


{"id":789,"date":"2011-03-19T20:21:00","date_gmt":"2011-03-19T19:21:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=789"},"modified":"2011-03-19T20:21:00","modified_gmt":"2011-03-19T19:21:00","slug":"lappel-des-heros-stage-playback-lart-de-faire-semblant-pour-de-vrai","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/lappel-des-heros-stage-playback-lart-de-faire-semblant-pour-de-vrai\/","title":{"rendered":"L&rsquo;appel des h\u00e9ros | Stage playback : l&rsquo;art de faire semblant pour de vrai"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p><em> <strong>En travail, au sein des workshops, ou en repr\u00e9sentation, dans l&rsquo;espace public, la performance participative WE CAN BE HEROES se donne comme un rugissement de plaisir et de joie. Faisant du playback un r\u00e9el exercice d&rsquo;interpr\u00e9tation tant au niveau corporel qu&rsquo;au niveau \u00e9motionnel, le Groupenfonction r\u00e9unit, sur une m\u00eame aire de jeu, l&rsquo;art et la vie. Un bouillon de culture populaire au pouvoir r\u00e9g\u00e9n\u00e9rant.<\/strong> <\/em><br \/>\nWe Can Be Heroes fait du bruit dans les festivals, attire les amateurs des arts de la sc\u00e8ne, r\u00e9sonne aupr\u00e8s des habitants des villes programmatrices, interpelle l\u2019entourage de ceux qui y ont d\u00e9j\u00e0 particip\u00e9 et pousse \u00e9tonnement les gens \u00e0 revenir\u2026 \u00c0 quoi tient un tel engouement pour une proposition qui se r\u00e9sume en trois mots : chanter en playback ?<br \/>\nArnaud Pirault, fondateur du Groupenfonction et initiateur des stages reconnait lui-m\u00eame qu\u2019il n\u2019avait pas anticip\u00e9 cet effet de contamination. Lorsqu\u2019il organise, en 2009, une performance dans l\u2019espace public autour du playback, ce n\u2019est qu\u2019une proposition parmi tant d\u2019autres. Mais celle-ci ne laisse pas le public indiff\u00e9rent\u2026 un public qui en redemande et qui manifeste son d\u00e9sir de faire, lui aussi. L\u2019id\u00e9e germe alors de se saisir de cette premi\u00e8re chose qui avait \u00e9chapp\u00e9e \u00e0 la ma\u00eetrise pour la comprendre et la d\u00e9velopper. We Can Be Heroes deviendra une performance participative dans laquelle des gens de tout horizon se retrouvent dans un carr\u00e9 de gaff noir pour chanter une playlist d\u2019une dizaine de morceaux. Un acte \u00ab joyeux \u00bb et \u00ab f\u00e9d\u00e9rateur \u00bb[1] qui met en \u0153uvre une vraie dramaturgie, un vrai processus d\u2019interpr\u00e9tation.<br \/>\nEn ce 1er week-end de mars 2011, 17 personnes ont donc r\u00e9pondu pr\u00e9sent au dernier appel des h\u00e9ros. D\u00e8s le samedi matin \u2013 9h30 \u2013, toutes convergent vers le pOlau, le p\u00f4le de recherche sur les arts urbains de la r\u00e9gion Centre situ\u00e9 \u00e0 Saint-Pierre-des-Corps. Port\u00e9s par des rayons de soleil aux allures printani\u00e8res, anciens et nouveaux participants se retrouvent ou font connaissance autour d\u2019un caf\u00e9, tout en d\u00e9gustant des viennoiseries et des g\u00e2teaux maison rapport\u00e9s par les uns et les autres. D\u2019embl\u00e9e, l\u2019ambiance est \u00e0 la bonne humeur et \u00e0 la convivialit\u00e9. Pour ce 9e stage, les tourangeaux partageront le plateau avec des gens venus de Nantes, de Paris, de Toulouse ou encore de Chartres. \u00c0 chaque workshop, le d\u00e9roulement est similaire : si les formateurs s\u2019alternent \u2013 cette fois-ci, c\u2019est H\u00e9l\u00e8ne Rocheteau \u2013, les \u00e9tapes pour devenir et continuer \u00e0 \u00eatre un h\u00e9ros sont toujours les m\u00eames et constituent un v\u00e9ritable cheminement.