


{"id":759,"date":"2011-07-15T19:43:00","date_gmt":"2011-07-15T17:43:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=759"},"modified":"2011-07-15T19:43:00","modified_gmt":"2011-07-15T17:43:00","slug":"life-and-times-vous-regarde","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/life-and-times-vous-regarde\/","title":{"rendered":"Life and Times vous regarde"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n<em> <strong>\u00ab Life and Times \u00bb est le projet ambitieux de Pavol Liska et Kelly Copper. Deux jeunes new yorkais qui font le pari fou de raconter l\u2019enti\u00e8re et absolument banale vie de Kristin Worrall, une am\u00e9ricaine de 34 ans. Enregistrements t\u00e9l\u00e9phoniques \u00e0 l\u2019appui, le couple de metteur en sc\u00e8ne a divis\u00e9 le r\u00e9cit en dix \u00e9pisodes. Au cours du 1er opus, d\u2019une dur\u00e9e de 3h30, le r\u00e9cit brosse les huit premi\u00e8res ann\u00e9es de la jeune femme. La petite enfance est racont\u00e9e en musique, en chant et en danse par la troupe du Nature Theater of Oklaoma et renvoie la salle \u00e0 ses propres souvenirs\u2026 Une exp\u00e9rience sur la longueur pour \u00e9prouver l\u2019ennui ou purger ses passions\u2026 En ce 13 juillet au Clo\u00eetre des C\u00e9lestins, le public est partag\u00e9. A la sortie, ceux qui avaient pris leur billet pour aller voir le deuxi\u00e8me \u00e9pisode programm\u00e9 \u00e0 minuit h\u00e9sitent&#8230; Beaucoup s\u2019abstiendront.<\/strong> <\/em><br \/>\nLe dispositif de distanciation, avant tout<br \/>\n\u00ab Si nous nous inscrivons dans une tradition, ce n\u2019est pas celle de la com\u00e9die musicale \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine. Les racines de notre travail sont beaucoup plus anciennes et vont chercher du c\u00f4t\u00e9 des m\u00e9nestrels, des troubadours et du vaudeville. \u00bb[1] pr\u00e9cise Kelly Copper. Effectivement Life and Times 1 n\u2019est pas une com\u00e9die musicale. Si le spectacle emprunte certains codes du genre, il s\u2019en \u00e9carte en bien des points. Il n\u2019est, notamment pas construit sur le principe de l\u2019alternance entre sc\u00e8nes dialogu\u00e9es et sc\u00e8nes musicales (chant\u00e9es et dans\u00e9es). Le travail des New-Yorkais fait dispara\u00eetre la langue parl\u00e9e au profit de la seule langue chant\u00e9e. La proposition de Kelly Copper et de Pavol Liska est radicale en ce qu\u2019elle fait des com\u00e9diens-chanteurs-danseurs-musiciens un v\u00e9ritable dispositif. Ceux-ci sont les parties int\u00e9grantes d\u2019une m\u00e9canique. Ils forment une machine huil\u00e9e, articul\u00e9e, ficel\u00e9e dans le but de livrer du r\u00e9cit. A ce titre, leurs placements et leurs d\u00e9placements sont pr\u00e9cis et r\u00e9p\u00e9titifs, sans v\u00e9ritable \u00e9cart.<br \/>\nDans la cour des C\u00e9lestins, ceux qui chantent et dansent \u00e9voluent sur une sc\u00e8ne d\u2019environ un m\u00e8tre cinquante de haut, un rectangle de taille moyenne avec des escaliers de chaque c\u00f4t\u00e9. En m\u00eame temps qu\u2019ils chantent, les six interpr\u00e8tes effectuent des mouvements simples, des combinaisons qu\u2019ils r\u00e9it\u00e8rent r\u00e9guli\u00e8rement. Le motif chor\u00e9graphique de base est une l\u00e9g\u00e8re flexion des genoux, un vif sautillement ex\u00e9cut\u00e9 en continu qui semble appuyer la scansion. Ce motif est agr\u00e9ment\u00e9 de mouvements de bras, de demi-tours, de claquement de cuisses, des mouvements de l\u2019ordre de la gestuelle rectiligne et enfantine. Ceux qui jouent de la musique sont r\u00e9partis au pied de la sc\u00e8ne, sur toute sa longueur, assis, tournant le dos au public. La partition musicale est \u00e9crite pour une base instrumentale constitu\u00e9e d\u2019un piano\/clavier, d\u2019un xylophone, d\u2019une fl\u00fbte traversi\u00e8re et d\u2019un ukul\u00e9l\u00e9. S\u2019ajoute \u00e0 ces instruments, selon les parties et les ambiances majeures ou mineures un tambourin, un m\u00e9lodica, une clarinette et une basse \u00e9lectrique.