


{"id":773,"date":"2011-07-10T20:10:00","date_gmt":"2011-07-10T18:10:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=773"},"modified":"2011-07-10T20:10:00","modified_gmt":"2011-07-10T18:10:00","slug":"macaigne-met-en-scene-le-cadavre-de-la-societe-du-spectacle","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/macaigne-met-en-scene-le-cadavre-de-la-societe-du-spectacle\/","title":{"rendered":"Macaigne met en sc\u00e8ne le cadavre de la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212;<br \/>\n<em> <strong>Au clo\u00eetre des Carmes, Vincent Macaigne pr\u00e9sente une adaptation d\u2019Hamlet qui s\u2019appelle \u00ab Au moins j\u2019aurai laiss\u00e9 un beau cadavre \u00bb. Plus qu\u2019adapter, l\u2019auteur &#8211; metteur en sc\u00e8ne, imagine un dialogue avec l\u2019\u0153uvre de Shakespeare. Ce dialogue se veut dans l\u2019urgence de faire du th\u00e9\u00e2tre, de rester debout dans un monde en crise. Mettant en sc\u00e8ne une variation autour, d\u2019Hamlet, Macaigne, tente une repr\u00e9sentation du chaos, du bruyant, utilisant tous les artifices du th\u00e9\u00e2tre. C\u2019est un monde sur sc\u00e8ne qui agencent l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 du monde, les strates de l\u2019histoire et la bord\u00e9lique ville d\u2019Avignon en juillet. Rappelant que le metteur en sc\u00e8ne voit dans Hamlet, un personnage vivant dans l\u2019urgence et se reconstruisant dans la haine pour l\u00e9gitimer sa violence, il recourt \u00e0 la repr\u00e9sentation de cette violence par le cri et les engueulades. Les acteurs ne se parlent plus, ils s\u2019invectivent, s\u2019aboient dessus. C\u2019est une repr\u00e9sentation du monde qui ne saurait plus se parler.<\/strong> <\/em><br \/>\nSur une sc\u00e8ne, jonch\u00e9e d\u2019\u00e9l\u00e9ments h\u00e9t\u00e9roclites, de r\u00e9f\u00e9rences multiples au monde pass\u00e9 et pr\u00e9sent, nous sommes face \u00e0 une accumulation de clich\u00e9s. Clich\u00e9s ou caricatures communs qui nomment le connu, le reconnu. Cela passe des drapeaux fran\u00e7ais, danois au pr\u00e9fabriqu\u00e9 surplombant le plateau. Un agencement constitu\u00e9 de troph\u00e9es de chasse, distributeurs automatiques de boisson, squelette, croix chr\u00e9tienne, fosse \u00e0 purins qui renvoient \u00e0 un espace commun o\u00f9 les disparit\u00e9s se c\u00f4toient et sont un d\u00e9nominateur commun de la soci\u00e9t\u00e9. \u00c0 l\u2019installation des spectateurs, un acteur nous accueille en nous proposant comme un chauffeur de salle d\u2019\u00e9mission t\u00e9l\u00e9, de se lever, d\u2019agiter les bras, de chanter avec lui, de le rejoindre sur la plateau pour faire de la sc\u00e8ne un dancefloor. Sur la pelouse qui tapisse le plateau dont Macaigne s\u2019inqui\u00e9tait qu\u2019elle ne soit trop propre, des spectateurs ob\u00e9issant \u00e0 une pulsion de la f\u00eate se retrouvent \u00e0 ex\u00e9cuter une chor\u00e9graphie en chantant men\u00e9s par ce bateleur. Cette invitation \u00e0 fouler le gazon par endroit boueux est accompagn\u00e9e de jets de mottes de terre humide \u00e0 l\u2019endroit du public et de \u00ab c\u2019est Avignon mais on s\u2019en fout \u00bb.  