


{"id":778,"date":"2011-07-08T20:15:00","date_gmt":"2011-07-08T18:15:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=778"},"modified":"2011-07-08T20:15:00","modified_gmt":"2011-07-08T18:15:00","slug":"charmatz-danser-pensees","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/charmatz-danser-pensees\/","title":{"rendered":"Charmatz \u00ab danser \u00bb pens\u00e9es"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211;<br \/>\n<em> <strong>Ce jeudi 7 juillet, \u00e0 22H00, rang L de la Cour d\u2019Honneur du Palais des Papes, un ministre de la culture arrive un peu en retard et oblige ainsi les assis \u00e0 se relever. Spectre lointain d\u2019une standing ovation contrainte. Bient\u00f4t il souffrira la bronca du Peuple de la Cour quand David Lescot aura rappel\u00e9 les agressions dont sont victimes les communaut\u00e9s artistiques. De m\u00e9moire, les sifflets qui couvriront le bruit des martinets, et la dur\u00e9e de cette interpellation rageuse qui dit un ras le bol, une d\u00e9testation et une d\u00e9liaison, valaient bien ceux de tous les spectacles qui furent malmen\u00e9s dans ce lieu. Enfant, la cr\u00e9ation de Boris Charmatz, commencerait ensuite au retour du silence. Commencement o\u00f9 d\u00e8s les premiers instants, on percevait qu\u2019il s\u2019agirait d\u2019une ode, d\u2019un chant, d\u2019une symphonie libre, radicale, fascinante\u2026 Ou, en jeu, il serait question de quelque chose qui c\u00e8de, qui rompt, qui casse, comme le claquement des agrafes le fera r\u00e9sonner, afin qu\u2019une chose qui ne soit plus \u00e9piphanique ni mim\u00e9tique soit livr\u00e9e et trouve un passage.<\/strong> <\/em><br \/>\nB.C\u2026 en quelques fragments<br \/>\nFaire ou refaire l\u2019histoire de Boris Charmatz ou l\u2019itin\u00e9raire d\u2019un enfant rebelle dans le milieu chor\u00e9graphique. Pourquoi pas ? Savoir qu\u2019il est directeur du Mus\u00e9e de la danse de Rennes et qu\u2019il invente de nouveaux modes de travail en faisant de son lieu une base arri\u00e8re o\u00f9 se construisent des projets prot\u00e9iformes\u2026 Se souvenir de la bande qu\u2019il forme avec Xavier Le Roy, Rachid Ouramdame, J\u00e9rome Bel qui l\u2019accompagnent dans cette nouvelle \u00e9dition du Festival d\u2019Avignon dont il est le seul artiste associ\u00e9\u2026 Le reconna\u00eetre comme l\u2019un des \u00ab signataires du groupe du 20 ao\u00fbt \u00bb qui souhaitait ouvrir la danse \u00e0 un horizon inattendu. Savoir qu\u2019il fut du \u00ab Bocal \u00bb : \u00e9cole luttant contre le conformisme des conservatoires\u2026 Avoir gard\u00e9 en m\u00e9moire quelques-unes de ses cr\u00e9ations qui l\u2019\u00e9lev\u00e8rent au seuil d\u2019une visibilit\u00e9 : H\u00e9\u00e2tre-\u00e9l\u00e9vision (2002), Lev\u00e9e des conflits (2010) dans le festival Mettre en sc\u00e8ne de Rennes, A bras le corps (1993), Les Disparates (1994), La danseuse malade (2010 \u00e0 Avignon)\u2026 ou le jalouser pour avoir eu la chance d\u2019avoir des parentes communistes qui l\u2019emmenaient, enfant, voir les Humanit\u00e9s que sont Maguy Marin, Jean-Claude Galotta, Dominique Bagouet\u2026 Lesquels ne sont sans doute pas pour rien dans le choix d\u2019une vie et d\u2019une formation