


{"id":781,"date":"2011-07-07T20:12:00","date_gmt":"2011-07-07T18:12:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=781"},"modified":"2011-07-07T20:12:00","modified_gmt":"2011-07-07T18:12:00","slug":"les-enfants-du-quartier-monclar-ouvrent-la-65eme-edition-du-festival-davignon","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/les-enfants-du-quartier-monclar-ouvrent-la-65eme-edition-du-festival-davignon\/","title":{"rendered":"Les enfants du quartier Monclar ouvrent la 65\u00e8me \u00e9dition du Festival d&rsquo;Avignon"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;-<br \/>\n<em> <strong>\u00c7a commence, la 65\u00e8me \u00e9dition du festival s\u2019ouvre avec une conf\u00e9rence de presse sous le signe de l\u2019ouverture, du plaisir et de \u00ab l\u2019enfant \u00bb. Boris Charmatz raconte comment le titre \u00ab Enfant \u00bb s\u2019est impos\u00e9 comme une \u00e9vidence dans sa simplicit\u00e9, au singulier alors qu\u2019il pr\u00e9sente une pi\u00e8ce avec 26 enfants et une dizaine d\u2019adulte. Ensuite Anne-Karine Lescop parle de son \u00ab Petit projet de la mati\u00e8re \u00bb, une cr\u00e9ation avec 16 enfants de 6 \u00e0 11 ans. Le travail s&rsquo;est imagin\u00e9 \u00e0 partir de la cr\u00e9ation du \u00ab Projet de la mati\u00e8re \u00bb d\u2019Odile Duboc qui a commenc\u00e9 en 1993 et \u00e0 laquelle Anne-Karine Lescop a particip\u00e9 en tant que danseuse. Elle se souvient qu\u2019en 1993, Odile Duboc venait de prendre la direction du CCN de Belfort et qu\u2019elle avait pris le temps de travailler avec son \u00e9quipe. C\u2019\u00e9tait le d\u00e9but du \u00ab Projet de la mati\u00e8re \u00bb qui allait modifier profond\u00e9ment le rapport qu\u2019Odile Duboc entretenait avec la danse et le mouvement. Ce travail autour de la mati\u00e8re a \u00e9t\u00e9 manifestement une aventure essentielle pour Anne-Karine Lescop puisqu\u2019il y a deux ans, elle a voulu le transmettre, ou plut\u00f4t le questionner et le partager avec des enfants de cour \u00e9l\u00e9mentaire. Cette volont\u00e9 ou cette n\u00e9cessit\u00e9 a re\u00e7u l\u2019appui d\u2019Odile Duboc, elle qui a refus\u00e9 \u00e0 ses pi\u00e8ces de se produire apr\u00e8s sa disparition en avril 2010.<\/strong> <\/em><br \/>\nEn ce d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, sous la chaleur, nous d\u00e9butons notre aventure critique de l\u2019ensemble des propositions du 65\u00e8me festival d\u2019Avignon par ce \u00ab Petit projet de la mati\u00e8re \u00bb d\u2019Anne-Karine Lescop au Gymnase du Lyc\u00e9e Mistral. Ce projet a commenc\u00e9 en 2009, \u00e0 Rennes o\u00f9 avec des enfants, Anne-Karine Lescop a travaill\u00e9 au passage de la cr\u00e9ation d\u2019Odile Duboc \u00e0 cette cr\u00e9ation. Ce projet s\u2019est poursuivi \u00e0 Avignon au quartier Monclar. Depuis janvier 2011, elle travaille avec des enfants sur ce projet pour l\u2019ouverture du festival. La volont\u00e9 d\u2019Hortense Archambault et Vincent Baudriller \u00e9tait d\u2019ouvrir ce festival par un spectacle fait avec des avignonnais et gratuit. C\u2019est d\u2019une certaine mani\u00e8re Avignon qui pr\u00e9sent \u00e0 travers ces enfants accueille et ouvre le festival par de la danse.<br \/>\n\u00c0 l\u2019installation, on sent une effervescence des parents, adultes ou enfants, qui attendent leur enfant, fr\u00e8re ou s\u0153ur se produire sur sc\u00e8ne. Sur le plateau vide et dans le noir, on distingue des formes g\u00e9om\u00e9triques rectangulaires et oblongues. Dans le noir et dans le silence, nous entendons les enfants danseurs se placer. La lumi\u00e8re dessine un couloir en avant sc\u00e8ne laissant appara\u00eetre \u00e0 cour un enfant de 8 ou 9 ans. Les autres enfants sont pour la plupart allong\u00e9s au sol, les autres sont de dos contre les tableaux rectangulaires en fond de sc\u00e8ne. L\u2019enfant, le premier d\u00e9crit traverse de cour \u00e0 jardin dans une chor\u00e9graphie de  ces mains et ces bras qui entrainent le corps. Il se dessine dans sa danse deux intentions contradictoires, une qui est de traverser la sc\u00e8ne et