


{"id":770,"date":"2011-07-11T20:02:00","date_gmt":"2011-07-11T18:02:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=770"},"modified":"2011-07-11T20:02:00","modified_gmt":"2011-07-11T18:02:00","slug":"je-cree-donc-je-suis","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/je-cree-donc-je-suis\/","title":{"rendered":"Je cr\u00e9e donc je suis"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212;<br \/>\n<em> <strong>Les 8 et 9 juillet, la Vingt-cinqui\u00e8me heure sonnait pour Xavier Le Roy. Dans le cadre de cette programmation d\u00e9di\u00e9e aux formes atypiques et performatives, le chor\u00e9graphe pr\u00e9sentait Produit d\u2019autres circonstances, une \u00ab non-pi\u00e8ce \u00bb sur l\u2019art du butoh cr\u00e9\u00e9e \u00e0 la demande de Boris Charmatz en 2009. Reprise sur la sc\u00e8ne de l\u2019Ecole d\u2019Art d\u2019Avignon, la proposition d\u00e9route en ce qu\u2019elle met en sc\u00e8ne l\u2019acte de cr\u00e9ation lui-m\u00eame. L\u2019\u0153uvre est d\u00e9tr\u00f4n\u00e9e au profit de la d\u00e9-monstration de son processus.<\/strong> <\/em><br \/>\n<em>De virages en rebondissements<\/em><br \/>\nXavier Le Roy. Voil\u00e0 quelqu\u2019un qui, litt\u00e9ralement, d\u00e9route. Voil\u00e0 un chor\u00e9graphe qui n\u2019a de cesse de quitter les sentiers battus, reconnus et identifi\u00e9s de la danse contemporaine pour emprunter des chemins de traverses qui l\u2019am\u00e8nent \u00e0 se pencher sur les \u00ab circonstances \u00bb de la cr\u00e9ation. Les zones dans lesquelles il \u00e9volue sont class\u00e9es \u00ab danse conceptuelle \u00bb ou \u00ab non-danse \u00bb et le rangent du c\u00f4t\u00e9 des J\u00e9r\u00f4me Bel, Boris Charmatz, Christian Rizzo\u2026<br \/>\nSon premier virage \u2013 ou d\u00e9viation \u2013, l\u2019homme l\u2019a amorc\u00e9 il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es en quittant le milieu scientifique qui le promettait \u00e0 un brillant avenir de chercheur en biologie mol\u00e9culaire. D\u00e9\u00e7u par la science, il fait son entr\u00e9e en danse \u2013 milieu qui lui aussi r\u00e9serve son lot de d\u00e9sillusions.<br \/>\nInvit\u00e9 en 1999 par le Body Currency \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au lien entre danse et biologie, le chor\u00e9graphe livre Produit de Circonstances, une conf\u00e9rence-performance dans laquelle il pr\u00e9sente son parcours atypique et explicite les fondements qui jalonnent ses ambitions esth\u00e9tiques, ou non esth\u00e9tiques\u2026<br \/>\n10 ans plus tard, en 2009, apr\u00e8s plusieurs projets remarqu\u00e9s Self Unfinished (1998), Giszelle (2001), Le Sacre du Printemps (2007) et autres, Xavier Leroy cr\u00e9e \u00e0 la demande de Boris Charmatz qui organise alors une journ\u00e9e sur le \u00ab rebutoh \u00bb un spectacle intitul\u00e9 Xavier fait du Rebutoh. L\u2019Objet, pr\u00e9sent\u00e9 au Mus\u00e9e de la Danse de Renne, se r\u00e9v\u00e8le difficilement indentifiable. Il s\u2019agit d\u2019un produit hors normes spectaculaires, hors cadre fictionnel, hors danse dans\u00e9e qui se renommera bient\u00f4t Produit d\u2019autres circonstances en \u00e9cho \u00e0 sa premi\u00e8re conf\u00e9rence-performance. Un produit qui, \u00e0 l\u2019image de son point de d\u00e9part m\u00ealant provocation et souvenir<br \/>\n[Xavier Le Roy aurait dit un jour \u00e0 Boris Charmatz : \u00abPour \u00eatre danseur de butoh, il suffit de deux heures. \u00bb ; se souvenant de cette phrase, 5 ans plus tard,  Boris Charmatz met Xavier Le Roy au d\u00e9fi d&rsquo;executer cette affirmation somme toute un peu l\u00e9g\u00e8re&#8230;]<br \/>\nmet en perspective le processus de recherche et non le sujet en tant que tel. Produit d\u2019autres circonstances n\u2019est pas un spectacle sur le butoh mais bien sur l\u2019apprentissage de cet art japonais : comment Xavier Le Roy s\u2019improvise-t-il danseur de butoh en trois mois alors qu\u2019il ne conna\u00eet  rien \u00e0 cet art et qu\u2019il est d\u00e9bord\u00e9 par ses activit\u00e9s ?