Mani\u00e8re d\u2019introduire que le spectacle pas tout \u00e0 fait d\u00e9but\u00e9 sera le lieu de l\u2019exc\u00e8s, de la f\u00eate. Tentative de f\u00eate avort\u00e9e par Horatio, qui interrompant notre chauffeur de salle, nous explique qu\u2019il va nous raconter l\u2019histoire de son ami Hamlet mort il y a \u00e0 peine deux mois. Le bateleur, moustache et chemise hawa\u00efenne ouverte pr\u00e9cise que la mort remonte \u00e0 un mois et demi seulement. Ce couple se lance dans un duo comique entre clown et r\u00e9f\u00e9rence au duo De Caunes \u2013 Garcia de Nulle part ailleurs. Ils s\u2019engueulent, se battent dans la boue.  Ils jouent dans l\u2019exc\u00e8s, dans la d\u00e9mesure. Cette exag\u00e9ration s\u2019adresse au public, d\u00e9place les codes du rapport aux spectateurs et n\u2019est pas sans rappeler Peter Handke et son \u00ab Outrage au public \u00bb.<br \/>\nPar glissement, la pi\u00e8ce d\u2019Hamlet est racont\u00e9e \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une parodie, d\u2019une caricature. Macaigne nous propose son Hamlet, utilisant le texte et la narration \u00e0 loisir, ajoutant ses mots. Inscrivant Hamlet dans une histoire de famille o\u00f9 pr\u00e9valent les rapports de force et d\u2019engueulades. Au mariage du Roi Claudius et de la Reine Gertrude, le mari\u00e9 est affubl\u00e9 d\u2019un costume de banane. Costume qui n\u2019est pas sans rappeler Ubu o\u00f9 une chanson r\u00e9cente de Philippe Katerine. Claudius veut faire taire la tristesse du Roi disparu, p\u00e8re d\u2019Hamlet, en pr\u00f4nant la f\u00eate, la joie. Son programme politique se r\u00e9sume \u00e0 \u00ab soyez joyeux \u00bb. Un ordre plus m\u00eame qu\u2019une invitation. Cet ordre, il le lance au milieu de ce festival d\u2019Avignon, qui est cette f\u00eate du th\u00e9\u00e2tre. Avec ironie, Macaigne rappelle sans cesse que la violence du monde est voisine de l\u2019exub\u00e9rante Avignon. On pensera \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 du spectacle de Guy Debord et de ses premi\u00e8res lignes : \u00ab Toute la vie des soci\u00e9t\u00e9s dans lesquelles r\u00e8gnent les conditions modernes de production s&rsquo;annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui \u00e9tait directement v\u00e9cu s&rsquo;est \u00e9loign\u00e9 dans une repr\u00e9sentation. \u00bb. Une critique que Macaigne proclame \u00e0 l\u2019endroit d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 construit pour le loisir \u00e0 laquelle il sait qu\u2019in\u00e9luctablement il participe. Tentative qui utilise la d\u00e9rision et l\u2019humour potache qui fait rire en m\u00eame temps qu\u2019il fait grincer des dents. Tentative vaine comme celle d\u2019Hamlet de faire reconna\u00eetre Claudius comme l\u2019assassin de son p\u00e8re. Ce p\u00e8re Hamlet 1er, un spectre, repr\u00e9sent\u00e9 par un furet empaill\u00e9 qui est insaisissable dans la pi\u00e8ce comme le furet est fuyant dans la chanson, \u00ab il court il court le furet : il est pass\u00e9 par ici, il repassera par l\u00e0 \u00bb. La narration suit son court avec \u00e7a et l\u00e0 des d\u00e9tournements, des ajouts. Ce travail joue de la pi\u00e8ce, se joue de nous et interroge le rapport au pouvoir en inscrivant Claudius au centre de \u00ab Au moins j\u2019aurai fait un beau cadavre \u00bb. Claudius proche d\u2019un Richard III qui sait dans une deuxi\u00e8me partie s\u2019apitoyer