


{"id":769,"date":"2011-07-11T20:00:00","date_gmt":"2011-07-11T18:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=769"},"modified":"2011-07-11T20:00:00","modified_gmt":"2011-07-11T18:00:00","slug":"un-concert-parle-et-danse","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/un-concert-parle-et-danse\/","title":{"rendered":"Un concert parl\u00e9 et dans\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212;<br \/>\n<em> <strong>Samedi 9 juillet, 17h00, Olivia Grandville pr\u00e9sente et interpr\u00e8te sa derni\u00e8re cr\u00e9ation Le cabaret discr\u00e9pant , avec Vincent Dupont, Catherine Legrand, Sylvain Prunenec, Pascal Qu\u00e9neau et Manuel Vallade. Une interrogation sur certains enjeux de la danse contemporaine, en forme de r\u00e9cital \u00ab hypergraphique, infinit\u00e9simal et pol\u00e9mique \u00bb, \u00e0 travers les textes visionnaires d\u2019Isidore Isou, pour d\u00e9border hors des cadres, entre installations et performances, jusque dans l\u2019imaginaire du spectateur.<\/strong> <\/em><br \/>\nApr\u00e8s s\u2019\u00eatre form\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole de danse de l\u2019Op\u00e9ra National de Paris, Olivia Grandville int\u00e8gre en 1981 le corps de ballet. Elle rejoint la compagnie Bagouet en 1989. Passionn\u00e9e pour les d\u00e9marches artistiques insolites, Olivia Granville a le go\u00fbt des lettres et des dispositifs plastiques dont elle retient la pertinence de l\u2019espace. En t\u00e9moigne son My Space au Centre Pompidou, qui proposait d\u2019 \u00ab \u00e9couter ce que l\u2019on a l\u2019habitude de voir, voir ce qu\u2019on a l\u2019habitude d\u2019entendre. Mat\u00e9rialiser ce qu\u2019est r\u00e9ellement l\u2019espace : une architecture de temps, une g\u00e9om\u00e9trie turbulente \u00bb. Depuis elle m\u00e8ne un vaste projet autour des Partitions chor\u00e9graphiques lettristes qui a d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 le jour aux 19 ballets ciselants, une des trois formes composant Le cabaret discr\u00e9pant. En 2010, elle re\u00e7oit une commande du Festival d\u2019Avignon pour pr\u00e9senter Une semaine d\u2019art en Avignon dans le cadre des Sujets \u00e0 Vif. Elle convie sur le plateau Catherine Legrand, avec laquelle elle a dans\u00e9 Jours \u00e9tranges et So Schnell de Bagouet en 1993 dans la Cour d\u2019honneur du Palais des papes, et L\u00e9one Nogad\u00e8re, sa m\u00e8re, qui joua dans ce m\u00eame lieu la reine dans la Trag\u00e9die du roi Richard II cr\u00e9\u00e9e en 1947 par Jean Vilar.<br \/>\nPour cette nouvelle \u00e9dition du Festival, Olivia Grandville nous invite \u00e0 (re)d\u00e9couvrir le lettrisme : \u00ab un concert parl\u00e9 et dans\u00e9, qui n\u2019est pas pour autant une pi\u00e8ce lettriste, ni \u00e0 proprement parl\u00e9 une pi\u00e8ce sur le lettrisme \u00bb. La d\u00e9couverte de ce mouvement remonte pour Olivia Grandville \u00e0 1993, lorsqu\u2019elle croise le dada\u00efsme et le lettrisme, en r\u00e9alisant avec Xavier Marchand une pi\u00e8ce sur l\u2019\u0153uvre de Kurt Schwitters, le K de E. Le lettrisme peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019\u00e9cole culturelle la plus importante surgie en France \u00e0 la suite du Surr\u00e9alisme. Son fondateur, Isidore Isou, la d\u00e9finit comme un mouvement se situant \u00ab \u00e0 l\u2019avant-garde de l\u2019avant-garde \u00bb. \u00c0 Paris, en 1945, la premi\u00e8re p\u00e9riode des activit\u00e9s lettristes est principalement li\u00e9e au domaine po\u00e9tique. Rapidement, Isou \u00ab veut apporter du nouveau dans tous les domaines de la culture et de la vie \u00bb. Le lettrisme se veut un processus de cr\u00e9ation radicale et globale, un syst\u00e8me d\u2019\u00e9criture autour non plus des mots, mais des lettres, des sons et des signes. D\u00e8s 1946, un pas d\u00e9cisif est franchi apr\u00e8s le Futurisme et Dada : l\u2019exploration de la lettre seule. Dans le premier manifeste, ou L\u2019esquisse d\u2019un manifeste, on peut lire : \u00ab On a trouv\u00e9 la lettre\u2026 \/ Nouveau canon d\u2019une construction plastique : La lettre. \/ r\u00e9sultat d\u2019une recherche ayant comme but la d\u00e9couverte