


{"id":768,"date":"2011-07-12T20:00:00","date_gmt":"2011-07-12T18:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=768"},"modified":"2011-07-12T20:00:00","modified_gmt":"2011-07-12T18:00:00","slug":"paranoia-entre-b-et-z","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/paranoia-entre-b-et-z\/","title":{"rendered":"Parano\u00efa\u2026 entre B et Z."},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212;<br \/>\n<em> <strong>Pr\u00e9sent\u00e9s s\u00e9par\u00e9ment, mais figurant les deux derniers volets d\u2019un ensemble intitul\u00e9 l\u2019Heptalogie, les textes Parano\u00efa et L\u2019Ent\u00eatement de Rafael Spregelburd, librement inspir\u00e9s des Sept P\u00e9ch\u00e9s Capitaux de J\u00e9rome Bosch, sont jou\u00e9s \u00e0 la salle Ved\u00e8ne-Espace Bardi dans une mise en sc\u00e8ne de Marcial Di Fonzo Bo et Elise Viger. Retour sur Parano\u00efa, ou 2H20 en immersion\u2026<\/strong> <\/em><br \/>\n<em>Spregelburd : une \u00ab toute \u00bb petite entreprise\u2026<\/em><br \/>\nVisible au mus\u00e9e du Prado, les sept p\u00e9ch\u00e9s capitaux de J\u00e9rome Bosch sont, au hasard d\u2019une rencontre, \u00e0 l\u2019origine de l\u2019Heptalogie de Spregelburd, n\u00e9 en 1970, \u00e0 Buenos aires, auteur, metteur en sc\u00e8ne et directeur de la compagnie El Patron Vazquez, depuis 1994<br \/>\nCompos\u00e9 de l\u2019Inapp\u00e9tence, de la Modestie, de l\u2019Extravagance, de la Connerie, de la Panique, de la Parano\u00efa et de l\u2019Ent\u00eatement, l\u2019essai po\u00e9tique de l\u2019auteur pourrait \u00eatre assimil\u00e9 \u00e0 une sorte d\u2019Odyss\u00e9e pointant et soulignant les d\u00e9rives de la fin du XX\u00e8me si\u00e8cle. Toutes les d\u00e9rives qui, inspir\u00e9es d\u2019un art religieux qui traitait les sept p\u00e9ch\u00e9s capitaux : \u00ab orgueil, avarice, col\u00e8re, luxure, envie paresse, gourmandise \u00bb trouveraient de nouvelles traductions dans un monde moderne. D\u00e9rives et mutations donc o\u00f9 la valeur d\u2019ordre viendrait \u00e0 se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer sous d\u2019autres formes, \u00e0 commencer par le souci obsessionnel de l\u2019origine, du centre, de l\u2019Un\u2026 Id\u00e9es et fondements de nouveaux ordres moraux mis en difficult\u00e9 ces derni\u00e8res d\u00e9cennies. Spregelburd d\u00e9veloppe alors ainsi : \u00ab Mon Heptalogie est personnelle et tente de t\u00e9moigner de la chute de l\u2019ordre Moderne qu\u2019on croyait le n\u00f4tre \u00bb. D\u2019o\u00f9 ces sept \u0153uvres qui s\u2019appellent et s\u2019interpellent (\u2026) \u00e0 travers un r\u00e9seau enchev\u00eatr\u00e9 de grammaires et de r\u00e9f\u00e9rences crois\u00e9es cach\u00e9es sous l\u2019\u00e9piderme du langage. Mieux exprim\u00e9 par un th\u00e9or\u00e8me de G\u00f6del et que je modifie de m\u00e9moire : tout syst\u00e8me ferm\u00e9 de formulations axiomatiques comporte une proposition non \u00e9non\u00e7able, ind\u00e9cidable, \u00e0 partir des \u00e9l\u00e9ments de ce m\u00eame syst\u00e8me \u00bb<br \/>\nEt Spregelburd d\u2019ajouter : \u00ab j\u2019ai \u00e9crit ces \u0153uvres comme si j\u2019avais \u00e9gar\u00e9 moi-m\u00eame le dictionnaire de la modernit\u00e9. Alors, il se produit chez moi le ph\u00e9nom\u00e8ne recherch\u00e9 : l\u2019\u00e9tranget\u00e9 \u00bb.<br \/>\nCette \u00e9tranget\u00e9 n\u2019est sans doute pas pour d\u00e9plaire \u00e0 son compatriote et ami Marcial Di Fonzo Bo. Acteur au cin\u00e9ma, interpr\u00e8te de Picasso pour Woody Allen, form\u00e9 aupr\u00e8s d\u2019Alfredo Arias et ambassadeur du th\u00e9\u00e2tre de Copi\u2026 Di Fonzo Bo aura trouv\u00e9 au TNB une partie de sa formation, chez Claude R\u00e9gy une rigueur d\u2019acteur, mais c\u2019est Matthias Langhoff qui, dans la cour d\u2019honneur, en lui offrant le r\u00f4le de Richard III, le porte \u00e0 une visibilit\u00e9 depuis jamais quitt\u00e9e. S\u2019en suivent une dizaine de spectacles et dans le m\u00eame temps le d\u00e9sir naissant de faire de la mise en sc\u00e8ne. Pas qu\u2019il franchit en cr\u00e9ant le Th\u00e9\u00e2tre des Lucioles. C\u2019est cette bande-l\u00e0 que l\u2019on retrouve dans le In d\u2019Avignon.