


{"id":766,"date":"2011-07-12T19:57:00","date_gmt":"2011-07-12T17:57:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=766"},"modified":"2011-07-12T19:57:00","modified_gmt":"2011-07-12T17:57:00","slug":"petite-mademoiselle-julie","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/petite-mademoiselle-julie\/","title":{"rendered":"Petite mademoiselle Julie"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p><em> <strong>A deux pas du Clo\u00eetre des C\u00e9lestins, au restaurant que l\u2019on a baptis\u00e9 Tartines pour ses tranches de pain aux anchois, huile d\u2019olive, oignons et tomates\u2026 Nadia Xerri-L arrive un peu \u00e0 la mani\u00e8re de tous les artistes qui occupent le In et le Off du 65\u00e8me Festival d\u2019Avignon. Un peu \u00e0 la bourre, d\u00e9coiff\u00e9e, une petite robe \u00e0 fleurs humbles tenue par un ruban un peu plus \u00e9pais. Le visage souriant et n\u00e9anmoins l\u2019air un peu fatigu\u00e9, elle assure \u00e0 La Manufacture la pr\u00e9sentation de deux de ses spectacles, \u00e9crits et mis en sc\u00e8ne par elle : Le Chemin du But et Julie Telle que. Deux cr\u00e9ations qu\u2019elle reprend et qui lui ont assur\u00e9 plus d\u2019une soixantaine de dates en France. Retour sur Julie Telle que\u2026Monologue intime et paroles testamentaires de Julie, interpr\u00e9t\u00e9e par la com\u00e9dienne Shams El Karoui.<\/strong> <\/em><br \/>\nDialogue \u00e9court\u00e9<br \/>\nSi le temps l\u2019avait permis, autour d\u2019un caf\u00e9 renouvel\u00e9 dans la r\u00e9gularit\u00e9 des \u00ab addicts \u00bb \u00e0 la caf\u00e9ine, le dialogue avec Nadia Xerri-L aurait sans doute port\u00e9 sur son travail. Celui de l\u2019\u00e9criture et de la mise en sc\u00e8ne. On serait vite pass\u00e9 sur son itin\u00e9raire d\u2019immigr\u00e9e maltais m\u00e9tiss\u00e9e de breton. Peut-\u00eatre que les sculptures de son p\u00e8re autodidacte aurait \u00e9t\u00e9 un motif de conversation et que quelques-unes ne sont pas \u00e9trang\u00e8res \u00e0 la mani\u00e8re qu\u2019elle a, elle, de modeler la sc\u00e8ne et l\u2019\u00e9criture. Son go\u00fbt de Kolt\u00e8s : celui des hangars et des zones urbaines, des \u00eatres \u00e0 la marge de la pens\u00e9e et des coups durs, nous aurait sans doute install\u00e9 dans une longue conversation. Apr\u00e8s tout, on ne vient jamais au th\u00e9\u00e2tre par hasard, et la premi\u00e8re fois n\u2019est pas sans compter, sans orienter le regard et la main qui \u00e9crira. Nadia, elle, le comprend vers 11 ans, sa m\u00e8re, elle, lui offre un abonnement aux Amandiers qui lui donnera le go\u00fbt de faire une ma\u00eetrise de po\u00e9sie contemporaine. Il n\u2019en fallait pas moins pour que la suite de sa vie se retrouve prise entre la po\u00e9sie (ou un geste solitaire) et le th\u00e9\u00e2tre (une offrande \u00e0 l\u2019autre). A 30 ans, d\u00e9j\u00e0, Nadia Xerri-L est l\u2019auteur de plusieurs textes : Solo d\u2019Ava (2002) qu\u2019elle pose sur la sc\u00e8ne d\u2019un hangar \u00e0 Saint-Denis. \u00c7a plait imm\u00e9diatement, on le programme ici et l\u00e0, notamment au Th\u00e9\u00e2tre Paris Vilette (2004).  