


{"id":761,"date":"2011-07-14T19:48:00","date_gmt":"2011-07-14T17:48:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=761"},"modified":"2011-07-14T19:48:00","modified_gmt":"2011-07-14T17:48:00","slug":"les-gourdins-vilains-lubriques-et-pointus","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/les-gourdins-vilains-lubriques-et-pointus\/","title":{"rendered":"Les Gourdins : vilains, lubriques et pointus"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p><em> <strong>C\u2019est calme Avignon, un soir de mistral et de presque pluie. Les touristes du th\u00e9\u00e2tre ont presque disparu. Images de fin de juillet o\u00f9 tous auraient rang\u00e9 leurs costumes de festival : femme sandwich pour un \u00ab seule en sc\u00e8ne \u00bb \u00e9mouvant, joyeux drilles roses pour une spectacle en chanson hilarant, serveuses souriantes et exploit\u00e9s, spectateurs avides de com\u00e9die, de profondeur et d\u2019un bon resto apr\u00e8s. C\u2019est calme Avignon donc pour un 13 juillet. Mais il faut sans doute ce calme et ce presque vide pour qu\u2019apparaissent les invisibles, les rats qui fouillent les poubelles, les marginaux qui cherchent un abri pour la nuit et les lutins qui se terrent sous Avignon et qui r\u00e9cup\u00e8rent \u00e0 la surface les d\u00e9chets du th\u00e9\u00e2tre. Nous sommes nombreux dans ce Gymnase du Mistral pour voir cette famille de trolls dans \u00ab Oncle Gourdin \u00bb. Salle qui devient un refuge au vent qui la nomme et qui accueille la Compagnie du Zerep pour sa cr\u00e9ation. Zerep anacyclique du nom de la metteur en sc\u00e8ne. Un nom de compagnie qui dit que le th\u00e9\u00e2tre se renverse, se malaxe, se d\u00e9sosse.<\/strong> <\/em><br \/>\nDans la pr\u00e9c\u00e9dente cr\u00e9ation : \u00ab Deux masques et la plume \u00bb , les metteurs en sc\u00e8ne, Sophie P\u00e9rez et Xavier Boussiron, racontent qu\u2019ils l\u2019ont pens\u00e9e pour les acteurs qui les accompagnent depuis plus de dix ans et aussi pour que la \u00ab critique fasse bien son travail \u00bb1. Une d\u00e9fiance autant qu\u2019une provocation qui raconte l\u2019endroit du travail de la compagnie. Cet endroit b\u00e9n\u00e9fique qui \u00e9corche le th\u00e9\u00e2tre et son milieu. Le milieu et ses parrains auxquels on fait des r\u00e9v\u00e9rences. Ce milieu qu\u2019ils aiment et qu\u2019ils visent. La Cie Zerep propose du th\u00e9\u00e2tre comme on d\u00e9m\u00e9nage. Il n\u2019y a pas de hi\u00e9rarchie entre les formes, les genres. Tout est potentiellement d\u00e9pla\u00e7able et utilisable : le cabaret, les arts plastiques, le texte, le chant et la musique, les mythes, la gaudriole. S.Perez et X.Boussiron ont l\u2019air de s\u2019en foutre joyeusement mais sont alertes et consciencieux.<br \/>\nDans Oncle Gourdin, il sera question d\u2019une famille de lutins vivant sous le cloitre des c\u00e9lestins. La sc\u00e9nographie pr\u00e9sente le clo\u00eetre avec ses arches et ses deux arbres au dessus de la partie invisible et enterr\u00e9e pr\u00e9sentant les racines des platanes. C\u2019est r\u00e9aliste comme une \u00ab Majorette \u00bb ressemble \u00e0 son mod\u00e8le. Les metteurs en sc\u00e8ne d\u00e9crivant leurs proc\u00e9d\u00e9s de travail inscrivent d\u00e8s le d\u00e9part les acteurs dans