


{"id":746,"date":"2015-01-22T17:00:00","date_gmt":"2015-01-22T16:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=746"},"modified":"2015-01-22T17:00:00","modified_gmt":"2015-01-22T16:00:00","slug":"amour-par-k-o","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/amour-par-k-o\/","title":{"rendered":"Amour par K.O."},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><em><a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/spectacles\/2011\/cloture-de-l-amour\">Cl\u00f4ture de l&rsquo;amour<\/a><\/em>, spectacle de <a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/artiste\/2011\/pascal-rambert\">Pascal Rambert<\/a> \u2014 Festival d&rsquo;Avignon 2011<\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-741\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/cloturedelamour2.jpg\" alt=\"cloturedelamour2.jpg\" align=\"center\" width=\"640\" height=\"420\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><sc>Note du 22 janvier : <\/sc><br \/>\n<small><quote>Le 27 f\u00e9vrier, \u00e0 20h30, se jouera \u00e0 Caen, <a href=\"http:\/\/pantatheatre.net\/index.php?page=b_saison-2010-2011\">au Panta-Th\u00e9\u00e2tre<\/a>, une reprise du spectacle de Pascal Rambert. Une rencontre aura lieu avec l&rsquo;auteur \u00e0 l&rsquo;issue de la repr\u00e9sentation. L&rsquo;occasion de remonter la critique en date du festival d&rsquo;Avignon de 2011[[\u00c0 Caen, Pascal Rambert remplace Stanislas Nordey qui jouait lors de la cr\u00e9ation du spectacle]].<\/quote><\/small><\/p>\n<hr \/>\n<p><sc>Critique du 18 juillet 2011<\/sc><br \/>\n<em> <strong>Qui conna\u00eet le Th\u00e9\u00e2tre de Gennevilliers reconna\u00eet imm\u00e9diatement son plateau 3 sur lequel nous avons pu voir<\/em> 16 ans <em>mis en sc\u00e8ne par Pascal Rambert directeur du T2G. Cette salle de r\u00e9p\u00e9tition est transpos\u00e9e \u00e0 Avignon dans la salle Beno\u00eet XII pour accueillir<\/em> Cl\u00f4ture de l\u2019amour <em>derni\u00e8re cr\u00e9ation de Rambert. Gennevilliers s\u2019inscrit dans Avignon comme une d\u00e9claration de l\u2019attachement de Rambert \u00e0 ces deux villes de th\u00e9\u00e2tre. Insciption aussi d\u2019un espace de la banlieue parisienne au c\u0153ur du Festival, rue des Teinturiers.<\/em> Cl\u00f4ture de l\u2019amour <\/em> expose, surexpose la rupture d\u2019un couple, une explosion ou un essorage qui s\u2019\u00e9crit dans un espace concret et public. Ce lieu sera travers\u00e9 par la chorale de Gennevilliers pour r\u00e9p\u00e9ter et interpr\u00e9ter<\/em> Happe <em>de Bashung. Chanson qui cl\u00f4t la parole de l\u2019homme et qui ouvre la r\u00e9ponse de la femme. Ce sont Stanislas Nordey et Audrey Bonnet qui interpr\u00e8tent les r\u00f4les de Stan et Audrey. Une \u00e9criture que Pascal Rambert a voulu pour eux. En Amoureux des acteurs, de leurs voix et de leur corps, il leur a \u00e9crit un texte violent qu\u2019ils vivent plus qu\u2019ils ne jouent. Le motif de la rupture, du d\u00e9chirement que Rambert a d\u00e9j\u00e0 mis en sc\u00e8ne dans un court-m\u00e9trage<\/em> Car Wash <em>.