<br \/>\nParano\u00efa\u2026 histoire courte<br \/>\nIndiff\u00e9rent au spectateur qui prend place lentement dans la grande salle de Ved\u00e8ne, sur un grand \u00e9cran est projet\u00e9e une vid\u00e9o de nageurs, prisonniers d\u2019une sorte d\u2019aquarium. Puis, parasit\u00e9e, l\u2019image floue d\u2019un capitaine se substitue aux sir\u00e8nes. Il s\u2019agit du commandant du Sous-marin le \u00ab Chez \u2013nous \u00bb o\u00f9 nous sommes d\u00e9sormais contraint de r\u00e9sider pr\u00e9vient \u00ab Mister Nemo \u00bb. L\u2019heure est grave, la minute est \u00e0 la bombe atomique, aux missiles et on y a croirait si, dans les coursives, petites femmes et matelots embarqu\u00e9s, soit une bande de ruskov avin\u00e9s, ne semblaient f\u00eater la nouvelle \u00e8re.<br \/>\nPremi\u00e8re s\u00e9quence d\u2019une succession de tableaux, l\u2019image du \u00ab bateau ivre \u00bb dispara\u00eet et fait place \u00e0 un \u00e9norme module circulaire, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur duquel, se joue un \u00ab plus belle la vie \u00bb chinois dont le scenario n\u2019aurait pas tranch\u00e9 entre tradition et Manga.<br \/>\nTroisi\u00e8me s\u00e9quence : sur le front de sc\u00e8ne apparaissent les acteurs d\u2019un drame mondial, appr\u00e9hend\u00e9 sous la forme d\u2019un huis clos intime. En blanc, sorti d\u2019on ne sait et ramass\u00e9 par on ne sait qui, ces \u00eatres sont les survivants d\u2019un monde assailli par les \u00ab Intelligences \u00bb (alias et autres extra-terrestres) qui se nourrissent de Fictions. Il reste 24H00 au d\u00e9pressif, au math\u00e9maticien, \u00e0 l\u2019\u00e9crivaine, \u00e0 l\u2019andro\u00efde plus humaine que nature, \u00e0 un autre commandant pour sauver le monde et ses existences.<br \/>\nS\u2019engage alors une course-poursuite contre la montre o\u00f9 notre club des Cinq, assembl\u00e9 en \u00e9quipe de tournage et sc\u00e9naristes, fabrique une fiction qui doit ob\u00e9ir au bout go\u00fbt des Intelligences.<br \/>\nLe spectateur suivra d\u00e8s lors l\u2019\u00e9pop\u00e9e de nos \u00ab sauveurs du monde \u00bb qui, \u00ab brainstormant \u00bb sur un r\u00e9cit, vont \u00e9crire une histoire, genre Telenovela aux multiples rebondissements comme le genre l\u2019exige. Ou l\u2019histoire de Brenda programm\u00e9 pour \u00eatre miss Venezuela (en fait une cr\u00e9ation g\u00e9n\u00e9tique sabot\u00e9e par les bistouris et quelques cliniques esth\u00e9tiques) devenue psychopathe et seriel killer. Ou l\u2019histoire d\u2019un flic addict et boulimique mis au placard qui d\u00e9couvre le dossier Brenda et en fait sa seconde Chance. Ou l\u2019histoire de la \u00ab procureure \u00bb en d\u00e9ficit de sexe qui veut que le flic nourrisse sa chatte (c\u2019est le texte, \u00e0 peu de chose pr\u00e8s). Ou l\u2019histoire du chirgurgien Branga, assassin\u00e9 au couteau de cuisine par la Brenda\u2026 ou une s\u00e9rie d\u2019\u00e9pisodes et de nanars o\u00f9 l\u2019on croise aussi le coiffeur inqui\u00e9tant, le chirurgien n\u00e9gligeant, un inspecteur des sixities clone de Serpico, Colombo, Hutch, Max la menace\u2026 Soit un ensemble, comme l\u2019exige le genre Telenovela de \u00ab nouvelles \u00bb courtes o\u00f9 on suit les destins singuliers de personnages plats\u2026mais tragiques of course.<br \/>\nHistoire qui, dans sa complexit\u00e9, ne sera pas sans influencer en retour celle du Club des cinq \u00e0 l\u2019imagination d\u00e9brid\u00e9e et \u00e0 l\u2019empirisme forcen\u00e9. C\u2019est \u00e0 qui mieux mieux trouvera le prochain \u00e9pisode qui doit les sauver des Intelligences. R\u00e9sultat, le spectateur suit deux s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es, puis le \u00ab Club des Cinq \u00bb finit par ressembler \u00e0 ce qu\u2019il invente.