


{"id":780,"date":"2011-07-07T20:12:00","date_gmt":"2011-07-07T18:12:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=780"},"modified":"2011-07-07T20:12:00","modified_gmt":"2011-07-07T18:12:00","slug":"matiere-et-memoire","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/matiere-et-memoire\/","title":{"rendered":"Mati\u00e8re et M\u00e9moire"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;-<br \/>\n<em> <strong>Sans qu\u2019il puisse \u00eatre question d\u2019hommage posthume \u00e0 Odile Duboc (d\u00e9c\u00e9d\u00e9e en avril 2010), ouvrir le festival d\u2019Avignon, au Gymnase du lyc\u00e9e Mistral, avec Petit Projet de la mati\u00e8re d\u2019Anne-Karine Lescop relevait d\u2019un clin d\u2019\u0153il amical de Boris Charmatz : chor\u00e9graphe et artiste associ\u00e9 de la 65\u00e8me \u00e9dition du festival, complice d\u2019Odile Duboc, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990. Ce 6 juillet, et comme \u00e9voqu\u00e9 le matin \u00e0 la conf\u00e9rence de presse de l\u2019Ecole d\u2019Art, \u00ab l\u2019enfance \u00bb serait au rendez-vous, \u00e0 commencer par ces trentes minutes o\u00f9 16 petits jeunes, de 6 \u00e0 11 ans, viennent au plateau\u2026 \u00e0 pieds du quartier Monclar.<\/strong> <\/em><br \/>\nAu d\u00e9but de l\u2019automne 2009, au Mans, Odile Duboc parlait de Projet de la mati\u00e8re en \u00e9voquant \u00ab l\u2019air, le feu, l\u2019eau \u00bb, \u00e0 la mani\u00e8re de Gaston Bachelard, dans L\u2019Air et les songes : un essai sur l\u2019imagination du mouvement. Pour la chor\u00e9graphe, il s\u2019agissait d\u2019\u00e9prouver les mat\u00e9riaux et l\u2019influence qu\u2019ils exer\u00e7aient sur le mouvement des danseurs. La pi\u00e8ce cr\u00e9\u00e9e en 1993 \u00e9tait ainsi l\u2019objet d\u2019une reprise o\u00f9 Odile Duboc revenait sur les enjeux po\u00e9tiques, plastiques, esth\u00e9tiques et m\u00e9moriels qui sous-tendent une \u0153uvre, son agencement, sa cr\u00e9ation&#8230; Ou l\u2019histoire d\u2019un pi\u00e8ce chor\u00e9graphique qui interrogeait les processus de m\u00e9moire \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le mouvement laiss\u00e9 presque libre. Sorte d\u2019exp\u00e9rimentation et d\u2019improvisation, la m\u00e9moire jouait ici une source sensitive, plus ou moins consciente, venant \u00e0 la surface dans le corps des danseurs. L\u2019\u00e9criture de cette pi\u00e8ce participait d\u00e8s lors d\u2019un mode sensible, \u00e9nigmatique, plein de souvenirs secrets et de rencontres avec des objets, des mati\u00e8res. Mode sensible qui rebondissait sur les \u00ab cr\u00e9ations tactiles \u00bb imagin\u00e9es par la plasticienne Marie-Jos\u00e9 Pillet.<br \/>\nDe ces archives, de ce dessein, Petit Projet de la mati\u00e8re a conserv\u00e9 la fibre. Et alors qu\u2019Anne-Karine Lescop avait re\u00e7u l\u2019accord d\u2019Odile Duboc pour ce projet, c\u2019est l\u2019adjectif \u00ab Petit \u00bb qui vaut pour seule nuance. \u00ab Petit \u00bb ou l\u2019un des mots qui vient indistinctement dans la langue fran\u00e7aise comme l\u2019adjectif accol\u00e9 au \u00ab petit chagrin \u00bb, \u00ab petit malin \u00bb, \u00ab petit dur \u00bb, \u00ab petit amour \u00bb, \u00ab petit calin \u00bb\u2026 \u00ab Petit \u00bb ou le mot qui d\u00e9signe toujours et encore une forme d\u2019intimit\u00e9, de relation \u00e0 l\u2019abri du regard de la communaut\u00e9, de sentiment qui s\u2019\u00e9veille. \u00ab Petit \u00bb ou rien moins qu\u2019un \u00e9tat qui d\u00e9signe l\u2019embryonnaire, le commencement. Mais, et toujours, une force, une puissance, une \u00e9nergie, une intensit\u00e9 qui g\u00eet dans tout commencement, dans toute origine.