


{"id":734,"date":"2011-07-21T19:14:00","date_gmt":"2011-07-21T17:14:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=734"},"modified":"2011-07-21T19:14:00","modified_gmt":"2011-07-21T17:14:00","slug":"exposition-universelle-statut-des-idoles","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/exposition-universelle-statut-des-idoles\/","title":{"rendered":"Exposition universelle : Statut des idoles"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211;<br \/>\n<em> <strong>Dans le Clo\u00eetre de C\u00e9lestins, apr\u00e8s \u00ab Life and times (chronique d\u2019une vie) \u00bb du Nature Theater of Oklahoma, o\u00f9 il \u00e9tait question d\u2019une histoire personnelle, individuelle nous sommes invit\u00e9s \u00e0 d\u00e9couvrir \u00ab Exposition universelle \u00bb, la derni\u00e8re cr\u00e9ation de L\u2019A, Compagnie de danse de Rachid Ouramdane. C\u2019est un solo dans\u00e9 que propose Rachid Ouramdane accompagn\u00e9 au plateau par le musicien Jean-Baptiste Julien. Un touche \u00e0 tout qui de la guitare \u00e0 l\u2019harmonium, du piano \u00e0 queue aux percussions en passant par les \u00ab sampleurs \u00bb accompagne et suit, Ouramdane danseur. Ce solo est le travail d\u2019une \u00e9quipe dans laquelle chacun d\u00e9veloppe sa discipline, des lumi\u00e8res de Yves Godin, de la sc\u00e9nographie de Sylvain Giraudeau au travail visuel de Jacques Hoepffner en passant par le maquillage de \u00ab La Bourette \u00bb. Ce sont des espaces de cr\u00e9ation qui en travaillant \u00e0 ce projet sont travers\u00e9s par leurs identit\u00e9s et par leurs interd\u00e9pendances. Un solo en plein air qui en une heure nous emm\u00e8ne dans un questionnement autour du culte de la personnalit\u00e9 et du corps, de l\u2019ordre, des mod\u00e8les \u00ab fascisants \u00bb et de notre positionnement face \u00e0 eux.<\/strong> <\/em><br \/>\n\u00c7a commence, par l\u2019installation des spectateurs sous le regard de la s\u00e9curit\u00e9 au bord de la sc\u00e8ne. Casquette noire vis\u00e9e, talkie-walkie \u00e0 port\u00e9e de main. Vigile qui veille peut-\u00eatre sur les invit\u00e9s politiques ; de la secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale du parti socialiste \u00e0 l\u2019\u00e9lue \u00e0 la r\u00e9gion Basse-Normandie en charge de la culture et du patrimoine. Politique et patrimoine qui seront interrog\u00e9s lors de ce travail. Surveillance qui derri\u00e8re elle, laisse voir l\u2019installation qui attend le spectacle. Sur des tapis de danse blancs les platanes sont des presque objets d\u2019exposition. L\u2019arbre qui s\u2019expose comme un \u00e9l\u00e9ment universel. Le blanc qui couvre toute la surface du Clo\u00eetre sur lequel se d\u00e9tachent tous les \u00e9l\u00e9ments noirs de la sc\u00e9nographie. Ce sont autant des objets plastiques que de la mati\u00e8re source. Sources sonore, lumineuse, m\u00e9diatique et m\u00e9canique. Le surveillant accompagne les derniers arriv\u00e9s et leur indique les places libres. Surveillant qui laisse appara\u00eetre derri\u00e8re lui, un socle en rotation sur lequel, Rachid Ouramdane debout, fixe, les yeux ferm\u00e9s, s\u2019expose dans les r\u00e9volutions successives induites par ce \u00ab tourne disque \u00bb g\u00e9ant. Homme qui se pr\u00e9sente debout et sous toute les coutures. Un  360\u00b0, une r\u00e9volution qui renvoie autant aux rotations de la terre \u00e0 laquelle nous sommes soumis qu\u2019\u00e0 ce mot qui \u00e9voque en France une histoire qui a fait basculer le rapport au pouvoir et \u00e0 son exercice.