aupr\u00e8s de Regine Chopinot, Odile Duboc\u2026<br \/>\nEt croire \u00e0 tout ce qui se dit \u00e0 son propos, l\u2019imaginer \u00ab rentre-dedans \u00bb. S\u2019\u00e9pater qu\u2019il traduise pour les 26 enfants que compte Enfant des mouvements en jargon de r\u00e9cr\u00e9e pour d\u00e9signer un encha\u00eenement par \u00ab l\u2019h\u00e9licopt\u00e8re \u00bb, s\u2019amuser qu\u2019une envoy\u00e9e sp\u00e9ciale \u00e0 Rennes fasse trois lignes sur le motif du Tee-Shirt de Boris dont la poitrine est bard\u00e9e, fa\u00e7on Miss France, d\u2019un \u00ab protect yourself \u00bb. Et rire \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019elle y voit un \u00ab grigri \u00bb contemporain, l\u00e0 o\u00f9, en d\u00e9finitive, pour cet adepte de la \u00ab non-dance \u00bb dans les ann\u00e9es 90, il pourrait s\u2019agir plus simplement d\u2019afficher un avertissement pour tous les badauds qui franchissent le Mus\u00e9e de la danse de Rennes qu\u2019il tient en main depuis 2009. \u00ab Non Danse \u00bb comme il existe un Non-Art qui est un lieu, aussi, d\u2019inventions, d\u2019imaginations, de cr\u00e9ations\u2026. Pr\u00e9f\u00e9rer cette id\u00e9e-l\u00e0, d\u00e8s lors que l\u2019on aura entendu une fois pour toute que Boris Charmatz d\u00e9fie les codes, d\u00e9passe les limites, aime oublier les r\u00e8gles\u2026 au point que les pi\u00e8ces qu\u2019il fabrique peuvent entretenir un lien \u00e9troit avec la \u00ab danse conceptuelle \u00bb. Danse qui entretient avec les dispositifs et les installations un rapport aigu comme lorsqu\u2019il entre en dialogue avec le plasticien Toni Grand autour d\u2019un bloc jaune, qu\u2019il recourt \u00e0 un piano pour y allonger le spectateur\u2026 ou qu\u2019il puise dans les espaces interculturels de quoi nourrir son d\u00e9sir de chercher le mouvement et dans celui de l\u2019interdisciplinarit\u00e9 l\u2019occasion de travailler avec Bonnaf\u00e9, Balibar, etc.<br \/>\nArtiste associ\u00e9 oblige, Boris Charmatz doit lire, ici et l\u00e0, ce qui commence \u00e0 ressembler \u00e0 une biographie l\u00e9gendaire o\u00f9 le moindre de ses gestes (vie priv\u00e9e\/spectacles publics), la moindre de ses paroles (discours public\/confessions plus intimes) viendront grossir le portrait d\u2019un type de 38 ans qui, au d\u00e9tour d\u2019un entretien avec Vincent Baudriller et Hortense Archambault, dit : \u00ab Il s\u2019agit d\u2019inventer un espace public pour la danse qui ne soit ni un th\u00e9\u00e2tre ni une \u00e9cole, mais un tiers espace o\u00f9 l\u2019on ait le temps d\u2019exp\u00e9rimenter par et pour la danse \u00bb[1].<br \/>\nUn \u00ab Tiers Espace \u00bb, voil\u00e0 qui est dit. Bien dit, stimulant et rassurant. Voil\u00e0 qui nous \u00e9loigne de ces d\u00e9tails accessoires que sont les albums de famille, les modes vestimentaires, etc que d\u2019aucun \u00e9l\u00e8ve au rang de signes signifiants.<br \/>\nBoris Charmatz vous pr\u00e9vient et c\u2019est clair. Sans adopter la posture de l\u2019id\u00e9ologue ou du politique en campagne, il a lui aussi un programme : \u00ab Espace Public \u00bb \u00e0 inventer, un \u00ab Tiers espace \u00bb dit-il. En soi, \u00e7a ressemble \u00e0 une pens\u00e9e.