<br \/>\nLe corps en travail<br \/>\nLe processus We Can Be Heroes commence donc toujours par la mise en branle du corps. Il semble, en effet, que le playback soit principalement, pour le Groupenfonction, une affaire d\u2019organicit\u00e9 dans laquelle il s\u2019agit de pousser l\u2019individu \u00e0 prendre conscience de ses forces vives.<br \/>\nAussi, durant un premier et tr\u00e8s long exercice, les stagiaires sont invit\u00e9s \u00e0 d\u00e9velopper et \u00e0 agrandir leur respiration pour produire de plus en plus de souffle. De la position allong\u00e9e, \u00e0 la position debout en passant par l\u2019\u00e9tape assise, il s\u2019agit de v\u00e9hiculer l\u2019air dans les moindres recoins de son corps. Trouver la continuit\u00e9 entre l\u2019inspiration et l\u2019expiration. Trouver le flux ininterrompu, lib\u00e9rateur de tensions, cr\u00e9ateur d\u2019espaces libres et de possibles. Fondamental dans l\u2019approche du playback, cet exercice s\u2019apparente \u00e0 un training qui n\u2019est pas sans rappeler les m\u00e9thodes d\u2019un homme de th\u00e9\u00e2tre comme Grotowski, l\u2019un des pr\u00e9curseurs \u00e0 penser la question du corps de l\u2019acteur comme \u00e9tant un outil fondamental pour acc\u00e9der \u00e0 l\u2019essence de l\u2019art th\u00e9\u00e2tral.<br \/>\nIci, dans le processus de travail mis en place par le Groupenfontion, la circulation du souffle est pens\u00e9e comme un facteur de lib\u00e9ration des \u00e9nergies et permet au futur h\u00e9ros de se mettre en \u00e9tat d\u2019\u00e9veil et d\u2019alerte. La musique intervient dans un deuxi\u00e8me temps comme un outil d\u00e9clencheur ayant pour objectif de produire de l\u2019\u00e9motion, du mouvement int\u00e9rieur et donc ext\u00e9rieur.<br \/>\nAvant, bien avant, d\u2019en venir au travail des 3 chansons impos\u00e9es, le groupe passera d\u2019abord par  l\u2019exercice de l\u2019\u00c9preuve : un travail dans lequel il s\u2019agit d\u2019accueillir et de ressentir les \u00e9motions procur\u00e9es par la musique et de les mettre en forme physiquement dans l\u2019espace. Sur une bande son \u00e9nergique, dans une veine pop\/rock, durant une quinzaine de minutes, le participant ne peut jamais revenir en arri\u00e8re, jamais diminuer l\u2019\u00e9nergie et l\u2019intensit\u00e9 avec laquelle il inscrit ses mouvements dans l\u2019air. \u00ab L\u2019Epreuve \u00bb est un voyage corporel et sensitif qui s\u2019effectue sous le signe et la consigne de l\u2019\u00e9puisement. Au travers de mouvements fluides ou brusques, les corps tour \u00e0 tour ancr\u00e9s dans le sol puis a\u00e9riens cherchent les dynamiques, livrent, l\u00e2chent, abandonnent ce qui les traverse et les meut. Des instants intimes, pr\u00e9cieux et privil\u00e9gi\u00e9s dans lesquels chacun se recentre sur lui-m\u00eame, reprend contact avec son corps et tente de mettre le doigt sur ses fluctuations int\u00e9rieures.