


{"id":775,"date":"2011-07-09T20:13:00","date_gmt":"2011-07-09T18:13:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=775"},"modified":"2011-07-09T20:13:00","modified_gmt":"2011-07-09T18:13:00","slug":"la-cour-dhonneur-ouvre-son-festival-avec-enfant-de-boris-charmatz","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/la-cour-dhonneur-ouvre-son-festival-avec-enfant-de-boris-charmatz\/","title":{"rendered":"La Cour d\u2019honneur ouvre son festival avec \u00ab Enfant \u00bb de Boris Charmatz."},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p><em> <strong>Fort d\u2019une exp\u00e9rience de deux ans au Mus\u00e9e de la danse 1, Boris Charmatz, l\u2019artiste associ\u00e9 \u00e0 ce 65\u00e8me Festival d\u2019Avignon a avec Hortense Archambault et Vincent Baudriller voulu cette \u00e9dition sous le signe du collectif. Un collectif qui ferait du festival lui-m\u00eame une \u0153uvre d\u2019art aux multiples facettes compos\u00e9e de chacun des spectacles. C\u2019est l\u2019enfance qui est \u00e0 l\u2019honneur pour ce festival. Nous avons pu voir, \u00ab Petit projet de la mati\u00e8re \u00bb et \u00ab Sun \u00bb qui mettaient en sc\u00e8ne des enfants. Pour l\u2019ouverture de la cour d\u2019honneur, Boris Charmatz propose un spectacle avec 26 enfants et 9 danseurs. Cette proposition est sobrement appel\u00e9e \u00ab Enfant \u00bb. Nous assistons \u00e0 un spectacle o\u00f9 nous sommes interrog\u00e9s sur le rapport que nous entretenons \u00e0 l\u2019enfance. Une r\u00e9flexion o\u00f9 se m\u00ealent la beaut\u00e9, la violence et l\u2019abandon. Cet abandon qui est plus pr\u00e8s du l\u00e2cher prise, du laisser-faire que du renoncement. Un abandon qui donne aux danseurs petits et grands une responsabilit\u00e9 vis-\u00e0-vis de la chor\u00e9graphie. C\u2019est aussi un abandon de l\u2019effet de mise en sc\u00e8ne et du spectaculaire au profit de notre capacit\u00e9 \u00e0 construire nos histoires, notre narration \u00e0 partir de nos sensations, de notre imaginaire et de notre m\u00e9moire.<\/strong> <\/em><br \/>\nSur sc\u00e8ne, trois corps sont abandonn\u00e9s au repos. Les danseurs sont habill\u00e9s en noir se confondant avec le sol qui les supporte. Au centre, une sorte de rampe de skate et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 une sorte de grue. Tous ces \u00e9l\u00e9ments sont noirs. Ils nous apparaissent comme des \u00e9l\u00e9ments li\u00e9s \u00e0 l\u2019enfance qui bouge et qui construit. La lumi\u00e8re ouvre le spectacle. Ce sont des lampes \u00e0 d\u00e9charge qui ne peuvent se r\u00e9gler ni au niveau de l\u2019intensit\u00e9, ni au niveau de leur diffusion. Elles sont autonomes, elles chauffent et au fur \u00e0 mesure leur intensit\u00e9 et leur couleur se modifient. Elles \u00e9chappent au contr\u00f4le esth\u00e9tisant et spectaculaire. Elles s\u2019allument dans une sorte d\u2019explosion et dans un blanc tr\u00e8s soutenu, puis tr\u00e8s vite elles passent par un orang\u00e9 vif avant de trouver une teinte plus l\u00e9g\u00e8re. Cette m\u00e9canique lumineuse fait place \u00e0 la grue qui se met en marche. Elle enroule un c\u00e2ble qui dessine un parcours sur toute la sc\u00e8ne de la cour d\u2019honneur. Comme des enfants nous suivons cet enroulement, cette magie m\u00e9canique. En m\u00eame temps qu\u2019il y a une douceur et une simplicit\u00e9 dans ce mouvement du fil, du lien, il y a cet arrachement des points d\u2019accroche. Le d\u00e9tachement de ce lien donne lieu \u00e0 des d\u00e9chirures physiques et sonores. Au bout du lien, la grue active un corps allong\u00e9. Ce danseur involontaire traverse le plateau par la force de la machine. La grue d\u00e9lie le lien pour activer le mouvement de cette danseuse. C\u2019est le tour d\u2019un autre