


{"id":747,"date":"2011-07-17T19:30:00","date_gmt":"2011-07-17T17:30:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=747"},"modified":"2011-07-17T19:30:00","modified_gmt":"2011-07-17T17:30:00","slug":"cesena-amen","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/cesena-amen\/","title":{"rendered":"Cesena Amen"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p><em> <strong>Dans le jour naissant, ce samedi 16 juillet, Anne Teresa De Keersmaeker et et Bj\u00f6rn Schmelzer pr\u00e9sentent en avant premi\u00e8re mondiale leur derni\u00e8re cr\u00e9ation, Cesena. Donn\u00e9e dans la Cour d\u2019Honneur du Palais des Papes \u00e0 4h30 du matin, Cesena est le pendant d\u2019En Atendant, cr\u00e9\u00e9e par la chor\u00e9graphe flamande en 2010 au Clo\u00eetre des C\u00e9lestins. N\u2019utilisant aucune lumi\u00e8re artificielle, les deux pi\u00e8ces se r\u00e9pondent. L\u00e0 o\u00f9 la premi\u00e8re laissait le spectateur dans le cr\u00e9puscule, la deuxi\u00e8me le convoque \u00e0 l\u2019aube. La recherche de l\u2019alliance entre le mouvement et la musique ancienne de l\u2019Ars Subtilior est au c\u0153ur de ces deux cr\u00e9ations. Dans ce second opus, la compagnie Rosas accueille sur le plateau l\u2019ensemble Graindelavoix pour une communion des voix et des corps.<\/strong> <\/em><br \/>\nSurgit de la nuit, une \u00e9trange fa\u00e7on. Un geste artistique puissant, travaill\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9conomie et \u00e0 l\u2019intuition. Un geste qui d\u00e9borde.<br \/>\nLa chose commence avec cet homme qui revient de l\u2019obscurit\u00e9. Nu. Tel qu\u2019il avait disparu l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente sur le plateau des C\u00e9lestins. En front de sc\u00e8ne, l\u2019homme reprend et poursuit le souffle originel qui avait \u00e9t\u00e9 entam\u00e9 par le clarinettiste d\u2019en Atendant pendant plus de dix minutes. Et lui aussi entreprend, durant plusieurs minutes une respiration profonde, bruyante et convulsive qui ouvre progressivement la Voie\/x. Celle de l\u2019Ars Subtilior convoqu\u00e9 \u00e0 nouveau dans Cesena. M\u00e9connue de beaucoup d\u2019oreilles profanes, cette musique appara\u00eet au XIVe si\u00e8cle. La cour des Papes d\u2019Avignon est un haut lieu de son ex\u00e9cution. Il s\u2019agit d\u2019une musique raffin\u00e9e et subtile faisant \u00e9tat d\u2019une grande complexit\u00e9 rythmique et polyphonique. Une esth\u00e9tique dans laquelle on peut lire les enchev\u00eatrements du pouvoir politique et religieux. \u00ab Cesena \u00bb est par ailleurs le nom d\u2019une ville italienne fortement li\u00e9e \u00e0 l\u2019histoire papale et qui fut notamment le th\u00e9\u00e2tre d\u2019un massacre sanglant en 1377. La dizaine de motets, rondeaux, ballades et chansons chant\u00e9s traverse ainsi l\u2019Histoire de la papaut\u00e9, entre sacr\u00e9 et violence. Port\u00e9 par la puret\u00e9 des voix a capella, cette ambivalence r\u00e9sonne dans les murs charg\u00e9s d\u2019histoire.<br \/>\nAnne Teresa De Keersmaeker et Bj\u00f6rn Schmelzer se sont trouv\u00e9s \u00e0 l\u2019endroit de l\u2019Ars Subtilior mais aussi \u00e0 l\u2019endroit du geste, de l\u2019\u00e9quilibre, de la prise de risque. Faisant la magnifique proposition de confondre les chanteurs et les danseurs dans un m\u00eame \u00e9lan, ils nous invitent \u00e0 contempler des \u00e9tats de communion et d\u2019harmonie intenses. Les dix-neuf interpr\u00e8tes ne sont pas cloisonn\u00e9s dans leur discipline respective et sont tous travers\u00e9s par le langage du chant et de la danse.