


{"id":751,"date":"2011-07-16T19:35:00","date_gmt":"2011-07-16T17:35:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=751"},"modified":"2011-07-16T19:35:00","modified_gmt":"2011-07-16T17:35:00","slug":"whos-the-real-mimosa","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/whos-the-real-mimosa\/","title":{"rendered":"Who&rsquo;s the real Mimosa?"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p><em> <strong>14 juillet, 21H15. Nous embraquons \u00e0 bord de la navette direction l\u2019auditorium du Grand Avignon-le-Pontet. Le long du trajet, comme pour pallier au feu d\u2019artifice que nous ne verrons pas ce soir, le ciel se teinte de bleu et de rose, et le lev\u00e9 de lune nous \u00e9meut dans une contemplation commune. Puis les bavardages reprennent et l\u2019on entend \u00e7a et l\u00e0 les \u00e9chos des derniers spectacles vus, les bons plans \u00e0 se refiler ou encore les \u00ab oh non non , n\u2019y va pas, \u00e7a ne vaut rien\u2026 \u00bb Cruel Avignon\u2026 Nous sommes en route pour \u00ab (M)IMOSA Twenty Looks or Paris is Burning at The Judson Church (M) \u00bb. C\u2019est le titre, tel un message cod\u00e9 et r\u00e9f\u00e9renc\u00e9, de la cr\u00e9ation \u00e0 quatre mains des chor\u00e9graphes, danseurs et performeurs C\u00e9cilia Bengolea, Francois Chaignaud, Marlene Monteiro Freitas et Trajal Harrell. Cr\u00e9e en f\u00e9vrier 2011 \u00e0 The Kitchen, New York, pr\u00e9sent\u00e9 entre autre au festival Anticodes de Chaillot, au CDC de Toulouse, et au Quartz \u00e0 Brest (o\u00f9 C. Bengolea et F. Chaignaud sont artistes associ\u00e9s), le spectacle semble avoir b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de critiques flatteuses et d\u2019un bouche \u00e0 oreilles efficace : on se bouscule pour avoir les derniers billets, et on d\u00e9borde du gradin. Loin des pastels de la fin du jour, c\u2019est avec le noir, le fluo et les paillettes que la nuit s\u2019ouvre, pour une cr\u00e9ation interrogeant la danse contemporaine \u00e0 travers la culture du voguing et par le prisme des identit\u00e9s diffract\u00e9es de ces quatre auteurs-interpr\u00e8tes.<\/strong> <\/em><br \/>\nC\u00e9cilia Bengola et Francois Chaignaud sont un tandem bien connu de la sc\u00e8ne contemporaine, en d\u00e9pit (ou par la gr\u00e2ce) de leur insolente jeunesse. Avec beaucoup de libert\u00e9 et une grande exigence ils \u00ab questionnent les tabous chor\u00e9graphiques, d\u00e9hi\u00e9rarchisent les zones corporelles et esquissent d\u2019autres g\u00e9ographies \u00bb. On se souvient de \u00ab P\u00e2querette \u00bb en 2008, pi\u00e8ce reposant sur l&rsquo;utilisation dans la danse de l&rsquo;anus et de sa p\u00e9n\u00e9tration ou encore de \u00ab Sylphides \u00bb, une chor\u00e9graphie de la survie des corps emprisonn\u00e9s sous vide dans du latex. Ils dansent ce soir aux c\u00f4t\u00e9s de Marlene Monteiro Freitas, danseuse cap verdienne form\u00e9e \u00e0 P.A.R.T.S., et de Trajal Harell, newyorkais, dont le travail est depuis plusieurs ann\u00e9es r\u00e9guli\u00e8rement pr\u00e9sent\u00e9 en Europe. C\u2019est lui qui sera \u00e0 l\u2019initiative de cette collaboration chor\u00e9graphique.<br \/>\n(M)IMOSA est la version M de la s\u00e9rie \u00ab Twenty Looks or Paris is Burning at the Judson Church \u00bb, cycle de pi\u00e8ces de Trajal Harrel, les autres versions se d\u00e9clinant de XS \u00e0 XL, comme les tailles vestimentaires. Un \u00ab jeu de titre \u00bb en \u00e9cho au travail sur le voguing et au go\u00fbt de l\u2019\u00e9quipe pour le v\u00eatement, la mode, le travestissement.<br \/>\nPour appr\u00e9hender (M)IMOSA, il est n\u00e9cessaire d\u2019avoir quelques r\u00e9f\u00e9rences pr\u00e9alables et en particulier de savoir quelles sont les caract\u00e9ristiques du voguing, mouvement artistique et social pris comme point d\u2019encrage pour cette cr\u00e9ation (ayant vu \u00ab Twenty Looks or Paris is Burning at The Judson Church (S) \u00bb lors de l\u2019\u00e9dition 2010 d\u2019Ardanth\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre de Vanves, je me souviens \u00eatre rest\u00e9e perplexe, comme d\u00e9poss\u00e9d\u00e9e d\u2019outils d\u2019analyse ad\u00e9quats).