<\/strong> <\/em><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-742\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/cloturedelamour1.jpg\" alt=\"cloturedelamour1.jpg\" align=\"center\" width=\"640\" height=\"420\" \/><br \/>\nDans la salle Beno\u00eet XII, \u00e7a s\u2019installe face \u00e0 cet espace reproduisant le r\u00e9el. Les deux acteurs entrent en sc\u00e8ne et c\u2019est parti, pas le temps d\u2019attendre. Pas de pr\u00e9caution d\u2019un d\u00e9but qui s\u2019installe. Nous sommes coll\u00e9s au fauteuil et Stanislas Norday d\u00e9coche ses premi\u00e8res fl\u00e8ches disant : \u00ab je voulais te voir pour te dire que \u00e7a s\u2019arr\u00eate \u00bb. D\u00e9but d\u2019un spectacle qui exprime une fin, d\u00e9but qui explose qui ne peut attendre de dire cette volont\u00e9 d\u2019en finir, de s\u2019arr\u00eater. Un discours pour clore cette histoire, pour cesser de se raconter des histoires sur ce qu\u2019ils sont. Pendant une heure, Stanislas Norday adresse \u00e0 Audrey Bonnet ses coups, ses mots. Il dit la rupture du contrat qu\u2019il n\u2019a pas sign\u00e9. Le texte est une parole de la pens\u00e9e. \u00c7a voyage d\u2019un endroit \u00e0 un autre. \u00c7a saute d\u2019une id\u00e9e \u00e0 une autre. Nous entendons cette difficult\u00e9 \u00e0 dire tout \u00e7a comme \u00e7a. Les mots sortent en m\u00eame temps que les id\u00e9es arrivent. Audrey, elle encaisse, souvent fixe, droite, digne parfois le corps plie, tremble. Aucun mot envoy\u00e9 n\u2019est pas re\u00e7u par l\u2019actrice qui sait qu\u2019elle est l\u2019image de notre oreille. \u00c7a s\u2019entend, \u00e7a n\u2019arr\u00eate pas d\u2019entendre la sinc\u00e9rit\u00e9 de cet homme faisant un inventaire vain d\u2019une histoire finie. Il construit par la parole cette cl\u00f4ture, il se barricade avec ses mots.  C\u2019est une parole en rupture, un souvenir chasse une description de ce qu\u2019elle est, ce qu\u2019elle n\u2019est plus. Ils sont dans le th\u00e9\u00e2tre, Rambert trouble cette rupture avec des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019art de l\u2019acteur, \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019\u00eatre \u00e0 la sc\u00e8ne. Ce texte joue avec les spectateurs qui \u00e9coutent mais qui ne sont pas t\u00e9moins de ce d\u00e9chirement, qui n\u2019ont pas \u00e0 \u00eatre t\u00e9moins de \u00e7a. Stan dit : \u00ab si il y avait des gens qui \u00e9coutaient ici, ils seraient raidis \u00bb. Une feinte qui nous remet \u00e0 notre place de voyeur, de spectateur d\u2019un intime. On entend une langue qui dit la fin d\u2019un langage commun, d\u2019un langage partag\u00e9. Rambert fait des bonds entre les langues. \u00c0 l\u2019\u00e9coute de ces bonds, on entend cet intime pris en m\u00eame temps dans les mots d\u2019un monde informatis\u00e9 et dans des expressions toutes faites. C\u2019est un amour perdu dans les mots du th\u00e9\u00e2tre et dans la langue de leur histoire. Cette histoire qu\u2019on imagine, qu\u2019on devine dans les interstices de ce qui n\u2019est pas dit. Mais avec malice et humour, Rambert dans ce premier round fait le commentaire du langage qu\u2019il d\u00e9ploie. Stanislas Norday dans une tension de la parole, de la langue, transpire pour dire \u00e0 celle qui le fait suer : \u00ab C\u2019est fini et c\u2019est bien \u00bb. Le tee-shirt de l\u2019acteur est le marqueur de l\u2019\u00e9nergie mis en \u0153uvre pour mettre \u00e0 mort l\u2019amour. Il passe du jaune \u00e0 l\u2019orange au fur \u00e0 mesure que l\u2019acteur sue. Stan dans ce monologue tente de laver cette histoire, d\u2019en faire dispara\u00eetre les traces et les taches. Il continue \u00e0 dire jusqu\u2019\u00e0 l\u2019interruption du groupe d\u2019enfant venu chanter. Il n\u2019a pas fini sa tentative de lavage, mais ce \u00ab et \u00bb comme un suspend est repris au bond par Audrey qui commence l\u2019essorage. Elle commence par \u00ab tu as fini \u00bb moins interrogatif qu\u2019affirmatif. Elle a entendu, nous l\u2019avons vu entendre, encaisser. On attend dans le plaisir effray\u00e9 du combat, de