<br \/>\nLa narration de la conception<br \/>\nAu final, le projet \u00e9clate les registres disciplinaires de la danse et du th\u00e9\u00e2tre et envoie balader les points cardinaux cens\u00e9s assoir la repr\u00e9sentation. Ici, plus de lumi\u00e8re pour isoler la sc\u00e8ne de la salle, plus de d\u00e9cors ni de structuration de l\u2019espace. Les seuls objets qui subsistent sont l\u2019ordinateur et la bouteille d\u2019eau. Plus d\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne non plus. Durant l\u2019installation des spectateurs, Xavier Le Roy, tr\u00e8s simplement v\u00eatu donne \u00e0 voir son attente  \u2013 s\u00e9rieux, concentr\u00e9.<br \/>\nBien \u00e9videmment, la forme qui domine la proposition est celle du r\u00e9cit : la parole est l\u2019outil choisi pour divulguer les \u00e9tapes de travail, pour raconter le cheminement vers le butoh. S\u2019agit-il d\u2019une parole professorale ? Scientifique ? Po\u00e9tique ? Intime ? Fictionnelle ? Conversationnelle ? Le ton est  en tout cas tr\u00e8s sobre, au plus pr\u00e8s du \u00ab r\u00e9el \u00bb : de l\u2019ordre de l\u2019explicatif, du d\u00e9monstratif. L\u2019orateur est proche de son auditoire, ponctue son r\u00e9cit de notes humoristiques tout en filant sa trame\u2026 \u00c7a ressemble \u2013 \u00e0 s\u2019y m\u00e9prendre \u2013  \u00e0 une conf\u00e9rence. Pourtant, Xavier s\u2019en d\u00e9fend. Le terme de \u00ab documentaire dans\u00e9 \u00bb conviendrait-il mieux ?\u2026 \u00e0 voir\u2026<br \/>\nSe positionnant comme un \u00ab ignorant \u00bb et non comme un \u00ab expert \u00bb face au butoh, le chor\u00e9graphe explique deux heures durant ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 sa d\u00e9marche depuis l\u2019acceptation du projet-d\u00e9fi  jusqu\u2019\u00e0 sa livraison.<br \/>\nLa structure narratologique de la pi\u00e8ce est essentiellement bas\u00e9e sur l\u2019analepse. M\u00e9thodique et appliqu\u00e9, le chor\u00e9graphe ne fait que revenir sur les \u00e9v\u00e8nements pass\u00e9s. Il reprend et d\u00e9cortique point par point, de mani\u00e8re chronologique, les dates, les tentatives, les recherches, les doutes, les interrogations, les bonnes et les mauvaises id\u00e9es qui l\u2019ont travers\u00e9. Interrogeant sa m\u00e9moire personnelle, il commence par d\u00e9cliner ses rencontres en tant que spectateur avec l\u2019art du butoh, puis explique comment, comme tout n\u00e9ophyte aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019heure du net, il a effectu\u00e9 sa premi\u00e8re recherche sur les pages google. Viennent ensuite l\u2019approfondissement avec les vid\u00e9os regard\u00e9es sur You Tube et les ouvrages achet\u00e9s. Ordinateur \u00e0 l\u2019appui, le chor\u00e9graphe refait avec nous son trajet : tape les moteurs de recherche, montre les vid\u00e9os. Serions-nous revenus sur les bancs de l\u2019\u00e9cole ? Est-ce l\u00e0 un ami qui partage avec nous ses r\u00e9centes d\u00e9couvertes ? Il faut reconna\u00eetre que le rapport est un peu troublant. D\u00e9routant.