


{"id":758,"date":"2011-07-15T19:41:00","date_gmt":"2011-07-15T17:41:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=758"},"modified":"2011-07-15T19:41:00","modified_gmt":"2011-07-15T17:41:00","slug":"printemps-coupez-le-telephone","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/printemps-coupez-le-telephone\/","title":{"rendered":"Printemps , Coupez le t\u00e9l\u00e9phone."},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p><strong> <em>Un peu moins d\u2019une heure, c\u2019est le temps que dure \u2026 Du Printemps mis en sc\u00e8ne par Thierry Thie\u00fb Niang. Ou l\u2019histoire d\u2019un livret Le Sacre du printemps d\u2019Igor Stravinski qui fit scandale en son temps, et qui propos\u00e9 au Gymnase Saint Joseph, dans le cadre du 65\u00e8me festival d\u2019Avignon, remporte les suffrages de la salle. Retour sur l\u2019applaudim\u00e8tre\u2026<\/em> <\/strong><br \/>\n<em>\u00ab Le massacre du printemps \u00bb<\/em><br \/>\nC\u2019est en partie sous ce titre que furent accueillis Serge Diaghilev et Vaslav Nijinski lorsqu\u2019ils pr\u00e9sent\u00e8rent Le Sacre du Printemps, le 29 mai 1913, au Th\u00e9\u00e2tre des Champs-Elys\u00e9es. Nouveau th\u00e9\u00e2tre des fr\u00e8res Perret, inaugur\u00e9 quelques jours plut\u00f4t par Claude Debussy (lequel avait connu les m\u00eames m\u00e9saventures, le 22 mai 1911, au Ch\u00e2telet, avec son Martyr de Saint S\u00e9bastien \u00e0 cause de la figure androgyne du S\u00e9bastien jou\u00e9 par Ida Rubinstein. C\u2019\u00e9tait aussi avec Les ballets russes de Diaghilev). Ce 29 mai 1913, dans un monde artistique en pleines mutations qui remet en cause l\u2019art figuratif, se nourrit des arts africains, et rompt avec le mim\u00e9tisme, les r\u00e8gles de composition des \u0153uvres ainsi que la finalit\u00e9 de l\u2019art. Au parterre, la critique et le public consid\u00e9ront qu\u2019il y a l\u00e0 un scandale, quand d\u2019autres, comme Jean Cocteau, se range \u00e0 ces formes novatrices.<br \/>\nPierre Laloy raconte cette nouvelle bataille d\u2019Hernani : \u00ab J&rsquo;\u00e9tais plac\u00e9 au-dessous d&rsquo;une loge remplie d&rsquo;\u00e9l\u00e9gantes et charmantes personnes de qui les remarques plaisantes, les joyeux caquetages, les traits d&rsquo;esprit lanc\u00e9s \u00e0 voix haute et pointue, enfin les rires aigus et convulsifs formaient un tapage comparable \u00e0 celui dont on est assourdi quand on entre dans une oisellerie. (\u2026) Mais j&rsquo;avais \u00e0 ma gauche un groupe d&rsquo;esth\u00e8tes dans l&rsquo;\u00e2me desquels Le Sacre du printemps suscitait un enthousiasme fr\u00e9n\u00e9tique, une sorte de d\u00e9lire jaculatoire et qui ripostaient incessamment aux occupants de la loge par des interjections admiratives, par des \u00ab\u00a0bravos\u00a0\u00bb furibonds et par le feu roulant de leurs battements de mains ; l&rsquo;un d&rsquo;eux, pourvu d&rsquo;une voix pareille \u00e0 celle d&rsquo;un cheval, hennissait de temps en temps, sans d&rsquo;ailleurs s&rsquo;adresser \u00e0 personne, un \u00ab\u00a0\u00c0 la po-o-orte !\u00a0\u00bb dont les vibrations d\u00e9chirantes se prolongeaient par toute la salle. \u00bb Ces \u00ab esth\u00e8tes \u00bb glapissants composent une sorte de claque, engag\u00e9e par Diaghilev pour soutenir la cr\u00e9ation contre d&rsquo;\u00e9ventuels opposants. Et Adolphe Boschot d\u2019ironiser de plus belle dans L\u2019Echo de Paris sur \u00ab bonnets pointus et les peignoirs de bain \u00bb dont sont affubl\u00e9s les danseurs \u00ab qui r\u00e9p\u00e8tent cent fois de suite le m\u00eame geste : ils pi\u00e9tinent sur place, ils pi\u00e9tinent, ils pi\u00e9tinent et ils pi\u00e9tinent\u2026 Couic : ils se cassent en deux et se saluent. Et ils pi\u00e9tinent, ils pi\u00e9tinent, ils pi\u00e9tinent\u2026 Couic\u2026 \u00bb et regrette cette \u00ab pose tortionnaire \u00bb et un \u00ab unanime torticolis \u00bb.