


{"id":737,"date":"2011-07-19T19:17:00","date_gmt":"2011-07-19T17:17:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=737"},"modified":"2011-07-19T19:17:00","modified_gmt":"2011-07-19T17:17:00","slug":"cours-circuits-au-pluriel","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/cours-circuits-au-pluriel\/","title":{"rendered":"Cours-Circuits au pluriel"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212;<br \/>\n<em> <strong>Dans l\u2019obscurit\u00e9 remplie d\u2019air ti\u00e8de et humide de l\u2019\u00e9t\u00e9, la nouvelle cr\u00e9ation de Fran\u00e7ois Verret s\u2019inaugure au cour du Lyc\u00e9e Saint-Joseph dans le cadre du 65e Festival d\u2019Avignon. Une musique en live vigoureuse de tristesse, de solitude, ou de folie envahit l\u2019espace d\u00e8s le d\u00e9but, pendant 1h15 : une dur\u00e9e largement raccourcie au fil de cr\u00e9ation. Les acteurs, les danseurs, les musiciens, les circassiens, 8 artistes de diff\u00e9rents disciplines se r\u00e9unissent sur un plateau \u00e9tendu, d\u00e9roulent un spectacle de \u00ab temps complet \u00bb&#8230;<\/strong> <\/em><br \/>\nIl est peut-\u00eatre un chor\u00e9graphe, ou pas. Fran\u00e7ois Verret, qui d\u00e9borde de plus en plus du cadre \u00ab danse \u00bb, a trouv\u00e9 cette fois-ci une chemin qui lui am\u00e8ne encore plus loin. C\u2019est, si je me permets de dire, plut\u00f4t une musique chor\u00e9graphi\u00e9e, ou plut\u00f4t un espace-temps chor\u00e9graphi\u00e9.<br \/>\nEn 1975, Fran\u00e7ois Verret se lance dans le monde chor\u00e9graphique, et cr\u00e9e sa propre compagnie 4 ans plus tard. D\u00e9sormais, plus de 30 spectacles sont sortis de sa main. En trouvant au fur et \u00e0 mesure un penchant pour la rencontre de diff\u00e9rents disciplines artistiques, il orchestre ici de multiples formes artistiques : l\u2019art de danse, de th\u00e9\u00e2tre, de cirque, de vid\u00e9o, de lumi\u00e8re, de d\u00e9core.<br \/>\n\u00ab Ce n\u2019\u00e9tait plus une rue mais un monde, un espace-temps de pluie de cendres et de presque nuit. \u00bb Inspir\u00e9 par un livre qui commence par cette phrase, L\u2019Homme qui tombe de Don Delillo, ainsi que par L\u2019Eveil : cinquante ans de sommail d\u2019Oliver Sacks et d\u2019autres livres ou films de Sarah Kane, Tarkowski etc., Fran\u00e7ois Verret se pose la question sur le temps actuel, sur nos rapport au monde contemporain. Court-circuit. Quand deux courants se connectent, ne supportant pas un \u00e9nergie imp\u00e9tueux, la ligne se coupe, \u00ab POUF \u00bb. Courts-Circuits. Cette pluralit\u00e9 illustre une r\u00e9ponse incertaine de la vision sur aujourd\u2019hui du chor\u00e9graphe. La connexion et la rupture, l\u2019explosion et la silence&#8230;<br \/>\nComme le d\u00e9but de L\u2019Homme qui tombe o\u00f9 Twin towers s\u2019effondre le 11 septembre 2001, l\u2019image de l\u2019incendie furieuse annonce l\u2019ouverture de la sc\u00e8ne. Un plateau blanc carr\u00e9, flanqu\u00e9 de micros \u00e0 droite, les instruments musicaux au centre, et se trouve la ruine de planches \u00e0 gauche. Une large glace-mur est plac\u00e9e derri\u00e8re la ruine. Tant\u00f4t sp\u00e9culaire, tant\u00f4t transparente, elle double ces \u00e9boulis ou d\u00e9double la sc\u00e8ne. Nous trouvons au dessus, deux grands \u00e9crans qui projettent les flammes. La lumi\u00e8re glaciale couvert la sc\u00e8ne.<br \/>\nCourts-Circuits, comme indique le titre, chaque s\u00e9quence se coupe par une explosion. L\u2019explosion de quoi ?<br \/>\nLa musique, qui domine perp\u00e9tuellement et splendidement le fil de spectacle, remorque le commencement de chacune. Et s\u2019y ajoutent petit \u00e0 petit des autres \u00e9l\u00e9ments : la parole, le chant, les corps qui danse ou qui marche&#8230; Tous ne sont que les pr\u00e9sences faibles, fragiles ou m\u00eame discr\u00e8tes au d\u00e9but. A mesure, elles s\u2019hypertrophient. Le geste devient le mouvement. Les corps, qui sont de plus en plus nombreux sur le plateaux physiquement et visuellement (par l\u2019image sur l\u2019\u00e9cran), s\u2019\u00e9tendent plus loin vers ext\u00e9rieur, ou se tordent encore vers int\u00e9rieur. Ce n\u2019est plus une \u00ab musique \u00bb, mais la composition sonore effrayante, agit\u00e9e et saccad\u00e9e, qui s\u2019entasse et s\u2019acc\u00e9l\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9. D\u2019un susurrement \u00e0 une voix haute, d\u2019une voix haute \u00e0 un cri, le passage progressif vocal aboutit \u00e0 un \u00e9clat de rire, un rire de folie. Tout un tas de ces choses envahit la salle en plein air. Et \u00ab POUF \u00bb ! Court-circuit.