


{"id":774,"date":"2011-07-10T20:11:00","date_gmt":"2011-07-10T18:11:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=774"},"modified":"2011-07-10T20:11:00","modified_gmt":"2011-07-10T18:11:00","slug":"la-vengeance-dangelica-liddell","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/la-vengeance-dangelica-liddell\/","title":{"rendered":"La Vengeance d&rsquo;Angelica Liddell"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212;<br \/>\n<em> <strong>Maudits soyons-nous d&rsquo;applaudir l&rsquo;\u0153uvre de Angelica Liddell, rayonnante et magistralement debout, habitant pendant pas moins de trois heures trente, la salle Montfavet avec son nouveau spectacle : Maldito sea el hombre : Projet d&rsquo;alphab\u00e9tisation. La madril\u00e8ne a l&rsquo;an pass\u00e9, conquis le public Avignonnais avec La Casa de la Fuerza, spectacle dont Angelica Liddell explique qu&rsquo;il \u00ab relevait le d\u00e9fi de me survivre \u00e0 moi-m\u00eame. Pas de m\u00e9diation, pas de personnage. Rien que la pornographie de l&rsquo;\u00e2me \u00bb. Apr\u00e8s l&rsquo;expression pure de la douleur, l&rsquo;artiste d\u00e9veloppe un second tableau, qui nous renvoie toujours \u00e0 sa profonde solitude. Elle choisit cette fois-ci d&rsquo;utiliser l&rsquo;innocence pour nous parler de son extinction et des l\u00e9sions irr\u00e9parables de l&rsquo;enfance, cr\u00e9ant un ab\u00e9c\u00e9daire clairement teint\u00e9 de son r\u00e9cent apprentissage de la langue fran\u00e7aise. E comme enfance, B comme bande, Z pour Zidane&#8230;<\/strong> <\/em><br \/>\nLe spectacle d\u00e9bute par une sorte de r\u00e9p\u00e9tition de kermesse, d\u00e9voilant 12 fillettes dans un costume rappelant celui d&rsquo;Alice aux pays des merveilles, d&rsquo;un dor\u00e9 de circonstance, surmont\u00e9 d&rsquo;oreilles de lapin lam\u00e9es or elles aussi. Enrob\u00e9es d&rsquo;un d\u00e9cor en carton p\u00e2te creus\u00e9 de 8 portes myst\u00e9rieuses et d&rsquo;arbres en deux dimensions, voici le monde imaginaire de la cr\u00e9atrice. Des lapins empaill\u00e9s, ou au moins morts, accompagnent les acteurs durant tout le spectacle, objets d&rsquo;une cruelle tendresse. La version fran\u00e7aise de Porque ta vas, interpr\u00e9t\u00e9 par Jeannette dans le film Cria Cuervos, de Carlos Saura traversera elle aussi la pi\u00e8ce. Un leitmotiv dont la candeur d\u00e9senchant\u00e9e s&rsquo;\u00e9puise et nous \u00e9puise, en donnant un aper\u00e7u du go\u00fbt amer qu&rsquo;Angelica Liddell a besoin de partager, pour se venger de la vie.<br \/>\nDes images et des sons du film p\u00e9n\u00e8trent l&rsquo;esth\u00e9tique de la pi\u00e8ce : danse complice de deux fillettes, caresses \u00e9tranges&#8230; La metteur et sa s\u0153ur, son double, sont alt\u00e9rit\u00e9 symbolique, jouent elles aussi \u00e0 \u00eatre des enfants mortes, mais dans des corps adultes.<br \/>\nCe n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas un hasard si le titre de Saura est en a fait une partie du proverbe \u00ab Cria cuervos, que te sacaron los ojos \u00bb,1rejoignant la proph\u00e9tique phrase de Liddell : \u00ab M\u00e9fies toi \u00bb.<br \/>\nPropos qui oriente l&rsquo;ab\u00e9c\u00e9daire qui a guid\u00e9 son \u00e9criture et tous les \u00e9l\u00e9ments de la repr\u00e9sentation. Ainsi elle ressuscite le loup des contes de f\u00e9es, la famille autour des tables de mariage, le piano qui joue sans pianiste, les avions en papier qui s&rsquo;\u00e9crasent, les chaussettes rouges d&rsquo;\u00e9coli\u00e8re : tant de symboles de l&rsquo;imaginaire collectif qui pass\u00e9s par ses mains et par son collage, fabriquent un tableau esth\u00e9tique et exotique.<br \/>\nCar c&rsquo;est bien d&rsquo;exotisme dont il est question : langue espagnole essouffl\u00e9e qui nous est peu famili\u00e8re, couleurs criardes. L&rsquo;effet hispanique g\u00e9n\u00e9ral participe pour beaucoup au charme de la pi\u00e8ce et du personnage Liddell. Les propos parfois tr\u00e8s instinctifs dans leur charge \u00e9motive, comme celui du p\u00e8re violeur face \u00e0 la m\u00e8re muette et protectrice, sont comme englob\u00e9s dans la langue qui nous \u00e9loigne et nous rend parfaitement spectateurs de sa vision de la famille, cr\u00e9ant ou non un tableau de fiction.<br \/>\nM\u00eame proc\u00e9d\u00e9 avec F comme France : l&rsquo;auteure nous parle \u00e0 nous fran\u00e7ais, avec notre capitale et nos clich\u00e9s : pour Angelica, les fran\u00e7ais mangent, parlent de politique et mangent encore. Elle d\u00e9peint ensuite notre pr\u00e9sident, et crie son envie pulsionnelle de se tirer une balle devant ses yeux.<br \/>\nCes propos r\u00e9sonnent dans une langue dont le sur-titrage ne permet pas toujours la totale compr\u00e9hension et c&rsquo;est l&rsquo;appr\u00e9hension globale et la malice provocatrice dans le regard de l&rsquo;actrice, qui permettent, ensemble, d&rsquo;y trouver justesse.