<br \/>\nLe cercle de sable a remplac\u00e9 la terre poussi\u00e9reuse du Clo\u00eetre. Foul\u00e9, d\u00e8s la sortie du danseur nu, par le pas cadenc\u00e9 du groupe qui s\u2019avance et s\u2019en retourne dans la nuit, le sable s\u2019\u00e9parpille au centre du plateau. R\u00e9pand son grain pr\u00eat \u00e0 caresser les corps. Conditionne la r\u00e9ception du c\u00f4t\u00e9 du sensible, de la perception, du charnel. J\u2019entends le bruit des pas qui agrippent, en rythme, la mati\u00e8re. Je fr\u00e9mis de distinguer dans le noir ces bras qui donnent leur chaleur \u00e0 l\u2019\u00e9paule de l\u2019autre, soudant un groupe qui avance \u00e0 l\u2019unisson. Je tremble aux premiers murmures chant\u00e9s.<br \/>\nToujours, dans la partition de Cesena, le groupe s\u2019\u00e9clate et se fragmente pour mieux se reformer ensuite. Les corps, o\u00f9 qu\u2019ils soient sur l\u2019immense plateau de la Cour d\u2019Honneur, se r\u00e9pondent et sont en tension les uns vis-\u00e0-vis des autres. L\u2019alternance des combinaisons est multiple et si, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, les ex\u00e9cutions de gestes se r\u00e9p\u00e8tent et se ressemblent, elles sont toujours en variation, testant les strates de la partition polyphonique. Le vocabulaire chor\u00e9graphique d\u2019Anne Teresa De Keersmaeker est de l\u2019ordre de la g\u00e9om\u00e9trie et l\u2019a toujours \u00e9t\u00e9. Depuis Fase (1982), depuis Rosas Danst Rosas (1983), il exploite les diagonales, la longueur, la profondeur ainsi que la circularit\u00e9. Envie de voir dans ses rondes celles de Pina Baush qui \u00e9taient pourtant bien diff\u00e9rentes. Elles ont, en tout cas, cette m\u00eame intensit\u00e9, cette capacit\u00e9 \u00e0 montrer le collectif. Le langage d\u2019Anne Teresa est hypnotique tellement il cis\u00e8le l\u2019air. Je suis suspendue au bras et \u00e0 la jambe du corps qui va chercher, impulse, \u00e9tire, ram\u00e8ne, pose, impulse, roule, suspend, pose. Recommence. Je suis suspendue \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9gance du dos qui se cabre, aux silences et aux acc\u00e9l\u00e9rations, \u00e0 la main si fluide, aux corps puissants qui s\u2019engouffrent pour courir, sauter, chuter. Et parler des grappes que les corps forment en s\u2019apposant les uns aux autres et qui statufient le groupe\u2026 Et parler des figures d\u2019attente\u2026<br \/>\nAu m\u00eame titre que le geste est partout, le chant circule dans tous les corps. Le clan des \u00ab dix-neuf \u00bb passe par chaque endroit et les solistes n\u2019existent que parce que le ch\u0153ur dispers\u00e9 r\u00e9pond, regarde, \u00e9coute. Les positions des uns et des autres s\u2019alternent et se relaient comme avec ce geste de direction de ch\u0153ur \u2013 essentiel pour assurer la m\u00e9trique complexe \u2013 et qui passe de main en main. Des voix, on pourrait dire qu\u2019elles lib\u00e8rent un \u00ab son sacr\u00e9 \u00bb comme on dirait aujourd\u2019hui un \u00ab son rock \u00bb. Une puissance.<br \/>\nProgressivement l\u2019aurore est venue. Les noirs, les blancs et les gris ont laiss\u00e9 place \u00e0 la couleur. Le jour s\u2019est lev\u00e9, baignant le haut de la Cour d\u2019Honneur d\u2019un carr\u00e9 de soleil.<br \/>\nCesena travaille l\u2019individu \u00e0 l\u2019endroit de son rythme biologique, \u00e0 l\u2019endroit de l\u2019archa\u00efque. Cesena se loge dans le point aveugle notre humanit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le jour naissant, ce samedi 16 juillet, Anne Teresa De Keersmaeker et et Bj\u00f6rn Schmelzer pr\u00e9sentent en avant premi\u00e8re mondiale leur derni\u00e8re cr\u00e9ation, Cesena. Donn\u00e9e dans la Cour d\u2019Honneur du Palais des Papes \u00e0 4h30 du matin, Cesena est le pendant d\u2019En Atendant, cr\u00e9\u00e9e par la chor\u00e9graphe flamande en 2010 au Clo\u00eetre des C\u00e9lestins. N\u2019utilisant aucune lumi\u00e8re artificielle, les deux pi\u00e8ces se r\u00e9pondent. 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