


{"id":740,"date":"2011-07-18T19:23:00","date_gmt":"2011-07-18T17:23:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=740"},"modified":"2011-07-18T19:23:00","modified_gmt":"2011-07-18T17:23:00","slug":"la-gonzo-conference","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/la-gonzo-conference\/","title":{"rendered":"La Gonzo Conf\u00e9rence"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211;<br \/>\n<em> <strong>Nourrie \u00e0 la \u00ab rock critic \u00bb revendicative des ann\u00e9es 70 et aux concerts de musiques amplifi\u00e9es, Fanny de Chaill\u00e9, qui fut, aux heures perdues de l\u2019adolescence, \u00e9galement musicienne dans un groupe de rock, a finalement choisi le th\u00e9\u00e2tre, la danse et la performance pour s\u2019exprimer sur un plateau. Celle qui est aujourd\u2019hui artiste associ\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9 internationale \u00e0 Paris cr\u00e9ait, en 2007, le spectacle \u00ab Gonzo Conf\u00e9rence \u00bb pour le Festival We Want Rock\u2019n Roll. Sur le chemin d\u2019une tourn\u00e9e g\u00e9n\u00e9reuse, le spectacle s\u2019arr\u00eatait ce 17 juillet \u00e0 Avignon, au gymanase du lyc\u00e9e Saint Joseph (Vingt-cinqui\u00e8me heure). Dans cette conf\u00e9rence-performative \u00e0 deux voix d\u2019une dur\u00e9e de 40 minutes, Fanny de Chaill\u00e9 traverse les codes musicaux et th\u00e9\u00e2traux pour un hymne au rock distanci\u00e9, un peu convenu.<\/strong> <\/em><br \/>\n<em>Titre antinomique<\/em><br \/>\nPratique irr\u00e9v\u00e9rencieuse, le journalisme Gonzo rejette le m\u00e9tadiscours sur l\u2019\u0153uvre, c&rsquo;est-\u00e0-dire la critique argument\u00e9e et surplombant l\u2019objet, au profit d\u2019une critique subjective, totale, enti\u00e8re et radicale. Non seulement le r\u00e9dacteur Gonzo se mouille jusqu\u2019au cou dans son papier mais peut aller plus loin en int\u00e9grant par exemple la r\u00e9alit\u00e9 du sujet qu\u2019il traite. Son dada, ce sont les anecdotes graveleuses, les exc\u00e8s \u00ab sex and drugs \u00bb, bref, tous les \u00e9l\u00e9ments qui neutraliseront le consensus mou. Plus famili\u00e8re, la forme de la conf\u00e9rence est quant \u00e0 elle organis\u00e9e, hi\u00e9rarchis\u00e9e, produite en vue d\u2019une d\u00e9monstration. C\u2019est \u00e0 l\u2019endroit de cette tension entre les deux genres que travaille la proposition performative de Fanny de Chaill\u00e9 au sein du texte et de l\u2019espace.<br \/>\nDans une langue travaill\u00e9e mais limpide, presque adolescente comme elle le dit, elle d\u00e9clare son amour du rock tout en expliquant pourquoi elle lui a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre et reprend, point par point, les codes de l\u2019un et de l\u2019autre pour progresser vers la th\u00e8se qu\u2019elle d\u00e9fend. Dans l\u2019espace, c\u2019est un face \u00e0 face qui s\u2019engage entre elle, au pupitre, d\u00e9tentrice de la parole, et Christine Bombal \u00ab on stage \u00bb, exploratrice du corps. Le public est convoqu\u00e9 \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un concert et bouscul\u00e9 dans ses rep\u00e8res habituels. Attente jusqu\u2019\u00e0 plus de 21h pour rentrer dans la salle (pas la peine d\u2019arriver en avance !). Quant \u00e0  la mention \u00ab placement libre \u00bb sur le billet, elle a bon dos puisque la performance se d\u00e9roule debout. Dans la salle, la musique est en fond sonore. Secr\u00e8tement, on pense \u00e0 aller se chercher une bi\u00e8re\u2026<br \/>\nC\u2019est du  th\u00e9\u00e2tre<br \/>\n\u2026Christine Bombal arrive nue par l\u2019avant-sc\u00e8ne, grimpe sur le plateau d\u2019un m\u00e8tre vingt de haut et va enfiler la culotte, les bottes de cuir et le tee-shirt qui l\u2019attendent. Le public, les yeux riv\u00e9s sur elle, observe son corps, ses gestes, ses regards. Elle semble se pr\u00e9parer, comme avant d\u2019entrer en sc\u00e8ne. Respiration amplifi\u00e9e. \u00c7a y est, elle y va. S\u2019avance, explique qu\u2019elle va faire une conf\u00e9rence. Non. Ce n\u2019est pas elle qui parle. Elle articule