une sc\u00e9nographie. C\u2019est le point fixe autour et avec lequel les acteurs peuvent improviser. Les acteurs sont affubl\u00e9s de masques de lutins et portent des costumes customis\u00e9s pour grossir leurs fesses, leurs ventres, leurs seins. \u00c0 la mani\u00e8re de bouffons Les lutins vivent l\u00e0, ils sont une communaut\u00e9 r\u00e9cup\u00e9rant les objets venant du th\u00e9\u00e2tre d\u2019en haut. Ils trouvent chaises, fauteuils, peluches, bassines, caisses, pinceaux, outils\u2026 Ces personnages vulgaires et hyperactifs s\u2019occupent de ces objets en les d\u00e9coupant \u00e0 la scie, les d\u00e9truisant \u00e0 la hache. C\u2019est une occupation anarchique, \u00e7a coupe, \u00e7a agence, \u00e7a installe un univers plastique mais l\u2019air de rien. Les acteurs d\u00e9sacralisent d\u2019une certaine mani\u00e8re l\u2019atelier d\u2019un plasticien. Ils disent le bordel du monde, jouent avec. Les Lutins repr\u00e9sentent le petit peuple. C\u2019est le bouffon sale, b\u00eate, vulgaire miroir et r\u00e9v\u00e9lateur du monde qui l\u2019entoure.<br \/>\nDans la suractivit\u00e9, leur d\u00e9bauche d\u2019\u00e9nergie, ces gnomes ne trouvent le sommeil qu\u2019\u00e0 travers la lecture de textes. Un des lutins commence \u00e0 lire Claudel et tour \u00e0 tour nos personnages sortis du moyen-\u00e2ge plongent dans les bras de Morph\u00e9e ou plut\u00f4t de Claudel. En effet le lutin lecteur commente chaque endormissement par un : \u00ab in bed with Claudel \u00bb2. Il est le dernier eveill\u00e9 mais tout en lisant il ne peut s\u2019emp\u00eacher de bailler et s\u2019endort lui aussi. Comme dans tous les contes, un grand danger guette cette meute. Le fant\u00f4me qui ne les laissera jamais tranquille. C\u2019est le spectre de Vilar qui les r\u00e9veille et les effraie. On entend la voix du fondateur du festival qui fait d\u00e9taler nos cinq amis. Mais dans ces diff\u00e9rents \u00e9pisodes, le th\u00e9\u00e2tre est au centre, c\u2019est Claudel, c\u2019est Vilar tout \u00e0 l\u2019heure ce sera Py et sa \u00ab lettre ouverte au acteur \u00bb sur laquelle ils s\u2019endormiront. Ces r\u00e9f\u00e9rences comme des r\u00e9v\u00e9lateurs leur donnerons l\u2019envie de s\u2019organiser. Une organisation sur la mission que chacun doit tenir dans ce groupe. D\u00e9but de mise en sc\u00e8ne, de distribution des r\u00f4les que chaque individu va occuper. L\u2019un prend en charge la po\u00e9sie tandis qu\u2019\u00e0 l\u2019autre on donne la responsabilit\u00e9 des trous du cul. \u00c7a navigue entre trivialit\u00e9 et contamination du voisinage th\u00e9\u00e2tral. Dans leurs lectures, ces lutins d\u00e9couvrent Pasolini. Alors que la lecture de Py et Claudel  avait un effet soporifique digne des meilleurs somnif\u00e8res. Pasolini appris par c\u0153ur et r\u00e9cit\u00e9 devient un d\u00e9clencheur de r\u00e9flexions et d\u2019envies de th\u00e9\u00e2tre. Trop tard pour faire marche arri\u00e8re, ils sont contamin\u00e9s. Ils r\u00e9p\u00e8tent, font tomber leur masque pour se reprendre sur la mani\u00e8re dont ils se placent, dont ils jouent. C\u2019est le th\u00e9\u00e2tre amateur qui est parodi\u00e9 mais vient le tour du th\u00e9\u00e2tre antique, du th\u00e9\u00e2tre et de la danse contemporaine. Ils nous jouent alors successivement et succinctement M\u00e9d\u00e9e, Oedipe et son complexe, une danse de saloon. La contamination du lieu et de l\u2019endroit les conduisent \u00e0 reprendre munis de gourdins la chor\u00e9graphie de Keersmaker \u00ab En atendant \u00bb jou\u00e9e l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re dans le Clo\u00eetre des C\u00e9lestins.