d\u2019une REPR\u00c9SENTATION inconnue et poss\u00e9dant le Tranchant Sym\u00e9trique. \/ Par l\u2019assimilation de cette premi\u00e8re base extraordinaire on a eu la r\u00e9v\u00e9lation de la peinture lettriste \u00bb[1]. La m\u00e9thode va s\u2019appliquer \u00e0 quasiment tout les domaines du savoir, entre autre la philosophie, la m\u00e9canique, les math\u00e9matiques, la th\u00e9ologie, l\u2019\u00e9conomie, le roman, la peinture, le th\u00e9\u00e2tre, la pantomime, la danse\u2026. \u00e2\u20ac\u00a8En 1953 Isou  publie le Manifeste de la danse Ciselante o\u00f9, d\u00e9non\u00e7ant \u00ab les positions classiques \u00bb, et \u00ab le chaos de la danse libre \u00bb il se propose de r\u00e9nover enti\u00e8rement l\u2019art chor\u00e9graphique. Quelques ann\u00e9es  plus tard Maurice Lema\u00eetre, compagnon de la premi\u00e8re heure, pr\u00e9sentera au Th\u00e9\u00e2tre R\u00e9camier ses propres chor\u00e9graphies  dont il publie les partitions dans La Danse et le Mime Ciselant.\u00e2\u20ac\u00a8 Ce mouvement a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 et influenc\u00e9 nombre d\u2019expressions reconnues aujourd\u2019hui, comme la po\u00e9sie visuelle, la po\u00e9sie concr\u00e8te et la po\u00e9sie sonore, sans parler de l\u2019Art conceptuel, des performances et du Happening. Totalement oubli\u00e9es depuis 1965, \u00ab ces chor\u00e9graphies \u00e0 lire \u00bb  n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 port\u00e9 \u00e0 la sc\u00e8ne. Au del\u00e0 de l\u2019int\u00e9r\u00eat de les faire d\u00e9couvrir, les th\u00e9ories qu\u2019elles d\u00e9ploient t\u00e9moignent d\u2019une formidable inventivit\u00e9 visionnaire, en m\u00eame temps qu\u2019elles  dessinent une sorte d\u2019empreinte historique de la danse en France au tournant des ann\u00e9es 50.<br \/>\nDans leur acharnement \u00e0 s\u2019attaquer au fondement du ballet pour trouver de \u00ab nouvelles  mani\u00e8res \u00bb, Isou et Lema\u00eetre pulv\u00e9risent litt\u00e9ralement l\u2019art chor\u00e9graphique de leur temps et pose avec un humour ravageur les bases d\u2019une r\u00e9flexion qui continue d\u2019agiter la danse contemporaine d\u2019aujourd\u2019hui.\u00e2\u20ac\u00a8\u00e2\u20ac\u00a8\u00ab La question n\u2019est plus de savoir si l\u2019artiste sait ou non danser mais s\u2019il veut ou non danser \u00bb. \u00e2\u20ac\u00a8Au-del\u00e0 du sourire, ce pressentiment \u00ab de la mort et de la destruction du ballet qui se suicidera un jour comme tous les arts \u00bb, venu du pass\u00e9 comme un oracle, ne peut que nous interroger sur ce qui pourrait rena\u00eetre dans les corps d\u2019aujourd\u2019hui alors m\u00eame que nous avons franchi le pas de cette destruction.\u00e2\u20ac\u00a8\u00e2\u20ac\u00a8<br \/>\nD\u00e8s l\u2019entr\u00e9e, dans le hall du grand Auditorium communautaire du grand Avignon-Le-Pontet, telle une exposition, l\u2019\u0153il est sollicit\u00e9. Aux murs, les reproductions en noir et blanc, de nombreuses phrases : \u00ab Montrez-nous l\u2019invisible, l\u2019impond\u00e9rable, le profond, le lointain \u00bb, \u00ab On en a assez des r\u00e9p\u00e9titions, je veux des \u00e9bauches \u00bb, \u00ab Un seul mouvement un point c\u2019est tout rideau \u00bb, \u00ab On ne sait jamais de quelle crotte peut sortir la vie \u00e9ternelle \u00bb. Ou encore un article du Soul\u00e8vement de la jeunesse publi\u00e9 en 1953 : \u00ab Nous appelons jeune, quel que soit son \u00e2ge, tout individu qui ne co\u00efncide pas avec sa fonction, qui s\u2019agite et lutte pour atteindre le centre d\u2019agent d\u00e9sir\u00e9 \u00bb.<br \/>\nLes circulations s\u2019op\u00e8rent doucement dans la foule. Des groupes se massent \u00e0 tour de r\u00f4le devant les quelques \u00e9crans projetant des documentaires. Malgr\u00e9 le brouhaha, l\u2019oreille per\u00e7oit indistinctement des enregistrements. Une premi\u00e8re mont\u00e9e sonore indique le d\u00e9but, chuchotements au micro d\u2019un texte lu par Vincent Dupont, se frayant des passages dans le public. Rapidement rejoint par les autres, juch\u00e9s sur des praticables, les textes dits aux micros traversent l\u2019espace, tandis que Sylvain Prunenec fait un striptease, ou qu\u2019un autre danseur \u00ab dissipe ses gestes comme s\u2019il pouvait les reprendre \u00bb, en soulevant des pellet\u00e9es de terre. Sur les derniers mots de Tristan Tzara, nous p\u00e9n\u00e9trons dans la salle de l\u2019Auditorium.