<br \/>\nCharmatz \u00ab danser \u00bb pens\u00e9es.<br \/>\nUn \u00ab Tiers espace \u00bb comme il y eut un Tiers livre, un Tiers Etat\u2026 expression livr\u00e9e par Charmatz qui, d\u2019un coup, s\u2019inscrit dans la lign\u00e9e d\u2019un nouveau \u00e0 conqu\u00e9rir, \u00e0 inventer, \u00e0 penser. Tiers Espace qui est comme une terre \u00e0 gagner o\u00f9 le travail de Charmatz, comme celui auquel s\u2019attela Merce Cunnigham, Pina Bausch, Raimund Hogh (que j\u2019aime son travail !), est de penser la danse et permettre \u00e0 la danse de mettre la pens\u00e9e en mouvement. C\u2019est l\u00e0, entre ces deux p\u00f4les ins\u00e9parables qui articulent la th\u00e9orie et la pratique, l\u00e0 o\u00f9 le mouvement donne \u00e0 penser et la pens\u00e9e am\u00e8ne \u00e0 agir, que se situe le travail nomade de Boris Charmatz qui entend \u00ab dessiner le futur \u00bb en empruntant \u00e0 tous les horizons qu\u2019il parcourt. Horizons qui le tiennent au plus pr\u00e8s, aujourd\u2019hui, de la performance, des dispositifs, des plasticiens o\u00f9 les notions de temps, d\u2019\u0153uvre, de contenu, de formes, de sons, d\u2019images\u2026 ne sont plus ali\u00e9n\u00e9s \u00e0 l\u2019enjeu de la repr\u00e9sentation. Au sens o\u00f9 \u00ab repr\u00e9sentation \u00bb a trop souvent d\u00e9sign\u00e9 un mode esth\u00e9tique et une pratique po\u00e9tique o\u00f9 l\u2019on se reconna\u00eet. Au sens o\u00f9 \u00ab Repr\u00e9sentation \u00bb renvoie de facto \u00e0 un ordre esth\u00e9tique qui n\u2019est rien moins que la surface d\u2019un ordre politique et morale qui le sous-tend. S\u2019int\u00e9ressant au travail plastique du vid\u00e9aste Artur Zmijewski et aux vingt trois s\u00e9quences de Democrcies, Charmatz s\u2019inqui\u00e8te d\u00e8s lors du rapport que l\u2019image entretient avec le politique. Cette mani\u00e8re qu\u2019un art chor\u00e9graphique : l\u2019organisation du mouvement, l\u2019\u00e9lection d\u2019un geste, l\u2019agencement de d\u00e9placements\u2026 proc\u00e8dent tous d\u2019une mise en sc\u00e8ne qui forme des entit\u00e9s politiques et entretient un lien avec l\u2019espace id\u00e9ologique. Souscrire \u00e0 une ritualisation du mouvement, adh\u00e9rer \u00e0 une sacralisation du corps, faire son deuil d\u2019une exp\u00e9rience chor\u00e9graphique\u2026 C\u2019est, nous dit Charmatz, cautionner un certain ordre de la repr\u00e9sentation collective et ce qu\u2019elle induit. C\u2019est suivre une rh\u00e9torique qui finit par nourrir un r\u00e9pertoire. Mais Danser, n\u2019est-ce pas interroger ces rapports ? N\u2019est-ce pas s\u2019inqui\u00e9ter de l\u2019image que fabrique un corps ? Dans le propos de Charmatz qui fait une place \u00e0 des artistes \u00e0 Une Ecole d\u2019Art, il y a une invitation \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au rapport que l\u2019\u0153uvre d\u2019art entretient avec le politique. Il y a une invitation \u00e0 entrer en contact avec des \u0153uvres qui sont autant d\u2019exp\u00e9riences du politique. \u00c7a serait quoi le mouvement d\u2019un immigr\u00e9 ? \u00e7a ressemblerait \u00e0 quoi un geste d\u2019\u00e9galit\u00e9 ? Comment s\u2019amorcerait un mouvement de masse d\u00e9mocratique ? Comment faire sentir, encore, une m\u00e9moire ou \u00e9tendre celle-ci \u00e0 des repr\u00e9sentations plurielles ? Quelle place y a-t-il pour le r\u00eave et comment le partager dans un espace chor\u00e9graphique ?