


{"id":754,"date":"2011-07-16T19:37:00","date_gmt":"2011-07-16T17:37:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=754"},"modified":"2011-07-16T19:37:00","modified_gmt":"2011-07-16T17:37:00","slug":"yahia-yaich-amnesia","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/yahia-yaich-amnesia\/","title":{"rendered":"Yahia Ya\u00efch &#8211; Amn\u00e9sia"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>C \u2018est en Avril 2010, \u00e0 Tunis qu\u2019Amn\u00e9sia a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e. C\u2019est en juillet 2011, \u00e0 Avignon que ce spectacle nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 \u00e0 voir. Entre ces deux dates, un peu plus d\u2019un an et surtout une r\u00e9volution en Tunisie qui a abouti \u00e0 la destitution du \u00ab pr\u00e9sident \u00bb Ben Ali. Ce g\u00e9n\u00e9ral, alors premier ministre de Habib Bourguiba prend le pouvoir en novembre 1987. Habib Bourguiba est d\u00e9clar\u00e9 par un coll\u00e8ge de m\u00e9decins inapte \u00e0 la fonction de pr\u00e9sident en raison de son incapacit\u00e9 mentale. \u00ab Sept m\u00e9decins dont deux militaires sont convoqu\u00e9s en pleine nuit, non pas au chevet du malade Bourguiba, mais au minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur. Parmi eux se trouve l\u2019actuel m\u00e9decin du pr\u00e9sident, le cardiologue et g\u00e9n\u00e9ral Mohamed Gueddiche. Ben Ali somme les repr\u00e9sentants de la facult\u00e9 d\u2019\u00e9tablir un avis m\u00e9dical d\u2019incapacit\u00e9 du pr\u00e9sident. \u00ab Je n\u2019ai pas vu Bourguiba depuis deux ans \u00bb proteste un des m\u00e9decins. \u00ab Cela ne fait rien ! Signe ! \u00bb tranche le g\u00e9n\u00e9ral Ben Ali. \u00bb1. Amn\u00e9sia est le second volet d\u2019une trilogie voulu par Jalila Baccar et Fadhel Jaibi, comme une interrogation sur l\u2019histoire tunisienne. La premi\u00e8re pi\u00e8ce : \u00ab Corps otages \u00bb parcourais la Tunisie sur cinquante ans de 1956 \u00e0 2006. Fadhel Ja\u00efbi pr\u00e9cise qu\u2019un \u00ab pays sans m\u00e9moire est un pays qui ne sait jamais o\u00f9 il va \u00bb. Yahia Ya\u00efch \u2013 Amn\u00e9sia donne le ton de cette volont\u00e9 de m\u00e9moire en racontant la destitution du pr\u00e9sident Ya\u00efch prisonnier d\u2019un pouvoir politique l\u00e9gitim\u00e9 le pouvoir m\u00e9dical. Pr\u00e9sident imagin\u00e9 comme Chaplin imagine son dictateur, c\u2019est \u00e0 dire inscrite dans l\u2019Histoire.<\/strong> <\/em><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-3573 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/amnesia_AV2011-1.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" \/>\u00c0 l\u2019arriv\u00e9e salle de Monfavet, c\u2019est l\u2019histoire aussi qui nous accueille avec ses banderoles et ses tracs. Militants convaincus que l\u2019histoire se transforme au fil des manifestations. Ils d\u00e9noncent les d\u00e9cisions politiques qui font des travailleurs immigr\u00e9s et sans papiers des parias, des \u00ab sous hommes \u00bb. Cette politique de l\u2019immigration est pr\u00e9texte \u00e0 une politique s\u00e9curitaire et liberticide comme l\u2019indique le trac. \u00c0 l\u2019entr\u00e9e dans la salle, nous apercevons au dernier rang, les acteurs et actrices nous accueillent en haut des gradins. Nous sommes install\u00e9s, le silence se fait, intense. Les acteurs et actrices se l\u00e8vent et descendent les escaliers pour rejoindre la sc\u00e8ne. Ce commencement navigue entre une pr\u00e9sentation sympathique de l\u2019\u00e9quipe de cr\u00e9ation et une surveillance pr\u00e9cise de chacun des spectateurs. Ce seuil entre la salle et la sc\u00e8ne, ce passage trouble o\u00f9 le th\u00e9\u00e2tre commence. C\u2019est un d\u00e9but simple et souriant mais qui cr\u00e9e une ligne de tension, une crainte et une attente sur ce qui va advenir. Nous assistons \u00e0 un prologue \u00e9nigmatique, o\u00f9 les corps s\u2019alignent face \u00e0 nous puis face au plateau. Plateau vide de d\u00e9cors, de simples lignes blanches d\u00e9coupent au sol l\u2019espace. Comme un rituel, les com\u00e9diens vont chercher des chaises de jardins blanches, les installent, prennent places. Ils miment l\u2019endormissement. Dans une esth\u00e9tique assez d\u00e9monstrative, on peut imaginer dans cette succession de plong\u00e9e dans le sommeil, les cauchemars ou les stigmates de l\u2019histoire surgissant