une autre qui est de l\u2019ordre de l\u2019abandon de cette direction pour \u00eatre pr\u00e9sent au plus pr\u00e8s et au plus simple dans ces mouvements de bras. Ensuite au cours de la trentaine de minutes les enfants semblent vivre le spectacle entre jeux et rendez-vous. Ils jouent avec la mati\u00e8re des coussins mous, du sol et des parois. Ils se rejoignent pour se lover l\u2019un sur l\u2019autre ou pour se porter. Tout ceci se passe dans une douceur et dans une \u00e9nergie sereine et joyeuse. Un peu avant la fin, ils se retrouvent tous au sol et tandis que la lumi\u00e8re diminue, ils jouent \u00e0 sautiller sur place et toujours allong\u00e9s. \u00c0 la mani\u00e8re de t\u00eatards qui seraient presque grenouilles. Ce qui impressionne c\u2019est leur capacit\u00e9 \u00e0 se concentrer et en m\u00eame temps ils semblent d\u00e9tacher de ce qu\u2019ils donnent \u00e0 voir. Anne-Karine Lescop parlait en matin\u00e9e, lors de la conf\u00e9rence de presse de fraternit\u00e9 qui transpire dans cette proposition mais il y a aussi la beaut\u00e9 de la simplicit\u00e9 qui se pr\u00e9sente dans cette communaut\u00e9 d\u2019enfants. Cela fait penser \u00e0 H\u00e9t\u00e9rotopies un texte de Michel Foucault : \u00ab Il y a donc des pays sans lieu et des histoires sans chronologie ; des cit\u00e9s, des plan\u00e8tes, des continents, des univers, dont il serait bien impossible de relever la trace sur aucune carte ni dans aucun ciel, tout simplement parce qu&rsquo;ils n&rsquo;appartiennent \u00e0 aucun espace. (&#8230;) bref, c&rsquo;est la douceur des utopies. (\u2026) Voici ce que je veux dire. (&#8230;) On vit, on meurt, on aime dans un espace quadrill\u00e9, d\u00e9coup\u00e9, bariol\u00e9, avec des zones claires et sombres, des diff\u00e9rences de niveaux, des marches d&rsquo;escalier, des creux, des bosses, des r\u00e9gions dures et d&rsquo;autres friables, p\u00e9n\u00e9trables, poreuses. (\u2026) Or, parmi tous ces lieux qui se distinguent les uns des autres, il y en a qui sont absolument diff\u00e9rents (&#8230;). Ce sont en quelque sorte des contre-espaces. Ces contre-espaces, ces utopies localis\u00e9es, les enfants les connaissent parfaitement. Bien s\u00fbr, c&rsquo;est le fond du jardin, bien s\u00fbr, c&rsquo;est le grenier, ou mieux encore la tente d&rsquo;Indiens dress\u00e9e au milieu du grenier, ou encore, c&rsquo;est &#8211; le jeudi apr\u00e8s-midi &#8211; le grand lit des parents. C&rsquo;est sur ce grand lit qu&rsquo;on d\u00e9couvre l&rsquo;oc\u00e9an, puisqu&rsquo;on peut y nager entre les couvertures ; et puis ce grand lit, c&rsquo;est aussi le ciel, puisqu&rsquo;on peut bondir sur les ressorts ; c&rsquo;est la for\u00eat, puisqu&rsquo;on s&rsquo;y cache ; c&rsquo;est la nuit, puisqu&rsquo;on y devient fant\u00f4me entre les draps ; c&rsquo;est le plaisir, enfin, puisque, \u00e0 la rentr\u00e9e des parents, on va \u00eatre puni. Ces contre-espaces, \u00e0 vrai dire, ce n&rsquo;est pas la seule invention des enfants ; je crois, tout simplement, parce que les enfants n&rsquo;inventent jamais rien ; ce sont les hommes, au contraire, qui ont invent\u00e9 les enfants, qui leur ont chuchot\u00e9 leurs merveilleux secrets ; et ensuite, ces hommes ces adultes s&rsquo;\u00e9tonnent, lorsque ces enfants, \u00e0 leur tour, les leur cornent aux oreilles. \u00bb<br \/>\nC\u2019est un espace de jeu, de danse qu\u2019ils appr\u00e9hendent et sur lequel ils ne laissent aucune trace, aucune marque \u00e0 la mani\u00e8re dont les grands coussins mous retrouvent leur forme apr\u00e8s le passage des enfants. Les seules traces sont sans doute dans leurs m\u00e9moires et dans leurs esprits d\u2019avoir ouvert le festival d\u2019Avignon, d&rsquo;avoir danser.