<br \/>\nDans un petit opus, Je suis une \u00e9cole, qu\u2019il a \u00e9crit, Boris Charmatz fait entendre la n\u00e9cessit\u00e9 de construire un espace dialectique o\u00f9 les acquis, la m\u00e9moire, les savoirs entrent en friction pour, encore, produire de l\u2019impr\u00e9visible, de l\u2019inattendu, de l\u2019incertain\u2026 Ou, un \u00ab Tiers Espace \u00bb qui est encore et toujours le lieu de l\u2019exp\u00e9rimentation, de l\u2019improvisation, celui de la performance, celui de l\u2019imagination\u2026 au pouvoir. Celui aussi de la conscience qu\u2019apprendre, c\u2019est avant tout apprendre une mani\u00e8re d\u2019apprendre qui est, par essence, exclusive et donc contestable. En soi, le \u00ab Tiers Espace \u00bb de Charmatz pourrait donc bien d\u00e9signer que se questionner, s\u2019interroger, parcourir le savoir, repenser les connaissances\u2026 n\u2019induit pas un risque, ni aucune peine, mais peut nous conduire \u00e0 faire l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un savoir nouveau qui viendrait d\u00e9faire l\u2019ancien. Bataillien Charmatz qui propose des \u00ab batailles \u00bb au festival ? C\u2019est-\u00e0-dire d\u2019ouvrir des dialogues !<br \/>\nAussi Charmatz, vraisemblablement, s\u2019il porte un Tee-Shirt o\u00f9 il est \u00e9crit \u00ab Protect yourself \u00bb, c\u2019est parce qu\u2019il propose une invitation \u00e0 se prot\u00e9ger, avant tout, de nous-m\u00eame. C\u2019est-\u00e0-dire se prot\u00e9ger de l\u2019absence de d\u00e9sir, de la fuite des espoirs, de l\u2019abandon des aventures, de la r\u00e9signation, de la facilit\u00e9, de l\u2019endormissement de l\u2019esprit, de l\u2019acceptation des contraintes, de la souscription aux r\u00e8gles, codes et limites\u2026<br \/>\nEnfant<br \/>\nLe plateau de la cour se livre au regard et un tapis roulant gris anthracite est l\u00e0, face aux gradins, qui fait croire \u00e0 une chaise longue pour g\u00e9ant. A c\u00f4t\u00e9, une machine m\u00e9tallique noire d\u00e9ploie un bras articul\u00e9. C\u2019est une sorte de grue d\u00e9volue au d\u00e9placement des charges avec poulies, filins, pieds en pieuvre \u00ab spit\u00e9s \u00bb dans le plancher. Restes esth\u00e9tis\u00e9s, peut-\u00eatre, des mat\u00e9riels auxquels ont eu recours les \u00e9quipes qui ont mont\u00e9 cette salle, et qui fascine Boris Charmatz. C\u2019est, dans le jargon de l\u2019art contemporain, un dispositif plastique. Une forme faite de mati\u00e8re et dont l\u2019utilit\u00e9 se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 mesure que les secondes passent.