<br \/>\nO\u00f9 il est question de musique et de culture populaire<br \/>\nL\u2019\u00e9tat de presque transe qui est recherch\u00e9 dans un exercice comme celui de l\u2019Epreuve raconte aussi la place de la musique au sein du workshop et de la performance. Comme le souligne Arnaud Pirault, ce n\u2019est pas tant le playback qui est int\u00e9ressant dans We Can Be Heroes que le rapport entretenu \u00e0 la musique populaire. Oppos\u00e9e \u00e0 la musique dite  savante, celle-ci recouvre un large panel de genres et s\u2019adresse \u00e0 une grande audience. Ce qui importe, c\u2019est qu\u2019elle fasse partie du langage commun, r\u00e9f\u00e9rentiel, de l\u2019histoire individuelle et collective, qu\u2019elle soit un m\u00e9dium artistique vulgaire et quotidien. Parce que nous avons tous un rapport \u00e0 la chanson, et que cela ne n\u00e9cessite aucune connaissance pr\u00e9alable, l\u2019on peut consid\u00e9rer la musique populaire comme un outil d\u00e9mocratique.<br \/>\nPar ailleurs, dans cette affaire de playback, dans cette approche de la sc\u00e8ne, rien n\u2019est psychologisant ni m\u00eame populiste. Le poids du texte et de sa signification est \u00e9vinc\u00e9 au profit d\u2019une interpr\u00e9tation r\u00e9solument corporelle. Quant \u00e0 la caricature, elle n\u2019est pas, \u00e0 un seul instant, envisag\u00e9e. Il n\u2019est pas, non plus d\u2019ailleurs, question de synchronisation labiale&#8230; La justesse est ailleurs. Pas dans la perfection du para\u00eetre mais dans l\u2019intime de l\u2019\u00eatre.<br \/>\nLe travail des trois morceaux choisis pour ce 9e stage se fait donc dans la recherche et l\u2019apport de souffle, dans la franchise et l\u2019affirmation de l\u2019adresse ainsi que dans la vigueur du sentiment collectif. Jamais il n\u2019est question du sens de la chanson ; jamais on ne demande au h\u00e9ros-chanteur de s\u2019imaginer un contexte r\u00e9f\u00e9rentiel. Le discours se contente de cerner les jalons du morceau, ses forces, sa construction, ses accidents, ses pi\u00e8ges, ses tonalit\u00e9s, etc. Sur Good Time des Brazilian Gilrs, il s\u2019agit de se rassembler et d\u2019\u00eatre dans l\u2019esprit festif du morceau. Avec Approach The Throne, on suit la ligne trac\u00e9e par Clues : \u00e7a avance, \u00e7a ne faiblit pas, c\u2019est incisif et \u00e7a part du sol. Quant \u00e0 la reprise de Be My Baby par We are Scientist, elle n\u2019est que pri\u00e8re et sur articulation. Si durant la totalit\u00e9 de la playlist les corps sont appel\u00e9s \u00e0 exag\u00e9rer leur respiration et \u00e0 s\u2019exprimer avec force, ce n\u2019est pas dans la perspective d\u2019imiter ou de caricaturer la figure du chanteur ou de la rock-star mais bien dans l\u2019id\u00e9e de trouver la bonne et juste \u00e9nergie.<br \/>\nL\u2019individu et le collectif dans le carr\u00e9<br \/>\nMa\u00eetre mot au sein de la performance, l\u2019\u00e9nergie s\u2019articule autour de deux notions essentielles qui sont l\u2019individu et le collectif. Comme le Groupenfonction aime \u00e0 le dire, We Can Be Heroes est  une \u00ab tentative d\u2019individuation collective \u00bb[2] et cherche le point d\u2019achoppement o\u00f9 l\u2019on peut \u00ab \u00eatre absolument ensemble en \u00e9tant absolument soi m\u00eame \u00bb[3]. C\u2019est pourquoi trajet personnel et trajet collectif sont men\u00e9s de front au sein du workshop. Le travail de lib\u00e9ration corporel et \u00e9motionnel effectu\u00e9 par chacun s\u2019additionne \u00e0 celui des autres et forme un \u00e9lan collectif intense. Aussi, lorsque les participants chantent en mettant dans la bataille toutes leurs tripes, c\u2019est le groupe qu\u2019ils donnent \u00e0 voir en m\u00eame temps qu\u2019eux-m\u00eames. L\u2019image est saisissante lorsque les corps se tendent et se soul\u00e8vent en un m\u00eame mouvement, tel un poumon qui reprend son souffle vital.