<br \/>\nDans cet espace surplomb\u00e9 \u00e0 chaque coin de  neuf projecteurs en carr\u00e9 \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un stade ou de mirador le spectacle commence. Les spectateurs sont assis, le musicien, Jean Baptiste Julien, entre et installe devant un micro, un m\u00e9tronome. Ce battement qui marque le temps dit aussi la marche du monde. Un m\u00e9tronome qui met aux normes le temps de l\u2019\u00e9coute et du regard. Il induit un rapport \u00e0 l\u2019ordre, il nous conditionne dans ce rythme. Une perche suspendue au bout de laquelle se trouve un projecteur est mise en mouvement autour du fil qui la retient. Mouvement de balancier et m\u00e9canisme qui dit l\u2019al\u00e9atoire et le gr\u00e9 du vent. Ce pendule oscille entre une r\u00e9gularit\u00e9 et un instrument de recherche incertain. Le socle sur lequel le danseur faisait mod\u00e8le s\u2019arr\u00eate et Rachid se fixe devant les spectateurs ex\u00e9cutant des mouvements de bras qui font r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une histoire de la danse et aux signes de ralliement des mouvements politiques. Histoire des port\u00e9es de bras de la danse classique et histoire des signes d\u2019appartenance \u00e0 un clan, \u00e0 une caste. Ce sont en premier lieu un rapport \u00e0 l\u2019ordre des choses comme elles sont codifi\u00e9es. Des mouvements de bras qui rappellent les mouvements construits sur les id\u00e9ologies fascistes et autoritaires. Dans cette s\u00e9quence, Rachid Ouramdane, sans utiliser des gestes tr\u00e8s rep\u00e9rables, les \u00e9voque dans l\u2019\u00e9nergie et la pr\u00e9cision de leurs ex\u00e9cutions. \u00c0 chaque mouvement de bras que nous associons \u00e0 un fascisme, \u00e0 une image de mode, de sport, le chor\u00e9graphe le trouble et le trou en d\u00e9liant ses gestes. Ce n\u2019est pas une reprise d\u2019un mod\u00e8le qui comme un clin d\u2019\u0153il serait identifiable au contraire c\u2019est une \u00e9vocation presqu\u2019une stylisation. Ce sont aussi, les positions presque militaires des jambes et du buste qui donnent aux mouvements une impression de rappel \u00e0 l\u2019ordre et \u00e0 la hi\u00e9rarchie. Cette danse qui a commenc\u00e9 par un \u00ab d\u00e9chemisage \u00bb dit l\u2019engagement possible \u00e0 corps perdu pour telle ou telle id\u00e9ologie. Cette fascination pour une id\u00e9ologie, ce culte du corps utilis\u00e9 par les totalitarismes est mis \u00e0 mal \u00e0 l\u2019endroit de l\u2019individu, du danseur sur la sc\u00e8ne, par des d\u00e9crochages vis \u00e0 vis d\u2019une rigidit\u00e9 fascisante. En effet, un mouvement commence souvent dans un geste disant l\u2019ordre, montrant une relation au mod\u00e8le. Mais l\u2019inscription du corps du danseur dans ce mod\u00e8le s\u2019\u00e9chappe, se d\u00e9bat pour cr\u00e9er une chor\u00e9graphie de la lutte, du refus.<br \/>\nLa musique utilise \u00e0 la fois une multitude d\u2019instruments mais aussi un panel de genres de musique. Des \u00e9chantillons musicaux qui, comme pour les r\u00e9f\u00e9rences gestuelles, sont dans ce rapport \u00e0 cette \u00ab Exposition universelle \u00bb dans\u00e9e. Ce sont les esth\u00e9tiques musicales de l\u2019ordre, du pouvoir qui ouvrent souvent le d\u00e9marrage des morceaux mais que Jean-Baptiste Julien d\u00e9cale, comme une musique, une m\u00e9canique qui s\u2019enraye. C\u2019est le principe m\u00eame de ce travail que de contrecarrer l\u2019espace de l\u2019ordre qu\u2019ils mettent en place. Rachid Ouramdane interroge dans ce travail le culte du corps, l\u2019identitarisme et la fascination que provoquent les espaces politiques aux mots d\u2019ordre basiques qui sont la plupart de temps r\u00e9actionnaires ou totalitaires. Ce questionnement donne \u00e0 penser que nous-m\u00eame pouvons \u00eatre tent\u00e9s de s\u2019inscrire dans un mot d\u2019ordre. Une ali\u00e9nation qui rassure en ce qu\u2019elle nous repose. Les questions n\u2019ont plus \u00e0 \u00eatre pos\u00e9es puisque les r\u00e9ponses sont dans ces mots d\u2019ordre, dans ces slogans. On rappellera l\u2019\u00e9v\u00e9nement de la