


{"id":776,"date":"2011-07-09T20:13:00","date_gmt":"2011-07-09T18:13:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=776"},"modified":"2011-07-09T20:13:00","modified_gmt":"2011-07-09T18:13:00","slug":"lidell-lalphabet-du-refus","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/lidell-lalphabet-du-refus\/","title":{"rendered":"Lidell, l\u2019alphabet du refus"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212;<br \/>\n<em> <strong>Il est 17H00 et la salle Monfavet est pleine. Dans le programme du festival, Angelica Lidell proposera dans quelques instants Maldito sea el Hombre que confia en el hombre: un projet d\u2019alphab\u00e9tisation. \u00c7a durera, 3H15 entracte compris. Apr\u00e8s La Casa de la fuerza, la fid\u00e9lit\u00e9 d\u2019Hortense Archambault et Vincent Baudriller au travail de la chor\u00e9graphe et femme de th\u00e9\u00e2tre espagnole donnera au festivalier le sentiment d\u2019une charge f\u00e9roce (le texte surtitr\u00e9) et d\u2019une mise en sc\u00e8ne presque pastorale et parfois contemplative.<\/strong> <\/em><br \/>\n<em>La meurtri\u00e8re de Dieu<\/em><br \/>\nRemarqu\u00e9e, aux Carmes, l\u2019an dernier, avec La Casa de la fuerza, Angelina Lidell avait \u00e9t\u00e9 au terme du Festival d\u2019Avignon consacr\u00e9e par la profession et la presse qui y voyaient l\u00e0, une s\u0153ur de Pippo Del Bono, un membre de la Societas Raffaello Sanzio\u2026 Dans El Cultural, Luis Maria Anson \u00e9crivait ainsi : \u00ab Y claro, al concluit, La casa de la fuerza, el publico puesto en pie se rompio las manos aplaudiendo a una escritora, a una directora, a una actriz inalcanzable, que se escondia entre sus actores y que es hoy el nombre de referecia del teatro espanol \u00bb[1]. Soit la description d\u2019une \u00e9toile qu\u2019attendait depuis longtemps le th\u00e9\u00e2tre espagnol qui tient enfin son g\u00e9nie, comme le cin\u00e9ma, avec Luis Bunuel eut le sien. \u00ab La meurtri\u00e8re de Dieu \u00bb comme le titrait Anson pourrait d\u2019ailleurs tout \u00e0 fait \u00eatre la fille du r\u00e9alisateur, partageant avec le fondateur de l\u2019Ordre de Tol\u00e8de (d\u00e9volu \u00e0 voler la caisse du couvent), plusieurs de ces mythes obsessionnels. A commencer par Figueres ville o\u00f9 r\u00e9sida Lidell, mais aussi ville natale de Salvadore Dali et complice de Bunuel. Au del\u00e0 de ce cette anecdote et ce hasard, on pourrait surtout souligner le paradigme commun qui unit l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. L\u2019\u00e9rotisme de Bunuel ( ou une pulsion religieuse transcend\u00e9e) trouvant un reflet dans \u00ab la pornographie de l\u2019\u00e2me \u00bb que revendique Lidell qui cherche \u00e0 \u00ab s\u2019introduire dans la conscience humaine \u00bb. Go\u00fbt partag\u00e9 encore pour la conscience de la mort, les animaux morts, le piano, et une certaine pratique du cadavre exquis qui, rappelons-le, consiste \u00e0 rejeter la culture et l\u2019\u00e9ducation pour ne plus privil\u00e9gier que les premi\u00e8res images, instinctives et inconscientes qui viennent \u00e0 l\u2019esprit. Ces cadavres exquis, chez la fondatrice de la Compagnie Atras bilis, s\u2019incarnant aussi, aujourd\u2019hui, dans le rapport qu\u2019elle entretient \u00e0 une interdisciplinarit\u00e9 qui lui permet de trouver dans les pratiques plurielles la mati\u00e8re unifiante de ses visions sans limites.