au moment du l\u00e2ch\u00e9 prise de la conscience. Les acteurs endormis ex\u00e9cutent des gestes saccad\u00e9s dans un somnambulisme qui dit l\u2019impact de l\u2019histoire et de ses affres. C\u2019est accompagn\u00e9 par un cliquetis inqui\u00e9tant qui rythme et qui \u00e9gr\u00e8ne le temps. Ces premi\u00e8res vingt minutes de spectacle ont excluent la parole, les mots au profit d\u2019une \u00e9criture chor\u00e9graphi\u00e9e proche parfois du mime. Les premiers mots : \u00ab quelle heure est-il ? \u00bb accompagnent une f\u00eate, un anniversaire. Celui d\u2019un dirigeant qui se pr\u00e9pare \u00e0 faire une interview \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. C\u2019est cette t\u00e9l\u00e9vision qui annonce sa destitution. Les amis pr\u00e9sents, proches du pouvoir vont alors prendre leurs distances vis \u00e0 vis du chef d\u00e9chu.<br \/>\nSe succ\u00e9dera alors, des s\u00e9quences autour de ce tyran d\u00e9mis, de sa mise en r\u00e9sidence surveill\u00e9e \u00e0 son internement. Ces sc\u00e8nes successives tout en suivant un fil narratif, utilisent l\u2019ellipse et racontent comment un despote se retrouve englu\u00e9 dans le syst\u00e8me qu\u2019il a lui m\u00eame mis en place. Ce n\u2019est finalement qu\u2019une r\u00e9volution pour celui qui a perdu son tr\u00f4ne. Il est confront\u00e9 alors \u00e0 l\u2019arbitraire, aux pouvoirs de tous ordre : militaire, m\u00e9dical\u2026 Pour les autres lib\u00e9r\u00e9s du joug de l\u2019oppresseur viens le temps des reproches, des accusations. Toutes ces s\u00e9quences dans une esth\u00e9tique d\u00e9pouill\u00e9e font \u00e9cho au th\u00e9\u00e2tre didactique et politique de Bertolt Brecht. Dans un th\u00e9\u00e2tre contemporain qui \u00e0 tendance \u00e0 utiliser les artifices, la vid\u00e9o, Jalila Baccar et Fadhel Ja\u00efbi mettent au centre de leur travail le jeu et le collectif d\u2019acteur. En m\u00eame temps qu\u2019ils veulent un th\u00e9\u00e2tre politique et populaire, ce collectif et ce focus fait autour d\u2019une parole participent de cette affirmation et de cette volont\u00e9.<br \/>\nDans ce spectacle, les enjeux autour du pouvoir sont omnipr\u00e9sents mais ne v\u00e9hiculent pas une id\u00e9e manich\u00e9enne. Au contraire, ils troublent et nous renvoie \u00e0 nos propres convictions. Ils mettent en perspective un pouvoir qui s\u2019\u00e9tiole avec le rapport qu\u2019on entretient avec ce pouvoir. Une d\u00e9testation et une m\u00e9fiance vis \u00e0 vis des dirigeants qui rencontrent la fascination que les politiques exercent. Dans cette pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, le propos est ambig\u00fce, ambivalent. Il nous faut d\u00e9chiffrer ce travail au regard des conditions dans lesquels il a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9. Soumis \u00e0 la commission de censure du pouvoir de Ben Ali qui a exig\u00e9 des modifications. Ils en ont accept\u00e9 des minimes avec la conviction que le c\u0153ur du spectacle serait entendu. Ainsi, apr\u00e8s la \u00ab r\u00e9volution pour la dignit\u00e9 \u00bb, on regarde ce travail en imaginant que le th\u00e9\u00e2tre v\u00e9hicule des id\u00e9es qui peuvent changer le monde. Id\u00e9e romantique qui a envie de croire \u00e0 l\u2019utopie.<br \/>\n1- Notre ami Ben Ali, de Nicolas Beau et Jean-Pierre Tuquoi<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C \u2018est en Avril 2010, \u00e0 Tunis qu\u2019Amn\u00e9sia a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e. C\u2019est en juillet 2011, \u00e0 Avignon que ce spectacle nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 \u00e0 voir. Entre ces deux dates, un peu plus d\u2019un an et surtout une r\u00e9volution en Tunisie qui a abouti \u00e0 la destitution du \u00ab pr\u00e9sident \u00bb Ben Ali. Ce g\u00e9n\u00e9ral, alors premier ministre de Habib Bourguiba prend le pouvoir en novembre 1987. Habib Bourguiba est d\u00e9clar\u00e9 par un coll\u00e8ge de m\u00e9decins inapte \u00e0 la fonction<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":3572,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-754","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/754","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3572"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=754"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=754"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}