premi\u00e8re de \u00ab Enfants \u00bb, ou apr\u00e8s une ovation pour une intervention d\u2019un artiste inquiet des directions nationales sur la politique culturelle, s\u2019en est suivie une bronca contre le repr\u00e9sentant de cette politique. Mais cette manifestation n\u2019avait plus rien \u00e0 voir avec la discussion engag\u00e9e, les inqui\u00e9tudes exprim\u00e9es et les r\u00e9flexions de l\u2019artiste orateur mais se r\u00e9sumait \u00e0 une expression primaire d\u2019un rejet. Rejet d\u2019une foule o\u00f9 chaque individu se cache et se sent fort de l\u2019impression de faire masse contre quelque chose. Rachid Ouramdane montre ce tiraillement entre une facilit\u00e9 de se laisser s\u00e9duire par un discours primitif et l\u2019individu qui cherche \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 un moule, \u00e0 une mode. Ce tiraillement est \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les r\u00e9v\u00e9rences que Ouramdane fait \u00e0 son image, \u00e0 l\u2019image de son visage maquill\u00e9. Une iconographie proche de celle des dictateurs qui font de leur image un espace de culte. On sait que les r\u00e9volutions font tomber les symboles et les statues des dirigeants d\u00e9chus. On voit dans ce double r\u00e9v\u00e9r\u00e9, une mise en question de ce que c&rsquo;est que d\u2019\u00eatre chef de projet et la fascination que peut exercer sur soi-m\u00eame la position de pouvoir.<br \/>\nRachid Ouramdane donne \u00e0 son corps la capacit\u00e9 de donner une direction tr\u00e8s claire, une pr\u00e9cision effrayante dans ce quelle raconte du contr\u00f4le et de la rigueur. Cet effroi, il le casse dans son corps qui s\u2019effondre, qui s\u2019affaisse. Un corps qui passe d\u2019une rigidit\u00e9 \u00e0 une souplesse. Le corps de l\u2019ordre en friction avec un corps en lutte. L\u2019individu qui se d\u00e9bat face \u00e0 un ordre qu\u2019il suit. Nous sommes face \u00e0 une cr\u00e9ation qui est loin d\u2019\u00eatre un objet de communication. C\u2019est un objet qui n\u2019a pas un message clair ou net, qui ne nous dit pas ce que nous devrions penser. C\u2019est un objet qui r\u00e9siste et qui r\u00e9fl\u00e9chi notre rapport au pouvoir, aux images du pouvoir. On entend la voix de Gilles Deleuze qui dans une conf\u00e9rence \u00e0 la Femis, le 17 mai 1987, dit :  \u00ab Quel est le rapport de l\u2019\u0153uvre d\u2019art avec la communication ? Aucun, aucun\u2026 L\u2019\u0153uvre d\u2019art n\u2019est pas un instrument de communication. L\u2019\u0153uvre d\u2019art n\u2019a rien \u00e0 faire avec la communication. L\u2019\u0153uvre d\u2019art ne contient strictement pas la moindre information. En revanche, en revanche, il y a une affinit\u00e9 fondamentale entre l\u2019\u0153uvre d\u2019art et l\u2019acte de r\u00e9sistance. \u00bb. Cet acte de r\u00e9sistance on l\u2019a vu ce soir l\u00e0, dans le Clo\u00eetre des C\u00e9lestins. Une r\u00e9sistance \u00e0 la facilit\u00e9 d\u2019un discours et une question sur notre emprisonnement dans des sch\u00e9mas de pens\u00e9es. Cette \u00abExposition universelle \u00bb interroge notre relation aux idoles politiques, m\u00e9diatiques, sportives et culturelles en se mettant en sc\u00e8ne dans une lutte entre le recul et la fascination vis \u00e0 vis de ces ic\u00f4nes.<br \/>\nhttp:\/\/www.rachidouramdane.com\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211; Dans le Clo\u00eetre de C\u00e9lestins, apr\u00e8s \u00ab Life and times (chronique d\u2019une vie) \u00bb du Nature Theater of Oklahoma, o\u00f9 il \u00e9tait question d\u2019une histoire personnelle, individuelle nous sommes invit\u00e9s \u00e0 d\u00e9couvrir \u00ab Exposition universelle \u00bb, la derni\u00e8re cr\u00e9ation de L\u2019A, Compagnie de danse de Rachid Ouramdane. 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