la r\u00e9plique qui s\u2019annonce. L\u2019essorage commence, elle reprend point par point l\u2019ordre du discours de cet homme qui affirmait une assurance m\u00e2le. Elle reprend les mots et les d\u00e9cortique pour montrer la monstruosit\u00e9 de sa diatribe. Elle ne laisse rien passer, lui subit les coups. Quand lui envoyait des fl\u00e8ches, elle lui retourne des salves de missiles. \u00c7a brasse, \u00e0 tour de bras elle d\u00e9monte. Lui ne peut qu\u2019\u00e9couter mais ne tient pas ne se tient pas debout, il vacille. C\u2019est la parole de l\u2019attaqu\u00e9e qui en m\u00eame temps qu\u2019elle vise et touche l\u2019attaquant, retrace l\u2019histoire, leur histoire. On pensera \u00e0 \u00ab Comme un boomerang \u00bb de Gainsbourg dans cet extrait : \u00ab Toi qui fait partie du gang \/ De mes s\u00e9ducteurs pass\u00e9s \/ Prends garde \u00e0 ce boomerang \/ Il pourrait te faire payer \/ Toutes ces tortures de cingl\u00e9s \/ Que tu m&rsquo;as fait endurer \u00bb.  Audrey Bonnet d\u00e9ploie une \u00e9nergie pour redire les traces des souvenirs communs. Ce second round est terrible, puisque sous couvert de sensibilit\u00e9, la femme saccage la parole premi\u00e8re et d\u00e9truit l\u2019homme. Il n\u2019existe plus : \u00ab t\u2019es qui ?, on se conna\u00eet ? on s\u2019est d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 ? \u00bb. Seuls les souvenirs elle les garde. Lui qui piteux voulait conserver une chaise rose, elle lui laisse l\u2019objet, la m\u00e9moire lui suffit. Elle garde les enfants quand lui ne les a pas \u00e9voqu\u00e9.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-743\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/cloturedelamour3.jpg\" alt=\"cloturedelamour3.jpg\" align=\"center\" width=\"640\" height=\"420\" \/><br \/>\nRambert nous convoque \u00e0 un endroit d\u2019intimit\u00e9 o\u00f9 il ne laisse rien passer. Le langage, il le sait, dit le monde autant qu\u2019il le ment. C\u2019est dans une fiction de rupture qu\u2019il dit aussi sa diff\u00e9rence vis \u00e0 vis d\u2019un certain th\u00e9\u00e2tre. Rambert r\u00e9ussit \u00e0 nous raconter une histoire qui s\u2019inscrit dans un motif simple en d\u00e9finissant son amour de la langue, des corps et de l\u2019art. Il d\u00e9ploie une langue \u00ab parl\u00e9e \u00bb comme g\u00e9n\u00e9ratrice d\u2019une po\u00e9sie. Il inscrit cette pi\u00e8ce dans une chor\u00e9graphie pr\u00e9cise et exigeante. Il d\u00e9plie son rapport \u00e0 l\u2019art reliant entre autre le classicisme de Fragonard et une chanson de Bashung sans hi\u00e9rarchie.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignleft size-full wp-image-744\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/cloturedelamour5.jpg\" alt=\"cloturedelamour5.jpg\" align=\"left\" width=\"640\" height=\"420\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignright size-full wp-image-745\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/cloturedelamour6.jpg\" alt=\"cloturedelamour6.jpg\" align=\"right\" width=\"640\" height=\"420\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><center><small><small>Photographies \u00a9 Christophe Raynaud de Lage \/ Festival d&rsquo;Avignon<\/small><\/small><\/center><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cl\u00f4ture de l&rsquo;amour, spectacle de Pascal Rambert \u2014 Festival d&rsquo;Avignon 2011 Note du 22 janvier : Le 27 f\u00e9vrier, \u00e0 20h30, se jouera \u00e0 Caen, au Panta-Th\u00e9\u00e2tre, une reprise du spectacle de Pascal Rambert. 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