<br \/>\nA Madrid depuis 1993 avec sa compagnie, Lidell \u00ab l\u2019anti-sociale \u00bb dit-elle d\u2019elle-m\u00eame, ou plus cliniquement \u00ab la sociopathe sous contr\u00f4le \u00bb comme elle se d\u00e9finit pr\u00e9cis\u00e9ment, est avant tout une nihiliste qui voit dans le monde une mafia infectieuse dont les parrains sont : les professeurs, les gens de bon go\u00fbt, les intello-bourgeois adeptes de la culture soft\/loft, les machos masqu\u00e9s, les putains de tout poil en col blanc ou pas, les suceurs de t\u00e9ton de Madone, les pr\u00eatres calott\u00e9s ou d\u00e9froqu\u00e9s, les m\u00e8res muettes ou Madr\u00e9 consentante, les p\u00e8res affectueux : les Padr\u00e9 atteint de priapisme chronique tous azimuts\u2026 Toutes ces \u00ab Familles \u00bb qui forment la famille que l\u2019on nomme aussi \u00ab syndicat du crime \u00bb. D\u2019une phrase Lidell raye cet ordre social, moral, politique : \u00ab Je n\u2019ai pas beaucoup de sympathie pour le genre humain. Je me d\u00e9tache de plus en plus de l\u2019id\u00e9e de l\u2019humain. Je n\u2019ai pas de sentiment d\u2019appartenir \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Heureusement, je suis capable de contr\u00f4ler ce d\u00e9sir de d\u00e9truire le monde, gr\u00e2ce au th\u00e9\u00e2tre \u00bb. Et d\u2019ajouter : \u00ab Toute ma confiance dans l\u2019homme s\u2019est trouv\u00e9e massacr\u00e9e \u00e0 cause d\u2019exp\u00e9riences tr\u00e8s dures qui ont fini par m\u2019\u00e9loigner de tout et m\u2019ont conduite \u00e0 l\u2019isolement \u00bb. L\u2019isolement : soit, une entr\u00e9e en \u00e9criture\u2026<br \/>\nDe l\u2019ab\u00e9c\u00e9daire<br \/>\nEcrivant plus qu\u2019\u00e9crivain, Ang\u00e9lica Lidell entre donc en \u00e9criture. Et si \u00ab Maudit soit l\u2019homme qui se confie en l\u2019homme \u00bb : un projet d\u2019alphab\u00e9tisation est une cr\u00e9ation, une performance, c\u2019est d\u2019abord et avant tout un texte[2] en forme de gueuloir de 60 pages. Un texte bref, a\u00e9r\u00e9 en ces pages pour autant que les lignes qui le composent, elles, sont d\u2019une densit\u00e9 th\u00e9matique. Texte o\u00f9 les chapitres sont compos\u00e9s des lettres de l\u2019alphabet qui viennent dans un d\u00e9sordre d\u00e9boussolant alors que la premi\u00e8re page de ce r\u00e9cit \u00e9gr\u00e8ne les unes apr\u00e8s les autres chaque lettre et les relie \u00e0 une pens\u00e9e, un mot mis en relief. \u00ab A comme Argent, B comme Bande, C comme Com\u00e9die (Com\u00e9die-Fran\u00e7aise), E comme enfant, F comme France\u2026 jusqu\u2019\u00e0 Z comme Zidane \u00bb. Ordre primitif de ce r\u00e9cit sans personnage o\u00f9 la voix de la narratrice (Lidell sur sc\u00e8ne !), d\u00e8s lors qu\u2019elle passe \u00e0 l\u2019\u00e9criture, s\u2019engage dans une morgue violente, r\u00e9p\u00e9titive, assassine qui l\u2019oblige \u00e0 privil\u00e9gier l\u2019\u00e9lan de la pens\u00e9e plut\u00f4t que l\u2019organisation chronologique de ce qu\u2019elle avait \u00e9nonc\u00e9e. Ecriture ou petit livre de proph\u00e9ties, sur le mod\u00e8le du Livre de J\u00e9r\u00e9mie dont le titre rapporte la trace. Maudit soit l\u2019homme n\u2019est pas une histoire, mais plut\u00f4t la somme de haines rang\u00e9es, comptabilis\u00e9es le temps d\u2019une vie et d\u2019exp\u00e9riences. Ce n\u2019est pas un livre de pens\u00e9e, comme l\u2019ab\u00e9c\u00e9daire de Deleuze l\u2019est, mais un ab\u00e9c\u00e9daire pulsionnel, organique, vibrant o\u00f9 l\u2019auteur \u00e9ructe avec force son d\u00e9go\u00fbt pour les artifices, les politesses, les r\u00e8gles du savoir-vivre\u2026 Un