L\u2019une de l\u2019autre (2006), second texte, b\u00e9n\u00e9ficie de soutiens institutionnels, et voit la presse nationale s\u2019enhardir \u00e0 \u00e9crire quelques papiers. Viendront ensuite Elles (2008), puis Couteau de nuit (2008) qui sera accompagn\u00e9 par de nombreux lieux pro dont Le Th\u00e9\u00e2tre de la Ville, la Com\u00e9die de Reims, La Com\u00e9die de Saint-Etienne, le Grand T \u00e0 Nantes\u2026 Jusqu\u2019au Volcan du Havre o\u00f9 elle est artiste associ\u00e9. Un texte qui relate les 3 premi\u00e8re minutes d\u2019un proc\u00e8s et n\u2019est pas sans lien avec Julie telle que. Avant, pendant et aujourd\u2019hui, \u00e0 la mise en sc\u00e8ne de ses propres textes, comme auteur aussi (publi\u00e9e chez Actes Sud), ou dans les ateliers d\u2019\u00e9criture qu\u2019elle fait dans le milieu carc\u00e9ral, Nadia Xerri-L se dit \u00ab accoucheuse \u00bb. Un mot qui n\u2019est pas neutre et r\u00e9fl\u00e9chi chez elle un go\u00fbt certain pour les sagas intimes. Mot au pluriel et donc palindrome qui dit qu\u2019une histoire a un endroit et un envers, un aller et un retour, un va et revient&#8230; Qui dit qu\u2019une histoire se lit toujours au regard d\u2019une complexit\u00e9 que les personnages de ces pi\u00e8ces affichent comme dans L\u2019instinct de l\u2019instant (2011) qui joue sur le tintement de sonorit\u00e9s troublantes lesquels, \u00e0 tendre l\u2019oreille, font entendre une h\u00e9sitation dans la construction d\u2019une variation \u00ab inst\u2026incts\u2026ant \u00bb. Un t\u00e2tonnement de la langue, dans la langue, en quelque sorte.<br \/>\nJulie telle que&#8230;<br \/>\nEst d\u2019abord un titre \u00e9court\u00e9. Une sorte de titre amput\u00e9 ou mutil\u00e9 d\u2019un objet, d\u2019une extension, d\u2019un s\u00e9mantisme attendu. Un titre qui oblige \u00e0 un effort d\u2019imagination. Julie telle que vous l\u2019imaginez, telle que vous la verriez, telle que la vie la faite, telle que la mort va la prendre\u2026 Julie telle que\u2026 est ainsi un texte \u00e0 lui tout seul o\u00f9 le titre, phrase inaugurale, jette imm\u00e9diatement une \u00e9nigme, souligne un secret, laisse entendre un montr\u00e9\/cach\u00e9. Un titre ou pas encore un titre, et d\u00e9j\u00e0 une action. Entrant plus avant dans la fiction, Julie telle que sera une histoire triste, nou\u00e9e par le sentiment d\u2019une m\u00e9lancolie ind\u00e9passable, une injustice irrecevable, un amour fraternel qui finit comme Oph\u00e9lie, en ondine d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. Et \u00e7a parce qu\u2019un fr\u00e8re, Alex, un jeune beau mec un peu branleur qui s\u2019est fait une r\u00e9putation de dur, de blouson noir, de tombeur de filles\u2026 \u00e0 la sortie d\u2019un karaok\u00e9 bar sera pris pour le meurtrier d\u2019un autre. Erreur de casting pour le petit James Dean adul\u00e9 de sa s\u0153ur Julie, h\u00e9ros d\u2019une famille o\u00f9 Jean-Pierre (le p\u00e8re) s\u2019offre le droit de cuissage et d\u2019humiliation de Patricia (la m\u00e8re). Alex, le h\u00e9ros de Julie, le grand-fr\u00e8re, s\u2019\u00e9tait un jour \u00e9lev\u00e9 contre ces mani\u00e8res. Mais voil\u00e0, Alex est en cabane, Julie au parloir. La presse, toujours plus rapide que la justice, diffuse des portraits du pas encore jug\u00e9 et d\u00e9j\u00e0 coupable. Et Nadia d\u2019\u00e9crire cette histoire en pointant l\u2019erreur judiciaire et, mais surtout, en montrant la chute de Julie. Une sorte de descente aux enfers, de d\u00e9ambulation solitaire, de course contre le judiciaire, de conscience qu\u2019il n\u2019y aura aucun retour en arri\u00e8re.<br \/>\nSur la petite sc\u00e8ne de La Manufacture, une com\u00e9dienne seule fait le r\u00e9cit de deux vies bris\u00e9es. Celle de son fr\u00e8re, petit Zucco de cambrousse. Celle de Julie qui va des champs vers la ville en tra\u00eenant sa solitude. Elle est toute seule alors \u00e0 faire le compte de ses mis\u00e8res, de ses bonheurs \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, des rejets arbitraires qui la poussent vers la sortie.