lien d\u2019\u00eatre ramen\u00e9 et d\u2019un autre danseur de parcourir le plateau tir\u00e9 par un pied et suspendu \u00e0 deux m\u00e8tres du sol. Puis le rectangle noir \u00e0 l\u2019avant sc\u00e8ne sur lequel se trouvait une danseuse inerte se met \u00e0 remonter le long de la rampe de skate devenu un tapis roulant. Toutes ces machines s\u2019activent, elles entra\u00eenent le mouvement des danseurs, elles donnent \u00e0 voir une chor\u00e9graphie de l\u2019abandon et en m\u00eame temps de l\u2019incroyable. Les machines nous donnent tous les codes pour comprendre comment cet incroyable est possible. Nous avons la pr\u00e9sence de l\u2019artifice qui nous permet la visualisation de ce corps suspendu la t\u00eate en bas qui s\u2019envole, reste suspendu et se repose au sol. Dans ce repositionnement du corps au sol, la machine, la grue nous montre la m\u00e9canique du corps humain et donc sa facult\u00e9 de mouvement. Comment les poignets compl\u00e8tement rel\u00e2ch\u00e9s se plient pour se r\u00e9pandre sur le sol. La machine mod\u00e8le le corps abandonn\u00e9, mais c\u2019est l\u2019esprit, l\u2019intelligence et le savoir qui permettent \u00e0 la m\u00e9canique de chor\u00e9graphier les corps.<br \/>\nApr\u00e8s ce ballet des machines et des corps d\u00e9tendus, viens le temps de l\u2019activit\u00e9 des danseurs. Ils charrient des coulisses les corps rel\u00e2ch\u00e9s des enfants. Ils sont les transporteurs, les passeurs de la chor\u00e9graphie de l\u2019abandon. Les danseurs mettent en mouvement les corps abandonn\u00e9s des enfants et encore une fois \u00e7a danse \u00e0 l\u2019endroit des corps inertes en m\u00eame temps que \u00e7a danse dans le corps des agissants. \u00c7a danse aussi dans cette fusion des corps m\u00eal\u00e9s. Les danseurs dans un soin pr\u00e9cis prennent, tra\u00eenent les enfants qui dans une confiance \u00e0 la fois belle et terrifiante se laissent modeler, fa\u00e7onner. C\u2019est dans ce sommeil conscient que les enfants vont vivre leurs r\u00eaves de voler, de danser, de passer de bras en bras, de se tra\u00eener par terre, de ramper. C\u2019est dans le terrifiant rapport qu\u2019on entretient aujourd\u2019hui aux enfants que les spectateurs vont charrier  des images de maltraitance, de charnier d\u2019enfants. Boris Charmatz ne nous impose pas une seule voie, il en met plusieurs en friction. Notre regard lui invente ses fictions. C\u2019est du vivant qui s\u2019abandonne \u00e0 l\u2019autre, ce sont des enfants qui se laissent faire par des adultes. Dans un monde du cloisonnement et de la m\u00e9fiance, nous assistons \u00e0 un \u00e9change entre des adultes et des enfants dans une confiance aveugle. Cet \u00e9change passe par la chor\u00e9graphie. C\u2019est donc le corps qui se met en jeu et c\u2019est cet endroit que notre soci\u00e9t\u00e9 d\u2019image \u00e0 tendance \u00e0 oublier et exclure. La danse est l\u00e0 mais pas \u00e0 l\u2019endroit de la virtuosit\u00e9 des interpr\u00e8tes. Elle est dans le voyage de ces corps m\u00e9lang\u00e9s. Dans cette d\u00e9bauche de soin, d\u2019\u00e9nergie et de concentration, les danseurs trouvent de l\u2019air en se d\u00e9barrassant de leur tee-shirt ou de leur pantalon. Ils couvrent les corps des enfants inanim\u00e9s qui dorment presque. Au cours de cette partition o\u00f9 les enfants ont travers\u00e9s la sc\u00e8ne dix fois, se sont retrouv\u00e9s la t\u00eate en bas, ont \u00e9t\u00e9 tra\u00een\u00e9s, transport\u00e9s, ballot\u00e9s, pli\u00e9s, ont fait l\u2019avion&#8230; Ces enfants deviennent les mod\u00e8les d\u2019une danse impossible pour les danseurs. Ce modelage des enfants par les adultes est physique, charnel mais il n\u2019est pas sans r\u00e9fl\u00e9chir le moulage des enfants par la soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\nAlors vient le temps de la bascule o\u00f9 les enfants prennent leur corps en main et rejoignent la danse. Dans cette chor\u00e9graphie collective arrive le chaos. On ne sait plus qui donne le \u00ab\u00a0la\u00a0\u00bb, qui m\u00e8ne la danse. Les enfants imitent les grands. Les grands paraissent d\u00e9pass\u00e9s par l\u2019\u00e9nergie des enfants. Ils dansent joyeusement en se d\u00e9barrassant qui de son tee-shirt, qui de son pantalon. C\u2019est une communaut\u00e9 qui danse avec ses codes, ses rituels. Avec leur \u00e9nergie les enfants forcent les danseurs \u00e0 abandonner. Les jeunes prennent le pouvoir et instrumentalisent les corps des neuf danseurs. Ils sont petits, fr\u00eales mais ils sont nombreux. Ils s\u2019entraident pour tirer, transporter un corps. Ils montent, dansent sur un autre. Ils ont le pouvoir et donne \u00e0 voir une possible cruaut\u00e9, une possible anarchie. Ils ont la cour d\u2019honneur comme cour de r\u00e9cr\u00e9ation, comme espace pour danser. Un joueur de cornemuse les rejoint, clin d\u2019\u0153il sans doute \u00e0 la Bretagne o\u00f9 Boris Charmatz et son \u00e9quipe se sont install\u00e9s depuis 2009. Mais le musicien \u00e9vite la musique traditionnelle au profit d\u2019un son, d\u2019un souffle appartenant \u00e0 cette communaut\u00e9. C\u2019est \u00e9galement un clin d\u2019\u0153il au joueur de fl\u00fbte de Hamelin qui attira tous les enfants de la ville apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 chass\u00e9 \u00e0 coup de pierre. Clin d\u2019\u0153il qui n\u2019est pas d\u00e9nu\u00e9 d\u2019humour si on songe que ce flutiste \u00e9tait charg\u00e9 de d\u00e9barrasser Hamelin de ces petits rats, qui sont \u00e0 l\u2019op\u00e9ra les jeunes danseurs. Coup double pour le musicien m\u00eame si les 26 enfants pr\u00e9f\u00e8rent remettre en marche la grue pour le suspendre la t\u00eate en bas. Dans un \u00e9lan enfantin de justice et de justesse, c\u2019\u00e9tait effectivement le seul \u00e0 n\u2019avoir pas encore \u00e9t\u00e9 manipul\u00e9. Contraint \u00e0 l\u2019abandon de son corps, il continue \u00e0 jouer sa musique. Il entraine toute cette communaut\u00e9 enfants et danseurs \u00e0 se retrouver pour une derni\u00e8re farandole pleine de plaisir et de partage. Cette farandole nous abandonne \u00e0 nos sensations, nos r\u00e9flexions et \u00e0 ce complexe m\u00e9lange qu\u2019est celui de l\u2019enfant.<br \/>\nCe renoncement, cet abandon des corps met au travail l\u2019imagination, la capacit\u00e9 \u00e0 fabriquer. Les id\u00e9es et les images v\u00e9hicul\u00e9es sont multiples et contradictoires et dialoguent avec le spectateur dans sa singularit\u00e9. Boris Charmatz et son \u00e9quipe ne nous racontent pas d\u2019histoire sauf peut-\u00eatre celle d\u2019une communaut\u00e9 \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Mais quelles histoires nous sommes nous racont\u00e9s ? Quelles images avons nous per\u00e7ues ? Quelles id\u00e9es nous ont travers\u00e9s ? \u00c0 quelles r\u00e9flexions nous sommes nous abandonn\u00e9s ?<br \/>\n    *Le Mus\u00e9e de la danse est le nom que Boris Charmatz a donn\u00e9 au Centre Chor\u00e9graphique de Rennes lorsqu\u2019il en a pris la direction. Il a pens\u00e9 ce lieu comme un espace ouvert et un espace de croisements.<br \/>\nhttp:\/\/www.museedeladanse.org\/lemusee\/manifeste<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fort d\u2019une exp\u00e9rience de deux ans au Mus\u00e9e de la danse 1, Boris Charmatz, l\u2019artiste associ\u00e9 \u00e0 ce 65\u00e8me Festival d\u2019Avignon a avec Hortense Archambault et Vincent Baudriller voulu cette \u00e9dition sous le signe du collectif. 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