livre donc, o\u00f9 \u00e0 la d\u00e9monstration, Lidell pr\u00e9f\u00e8re la force de p\u00e9n\u00e9tration de la r\u00e9p\u00e9tition et de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 obsessionnel : \u00ab Fourre-toi tes bonnes intentions dans le cul. Fourre-toi ton faux amour du prochain dans le cul. Fourre-toi ton baratin de petit-intello-bourgeois-europ\u00e9en-responsable-d\u00e9vou\u00e9-\u00e0-la-culture bien au fond du cul \u00bb peut-on lire \u00e0 la lettre A. Ecrit sur le mode d\u2019un acte d\u2019accusation adress\u00e9 \u00e0 la conscience, sans autre souci que d\u2019instruire ( projet d\u2019alphab\u00e9tisation est le titre) du vice de toutes les vertus, c\u2019est moins une forme \u00e9crite qu\u2019un cri retranscrit que livre Lidell. Cri satellis\u00e9 aux th\u00e8mes de l\u2019amour vol\u00e9, de la mort pr\u00e9matur\u00e9e d\u00e8s la premi\u00e8re trahison, du virus du m\u00e9pris contract\u00e9 d\u00e8s le premier dialogue, de la sexualit\u00e9 pornographi\u00e9e, du mensonge comme respiration, du viol organis\u00e9 en r\u00e9union, de la foutue enfance abus\u00e9e, de la bouffe et de la graisse\u2026 Soit une partition presque fellinienne o\u00f9 l\u2019outrance et l\u2019outrage sont ins\u00e9parables d\u2019un mode d\u2019\u00e9criture qui ne cherche pas un style, mais qui condamne le style, l\u2019apparence, le maquillage et ses effets. L\u00e0 est peut-\u00eatre la force de cette \u00ab \u00e9criture du d\u00e9sastre \u00bb.<br \/>\nEcriture circulaire que celle de Lidell qui semble inscrire certaines phrases ou mots dans un \u00e9ternel retour et qui, comme Michel Foucault l\u2019\u00e9crivait, nous condamne \u00e0 observer ce qui, revenant, est soulign\u00e9. \u00ab Schubert \u00bb fait partie de ces mots \u00ab l\u2019\u00e2me ne progresse pas. Donc on ne peut pas jouer du Schubert \u00bb d\u00e9cide Lidell. Et avec Schubert s\u2019\u00e9prouve aussi la tendresse m\u00e9lancolique qui n\u2019en finit pas d\u2019agonir dans des vomissement lexicaux et sonores. \u00ab Schubert \u00bb ou un mot musical et harmonieux dans ce d\u00e9dale tumultueux. Ecriture circulaire, dis-je, mais et aussi, \u00e9criture de cycles. Comme ceux, finalement, que forme Pasolini : cycle de la merde, cycle du sang, etc\u2026 Et de voir en Lidell, dans un rythme autre, dans un autre rapport \u00e0 la langue, un autre lien \u00e0 la phrase\u2026 une parente de Pier Paolo Pasolini. Lidell qui s\u2019inscrit, d\u00e8s lors, aupr\u00e8s de celui qui sentait une \u00ab vitalit\u00e9 d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e \u00bb et produisit, \u00e0 travers ses films, son th\u00e9\u00e2tre,ses \u00e9crits, une sorte \u00ab d\u2019alphabet du refus \u00bb. Lidell, dans ses cycles, exprime, elle, une pens\u00e9e en cage, une pens\u00e9e fauve.<br \/>\nEt pour autant, lisant le livre, passant ces lettres et leurs d\u00e9veloppements brutaux, parfois une des signes de l\u2019alphabet va chercher la simplicit\u00e9 de l\u2019intimit\u00e9. O, \u00ab et tu survivras gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ombre \u00bb.<br \/>\nEt parfois, la lecture s\u2019arr\u00eate sur une page blanche o\u00f9 par exemple, \u00e0 la lettre D comme douleur, la page vide est comme un miroir qui appelle notre confession, notre expression\u2026 notre examen.