sur son sort et nous demander piti\u00e9 pour les actes qu\u2019il a commis. Claudius qui s\u00e9questre Oph\u00e9lie quand Richard III fait enfermer les enfants de son fr\u00e8re. Claudius qui viole Oph\u00e9lie renvoyant \u00e0 l\u2019histoire de Natascha Kampusch en Autriche. Ce viol comme tentative d\u2019explication de la noyade d\u2019Oph\u00e9lie. Ce suicide se passe sous le regard de tous les autres personnages et du furet empaill\u00e9. Claudius qui arriv\u00e9 en haut de son \u00e9norme ch\u00e2teau gonflable se laisse engloutir par la chute due au d\u00e9gonflage de ce monument enfantin faisant r\u00e9f\u00e9rence autant \u00e0 McDonald\u2019s qu\u2019\u00e0 un jeux sur une plage touristique. Lors de cet effondrement on entend l\u2019acteur r\u00e9p\u00e9ter \u00ab mon ch\u00e2teau, mon ch\u00e2teau, mon ch\u00e2teau \u00bb, et on entendra Richard III dire \u00ab un cheval, un cheval \u00bb<br \/>\nAvant l\u2019entracte, Macaigne nous propose l\u2019ironie et la caricature comme pouvaient l\u2019\u00eatre les sketches des Inconnus dans les ann\u00e9es 90. Puis vient la deuxi\u00e8me partie o\u00f9 il se joue des codes d\u2019un th\u00e9\u00e2tre contemporain esth\u00e9tisant. Acteur \u00e0 contre jour, fabrication d\u2019images efficaces, musiques accompagnant le spectateur et dramatisant l\u2019\u00e9motion. Il utilise des r\u00e9f\u00e9rences au cin\u00e9ma de Gaspar No\u00e9 en rejouant la sc\u00e8ne du meurtre dans Irr\u00e9versible. La noyade d\u2019Oph\u00e9lie dans un aquarium n\u2019est pas sans rappeler la Furia dels baus qui pr\u00e9sentait une performance avec une mari\u00e9e dans un aquarium luttant contre la mont\u00e9e de l\u2019eau. Oph\u00e9lie se noyant est accompagn\u00e9e par les autres personnages avec l\u2019id\u00e9e que c\u2019est toute une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 la d\u00e9rive, s\u2019asphyxiant elle m\u00eame dans sa consanguinit\u00e9 et son enfermement sur soi. Macaigne agence son spectacle en faisant cohabiter des esth\u00e9tiques, des rapports au public. Il nous emm\u00e8ne en n\u2019\u00e9tant pas dupe de nos r\u00e9serves. Il affirme une proposition qu\u2019il voudrait coup de poing mais qu\u2019il sait vaine. En sortant du spectacle, traversant Avignon la nuit, nous nous souvenons du chaos sur la sc\u00e8ne du clo\u00eetre des Carmes en regardant les rues pleines de d\u00e9tritus, d\u2019affiches d\u00e9chir\u00e9es dans le caniveau et d\u2019odeur de pisse et de bi\u00e8re m\u00eal\u00e9es. L\u2019Hamlet de Macaigne nous aura laiss\u00e9 un beau cadavre de notre soci\u00e9t\u00e9 du spectacle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212; Au clo\u00eetre des Carmes, Vincent Macaigne pr\u00e9sente une adaptation d\u2019Hamlet qui s\u2019appelle \u00ab Au moins j\u2019aurai laiss\u00e9 un beau cadavre \u00bb. Plus qu\u2019adapter, l\u2019auteur &#8211; metteur en sc\u00e8ne, imagine un dialogue avec l\u2019\u0153uvre de Shakespeare. Ce dialogue se veut dans l\u2019urgence de faire du th\u00e9\u00e2tre, de rester debout dans un monde en crise. Mettant en sc\u00e8ne une variation autour, d\u2019Hamlet, Macaigne, tente une repr\u00e9sentation du chaos, du bruyant, utilisant tous les artifices du th\u00e9\u00e2tre. 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