<br \/>\nClivage inattendu et impr\u00e9visible qu\u2019Igor Stravinski n\u2019avait sans doute pas imagin\u00e9 quand, en 1910, alors qu\u2019il travaille encore \u00e0 son Oiseau de feu, lui vient le motif de ce chef-d\u2019\u0153uvre qu\u2019il \u00e9voque dans ses Chroniques : \u00ab J\u2019entrevis dans mon imagination le spectacle d\u2019un grand rituel sacral pa\u00efen : les vieux sages, assis en cercle, en observant la danse \u00e0 la mort d\u2019une jeune fille, qu\u2019ils sacrifient pour leur rendre propice le dieu du printemps \u00bb.<br \/>\nAu fait, le scandale tenait \u00e0 la musique qui s\u2019\u00e9mancipait des harmonies connues et reconnues.Cette libert\u00e9 qui fit que le champ musical, et bient\u00f4t ce que l\u2019on appellerait \u00ab l\u2019oc\u00e9an des sons \u00bb, n\u2019\u00e9tait plus seulement un compl\u00e9ment qui venait soutenir la fable, mais qu\u2019elle gagnait un nouvel \u00e9tat en devenant un suppl\u00e9ment. Elle ajoutait plut\u00f4t qu\u2019elle ne r\u00e9p\u00e9tait. Quant aux codes chor\u00e9graphiques, comme pour Hernani, ce fut une question de pied. Imaginez que les danseurs, (sacril\u00e8ge !), adopt\u00e8rent \u00e0 plusieurs reprises \u00ab les pieds en dedans \u00bb. Contrairement \u00e0 l\u2019en-dehors acad\u00e9mique\u2026<br \/>\nDu Printemps : le bond, la marche\u2026<br \/>\nDe celui de B\u00e9jart, de celui de Pina Bausch\u2026 de celui d\u2019Angelin Preljocaj, en 2001, qui au tableau final, met \u00e0 nu, dans une sc\u00e8ne violente (mi tentative de viol, mi bagarre), Nagisa Shirai, jeune \u00e0 la superbe nudit\u00e9, au corps nerveux au prise avec la vie qu\u2019on veut lui enlever\u2026 Magnifique, hypnotique, ce mouvement o\u00f9 un corps ferme, beau, \u00e9pargn\u00e9 par les amas graisseux que cumulent les ann\u00e9es, les rides qui creusent les travers du sujet, la grisaille et la corrosion : la rouille\u2026 contre la mort, se d\u00e9bat.<br \/>\nLe d\u00e9bat pourrait s\u2019engager \u00e0 cet endroit, non sur la beaut\u00e9 du corps, mais sa vitalit\u00e9, sa vivacit\u00e9. Le corps, cette extraordinaire machine plastique ob\u00e9issant \u00e0 un esprit qui commande le mouvement. Le d\u00e9bat, s\u2019il devait avoir lieu, pourrait commencer \u00e0 cet endroit. L\u00e0 o\u00f9 la danse appelle la pens\u00e9e de Val\u00e9ry dans la Parabole \u00ab l\u2019\u00e2me et la danse \u00bb lorsqu\u2019il \u00e9crit : \u00ab Le bon de la danseuse, qui entre dans l\u2019exception et qui p\u00e9n\u00e8tre dans ce qui n\u2019est pas possible, repr\u00e9sente la cr\u00e9ation, n\u00e9e de son \u00e9coute de la musique que traduit le mouvement de ses pieds, en raison de la relation particuli\u00e8re qui unit son oreille et sa cheville. Un sens abstrait puisqu\u2019il ne donne rien \u00e0 voir ni \u00e0 toucher \u00bb. Ou, et plus pr\u00e8s de Diaghilev et de Nijinski (qui a invent\u00e9 le \u00ab bond \u00bb) que Claudel d\u00e9crit comme la \u00ab la victoire de la respiration sur le poids \u00bb. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, en guise d\u2019argument et de contrepoint, on pourrait citer les principes dont Merce Cunningham dit qu\u2019ils sont le fondement de la danse. Et rappeler que le premier principe est la marche.<br \/>\nDe la vingtaine d\u2019interpr\u00e8tes de 60 \u00e0 quatre-vingt-sept ans qui sont sur le plateau et donnent \u2026Du Printemps, on est en droit d\u2019admirer la performance physique qui repose sur un travail d\u2019une heure o\u00f9 le corps, \u00e2g\u00e9, livre une \u00e9nergie tant physique qu\u2019organique. On est en droit, m\u00eame de s\u2019interroger d\u2019interroger le mouvement r\u00e9p\u00e9titif de bras lev\u00e9s, de courses plus ou moins longues, de nudit\u00e9 partielle\u2026 et se dire que Du Printemps est une adaptation libre qui ne s\u2019adapte pas \u00e0 l\u2019\u00e2ge des interpr\u00e8tes, mais qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une lecture du Sacre du Printemps. On est en droit de poser un regard diff\u00e9rent sur la discipline de ce groupe qui, tr\u00e8s professionnellement donne le meilleur comme n\u2019importe quel acteur \u00e0 l\u2019exercice dans son m\u00e9tier.