<br \/>\nIls ne se refusent rien et c\u2019est le r\u00f4le des bouffons. Ces lutins ne s\u2019\u00e9pargnent pas eux m\u00eames. \u00ab Oncle Gourdin \u00bb est parodique et r\u00e9f\u00e9renc\u00e9. Ce spectacle nous ram\u00e8ne au th\u00e9\u00e2tre comme espace de jeu et de libert\u00e9. Un souffle libertaire et irr\u00e9v\u00e9rencieux qui m\u00ealent \u00e0 l\u2019impertinence un amour du th\u00e9\u00e2tre. C\u2019est dr\u00f4le mais comme le dit Sophie P\u00e9rez : \u00ab c\u2019est un rire qui vient du fond de la casserole \u00bb. Ce n\u2019est pas de l\u2019humour, ce sont des d\u00e9tournements qui disent la d\u00e9route mettant en sc\u00e8ne les travers imagin\u00e9s et r\u00e9els de la cr\u00e9ation. Ils utilisent la parodie, les bas instincts, la m\u00e9chancet\u00e9, le plaisir de jouer pour s\u2019en sortir, pour tenir face \u00e0 une d\u00e9pression \u00e0 l\u2019aff\u00fbt. Dans la construction de cette compagnie, Sophie Perez lan\u00e7ait en interview qu\u2019elle avait fait appel pour la premi\u00e8re cr\u00e9ation autour d\u2019une \u00ab\u00a0m\u00e9thode pour apprendre \u00e0 nager sans eau\u00a0\u00bb \u00e0 des com\u00e9diens contact\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ANPE spectacle. Ces acteurs qui, ajoute t\u2019elle, ne travaillaient plus trop. Des com\u00e9diens, des performeurs en marge qui jouent aujourd\u2019hui des personnages des bas-fond et qui cherchent \u00e0 se d\u00e9barrasser de ce qui les constitue. C\u2019est un manifeste joyeux contre l\u2019art dramatique, sa hi\u00e9rarchisation, ses codes et ses classifications. Au final, c\u2019est une tuerie de chacun des lutins qui advient. Chacun d\u2019entre eux apr\u00e8s avoir jou\u00e9, s\u2019\u00eatre produit et corrompu dans l\u2019art est retourn\u00e9 \u00e0 ses occupations vaines de bricolage, de baise, de bouinage. L\u2019actrice qui a d\u00e9couvert et r\u00e9cit\u00e9 Pasolini, assassine toute sa bande donnant \u00e0 l\u2019art une importance qui n\u2019est pas celle du passe-temps.<br \/>\n1- http:\/\/vimeo.com\/16301862<br \/>\n2 &#8211; rappelons que le titre de la premi\u00e8re pi\u00e8ce  de Claudel  est L&rsquo;endormie (1887) dont il fera une deuxi\u00e8me version en 1947 &#8211; date du premier festival d&rsquo;Avignon<br \/>\nhttp:\/\/vimeo.com\/16301862<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est calme Avignon, un soir de mistral et de presque pluie. Les touristes du th\u00e9\u00e2tre ont presque disparu. Images de fin de juillet o\u00f9 tous auraient rang\u00e9 leurs costumes de festival : femme sandwich pour un \u00ab seule en sc\u00e8ne \u00bb \u00e9mouvant, joyeux drilles roses pour une spectacle en chanson hilarant, serveuses souriantes et exploit\u00e9s, spectateurs avides de com\u00e9die, de profondeur et d\u2019un bon resto apr\u00e8s. 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