<br \/>\nPour \u00e9clairer ce qu\u2019\u00e9tait le projet de la mati\u00e8re, retour sur ce que dit Odile Duboc \u00e0 Thomas Ferrand dans Murmure 9 : \u00ab \u2026 La deuxi\u00e8me aventure, c\u2019est Projet de la mati\u00e8re. \u00c0 l\u2019\u00e9poque de cette cr\u00e9ation j\u2019\u00e9tais de plus en plus g\u00ean\u00e9e de l\u2019image que les danseurs me renvoyaient de la danse que je leur avais apport\u00e9e : je la trouvais trop formelle. Certains souvent me demandaient comment placer un bras, combien de pas\u2026 ? Pour moi, c\u2019\u00e9tait incongru, je savais que \u00e7a ne passait pas par l\u00e0. Je venais de lire \u00ab Thomas l\u2019obscur \u00bb de Maurice Blanchot qui m\u2019avait profond\u00e9ment \u00e9mue. J\u2019avais envie de travailler sur ce roman sans parler pr\u00e9cis\u00e9ment du r\u00e9cit aux danseurs, mais sur les \u00e9tats de corps qui y sont d\u00e9velopp\u00e9s, sur les d\u00e9rives de la pens\u00e9e, les moments de vertiges et d\u2019envols, sur l\u2019abandon. Je me suis dit que la danse devait na\u00eetre non pas du mouvement que j\u2019apportais, mais d\u2019\u00e9l\u00e9ments ext\u00e9rieur qui viendraient bouger le corps des danseurs. Et la meilleure image que j\u2019avais \u00e9tait celle des \u00ab Montres molles \u00bb de Dali. La relation \u00e0 la gravit\u00e9, au poids et \u00e0 la liquidit\u00e9 qui m\u2019int\u00e9ressait est directement donn\u00e9e dans cette peinture. Puis j\u2019ai rencontr\u00e9 la plasticienne Marie-Jos\u00e9 Pillet qui, dans ses expositions, invitait les gens \u00e0 toucher ses \u0153uvres. Je lui ai demand\u00e9 d\u2019apporter certaines de ces \u0153uvres (un cousin d\u2019air, un matelas d\u2019eau et des t\u00f4les ondul\u00e9es pos\u00e9es sur des ressorts) avec lesquels les danseurs se sont confront\u00e9s. Un jour j\u2019ai eu l\u2019envie (l\u2019intuition ?) d\u2019enlever ces objets et de demander aux danseurs de travailler dans la m\u00e9moire de ces \u00e9l\u00e9ments. C\u2019est la m\u00e9moire sensorielle de ces volumes absents qui a nourri le projet. Cette musicalit\u00e9 est inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019\u00e9coute et au contact de notre corps avec d\u2019autres corps. \u00bb<br \/>\nDans cet entretien, Odile Duboc \u00e9voque comment sa recherche s\u2019apparente \u00e0 ce que nous pourrions appeler \u00ab l\u2019involontaire mouvement \u00bb. C\u2019est ce que nous retrouvons dans \u00ab Petit projet de la mati\u00e8re \u00bb o\u00f9 les interpr\u00e8tes, les enfants sont mues  par cette volont\u00e9 d\u2019involont\u00e9. La contradiction de ce travail c\u2019est que la fragilit\u00e9 et l\u2019\u00e9motivit\u00e9 de ces interpr\u00e8tes produit cet involontaire en m\u00eame temps que les enfants recherchent une s\u00e9curit\u00e9 et sont conscients de ce qu\u2019ils doivent faire.<br \/>\nL\u2019impression est que ce \u00ab Petit projet de la mati\u00e8re \u00bb est autant sur la mati\u00e8re \u00ab objet \u00bb pr\u00e9sente sur le plateau que la mati\u00e8re \u00ab enfant \u00bb qui se d\u00e9veloppe. Je pense que cette transmission voulu par Anne-Karine Lescop est finalement le contraire de ce qui pr\u00e9sidait \u00e0 la naissance du projet. \u00c0 savoir que ce sont ces enfants qui nous transmettent, qui nous apprennent quelque chose de la repr\u00e9sentation du corps, du mouvement et de la danse.<br \/>\nMurmure 9 interview Odile Duboq par Thomas Ferrand p47 \u00e0 55<br \/>\nH\u00e9t\u00e9rotopie de Michel Foucault aux \u00e9ditions Lignes<br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Odile Duboc Emergences\" frameborder=\"0\" width=\"500\" height=\"375\" src=\"https:\/\/geo.dailymotion.com\/player.html?video=x2hj83&#038;\" allowfullscreen allow=\"autoplay; fullscreen; picture-in-picture; web-share\"><\/iframe><br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"PPDM - petit projet de la mati\u00e8re\" frameborder=\"0\" width=\"500\" height=\"287\" src=\"https:\/\/geo.dailymotion.com\/player.html?video=xdj0hy&#038;\" allowfullscreen allow=\"autoplay; fullscreen; picture-in-picture; web-share\"><\/iframe><br \/>\nhttp:\/\/vimeo.com\/groups\/contemporarydance\/videos\/18117094<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;- \u00c7a commence, la 65\u00e8me \u00e9dition du festival s\u2019ouvre avec une conf\u00e9rence de presse sous le signe de l\u2019ouverture, du plaisir et de \u00ab l\u2019enfant \u00bb. 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