<br \/>\nAvec la nonchalance d\u2019une b\u00eate f\u00e9roce qui conna\u00eet sa force, le bras, qui pourrait \u00eatre une t\u00eate, se balance de droite \u00e0 gauche. Et ce mouvement exerce une tension sur un filin qui fait sauter les agrafes dispos\u00e9es de loin en loin, jusqu\u2019\u00e0 ce que cette corde : ce cordon ombilical, r\u00e9v\u00e8le qu\u2019il est attach\u00e9 aux corps de deux danseurs inertes. Apr\u00e8s ce temps, alors, o\u00f9 le diff\u00e9r\u00e9, l\u2019attente\u2026 sont autant d\u2019instants n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019action, la machine, cette \u00ab b\u00eate \u00bb, tracte ces presque cadavres et, dans un jeu \u00e0 peine cruel, les anime d\u2019un mouvement impuls\u00e9 par cette \u00e9nergie ext\u00e9rieure qui imprime au corps des postures soumises. Ces loques humaines sont ainsi le jouet de courses verticales r\u00e9p\u00e9titives, de d\u00e9placements horizontaux o\u00f9 la machine, qui semble avoir une intention, se heurte \u00e0 l\u2019inertie de ces vies absentes. Images d\u2019amas de chairs et de charniers, images de corps sans vie promis \u00e0 la d\u00e9charge et la fosse commune. Sons de cliquetis et bruits de chenilles en mouvement \u00e9galement qui ne sont pas \u00e9trangers \u00e0 l\u2019id\u00e9e que l\u2019on se fait du d\u00e9placement de forces brutales. Priv\u00e9s d\u2019une autonomie par cet automate, l\u2019homme qui inventa la machine semble, selon la pr\u00e9vision de Marx, en \u00eatre devenu la victime.<br \/>\nEt de regarder cette \u0153uvre \u00ab postcontemporaine \u00bb qui est, a \u00e9crit Lyotard dans Que Peindre ? : \u00ab moins monnayable, moins racontable, moins signifiable \u00bb, comme l\u2019image aussi d\u2019une \u00e8re postindustrielle, o\u00f9 l\u2019\u00e8re du vide aurait emport\u00e9 une victoire.<br \/>\nEnfant commence donc ainsi, dans le bruit r\u00e9gulier et m\u00e9canique que produit une machine qui s\u2019est greff\u00e9e \u00e0 la vie. A m\u00eame un son constant, un mouvement d\u00e9termin\u00e9 Enfant commence l\u00e0 o\u00f9 la vie semble achev\u00e9e. Instant incertain o\u00f9 la fin est en balance avec un commencement, o\u00f9 l\u2019image entretient un flou sur le devenir. Des corps ali\u00e9n\u00e9s subissent ainsi le roulement du tapis ou l\u2019image d\u2019une cha\u00eene de montage qui ne livre pas son dessein \u00e0 celui qui y officie. Une surface tape-cul n\u2019en finit pas d\u2019animer les danseurs de soubresauts. Dans cet espace, la conscience s\u2019est absent\u00e9e et la corpor\u00e9it\u00e9 est trait\u00e9e comme mati\u00e8re en attente d\u2019un geste pens\u00e9. Pour autant, ces tremblements, ces balancements, ces roulements ne sont pas \u00e9trangers au mouvement. Ils en sont les formes primaires, les esquisses souterraines et mini\u00e8res et seront, d\u00e8s lors qu\u2019une intention le d\u00e9cidera. Enfant d\u00e9signe alors peut-\u00eatre l\u2019enfance d\u2019un mouvement. Je veux dire sa forme g\u00e9n\u00e9tique, son informe plastique.<br \/>\nEt de voir d\u2019autres danseurs, tout en noir, venir disposer \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de ce c\u0153ur qui bat de mille bruits, des corps d\u2019enfants pris dans un sommeil ou une l\u00e9thargie qui n\u2019est pas diff\u00e9rente. Et de regarder les danseurs-manipulateurs se mettre en action et insuffler \u00e0 ces pantins enfantins une vie artificielle faite de petits gestes organis\u00e9s. C\u2019est un corps de ballet fun\u00e8bre qui se met ici en place, un corps de marionnettes bris\u00e9es. Image d\u2019effroi, image et sentiment d\u2019\u00eatre face \u00e0 des corps morts, d\u2019\u00eatre