<br \/>\nLe voguing est un courant n\u00e9 dans les ann\u00e9es 60 \u00e0 Harlem, dans les quartiers pauvres et marginaux. Invent\u00e9 par les communaut\u00e9s gays et transgenres d\u2019origine afro et latino-am\u00e9ricaines, on y rejoue les poses et attitudes du monde de la mode, du luxe et du glamour, sous forme de concours, tel les battles du hip-hop. Chaque participant pr\u00e9sente sa performance, suivant des th\u00e8mes et codes rigoureux. Cette contre-culture, profond\u00e9ment sociale, a connu ses heures de gloire au d\u00e9but des ann\u00e9es 90, avec la chanson \u00ab Vogue \u00bb de Madonna et surtout \u00ab Paris is burning \u00bb, le film documentaire largement prim\u00e9 de Jennis Livigston.<br \/>\nA la base de la s\u00e9rie initi\u00e9 par Trajal Harrel, une question, comme une invitation \u00e0 la fiction en revisitant l\u2019histoire de la danse: \u00ab Que se serait-il pass\u00e9 en 1963 \u00e0 New York si une figure de la sc\u00e8ne voguing de Harlem \u00e9tait descendue jusqu\u2019\u00e0 Greenwich Village pour danser aux c\u00f4t\u00e9s des pionniers de la Post Modern Dance du Judson Church Theater ? \u00bb. Autrement dit comment se passerait la rencontre entre un courant imitant les artifices et codes de la mode, nourri par les cat\u00e9gories de genre, de race et de hi\u00e9rarchie sociale, et un autre \u00e0 la recherche d\u2019une authenticit\u00e9 du mouvement, lib\u00e9r\u00e9 des carcans traditionnel de la repr\u00e9sentation du corps dansant. Car si dans les ann\u00e9es 60, ces deux mouvements d\u00e9veloppent des axes de recherche tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s sur les questions du corps et du spectaculaire, ils n\u2019en demeurent pas moins proches par leur critique et leur subversion. Ils ne se sont pour autant jamais crois\u00e9 (les barri\u00e8res de classes et de races fermant vite les ponts entre le public de la Judson Church et celui des ball rooms de Harlem).<br \/>\n(M)IMOSA s\u2019appuie donc sur une analyse de ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux et culturels \u00e0 travers l\u2019histoire de la danse contemporaine, mais ne se limite pas \u00e0 la reconstitution ou au documentaire. Il s\u2019agit bien ici d\u2019une r\u00e9appropriation de ces codes par le biais des r\u00e9f\u00e9rences, histoires personnelles, des obsessions et de l\u2019imaginaire des 4 interpr\u00e8tes.<br \/>\nLa salle ressemble \u00e0 un gymnase en bois, ou \u00e0 un sauna finlandais g\u00e9ant. Six horiziodes encadrent le tapis de danse central, et des costumes et accessoires tra\u00eenent \u00e7a et l\u00e0 dans les gradins. On serait alors peut-\u00eatre les t\u00e9moins d\u2019une r\u00e9p\u00e9tition ; mieux, le public d\u2019un concours sans pr\u00e9tention. Des sacs plastiques contenant des effets personnels, des bouteilles d\u2019eau, du gaffeur, une poubelle, autant d\u2019objets qui viennent contraster avec le glamour ou l\u2019excentricit\u00e9 des num\u00e9ros qui d\u00e9fileront un \u00e0 un sur le plateau. Tout au long de la pi\u00e8ce, nous vivrons la friction de l\u2019ordinaire et du spectaculaire, de la sc\u00e8ne et des coulisses.<br \/>\n\u00c0 notre entr\u00e9e en salle, les interpr\u00e8tes sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, passent, circulent entre les rangs, saluent leurs amis. On oscille entre une ambiance d\u00e9contract\u00e9e, g\u00e9n\u00e9reuse ou \u2026tr\u00e8s mondaine (il me revient en m\u00e9moire \u00e0 cet instant que \u00ab mimosa \u00bb est le nom d\u2019un cocktail champagne jus d\u2019orange, au menu des brunchs branch\u00e9s de New York).<br \/>\nMarl\u00e8ne Monteiro Freitas lance la premi\u00e8re son corps androgyne, poitrine nue, sur la piste. Dans une danse chevaline, le visage surexpressif, avec yeux et langue de masque balinais, elle tire sur ses cheveux qu\u2019elle arrache par poign\u00e9es.