<br \/>\nUne enfance faite de petits secrets qui lui ont g\u00e2ch\u00e9s les nuits quand son p\u00e8re baise sa m\u00e8re derri\u00e8re la cloison HLM qui vous rappelle que l\u2019intimit\u00e9 \u00e7a se paie dans le b\u00e2timent. Une adolescence coinc\u00e9e au lyc\u00e9e aux portes des bandes de jeunes qui ne la regardent pas. Une fuite en avant vers la ville quand Alex arr\u00eat\u00e9, c\u2019est toute la famille que le bled de campagne reluque comme des dangers.<br \/>\nLe monologue de Shams El Karoui tient alors \u00e0 quelques \u00e9carts de voix quand la col\u00e8re est trop lourde, quand la douleur est trop vive. Dans sa petite robe noire qu\u2019elle remontera avant de se noyer pour ne pas la froisser ou ne pas froisser, le cheveu nou\u00e9, elle a l\u2019allure d\u2019une petite n\u00e9nette simple qui cherchait juste un endroit o\u00f9 se greffer. Sur le plateau, on la suit. En front de sc\u00e8ne, elle est \u00e0 confesser une part intime ou au parloir. Style indirect convoqu\u00e9 pour rapporter des dialogues sous surveillance. En fond de plateau, elle revient sur l\u2019enfance \u00e0 la lueur d\u2019une lampe de bureau. Sous le portique mis au centre de la sc\u00e8ne, on sait qu\u2019elle passe aux d\u00e9tecteurs de m\u00e9taux de la prison. En guise de d\u00e9tection, on l\u2019entend g\u00e9mir, s\u2019insurger et confier son identit\u00e9.<br \/>\nLa mise en sc\u00e8ne de Nadia Xerri-L privil\u00e9gie le noir, voire l\u2019ombre qui fait \u00e9cho \u00e0 Julie : une \u00e2me en peine, ombre d\u2019elle-m\u00eame. Et les seules couleurs qui viendront \u00ab \u00e9gayer \u00bb ce dispositif sc\u00e9nique simple sont quelques n\u00e9ons verts et rouges qui marquent moins un espace qu\u2019un mouvement vers des gares aux architectures \u00ab flaschy \u00bb ; moins un espace qu\u2019une mani\u00e8re de s\u2019\u00e9carter, de se faire oublier jusqu\u2019au moment o\u00f9 on en perd la trace, et que le noir fun\u00e8bre dit la fin de Julie telle que.<br \/>\nSimple, tenu \u00e0 un monologue, \u00e0 une sorte aussi de parole int\u00e9rieure, Julie telle que, dans la mise en sc\u00e8ne de Nadia Xerri-L, joue sur un th\u00e9\u00e2tre d\u2019\u00e9coute, un th\u00e9\u00e2tre d\u2019oreille qui, dans la tradition du drame contemporain pourrait \u00eatre un fait divers. Et d\u2019entendre dans cette pi\u00e8ce et ce texte un enjeu existentiel o\u00f9 lorsque toute fuite est devenue impossible, qu\u2019aucun espace ext\u00e9rieur ne peut plus vous recueillir et qu\u2019aucune autre pens\u00e9e que la tristesse ne peut plus que vous habiter, alors il reste une porte de sortie. Ou le suicide comme espace ultime, passage que l\u2019on fait en clandestin, seul, \u00e0 l\u2019\u00e9cart. Julie telle que, ou une s\u0153ur de Mademoiselle Julie, une trag\u00e9die, un drame\u2026un autre fait divers\u2026<br \/>\n<quote>La Manufacture, jusqu&rsquo;au 28 juillet, en apr\u00e8s-midi.<\/quote><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A deux pas du Clo\u00eetre des C\u00e9lestins, au restaurant que l\u2019on a baptis\u00e9 Tartines pour ses tranches de pain aux anchois, huile d\u2019olive, oignons et tomates\u2026 Nadia Xerri-L arrive un peu \u00e0 la mani\u00e8re de tous les artistes qui occupent le In et le Off du 65\u00e8me Festival d\u2019Avignon. 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