<br \/>\nPetit projet de la mati\u00e8re est ainsi li\u00e9 \u00e0 l\u2019histoire lexicale du mot \u00ab petit \u00bb, lequel, en d\u00e9finitive, participe toujours d\u2019une grandeur, d\u2019une totalit\u00e9, d\u2019un absolu. \u00ab Petit \u00bb dit ainsi une chose et son contraire. Et personne n\u2019ignore qu\u2019\u00e9crire un \u00ab petit po\u00e8me \u00bb signifie pr\u00e9cis\u00e9ment qu\u2019un po\u00e8me est l\u00e0 qui d\u00e9signe une chose essentielle.<br \/>\nTout comme ce po\u00e8me chor\u00e9graphique interpr\u00e9t\u00e9 par des petits bouts qui viennent en front de sc\u00e8ne s\u2019\u00e9chouer sur une bande de lumi\u00e8re, rebondir sur une plage de vide fin, sur des galets gris \u00e9normes, sur des coussins de lumi\u00e8res&#8230; Rompus \u00e0 une discipline asc\u00e9tique o\u00f9 leur sourire (\u00ab heureux d\u2019\u00eatre du voyage \u00bb lit-on) vient souligner le plaisir, ces jeunes danseurs tiennent lieu de signes imaginaires dispers\u00e9s dans un espace abstrait. Pour un peu, on les croirait Mati\u00e8re grise s\u2019interrogeant sur l\u2019origine d\u2019un mouvement : qu\u2019est-ce qui fait que je tiens debout ? Comment je peux tomber ? Est-ce que le corps de l\u2019autre offre une r\u00e9sistance ? D\u2019o\u00f9 vient que je marche ? Comment se connecte-t-on \u00e0 l\u2019air dans le bond ?\u2026 Les questions sont s\u00e9rielles et na\u00efves. Elles ne pr\u00e9tendent ici que rappeler les origines secr\u00e8tes du mouvement et de la danse.<br \/>\nPetit Projet de la Mati\u00e8re est ainsi un temps fait d\u2019impulsions (celle que l\u2019on donne au pied pour d\u00e9marrer. Celle que l\u2019on donne \u00e0 la jambe pour se relever\u2026). Un temps compos\u00e9 aussi de pulsions sonores o\u00f9 un bruit d\u2019eau, un son de grain tamis\u00e9, un craquement\u2026 constituent l\u2019envers sonore d\u2019un monde explorable et d\u2019un espace \u00e0 conqu\u00e9rir. Et de les voir immobile et disparaissant, ou s\u2019arr\u00eater pour trouver une pose r\u00e9gl\u00e9e, ou s\u2019\u00e9loigner et s\u2019affronter aux surfaces des objets d\u2019un monde lunaire, d\u2019un bord de mer insolite, d\u2019un seuil de toutes les mani\u00e8res.<br \/>\nPetits somnambules pris en flagrant d\u00e9lit de libert\u00e9 de mouvement, belles endormies au creux de galets \u00e9dredons, Juliette, Arthur, Suzanne, Sim\u00e9on, Yannis, Matisse, Dorine, Ninon\u2026 figurent sur sc\u00e8ne comme autant d\u2019indices de la complicit\u00e9 entre la mati\u00e8re et la m\u00e9moire. Dans le labyrinthe qui semble guider leur trajectoire, le corps rapporte les \u00e9tats de l\u2019esprit, il lui fraie un passage, trouvant dans l\u2019arr\u00eat, dans le d\u00e9placement, le saut\u2026 un exutoire o\u00f9 les images sont le miroir sensible d\u2019\u00e9tats incertains. Pi\u00e8ce, in fine, qui permet de voir dans le mouvement un geste arch\u00e9ologique o\u00f9 danser, c\u2019est toujours, encore, un art de penser les sources lointaines qui nourrissent l\u2019esprit.<br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Odile Duboc - Projet de la mati\u00e8re\" frameborder=\"0\" width=\"500\" height=\"287\" src=\"https:\/\/geo.dailymotion.com\/player.html?video=xdckbl&#038;\" allowfullscreen allow=\"autoplay; fullscreen; picture-in-picture; web-share\"><\/iframe><br \/>\nA suivre les 7 et 8 \u00c3 18H00, gymnase du lyc\u00c3\u00a9e Mistral<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;- Sans qu\u2019il puisse \u00eatre question d\u2019hommage posthume \u00e0 Odile Duboc (d\u00e9c\u00e9d\u00e9e en avril 2010), ouvrir le festival d\u2019Avignon, au Gymnase du lyc\u00e9e Mistral, avec Petit Projet de la mati\u00e8re d\u2019Anne-Karine Lescop relevait d\u2019un clin d\u2019\u0153il amical de Boris Charmatz : chor\u00e9graphe et artiste associ\u00e9 de la 65\u00e8me \u00e9dition du festival, complice d\u2019Odile Duboc, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990. 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