<br \/>\nL\u2019ex\u00e9cution du r\u00e9cit chant\u00e9-jou\u00e9-dans\u00e9 progresse ainsi en mode automatique. De nombreuses nuances destin\u00e9es \u00e0 apporter du relief sont ins\u00e9r\u00e9es \u2013 cassures rythmiques, entr\u00e9es et sorties de com\u00e9diens modifiant les combinaisons, silences, costumes, accessoires \u2013 mais ne cr\u00e9ent aucune variation fondamentale dans le d\u00e9roul\u00e9 global du spectacle. Au milieu des musiciens une accessoiriste sort de temps \u00e0 autre des cartes qu\u2019elle dirige vers la sc\u00e8ne (chaque com\u00e9dien dispose de quatre cartes qui correspondent chacune \u00e0 quatre combinaisons chor\u00e9graphiques possibles). Ces cartes sont destin\u00e9es \u00e0 modifier au dernier moment la gestuelle du com\u00e9dien concern\u00e9. Un principe al\u00e9atoire qui rendrait chaque repr\u00e9sentation unique. Sauf que le changement et la d\u00e9stabilisation produits sur l\u2019acteur ne sont en rien perceptibles pour le spectateur. La chose n\u2019a donc aucune valeur et entretient tout autant le syst\u00e8me.<br \/>\nLe dispositif mis en place par la troupe du Nature Theater of Oklahoma est un dispositif de distanciation visant \u00e0 neutraliser l\u2019\u00e9motion et \u00e0 \u00e9viter toute interpr\u00e9tation psychologique de la vie de Kristin Worrall. Le chant et la danse perdent la fonction lyrique et expressive qu\u2019ils occupent dans la com\u00e9die musicale. Ils ne sont plus l\u00e0 pour r\u00e9v\u00e9ler le sentiment ou le trouble d\u2019un personnage mais bien pour soutenir l\u2019\u00e9nergie que les interpr\u00e8tes doivent investir dans la performance. S\u2019ils distillent jovialit\u00e9 et fra\u00eecheur, ils maintiennent la tension avec la salle.<br \/>\nLe mat\u00e9riau biographique surtout<br \/>\nOn peut : demander \u00e0 quelqu\u2019un de raconter sa vie dans l\u2019objectif d\u2019\u00e9crire un livre ; la mati\u00e8re sera alors r\u00e9organis\u00e9e, r\u00e9\u00e9crite, th\u00e9matis\u00e9e, chapitr\u00e9e, conceptualis\u00e9e. On peut aussi : demander \u00e0 quelqu\u2019un de raconter sa vie dans le but de mieux le conna\u00eetre ; la mati\u00e8re sera probablement le terrain d\u2019une discussion, d\u2019un \u00e9change, de rebondissements de part et d\u2019autre, d\u2019alternances entre grandes lignes et anecdotes. On peut m\u00eame : demander \u00e0 quelqu\u2019un de raconter sa vie dans le but de lui faire dire la v\u00e9rit\u00e9 ; la mati\u00e8re devient alors factuelle, de l\u2019ordre de la reconstitution minutieuse.