<br \/>\nAu terme du livre seul, c\u2019est \u00e0 Cioran, \u00e0 son Pr\u00e9cis de D\u00e9composition, \u00e0 son \u0153uvre de condamnation que l\u2019on songe. Et n\u2019\u00e9tait-ce l\u2019\u00e9criture d\u00e9pec\u00e9e et la syntaxe d\u00e9soss\u00e9e de Lidell,et les \u00e9carts parfois dr\u00f4les d\u2019un rire jaune\u2026 que l\u2019on pourrait imaginer qu\u2019elle en est le spectre revenu.<br \/>\nSc\u00e8nes tablo\u00efd<br \/>\nNeuf petites filles habill\u00e9es dans un costume dor\u00e9 et affubl\u00e9es d\u2019oreilles de lapin jouent innocemment sur la sc\u00e8ne \u00e0 des jeux r\u00e9cr\u00e9atifs o\u00f9 le pas de deux se confond \u00e0 une partie de marelle. Elles ressemblent \u00e0 des emballages de bonbons chinois servis au restaurant. Lidell les d\u00e9gagera quelques instants plus tard. Se pointant sur le plateau, avec en mains, les cadavres de lapin qu\u2019elle jette au sol. Et d\u2019entendre la premi \u00e8re lettre, E comme enfant : \u00ab je n\u2019ai pas connu un seul enfant qui soit devenu un bon adulte \u00bb. Dans le m\u00eame costume que les petites filles qu\u2019elle vient d\u2019ex\u00e9cuter m\u00e9taphoriquement (n\u2019est-elle pas elle-m\u00eame morte ?), Lidell est rejointe par sa complice et amie Lola Jimenez. Maldito commence alors vraiment et s\u2019ach\u00e8vera par la lettre U. Comme utopie, o\u00f9 la derni\u00e8re phrase devrait mettre fin au tragique ind\u00e9passable dans lequel s\u2019inscrit l\u2019humanit\u00e9 : \u00ab Que plus un enfant ne soit con\u00e7u \u00e0 la surface de la Terre \u00bb, variation mullerienne de \u00ab on devrait coudre le ventre des m\u00e8res \u00bb.<br \/>\nEntre les deux lettres, E et U, l\u2019alphabet mis en sc\u00e8ne aura gagn\u00e9 l\u2019iconoclastie de mondes se chevauchant, se superposant, s\u2019interp\u00e9n\u00e9trant. Donnant aux images re\u00e7ues la force \u00e9trange d\u2019un univers pris entre formes figuratives et constructions symboliques surr\u00e9alistes. Comme si Alice au pays des merveilles de Caroll avait mang\u00e9 \u00e0 table avec Ulysse de Joyce avant de partouser, Lidell fabrique une fresque prise dans un monde interlope, un bordel urbain et de campagne, fait de commerce illicite o\u00f9 seul (elle le r\u00e9p\u00e9tera comme on croit \u00e0 une pri\u00e8re) : \u00ab entrer dans une \u00e9picerie chinoise et demander : Il reste du pain\/ Oui\/ C\u2019est combien ?\/ Soixante centimes\/ \u2026 ce sont parfois les seules phrases sinc\u00e8res que l\u2019on peut entendre de la journ\u00e9e \u00bb. Entre les deux, donc, une s\u00e9rie de tableaux qui rel\u00e8vent des pages des plus glauques de la presse (imaginez le Sun), viendront taquiner la r\u00e9tine. A commencer par ce d\u00e9cor sylvestre de carton p\u00e2te o\u00f9 des arbres morts peints en fond de sc\u00e8ne font de l\u2019ombre \u00e0 des arbres na\u00effs et color\u00e9s. Espace pictural et figural o\u00f9 la voix de Lidell \u00e9crase les consonnes et les voyelles rimbaldiennes pour faire entendre le noir de l\u2019existence. Solo parfois lard\u00e9 d\u2019humour et de d\u00e9rision dr\u00f4le. D\u00e9cor ou tableau d\u2019Henri Rousseau, dit le \u00ab douanier \u00bb, que le verbe lidellien, sans fronti\u00e8res, va peupler de d\u00e9tritus, de corps morts, de saloperies mentales\u2026 Un peu comme si une bande de campeurs barbares \u00e9tait pass\u00e9 par l\u00e0 et avait polluer le site pictural. Lidell, elle, pointe les pollutions mentales, blouson de cuir noir, bas r\u00e9sille sous chaussette de mauvais go\u00fbt, clope au bec\u2026 C\u2019est Betty Boop (historiquement une figure dessin\u00e9e aux allures de chienne anthropomorphe) relook\u00e9, anti