<br \/>\nL\u2019explosion. Un moment \u00ab complet \u00bb. C\u2019est un espace-temps complet, ou m\u00eame au-del\u00e0. C\u2019est peut-\u00eatre une harmonie d\u00e9sarmonis\u00e9e. Ou peut-\u00eatre une harmonie de d\u00e9sarmonies. Sous le tact ambitieux de Verret, les \u00e9l\u00e9ments sonore, visuels ou vivants, obturent toutes les dimensions sc\u00e9niques sans plafond, parfois en devenant un seul effet musical, parfois en gagnant l\u2019autonomie. Un ch\u0153ur de chaos finement et audacieusement orchestr\u00e9. Complet, il s\u2019agit d\u2019un espace-temps satur\u00e9 de folie et de l\u2019abus visuel et auditif, qui est, en plus, entour\u00e9 d\u2019un air ti\u00e8de et humide de l\u2019\u00e9t\u00e9 provan\u00e7al, m\u00e9lang\u00e9 de souffle de spectateurs. Et l\u00e0, nous nous y trouvons perdus. Nous sommes perdus dans la salle sans mur, qui est, dor\u00e9navant sans interstice, sans issue, simplement \u00e9touffante. Qu\u2019est-ce qu\u2019on entend ? Qu\u2019est-ce qu\u2019on regarde ? Par-ci, par-l\u00e0. La surabondance audiovisuelle d\u00e9passe la borne de notre capacit\u00e9 de r\u00e9ception. \u00ab POUF \u00bb.<br \/>\n\u00ab Il y a une pens\u00e9e contemporaine, un \u00e9crivain de science-finction, Ballard, il dit justement, dans l\u2019espace comme ils sauront d\u00e9finir aujourd\u2019hui, reste pas grande chose comme l\u2019espace de libert\u00e9. Peut-\u00eatre que le seul qu\u2019il resterait, \u00e7a serait ce qu\u2019on appellerait un geste de folie[1] \u00bb, dit Fran\u00e7ois Verret.<br \/>\nNaufrag\u00e9 dans l\u2019exc\u00e9dent. C\u2019est peut-\u00eatre \u00e7a ce qu\u2019il appelle un rapport au monde r\u00e9el. Menac\u00e9 par une masse d\u2019incertitude, on se perd dans la surabondance, comme 8 corps incertains sur la sc\u00e8ne d\u2019 \u00ab identit\u00e9 cam\u00e9l\u00e9on \u00bb : anonymats, mannequins, hommes masqu\u00e9. Les sortis diff\u00e9rents de ces personnes n\u2019ont plus de sens. Int\u00e9gr\u00e9 dans un bloc massif produit par Verret, tout devient un \u00e9l\u00e9ment incertain. La douleur br\u00fblante, l\u2019envie impr\u00e9cis, la gloire superficielle, le chor\u00e9graphe-chef d\u2019orchestre nous montre, chaque s\u00e9quence, l\u2019incertitude humanitaire. Perdant soi-m\u00eame, son identit\u00e9, s\u2019adressant vers le seule marge de libert\u00e9 de folie, un \u00ab \u00e9l\u00e9ment \u00bb pousse le crie et supplie : \u00ab regarde-moi, observe-moi, valide-moi ! \u00bb. POUF.<br \/>\nTic, tac, tic, tac&#8230; Le bruit musical marque le temps, pendant la s\u00e9quence, apr\u00e8s l\u2019explosion. Tic, tac, tic, tac&#8230; \u00ab Pourquoi on s\u2019arr\u00eate pas tout simplement ?[2] \u00bb, questionne Verret. Parce que, il r\u00e9pond lui-m\u00eame, ici, on survie ces d\u00e9flagrations, parce que le temps court, parce que les choses arrivent \u00e0 nouveau, on continue, on recommence, sans savoir trop pourquoi. Voil\u00e0 Courts-Circuits.<br \/>\nRevenons sur nous, nous nous sommes au cour du Lyc\u00e9e Saint-Joseph. Nous nous sommes perdus. Quelque jours plus tard, j\u2019ai entendu un chouchoutent parlant de ce spectacle : \u00ab sans histoire, j\u2019ai rien compris \u00bb. Tout gardant la certitude, Fran\u00e7ois Verret ne raconte pas une histoire. Mais il \u00ab reproduit \u00bb. Il reproduit vers nous, l\u2019effet d\u2019incertitude de notre rapport au monde. L\u2019applaudissement ti\u00e8de pour cette premi\u00e8re repr\u00e9sentation de Courts-Circuits \u00e9tait peut-\u00eatre la preuve. Dans l\u2019espace-temps remplie, nous n\u2019avons peut-\u00eatre pas compris, mais, nous avons v\u00e9cu. Tic, tac&#8230;<br \/>\n [1] Entretien avec Fran\u00e7ois Verret, Th\u00e9\u00e2tre-vid\u00e9o net, http:\/\/www.theatre-video.net\/video\/Entretien-avec-Francois-Verret<br \/>\n[1] id.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212; Dans l\u2019obscurit\u00e9 remplie d\u2019air ti\u00e8de et humide de l\u2019\u00e9t\u00e9, la nouvelle cr\u00e9ation de Fran\u00e7ois Verret s\u2019inaugure au cour du Lyc\u00e9e Saint-Joseph dans le cadre du 65e Festival d\u2019Avignon. Une musique en live vigoureuse de tristesse, de solitude, ou de folie envahit l\u2019espace d\u00e8s le d\u00e9but, pendant 1h15 : une dur\u00e9e largement raccourcie au fil de cr\u00e9ation. 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