9tape cruciale, Christophe Fiat lui fait se demander \u00ab Que ferait Kundry \u00e0 ma place ? \u00bb. Une ritournelle, un refrain, qui renforce la mission que s\u2019est fix\u00e9e Cosima. La force du r\u00e9cit est de faire exister Cosima au-del\u00e0 d\u2019elle-m\u00eame. La rendant ainsi indestructible par les mots et par la construction narratologique. Si la grande dame constitue la figure centrale du r\u00e9cit, la pi\u00e8ce se poursuit malgr\u00e9 tout apr\u00e8s sa mort. L\u2019angle th\u00e9matique \u00e9tant celui de l\u2019h\u00e9ritage (celui dont h\u00e9rite Cosima \u00e0 la mort de son mari), Christophe Fiat s\u2019int\u00e9resse \u00e0 ce qu\u2019elle-m\u00eame transmettra apr\u00e8s sa disparition en 1930. Le th\u00e8me de la filiation est d\u00e9roul\u00e9. Et l\u2019auteur cr\u00e9e une deuxi\u00e8me focale sur Friedelind, la petite fille de Cosima qu\u2019il traite \u00e9galement comme une h\u00e9ro\u00efne. S\u2019\u00e9tant oppos\u00e9e \u00e0 l\u2019Allemagne nazie et en premier lieu, \u00e0 sa m\u00e8re Winifred \u2013 veuve de Siegried (fils de Cosima), et surtout tr\u00e8s proche amie d\u2019Hitler \u2013,il fait de Friedelind une figure de r\u00e9sistance faisant \u00e9cho au temp\u00e9rament de sa grand-m\u00e8re. \u00ab L\u2019esprit Cosima \u00bb semble ainsi s\u2019incarner chez la jeune fille que l\u2019on suit jusqu\u2019\u00e0 un \u00e2ge avanc\u00e9. Christophe Fiat propose ainsi de suivre la saga des Wagner au travers de deux figures f\u00e9minines qui se sont inscrites en r\u00e9action vis-\u00e0-vis de leur \u00e9poque. La fresque sillonne ainsi l\u2019Allemagne, l\u2019Europe et les Etats-Unis.<br \/>\nEn pr\u00e9sentant les faits historiques sous l\u2019angle de l\u2019exploit, le r\u00e9cit prend des allures d\u2019\u00e9pop\u00e9e. Celle-ci se donne au sein d\u2019un dispositif minimaliste frontal qui fait exister avant tout la parole rhapsodique entre parl\u00e9 et chant\u00e9. Quatre com\u00e9diennes se tiennent derri\u00e8re leur micro et se passent la parole. Laurent Sauvage est l\u00e0, aussi. Seul homme au milieu des figures f\u00e9minines. C\u2019est lui qui ouvre le r\u00e9cit pour retracer bri\u00e8vement la vie de Cosima, depuis sa naissance jusqu\u2019\u00e0 la mort de Wagner en 1883. L\u2019\u00e9nonciation se fait \u00e0 la deuxi\u00e8me personne du pluriel. La voix rauque, sourde et sensuelle du com\u00e9dien parle ainsi depuis un \u00ab vous \u00bb durassien[2]. \u00ab Vous naissez \u00e0\u2026 vous rencontrez Richard Wagner\u2026 vous faites l\u2019amour\u2026 vous avez une fille\u2026 \u00bb. Un \u00ab vous \u00bb qui vient chercher l\u2018auditoire, cr\u00e9ant une proximit\u00e9 et une intimit\u00e9 entre le spectateur et le personnage. Et puis, c\u2019est la rupture. Cosima devient veuve. Commence alors sa mission, son combat et son engagement artistique pour faire perdurer l\u2019\u0153uvre de son mari. Les com\u00e9diennes prennent ici le r\u00e9cit en charge et la parole se livre \u00e0 la troisi\u00e8me personne du singulier. L\u2019acte de dire ne se fait pas dans un rythme ping-pong et les com\u00e9diennes investissent de vrais temps de parole, des plages qui correspondent \u00e0 des tranches de vie. Parmi les quatre com\u00e9diennes, l\u2019une est au bord du personnage. L\u00e0 o\u00f9 les trois autres sont en jean et tee-shirt, elle \u2013 Florence Janas \u2013 porte des chaussures \u00e0 talon, une robe noire recouverte d\u2019un imperm\u00e9able. Et c\u2019est celle qui, par moments, s\u2019\u00e9carte du r\u00e9cit pour faire de br\u00e8ves incursions du c\u00f4t\u00e9 du dramatique jouant par exemple un dialogue entre deux personnages (Cosima et son p\u00e8re ou Friedelind et sa m\u00e8re) ou rompant avec le ton froid et distant pour adopter un ton tr\u00e8s confidentiel. Mais c\u2019est le dramatique qui se montre pour mieux s\u2019\u00e9vanouir, se moquer de lui-m\u00eame. Marine de Missolz, la derni\u00e8re com\u00e9dienne \u00e0 prendre la parole entrera aussi, \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce, dans un dialogue avec le docteur