<br \/>\n\u00ab Welcome. My name is Mimosa \u00bb finira-t-elle par nous dire au micro, essouffl\u00e9e par sa course. D\u00e8s lors chacun des danseurs viendra s\u2019exposer sur la sc\u00e8ne. Mimosa s\u2019incarne tour \u00e0 tour, entre r\u00e9el et fiction, masculin et f\u00e9minin. Mimosa, c\u2019est un mannequin de grands magasins sur lequel chacun peut d\u00e9poser son histoire, au-del\u00e0 des appartenances sociales, ethniques ou sexuelles. Mimosa est tout et tous \u00e0 la fois. Mais chacun en revendique l\u2019authenticit\u00e9 \u00ab I\u2019m the true Mimosa \u00bb,  affirmant distinguer la copie de l\u2019original comme les sacs Vuitton de leur contrefa\u00e7ons (\u00ab Tu sais que c\u2019est l\u2019original car tu le d\u00e9sires tout de suite \u00bb nous explique Trajal Harell, racontant son exp\u00e9dition aux Galeries Lafayette Homme Paris, traduit dans un fran\u00e7ais \u00ab par dessus la jambe \u00bb et sans grande attention par Francois Chaignaud). Apr\u00e8s les prestations on assiste souvent \u00e0 un \u00ab hug \u00bb \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine, une accolade remplie d\u2019\u00e9motion, pour encourager, f\u00e9liciter, soutenir au sein de la communaut\u00e9 (\u00e0 noter qu\u2019en espagnol, \u00ab mimosa \u00bb d\u00e9signe celui qui aime \u00eatre c\u00e2liner, cajoler).<br \/>\nOn assiste donc \u00e0 un encha\u00eenement de solos, sous l\u2019\u0153il complice ou moqueur des autres interpr\u00e8tes pr\u00e9parant leur tour (maquillage, costume) parmi le public. On pourrait donc se croire dans un ball room de Harlem (la qualit\u00e9 moyenne du son des morceaux diffus\u00e9s semble travailler dans ce sens \u00e9galement), si seulement nous pouvions nous aussi naviguer dans la salle, y boire un verre avec nos amis, r\u00e9agir et interpeller les concurrents depuis la salle pour les encourager, voire m\u00eame participer. On comprend bien l\u00e0 qu\u2019il ne s\u2019agit pas du propos des auteurs de (M)IMOSA, mais alors \u00e0 rester assis sur son si\u00e8ge voir les num\u00e9ros d\u00e9filer, on tend parfois \u00e0 s\u2019ennuyer. Le rythme dans lequel fini par s\u2019installer le spectacle manque de contre temps, et les transitions souvent al\u00e9atoires entre les s\u00e9quences manquent de densit\u00e9, de r\u00e9flexion sur leur place et leur temporalit\u00e9 propre.<br \/>\n(M)IMOSA montre les corps que certains des plateaux de danse contemporaine rejettent, connot\u00e9s comme de mauvais go\u00fbt ou de culture trop pop. Ainsi on assiste \u00e0 une contorsion monstrueuse dans un zenta\u00ef[1] chair sous lequel on distingue des dents de vampire et un faux sexe en \u00e9rection, ou encore \u00e0 une f\u00eate techno\/dance des ann\u00e9es 90, couleurs fluos et lumi\u00e8re noire, qui se finira en bad trip sur fond de violons grin\u00e7ants.<br \/>\nCependant on peut reprocher au groupe d\u2019interpr\u00e8tes de creuser un peu trop le m\u00eame sillon en livrant leur corps \u00ab \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience du d\u00e9passement, de la transformation, du travestissement, de la r\u00e9sistance et de l\u2019assujettissement \u00bb. Le risque serait que ces axes ne deviennent une marque de fabrique, et cela malgr\u00e9 la rigueur de leur travail, l\u2019authenticit\u00e9 de leur recherche et le \u00ab jamais vu \u00bb des images qu\u2019ils composent.<br \/>\n[1] Un zenta\u00ef est une combinaison recouvrant le corps dans son int\u00e9gralit\u00e9. Il utilis\u00e9 dans le bunraku pour dissimuler les marionnettistes manipulateurs mais est plus connu comme pratique culte des f\u00e9tichistes du v\u00eatement.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>14 juillet, 21H15. Nous embraquons \u00e0 bord de la navette direction l\u2019auditorium du Grand Avignon-le-Pontet. Le long du trajet, comme pour pallier au feu d\u2019artifice que nous ne verrons pas ce soir, le ciel se teinte de bleu et de rose, et le lev\u00e9 de lune nous \u00e9meut dans une contemplation commune. 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