<br \/>\nEt saluer ce challenge pour ce qu\u2019il proposait de mettre en avant : l\u2019\u00e9tude d\u2019un groupe ethnique repr\u00e9sentatif d\u2019un \u00e9tat de la vie qui fuit la mort et n\u2019en reste pas moins habit\u00e9 par le d\u00e9sir de vie. Applaudir ce groupe, d\u2019une certaine mani\u00e8re, c\u2019\u00e9tait ainsi contempler, dans un rapport d\u2019identit\u00e9, ce qui est pr\u00e9visible, attendu, gagne du terrain\u2026 Ou un art de vieillir plus lentement peut-\u00eatre, un art d\u2019entretenir un souvenir.<br \/>\nEt pour autant que ces lignes para\u00eetront peut-\u00eatre dures, c\u2019est bien \u00e0 cette image obs\u00e9dante que renvoyait la circularit\u00e9 du mouvement (\u00e0 l\u2019envers des aiguilles d\u2019une montre) engag\u00e9 dans un compte \u00e0 rebours dont la marche du temps se fout \u00e9perdument. Et la dislocation du groupe, pour n\u2019en laisser qu\u2019un seul au terme de cette danse macabre, dit bien que l\u2019on \u00ab finit seul \u00bb. P\u00e9riphrase polie pour dire la mort. Et renvoie moins au dernier tableau du Sacre du Printemps : l\u2019\u00e9lue.<br \/>\nAu sol, les perruques qui servaient \u00e0 maquiller l\u2019\u00e2ge, les fringues qui dissimulaient les corps \u00e9prouv\u00e9s, ou la nudit\u00e9 partielle qui fait appara\u00eetre l\u2019histoire du corps\u2026 comme aussi la pauvret\u00e9 d\u2019un mouvement chor\u00e9graphique li\u00e9 \u00e0 la disparition de la souplesse, \u00e0 l\u2019appauvrissement de l\u2019\u00e9nergie musculaire, ou la r\u00e9p\u00e9tition des courses et des marches\u2026 racontent et montrent moins la vie qui demeure, que les limites de cette vie prise dans l\u2019\u00e9tau de l\u2019\u00e2ge.<br \/>\nLes applaudissements seront nourris. La standing ovation est au rendez-vous. M\u2019\u00e9loignant du Gymnase du lyc\u00e9e Saint Joseph, je songe \u00e0 Minetti jouant son r\u00f4le dans la pi\u00e8ce de Thomas Bernhardt. Je me souviens du Chant Fun\u00e8bre d\u2019Auden : \u00ab arr\u00eatez les horloges, coupez le t\u00e9l\u00e9phone\/Jetez un os juteux au chien pour qu\u2019il cesse d\u2019aboyer\/ Faites taire les pianos et avec un tambour \u00e9touff\u00e9\/ Sortez le cercueil, faites entrer les pleureuses \u00bb\u2026 Je me souviens qu\u2019\u00e0 l\u2019or\u00e9e de sa vie, l\u2019acteur (parce que c\u2019\u00e9tait son m\u00e9tier) \u00e9tait plein d\u2019une force irradiante. Je songe encore \u00e0 Susuki Hanayagi, dont Bob Wilson s\u2019est entour\u00e9 et qui lui rendait hommage dans Kool. Et cette phrase qu\u2019elle lui dit, attach\u00e9e \u00e0 son fauteuil roulant, rong\u00e9e par Alzheimer, les doigts dans le vide : \u00ab But I am dancing in my mind \u00bb : \u00ab Mais je danse dans mon esprit \u00bb\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un peu moins d\u2019une heure, c\u2019est le temps que dure \u2026 Du Printemps mis en sc\u00e8ne par Thierry Thie\u00fb Niang. 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Retour sur l\u2019applaudim\u00e8tre\u2026 \u00ab Le massacre du printemps \u00bb C\u2019est en partie sous ce titre que furent accueillis Serge Diaghilev et Vaslav Nijinski lorsqu\u2019ils<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-758","article","type-article","status-publish","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/758","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=758"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=758"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}