<br \/>\nPremier mouvement, dans une sc\u00e9nographie tr\u00e8s sommaire, sous un plein feux, Sylvain Prunenec se tient allong\u00e9 au beau milieu d\u2019un espace \u00e0 nu, affubl\u00e9 d\u2019une perruque, ex\u00e9cutant diverses variations chor\u00e9graphiques tandis que s\u2019\u00e9gr\u00e8ne une histoire de la danse depuis Louis XIV.<br \/>\nDeuxi\u00e8me mouvement, installation de tables et chaises, aux allures d\u2019une conf\u00e9rence drolatique, o\u00f9 tous emperruqu\u00e9s font la lecture des diff\u00e9rents ballets : \u00ab ballet des l\u00e8vres \u00bb, \u00ab ballet des yeux \u00bb, \u00ab ballet mouvement du doigt \u00bb, \u00ab ballet des cheveux \u00bb, \u00ab des orteils, ou faire le moins de gestes possible \u00bb, qui rappellent Le P\u2019tit Bal dans lequel Philippe Decoufl\u00e9 et Pascale Houbin interpr\u00e8tent dans le langage des signes la chanson de Bourvil \u00ab C\u2019\u00e9tait bien \u00bb (1993). Au total, 14 ballets ciselants, sont ainsi pass\u00e9s en revue, autant de possibilit\u00e9s d\u2019une remise en cause active, du r\u00f4le de l\u2019interpr\u00e8te, du r\u00f4le du spectateur. Des \u00e9tapes ciselantes : comme pleurer en se frottant avec un oignon, improviser de mani\u00e8re spontan\u00e9e sur deux styles : le \u00ab hot \u00bb et le \u00ab cool \u00bb, rappelant les inspirations jazz Bepop de Jack Kerouac. Les s\u00e9quences s\u2019emballent apr\u00e8s le pas de l\u2019oie et le \u00ab ballet pour animaux \u00bb, avec Olivia Grandville traversant la sc\u00e8ne, tra\u00eenant un chat telle une serpilli\u00e8re. Les chaises volent, les pelures d\u2019oignons sont jet\u00e9es au public, dans un sympathique \u00e9lan pour l\u2019an\u00e9antissement et la destruction de tout ce qui est mat\u00e9riel.<br \/>\nLa chor\u00e9graphie est un art visible, o\u00f9 d\u00e9truire le corps et la danse passe par diverses modalit\u00e9s, de la marche \u00e0 la promenade, de l\u2019\u00e9criture hypergraphique dans l\u2019air, au sol, de l\u2019insurrection \u00e0 l\u2019immobilit\u00e9. Une chor\u00e9graphie infinit\u00e9simale o\u00f9 il vaut mieux parler de la danse, parler pour faire penser \u00e0 la danse. Une \u0153uvre gesticulaire qui ressemblerait \u00e0 un tableau de Malevitch, ou une danse rigide plong\u00e9e dans l\u2019obscurit\u00e9, cherchant \u00e0 provoquer le malaise, l\u2019attente, l\u2019agacement du public. Progressivement la lumi\u00e8re descend donc sur Manuel Vallade, rest\u00e9 seul sur le plateau, derniers mouvements saisis par la r\u00e9tine, tandis qu\u2019on entend les craquements, les gr\u00e9sillements des lampes qui s\u2019\u00e9teignent.<br \/>\n\u00ab\u00a0La soci\u00e9t\u00e9 se trouve aujourd&rsquo;hui devant deux voies possibles : soit la bombe atomique, c&rsquo;est \u00e0 dire la destruction du monde, soit la Soci\u00e9t\u00e9 paradisiaque bas\u00e9e sur la cr\u00e9ation\u00a0\u00bb\u00bb[2] o\u00f9 les valeurs de la cr\u00e9ation et de l&rsquo;art auraient remplac\u00e9 celle de l&rsquo;argent. Olivia Grandville et ses complices ont su retrouver l&rsquo;esprit subversif, l&rsquo;\u00e9nergie juv\u00e9nile de ces innovateurs port\u00e9s par l&rsquo;utopie.<br \/>\n[1] Mirella Bandini, \u00ab Pour une histoire du lettrisme \u00bb, traduit de l\u2019italien par Anne-Catherine Caron, Paris, \u00e9ditions Jean-Paul Rocher, 2003.<br \/>\n[2] Entretien avec Isidore Isou, Paris, juillet 1983, in Mirella Bandini, \u00ab Pour une histoire du lettrisme \u00bb, traduction in\u00e9dite d\u2019Anne-Catherine Caron, Paris, \u00e9ditions Jean-Paul Rocher, 2003, p. 86.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212; Samedi 9 juillet, 17h00, Olivia Grandville pr\u00e9sente et interpr\u00e8te sa derni\u00e8re cr\u00e9ation Le cabaret discr\u00e9pant , avec Vincent Dupont, Catherine Legrand, Sylvain Prunenec, Pascal Qu\u00e9neau et Manuel Vallade. 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