<br \/>\nA ces moments de r\u00e9cits sont accol\u00e9s des moments dans\u00e9s pour lesquels Xavier Le Roy demande \u00e0 Richard (le technicien) de baisser la lumi\u00e8re sur sc\u00e8ne et d\u2019enlever les pleins feux dans la salle\u2026 Le butoh surgit alors. Souvent il est une illustration du propos qui vient avant ou apr\u00e8s. Parfois il est un fragment isol\u00e9 qui fera r\u00e9sonnance et \u00e9cho. C\u2019est le cas de la premi\u00e8re danse qui arrive sans crier gare. Les yeux ferm\u00e9s, Xavier entame des mouvements incongrus au sens de non-esth\u00e9tique, au sens de pataud, presque \u00e9l\u00e9phantesque. Ses mains se tordent, se crispent, ses longs longs bras soul\u00e8vent l\u2019air emphatiquement, son bassin descend. Le danseur semble entrer dans quelque chose. On le croit pris de visions. L\u2019impression \u00e9galement d\u2019assister \u00e0 la naissance d\u2019un animal. Fragilit\u00e9. Souffrance perceptible. Une respiration de plus en plus forte parvient : un r\u00e2le. Un r\u00e2le qui fait rire. CUT. Retour au r\u00e9cit. 1h45 plus tard, la m\u00eame danse et le m\u00eame r\u00e2le ne font plus rire. La mort a \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e (comme constitutive de l\u2019art du butoh), les images mentales ont \u00e9t\u00e9 explicit\u00e9es comme \u00e9tant la source de cette danse, le mot d\u2019int\u00e9riorisation a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9\u2026 Bref, 1h45 plus tard, le public a fait son bout de chemin avec le butoh. Le public, celui qui adh\u00e8re, s\u2019est pris au jeu de la recherche cr\u00e9ative entreprise par Xavier. Il aura senti cette tension po\u00e9tique entre phases dans\u00e9es et parl\u00e9es. Il aura \u00e9cout\u00e9 ces circonstances myst\u00e9rieuses qui font progresser les id\u00e9es, les tentatives, qui font r\u00e9sonner les rencontres. Immanquablement, m\u00eame s\u2019il conna\u00eet la fin puisqu\u2019il est en train de la vivre, il aura \u00e9t\u00e9 sensible au suspens qui se d\u00e9gage de cette affaire de cr\u00e9ation, fiction \u00e0 part enti\u00e8re.<br \/>\nXavier Le Roy d\u00e9route. Et la question se pose : le processus de cr\u00e9ation reconstitu\u00e9 dans Produits d\u2019autres circonstances constitue-t-il une \u0153uvre en soi ? Que devient le spectateur qui n\u2019est plus devant un produit fini, qui ne peut plus se laisser aller dans un univers ? Le caract\u00e8re p\u00e9dagogique et didactique neutralise ici l\u2019acte de repr\u00e9sentation et propose effectivement \u00ab de ren\u00e9gocier le contrat qui lie les interpr\u00e8tes et le public. \u00bb[1] La po\u00e9sie est \u00e0 rechercher ailleurs. Elle \u00e9mane pour une part de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de la proposition. Faire don de sa r\u00e9flexion personnelle, de son cheminement laborieux. Donner \u00e0 voir et \u00e0 entendre la face cach\u00e9e, sombre, secr\u00e8te. R\u00e9v\u00e9ler les traces, les couches amass\u00e9es. Il y a ici une humilit\u00e9 qui fait du bien.<br \/>\nXavier Le Roy d\u00e9sacralise et diss\u00e8que, tel le scientifique qu\u2019il a \u00e9t\u00e9, l\u2019acte de cr\u00e9ation, d\u00e9montrant qu\u2019il s\u2019agit aussi d\u2019un vaste champ de paradoxes, de hasards et de co\u00efncidences.<br \/>\n[1] Extrait du texte de pr\u00e9sentation du programme de la 65e \u00e9dition du Festival d\u2019Avignon.<br \/>\nLOW PIECES, cr\u00e9ation 2011 de Xavier Leroy<br \/>\nGymnase du lyc\u00e9e Mistral<br \/>\nA 22h les 19, 20, 21 \/ A 18h les 23, 24, 25<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212; Les 8 et 9 juillet, la Vingt-cinqui\u00e8me heure sonnait pour Xavier Le Roy. 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