<br \/>\nPavol Liska, lui, a demand\u00e9 \u00e0 Kristin Worrall, 34 ans, de lui raconter sa vie dans le but d\u2019en faire une \u0153uvre de spectacle vivant : la mati\u00e8re biographique a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e de mani\u00e8re brute. Sans coupe. Sans transformation. Sans correction. Au final, 16h de conversations t\u00e9l\u00e9phoniques qui brossent une vie depuis la naissance jusqu\u2019au jour du dernier entretien. Life and Times, premier opus, traite de l\u2019enfance et raconte les huit premi\u00e8res ann\u00e9es v\u00e9cues par la jeune femme. La narration fonctionne par associations d\u2019id\u00e9es selon une logique digressive, elliptique, ne respectant pas n\u00e9cessairement l\u2019ordre chronologique des \u00e9v\u00e8nements. Kristin Worrall fait constamment des bonds en avant et des retours en arri\u00e8re. Ses h\u00e9sitations, ses b\u00e9gaiements, ses \u00ab hum \u00bb, ses silences ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s dans la partition et sont retranscrits par les acteurs. Gard\u00e9 dans son enti\u00e8ret\u00e9, le r\u00e9cit consiste ainsi en une avalanche de d\u00e9tails et d\u2019anecdotes parfois insignifiants qui rendent compte des capacit\u00e9s de la m\u00e9moire ainsi que de ses failles. Ce travail de r\u00e9miniscence rappelle \u00e0 certains \u00e9gards l\u2019entretien psychanalytique ou psychoth\u00e9rapeutique dans lequel l\u2019individu renoue avec son pass\u00e9. L\u2019exposition, si priv\u00e9e soit elle de la vie de Kristin Worrall, entre en r\u00e9sonnance avec l\u2019intimit\u00e9 de chaque spectateur. \u00ab Je suis frapp\u00e9e par l\u2019universalit\u00e9 des souvenirs, comme si ceux-ci traversaient les fronti\u00e8res et \u00e9taient identiques d\u2019une personne \u00e0 l\u2019autre. \u00bb[2] remarque une spectatrice enthousiasm\u00e9e. Disons plus exactement que le r\u00e9cit, en retra\u00e7ant le rapport du sujet aux sph\u00e8res familiale, sociale, scolaire, et culturelle, fait \u00e9cho aux souvenirs de l\u2019individu occidental que nous sommes.<br \/>\nCons\u00e9quence. Le dispositif de distanciation utilis\u00e9 permet au spectateur de s\u2019absenter du spectacle par intermittence afin d\u2019investir le champ de sa propre m\u00e9moire. Le spectateur est invit\u00e9 \u00e0 reprendre contact avec son pass\u00e9, \u00e0 se questionner sur lui-m\u00eame et \u00e0 refaire une sorte de trajet int\u00e9rieur \u00e0 partir des pistes de r\u00e9flexion qui lui sont lanc\u00e9es. La tr\u00e8s longue dur\u00e9e  de la proposition permet d&rsquo;explorer cet aller-retour et oblige \u00e0 \u00e9prouver le temps. Toutefois, l\u2019exercice est loin de fonctionner avec tout le monde. Une fois l\u2019enjeu compris, le spectateur circonspect s\u2019\u00e9loigne du r\u00e9cit insignifiant (pour lui) de la vie de Kristin Worrall et n&rsquo;a pas, pour autant, envie de s\u2019\u00e9pancher sur la sienne\u2026 Il \u00e9prouve alors l\u2019ennui. Profond.<br \/>\nL&rsquo;impression que Life and Times 1 tente de proposer une exp\u00e9rience cathartique.<br \/>\n[1] Extrait de la rencontre qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e entre l\u2019\u00e9quipe artistique de Life and Times et le public, le jeudi 14 juillet \u00e0 l\u2019Ecole d\u2019Art d\u2019Avignon.<br \/>\n[2] Ibid.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212;- \u00ab Life and Times \u00bb est le projet ambitieux de Pavol Liska et Kelly Copper. Deux jeunes new yorkais qui font le pari fou de raconter l\u2019enti\u00e8re et absolument banale vie de Kristin Worrall, une am\u00e9ricaine de 34 ans. Enregistrements t\u00e9l\u00e9phoniques \u00e0 l\u2019appui, le couple de metteur en sc\u00e8ne a divis\u00e9 le r\u00e9cit en dix \u00e9pisodes. Au cours du 1er opus, d\u2019une dur\u00e9e de 3h30, le r\u00e9cit brosse les huit premi\u00e8res ann\u00e9es de la jeune femme. 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