<br \/>\nExotisme encore avec la troupe d&rsquo;acrobates chinois qui jaillissent sur le plateau les uns apr\u00e8s les autres. Jeunes, athl\u00e9tiques, ils apaisent les corps des acteurs qui ralentissent alors pour les faire exister. Caricatures de l&rsquo;\u00e9picier chinois immigr\u00e9 en Espagne dont Angelica nous parle d\u00e8s les dix premi\u00e8res minutes, \u00e9change rassurant d&rsquo;un \u00ab combien \u00e7a coute? Soixante centimes \u00bb, qui revient tout au long du spectacle, autant d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments qui forment un bloc de repr\u00e9sentations \u00e0 la fois dr\u00f4les impossibles \u00e0 saisir. C&rsquo;est en \u00e9coutant les conf\u00e9rences de presse que l&rsquo;on fait le lien entre ce qui nous est propos\u00e9 et son origine. Tout est n\u00e9 du contexte d&rsquo;\u00e9criture, et appartient avant tout \u00e0 la cr\u00e9atrice. Les gymnastes am\u00e8nent un num\u00e9ro de cirque sur une musique d&rsquo;Ennio Morricone et une d\u00e9monstration de ta\u00ef-chi. Des masques en plastique grossiers d&rsquo;un gar\u00e7on et d&rsquo;une fillette, nous renvoient soit \u00e0 des affiches de propagande mao\u00efste, soit aux produits Hello Kitty qui envahissent les cartables des jeunes \u00e9coli\u00e8res. On se laisse noyer ou s\u00e9duire par son univers.<br \/>\nApr\u00e8s l&rsquo;entracte, le d\u00e9cor a chang\u00e9, plus terne et plus sombre, ce sont maintenant des buis en plastique qui structurent le fond de sc\u00e8ne. Les deux femmes ont rev\u00eatu des jupes pliss\u00e9es et des chemises noires, rejointes par deux hommes : la figure du philosophe Wittgenstein, qui correspond \u00e0 la lettre W de l&rsquo;ab\u00e9c\u00e9daire, et d&rsquo;un petit homme dont le visage rappelle celui des acteurs de Jean Pierre Jeunet. Eux aussi en Kilt, l&rsquo;homme \u00e0 la voix d&rsquo;enfant et le g\u00e9ant \u00e0 la d\u00e9marche de centaure, sont des propositions \u00e9dulcor\u00e9es du masculin, virilit\u00e9 absente ou tourn\u00e9e au ridicule.<br \/>\nLe spectacle se termine par l&rsquo;assemblage d&rsquo;une sculpture : celle du plasticien Enrique Marty, \u00e0 qui seule Angelica Liddell a r\u00e9ussi \u00e0 donner envie d&rsquo;utiliser le plateau de th\u00e9\u00e2tre comme support de cr\u00e9ation.<br \/>\nDouze corps de polystyr\u00e8ne dans des positions de contorsion, forment gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;assemblage du com\u00e9dien Wittgenstein, une pyramide humaine d&rsquo;environ deux m\u00e8tres cinquante. Ensanglant\u00e9s, mannequinis\u00e9s, tordus dans des positions douloureuses, ils nous renvoient pourtant aux acrobaties des gymnastes chinois, sans que l&rsquo;on arrive \u00e0 construire un lien qui fasse vraiment sens.<br \/>\nPaint in black, Shubert, un morceau de rock espagnol : la bande sonore autant que le reste, ne r\u00e9pond qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;immense collage des choses qui touchent Angelica Liddell, lui plaisent, la raccrochent \u00e0 la vie ou lui font perdre pied. C&rsquo;est ce qui peut laisser dubitatif \u00e0 la sortie de ce spectacle, qui cr\u00e9e un univers visuel tr\u00e8s fort. Alliant des moments d&rsquo;une grande po\u00e9sie \u00e0 une sorte d&rsquo;instinct de survie dont on ne peut que saluer le caract\u00e8re monumental et organique, il donne l&rsquo;impression de n&rsquo;\u00eatre que par un seul point, qui est en fait une personne : l&rsquo;auteure, metteur en sc\u00e8ne et interpr\u00e8te, la femme au c\u0153ur viande hach\u00e9e2.<br \/>\nOn peut \u00eatre g\u00ean\u00e9 ou embarqu\u00e9 par cette centralisation, qui porte le risque admirablement endoss\u00e9 et assum\u00e9, de passer \u00e0 cot\u00e9 du public.<br \/>\nA la fois omnipr\u00e9sente dans le processus de cr\u00e9ation et objet de celle-ci, on assiste \u00e0 l&rsquo;\u00e9ructation d&rsquo;un monde dont la violence renvoie \u00e0 sa propre vie et on s&rsquo;interroge sur la port\u00e9e que peut avoir ce r\u00e8glement de compte avec l&rsquo;humanit\u00e9 sur le spectateur.<br \/>\n1\u00ab Eleves des corbeaux, et ils t&rsquo;arracheront les yeux \u00bb<br \/>\n2Angelica Liddell , entretien : http:\/\/lebruitduoff.com\/2011\/06\/14\/avignon-2011-entretien-avec-angelica-liddell\/<br \/>\n\ufeff<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212; Maudits soyons-nous d&rsquo;applaudir l&rsquo;\u0153uvre de Angelica Liddell, rayonnante et magistralement debout, habitant pendant pas moins de trois heures trente, la salle Montfavet avec son nouveau spectacle : Maldito sea el hombre : Projet d&rsquo;alphab\u00e9tisation. 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