Monroe, ant-Bimbo (nom du chien de Betty Boop), qui donne dans la r\u00e9vision des le\u00e7ons. R\u00e9visions, oui, histoire de mettre un mouchoir plein des larmes qu\u2019elle a pleur\u00e9es. Phrase heidegerrienne (pardon) \u00e0 la lettre Q : \u00ab Il faut avoir beaucoup pleur\u00e9 pour en \u00eatre l\u00e0 \u00bb. Etre-l\u00e0 ou \u00eatre, Da-sein ou sein, c\u2019est plus la question. Et Lidell de marcher, s\u2019\u00e9tendre, se planter devant la salle, ou devant un mur \u00e0 jardin comme devant l\u2019\u0153uvre d\u2019un ma\u00e7on des lamentations\u2026<br \/>\nLes images seront multiples, inextricables d\u2019un verbe qui n\u2019\u00e9claire rien de leur pr\u00e9sence. Les images sont mentales et n\u2019ont d\u2019aucune mani\u00e8re la fonction de faire \u00e9cho aux mots. Les images sont parfois belles et pleine d\u2019une tranquillit\u00e9 sereine. Alors on \u00e9coute Schubert en boucle, peut-\u00eatre Fantasia opus 103, \u0153uvre pour piano \u00e0 quatre mains. Plus loin \u00e7a sera une chanson populaire, ou Paint in Black des Stones\u2026 Plus loin dans Maldito s\u2019exposera sous des formes renouvel\u00e9es la m\u00eame attente. Alors des acrobates chinois, comme venus en visite voir les deux s\u0153urs de Madrid, genre types de banlieues en survet, viennent balancer quelques canettes de bi\u00e8re dans le d\u00e9cor et faire de sauts p\u00e9rilleux. Et pr\u00e9f\u00e8rent, aussi, le saut \u00e0 la corde \u00e0 un usage plus grave. L\u2019un, lettre Z, porte le maillot du Real avec le nom de Zidane. Le porteur du maillot, Champion par procuration, comme tous ces types sur les escaliers qui attendent la prochaine coupe du monde en vieillissant, en s\u2019ennuyant. Schubert passe pour la \u00e9ni\u00e8me fois. La diode rouge du piano arrang\u00e9 l\u2019indique\u2026 Et c\u2019est toujours beau, m\u00eame plus beau quand Angelica dans les bras de Lola pique une crise de nerf.<br \/>\nEntracte. Ne nous trompons pas, il s\u2019agissait bien d\u2019un parc peupl\u00e9 d\u2019objets inattendus et c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre l\u2019extension d\u2019un asile. O\u00f9 une ambigu\u00eft\u00e9 lexicale qui permet de faire entendre que la folie n\u2019\u00e9tait pas \u00e9trang\u00e8re. Lidell \u00e9ructant, c\u2019\u00e9tait un peu \u00ab pour en finir avec le jugement de Dieu \u00bb d\u2019Artaud qui \u00e9tait audible.<br \/>\nRetour de l\u2019entracte. Vrais petits arbres en pot, taill\u00e9s \u00e0 la fran\u00e7aise. Taille cruelle comme l\u2019aura \u00e9t\u00e9 la diatribe contre la France, \u00e0 la lettre F. La lettre et l\u2019esprit que Lidell d\u00e9nonce\u2026.<br \/>\nDes images encore. Des verts, des jaunes, des bleues&#8230; Un cul fess\u00e9 dans quelques temps, comme \u00e7a. Une autre image. Un homme fait la d\u00e9monstration de Wittgenstein, dessine \u00e0 la craie, sur le sol, une table. Un rond + un rond en face, c\u2019est Padr\u00e9 et Madr\u00e9. Puis il se dessine en faisant faire \u00e0 la craie le tour de ses pieds. Deux petits ronds. On y verra une dualit\u00e9, une schizophr\u00e9nie larv\u00e9e chez l\u2019enfant. Merci papa, merci maman, XY. Lidell, Lola, un chinois, un danseur\u2026 ils portent tous des jupes pliss\u00e9es. L\u2019ordre du fer \u00e0 repasser et l\u2019ordre moral n\u2019ont jamais fait qu\u2019un. Le pli mythique du pantalon militaire. Lola nue, fa\u00e7on petit poucet, ramasse les miettes de pain que le danseur nu d\u00e9pose jusque sous un arbre. Certains y verront l\u2019Eden. Je me souviens juste du viol de l\u2019athl\u00e8te dans le petit bois de This is how you will disappear de Gis\u00e8le Vienne. C\u2019\u00e9tait au gymnase Aubanel, l\u2019an dernier.