devant le spectre de quelque Classe morte imagin\u00e9e par Kantor. Images encore d\u2019une lutte terrible entre ce qui agit et ce qui est agi et \u00e9voquait l\u2019Epreuve de Feu. Images qui ne livrent aucune cl\u00e9 et renvoient celui qui regarde \u00e0 un monde sensible, \u00e0 ses pens\u00e9es int\u00e9rieures, \u00e0 ses souvenirs enfouis\u2026<br \/>\nSur le plateau, sans qu\u2019il soit possible de dire quand la mutation aura \u00e9t\u00e9 rep\u00e9r\u00e9e, 26 enfants sont maintenant en action et courent, s\u2019arr\u00eatent, affirment une trajectoire ou un mime, parmi les 9 danseurs. L\u2019\u00e9pisode Billies jean de Jakson d\u00e9pass\u00e9, les uns et les autres semblent partager une m\u00eame id\u00e9e, le m\u00eame app\u00e9tit de trouver dans l\u2019espace une mati\u00e8re propre. Inversion de gestes, appr\u00e9hension de comportements \u00e9changeables, mouvements partag\u00e9s, corps partiellement d\u00e9nud\u00e9s\u2026 les uns et les autres ont pris le dessus sur une machine qui a gagn\u00e9 un \u00e9tat d\u2019inertie, \u00e0 moins que la b\u00eate ne sommeille.<br \/>\nQuelque chose de vivant est l\u00e0 qui ravage le champ visuel. Ce qui se passe n\u2019est pas narratif, mais explosif comme seule devrait \u00eatre la pens\u00e9e, d\u2019apr\u00e8s Nietzsche. Et d\u2019entendre le son rock d\u2019une cornemuse disputer au cri des mouettes qui viennent envahir la cour\u2026 Et de regarder ce joueur de binio\u00f9 entreprendre d\u2019\u00eatre un Hamelin. Sorte d\u2019aimant du mouvement qui finira suspendu, pareille \u00e0 une carcasse.<br \/>\nL\u2019affolement des d\u00e9placements, mais aussi l\u2019image des poings sur les yeux que l\u2019on pose au sortir du sommeil ou au d\u00e9but d\u2019une tristesse se m\u00ealent dans cette pi\u00e8ce chor\u00e9graphique o\u00f9 sont atomis\u00e9s la sym\u00e9trie, la rectitude, l\u2019uniformisation\u2026<br \/>\nAussi, alors que tous s\u2019\u00e9cartent du plateau au bout d\u2019un peu plus d\u2019une heure, Enfant a livr\u00e9 \u00e0 la cour son \u00e9tonnante vitalit\u00e9, ses images d\u00e9livr\u00e9es de leur r\u00e9f\u00e9rence, ses sons initiatiques \u00e0 quelques espaces inou\u00efs\u2026 Des pens\u00e9es qui inscrivent le travail de Boris Charmatz dans une cour d\u2019Honneur \u00e0 laquelle il permit d\u2019\u00eatre une cour de r\u00e9-cr\u00e9ation. Comprenons le lieu commun, le Tiers espace, le passage de toutes les \u00e9nergies qui font que l\u2019ordre et le d\u00e9sordre sont consubstantiels du mouvement. De la cr\u00e9ation.<br \/>\n[1] Une Ecole d\u2019Art, pour le Festival d\u2019Avignon 2011, \u00e9dition P.O.L. Petit livre offert gratuitement \u00e0 tous les festivaliers.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211; Ce jeudi 7 juillet, \u00e0 22H00, rang L de la Cour d\u2019Honneur du Palais des Papes, un ministre de la culture arrive un peu en retard et oblige ainsi les assis \u00e0 se relever. Spectre lointain d\u2019une standing ovation contrainte. Bient\u00f4t il souffrira la bronca du Peuple de la Cour quand David Lescot aura rappel\u00e9 les agressions dont sont victimes les communaut\u00e9s artistiques. 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