am\u00e9ricain. Mais un dialogue presque absent qui fait entendre ce que, du reste on appelle avec prudence, la \u00ab voix de l\u2019auteur \u00bb. Une voix qu\u2019on entend \u00e9galement quand Laurent Sauvage repara\u00eet pour citer en boucle \u00ab ce film de Francis Ford Coppola, vu \u00e0 15 ans au cin\u00e9ma \u00bb. Apocalypse Now. Cet \u00e9l\u00e9ment disjonctif entre en r\u00e9sonnance avec le r\u00e9cit \u00e0 plusieurs endroits : parce qu\u2019il utilise la Chevauch\u00e9e des Walkyries sur une des s\u00e9quences, parce que c\u2019est un film-\u00e9pop\u00e9e dans lequel les difficult\u00e9s et les rebondissements n\u2019ont eu de cesse d\u2019entraver la r\u00e9alisation du film (de la m\u00eame mani\u00e8re que Cosima aura du se battre inlassablement), parce que c\u2019est un gouffre financier (comme le festival de Bayreuth), parce que c\u2019est un film qui regorge d\u2019effets sp\u00e9ciaux (ceux-l\u00e0 m\u00eames qui faisaient r\u00eaver Cosima), parce c\u2019est l\u2019embl\u00e8me de la culture am\u00e9ricaine (terre de libert\u00e9 gagn\u00e9e par Friedelind), etc.<br \/>\nAinsi les modalit\u00e9s du r\u00e9cit sont vari\u00e9es, nuanc\u00e9es, finement entrelac\u00e9es. S\u2019y ajoute le langage musical et vid\u00e9o. La musique live (basse \u00e9lectrique\/piano) ponctue le verbe et emplit certains silences dans une relative discr\u00e9tion. De m\u00eame, les vid\u00e9os aux effets volontairement kitsch ou tr\u00e8s sommaires sont seulement de deux types : il y a les extraits li\u00e9s aux souvenirs \u2013 travelling avant sur un paysage urbain, d\u00e9coupe serrure, point de vue voiture \u2013 et les extraits li\u00e9s \u00e0 la vision \u2013 montage acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 d\u2019images h\u00e9t\u00e9roclites mix\u00e9es sur un bit \u00e9lectronique strident et finissant par l\u2019image d\u2019un cr\u00e2ne. Ces vid\u00e9os \u00e9toffent la dimension mystique du couple Wagner qui \u00e9tait par ailleurs sensible \u00e0 la philosophie de Schopenhauer et au bouddhisme (\u00ab Wagnaer croyait au Nirvana \u00bb). Elles sont le fil conducteur entre Wagner, Cosima et Friedelind tous les trois visit\u00e9s par des visions, des r\u00eaves et des cauchemars. Christophe Fiat tire ainsi les ficelles du spirituel\/surnaturel. Il inscrit son r\u00e9cit-performance dans un registre fantastique afin de prendre de la distance avec les faits purement historiques et construit le mythe de l\u2019indestructibilit\u00e9, celle-l\u00e0 m\u00eame qui a avoir avec \u00ab la permanence de l\u2019esprit au sens du bouddhisme \u00bb[3]. Celle-l\u00e0 m\u00eame qui a aussi avoir avec la po\u00e9sie.<br \/>\n[1] Quand je pense \u00e0 Richard Wagner, j\u2019entends des h\u00e9licopt\u00e8res (2009), Le retour de Richard Wagner (2010), Laurent Sauvage n\u2019est pas une Walkyrie (2010), Wagner project (2011).<br \/>\n[2] Cf La Maladie de la mort, Marguerite Duras.<br \/>\n[3] Extrait de l\u2019entretien accord\u00e9 par Christophe Fiat \u00e0 Jean-Fran\u00e7ois Perrier et utilis\u00e9 pour le programme de salle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cr\u00e9\u00e9e en mars 2011 au Th\u00e9\u00e2tre de Gennevilliers et reprise du 18 au 24 juillet au Tinel de la Chartreuse de Villeneuve Lez Avignon, L\u2019indestructible Madame Richard Wagner, \u00e9crite et mise en sc\u00e8ne par Christophe Fiat, retrace 150 ans d\u2019histoire culturelle et politique \u00e0 travers la figure f\u00e9minine de Cosima Wagner. Entre faits historiques pr\u00e9cis et extrapolations imaginaires, le r\u00e9cit propose une \u00ab th\u00e9orie de l\u2019indestructibilit\u00e9 \u00bb. Un th\u00e9\u00e2tre minimaliste o\u00f9 les corps sont les principaux vecteurs d\u2019une parole po\u00e9tique.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-733","article","type-article","status-publish","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/733","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=733"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=733"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}