<br \/>\nLes jupes pliss\u00e9es sont grises,mais les chaussettes sont rouges et le pas de danse est un va et vient entre deux lapins nains de jardin.<br \/>\nEt puis, Schubert est moins pr\u00e9sent, et c\u2019est Purcell que l\u2019on entend maintenant. En boucle, toujours en boucle, alors que les cycles d\u00e9filent. \u00ab O que j\u2019aime ma solitude \u00bb chante un haute-contre. Alors que les potes chinois disposent sur sc\u00e8ne une sculpture de mannequins fig\u00e9s blancs, entach\u00e9s de marques de sang. Images de cadavres d\u2019Enki Bilal raviv\u00e9es et plus lointainement de \u00ab our body \u00bb ou ce qu\u2019il en resterait.<br \/>\nEt les potes chinois du quartier qui accompagnent Lola et Ang\u00e9lica : ces demoiselles d\u2019Avignon, forment une bande gagn\u00e9e par la lassitude ou l\u2019ennui. Une caisse marqu\u00e9e Wittgenstein persiste en m\u00e9moire. Derni\u00e8re phrase du Tractatus : \u00ab ce dont on ne peut parler, il faut le taire \u00bb ou \u00ab sur ce dont on ne peut parler il faut garder le silence \u00bb. Lidell le sait et ne pr\u00e9tend ni par le verbe, ni par l\u2019image dire des v\u00e9rit\u00e9s ; mais seulement \u00e9clairer par l\u2019usage de la langue notre rapport \u00e0 la pens\u00e9e. Silence.<br \/>\nLe noir se noue sur ce qui est un cimeti\u00e8re o\u00f9 le temps de Maldito, Lidell aura ouvert quelques tombes, rompant l\u2019omerta sur des lieux communs. Maldito aura \u00e9t\u00e9 baroque. C\u2019est-\u00e0-dire libre, allant au plus simple, le temps d\u2019une promenade, \u00e0 l\u2019endroit d\u2019un jardin secret qui se donnait aussi \u00e0 voir comme un jardin public. O\u00f9 l\u2019\u00e9ternel combat des forces municipales pour pr\u00e9server le cadre de vie du dernier. Cadre de vie\u2026 tout ce que Lidell, dans Maldito, aura montr\u00e9 qu\u2019elle maudissait.<br \/>\n[1] Luis Maria Anson, \u00ab Ang\u00e9lica Lidell, la asesina de Dios \u00bb, El Cultural, 20 Juillet 2009<br \/>\n[2] Angelica Lidell, \u00ab Maudit soit l\u2019homme qui se confie en l\u2019homme \u00bb : un projet d\u2019alphab\u00e9tisation, traduction Chritilla Vasserot, Editions Solitaires intempestifs, 2011.<br \/>\nCr\u00e9dits photos, Ricardo Carrillo de Albanez.<br \/>\nspectacle sur-titr\u00c3\u00a9, du 8 au 13 \u00c3 17H00 ou 12H00, salle Montfavet<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212; Il est 17H00 et la salle Monfavet est pleine. Dans le programme du festival, Angelica Lidell proposera dans quelques instants Maldito sea el Hombre que confia en el hombre: un projet d\u2019alphab\u00e9tisation. \u00c7a durera, 3H15 entracte compris. Apr\u00e8s La Casa de la fuerza, la fid\u00e9lit\u00e9 d\u2019Hortense Archambault et Vincent Baudriller au travail de la chor\u00e9graphe et femme de th\u00e9\u00e2tre espagnole donnera au festivalier le sentiment d\u2019une charge f\u00e9roce (le texte surtitr\u00e9) et d\u2019une mise en sc\u00e8ne presque pastorale et<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-776","article","type-article","status-publish","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/776","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=776"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=776"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}