<br \/>\nSur sc\u00e8ne<br \/>\nSur sc\u00e8ne, les metteurs en sc\u00e8ne Elise Vigier et Marcial Di Fonzo Bo auront fait le choix d\u2019un dispositif sc\u00e9nique qui devait rendre la complexit\u00e9 trait\u00e9e, l\u2019embo\u00eetement de ces histoires et l\u2019enchev\u00eatrement de ces r\u00e9cits. Aussi, le module circulaire sert-il d\u2019\u00e9cran et de vaisseau, selon qu\u2019il s\u2019ouvre ou se ferme pour diffuser le Telenovelas ou la vie \u00e0 bord. Greff\u00e9es \u00e0 cette structure, deux cabines vertes de tournage divulgue les temps de r\u00e9alisations de ce qui est projet\u00e9 en temps r\u00e9el sur l\u2019\u00e9cran. Le travail est \u00e0 l\u2019identique d\u2019un studio de tournage et le montage d\u2019images incrust\u00e9es a tout \u00e0 voir avec la production de ce genre de s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e.<br \/>\nCe qu\u2019ajoutent les metteurs en sc\u00e8ne \u00e0 ce processus qui est au plus pr\u00e8s du r\u00e9el des conditions de production, c\u2019est un rapport \u00e0 l\u2019imaginaire dont la pratique th\u00e9\u00e2trale devait s\u2019emparer. Aussi Viger et Di Fonzo Bo s\u2019engagent dans une hybridation de l\u2019image et des genres o\u00f9 le film d\u2019animation se m\u00ealent au genre qu\u2019est la science fiction. Touches esth\u00e9tiques qui n\u2019est sans produire quelques nuances po\u00e9tiques sur le propos que dessine Parano\u00efa. Propos critique, bien entendu, puisqu\u2019en proposant ce travail, ils font la critique d\u2019une pratique qui n\u2019entretient avec la cr\u00e9ation qu\u2019un rapport d\u2019industrie. Parano\u00efa pointe alors les d\u00e9faillances de ce syst\u00e8me qui abreuve la plan\u00e8te d\u2019histoires st\u00e9riles dignes de celles disponibles chez Arlequin, de traductions b\u00e2cl\u00e9es qui rendent incompr\u00e9hensibles et ridicules des dialogues d\u00e9j\u00e0 d\u00e9biles, de techniques cin\u00e9matographiques d\u2019un autre \u00e2ge, d\u2019un jeu de l\u2019acteur qui fait dans l\u2019alimentaire et a abandonn\u00e9 tout travail, de plans filmiques qui n\u2019occupent gu\u00e8re plus que ceux tourn\u00e9s dans une cabine d\u2019essayage, de formats tayloris\u00e9s, de s\u00e9quences o\u00f9 le melting pot des genres sert \u00e0 un faire croire \u00e0 un rythme inaccessible\u2026.<br \/>\nPropos critique sans doute mais qui fait de Parano\u00efa un livre des recettes mis en sc\u00e8ne sous la forme d\u2019un spectacle de cabaret o\u00f9 le fait de retrouver la totalit\u00e9 de ces principes structurants produit un effet de saturation. Jeu mi\u00e8vre, appuy\u00e9 et sans relief. Loft story sc\u00e9nique, diction naturaliste\u2026<br \/>\nAu comble, alors que Fonzo BO n\u2019est pas \u00e9tranger \u00e0 l\u2019univers iconoclaste de Copi, qu\u2019il mesure vraisemblablement l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019esth\u00e9tique du Kitsch et l\u2019influence de Jodorowski sur la distanciation que l\u2019on peut entretenir avec l\u2019esprit critique\u2026 Marcial Di Fonzo Bo livre un Parano\u00efa qui patine\u2026 Pour la seule raison qu\u2019\u00e0 vouloir \u00eatre au plus proche de son objet, Parano\u00efa tend trop \u00e0 lui ressembler. Ou l\u2019histoire d\u2019un th\u00e9\u00e2tre qui est entr\u00e9 par la petite porte dans celle du cin\u00e9ma et ses classements. A d\u00e9faut d\u2019\u00eatre un spectacle d\u2019auteur, d\u2019arts et essais\u2026 Parano\u00efa se situe aux alentours d\u2019une s\u00e9rie B, au risque de tomber plus bas dans l&rsquo;alphabet des s\u00e9ries Z. Dommage.<br \/>\nle 14 juillet \u00e0 22H00, les 13 et 15 \u00e0 14H30, salle Ved\u00e8ne-Espace Bardi,<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212; Pr\u00e9sent\u00e9s s\u00e9par\u00e9ment, mais figurant les deux derniers volets d\u2019un ensemble intitul\u00e9 l\u2019Heptalogie, les textes Parano\u00efa et L\u2019Ent\u00eatement de Rafael Spregelburd, librement inspir\u00e9s des Sept P\u00e9ch\u00e9s Capitaux de J\u00e9rome Bosch, sont jou\u00e9s \u00e0 la salle Ved\u00e8ne-Espace Bardi dans une mise en sc\u00e8ne de Marcial Di Fonzo Bo et Elise Viger. 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