sur une voix off. C\u2019est du play-bak. C\u2019est du th\u00e9\u00e2tre. En fait \u00e7a parle dans les enceintes. Progressivement le corps de Christine prend son ind\u00e9pendance par rapport \u00e0 la voix. D\u00e9luge d\u2019une gestuelle rock. Corps pli\u00e9, mouvements saccad\u00e9s, marche d\u00e9termin\u00e9e, t\u00eate haute, regard d\u00e9fiant le public. Et la voix dit cette chose : qu\u2019elle a pleur\u00e9 \u00e0 la mort du chanteur&#8230; jamais pour un acteur mais pour ce chanteur oui\u2026 Et Niravana d\u00e9marre dans la salle. \u00ab Smell like teen Spirit \u00bb interpr\u00e9t\u00e9 en play-back par la com\u00e9dienne. C\u2019est du th\u00e9\u00e2tre. La voix poursuit sont expos\u00e9 : nous dit que le concert rock ne repose pas sur une narration, que le concert rock c\u2019est l\u2019instinct, la pulsion de vie, le sexe, qu\u2019au concert rock le public peut chanter les paroles, qu\u2019il sait \u00e0 quoi il va s\u2019attendre ce qui est plus simple, qu\u2019au concert rock le public est debout dans la m\u00eame posture verticale que les rockeurs, qu\u2019au concert rock les gens forment une communaut\u00e9&#8230; Pendant ces mots, la com\u00e9dienne exhibe son corps rockeur et engage un \u00ab stage diving \u00bb : allong\u00e9e au bord du plateau, elle s\u2019offre aux spectateurs qui la portent de bras en bras. Arrive le deuxi\u00e8me morceau : un tube de Franz Ferdinand. Le code convoqu\u00e9 ici est celui du mime. Christine Bombal imite le guitariste \u2013 r\u00e9glage de l\u2019ampli, toucher de l\u2019instrument, saccade du poignet droit. C\u2019est du th\u00e9\u00e2tre. Ce n\u2019est qu\u2019en entendant les bafouilles de la lecture que la partie du public amass\u00e9e devant la sc\u00e8ne comprendra que la voix provient de la salle, derri\u00e8re lui. Fanny de Chaill\u00e9 est au pupitre avec ses feuilles\u2026 C\u2019est du th\u00e9\u00e2tre ! On s\u2019est fait happer par le jeu, l\u2019image.<br \/>\nMilitant pour la survie du rockeur, Fanny de Chaill\u00e9 tente de faire tomber le mythe d\u2019authenticit\u00e9 qui aur\u00e9ole celui-ci. Au concert rock, contrairement au th\u00e9\u00e2tre, le public vient chercher la star-attitude, la pulsion, le corps d\u00e9bordant, l\u2019\u00e9nergie destructrice demandant surtout \u00e0 ce que \u00e7a soit du vrai. Si Fanny de Chaill\u00e9 a choisi le th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est pour la distance qu\u2019il permet. \u00ab Les rockeurs meurent par exc\u00e8s de leur pr\u00e9sence au monde. Cela nous rassure parce qu\u2019alors, ils ont les m\u00eames limites que nous. Arr\u00eatons de faire mourir les rockeurs. Laissons-les devenir des acteurs. \u00bb se prenait-elle \u00e0 dire \u00e0 la conf\u00e9rence de presse un peu plus t\u00f4t dans la joun\u00e9e, anticipant sur sa Gonzo Conf\u00e9rence. Pour transmettre son amour du rock et mettre en regard les pratiques du rock et de du th\u00e9\u00e2tre, Fanny de Chaill\u00e9 utilise la distance qu\u2019elle revendique. On regrette malgr\u00e9 tout que le propos ne soit pas plus ac\u00e9r\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211; Nourrie \u00e0 la \u00ab rock critic \u00bb revendicative des ann\u00e9es 70 et aux concerts de musiques amplifi\u00e9es, Fanny de Chaill\u00e9, qui fut, aux heures perdues de l\u2019adolescence, \u00e9galement musicienne dans un groupe de rock, a finalement choisi le th\u00e9\u00e2tre, la danse et la performance pour s\u2019exprimer sur un plateau. Celle qui est aujourd\u2019hui artiste associ\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9 internationale \u00e0 Paris cr\u00e9ait, en 2007, le spectacle \u00ab Gonzo Conf\u00e9rence \u00bb pour le Festival We Want Rock\u2019n Roll.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-740","article","type-article","status-publish","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/740","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=740"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=740"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}