<br \/>\nL\u2019\u00e9quilibre qui permet de voir \u00e0 la fois l\u2019individu et le collectif repose \u00e9galement sur un agencement spatial qui n\u2019est pas laiss\u00e9 au hasard. L\u2019espace est litt\u00e9ralement distribu\u00e9. Au m\u00eame titre que dans un th\u00e9\u00e2tre de texte on distribue un r\u00f4le, dans We Can Be Heroes, on r\u00e9partit l\u2019espace pour chacun. \u00c0 partir du plateau nu, le formateur \u2013 souvent Arnaud Pirault lui-m\u00eame \u2013 place les h\u00e9ros les uns apr\u00e8s les autres. L\u2019instant est solennel. De longues minutes s\u2019\u00e9coulent entre chaque placement qui d\u00e9terminera les dynamiques visuelles. Il s\u2019agit de choisir et d\u2019\u00e9valuer la bonne distance, la bonne orientation du micro, le bon \u00e9cart entre les uns et les autres. La figure finale obtenue est toujours un carr\u00e9. Celui-ci est trac\u00e9 au gaff noir une fois que le dernier participant est entr\u00e9 dans l\u2019aire de jeu. Remarquons que c\u2019est l\u2019espace qui s\u2019adapte au groupe et non l\u2019inverse. Par ailleurs, le quadrilat\u00e8re aux quatre c\u00f4t\u00e9s \u00e9quidistants travaille du c\u00f4t\u00e9 d\u2019une \u00e9galit\u00e9 de tous au regard du public qui est libre de se r\u00e9partir autour de l\u2019ensemble de la figure.<br \/>\nD\u2019embl\u00e9e, dans We Can Be Heroes, l\u2019artificialit\u00e9, la tricherie et le faire-semblant induits habituellement par le playback sont assum\u00e9s, affich\u00e9s et revendiqu\u00e9s puisque les h\u00e9ros donnent du souffle sur la voix de quelqu\u2019un d\u2019autre. Aussi, ce sont l\u2019engagement corporel et l\u2019investissement \u00e9motionnel qui, en plus du d\u00e9sir de se rassembler et de s\u2019amuser, produisent la tension n\u00e9cessaire \u00e0 la re-pr\u00e9sentation et permettent \u00e0 la relation salle\/sc\u00e8ne de recouvrir un rapport d\u2019authenticit\u00e9. Si We Can Be Heroes a pour vocation de se produire au sein de l\u2019espace public, c\u2019est pour mieux ramener l\u2019art au milieu de la vie. Sur le b\u00e9ton, les trottoirs et les places arpent\u00e9s quotidiennement par les passants, le groupe de h\u00e9ros convoque des forces vives et rappelle qu\u2019elles sont \u00e0 la port\u00e9e de tous. Chanter par-dessus une bande son au milieu de la jungle urbaine, c\u2019est porter au regard de tous un acte intime, c\u2019est se d\u00e9voiler pour mieux se rassembler.<br \/>\n[1] Extrait du dossier de pr\u00e9sentation disponible en t\u00e9l\u00e9chargement sur www.groupenfonction.net<br \/>\n[2] Ibid<br \/>\n[3] Ibid.<br \/>\nhttp:\/\/www.groupenfonction.net<\/p>\n<blockquote class=\"wp-embedded-content\" data-secret=\"w823Bf0YKy\"><p><a href=\"https:\/\/polau.org\/\">Accueil<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p><iframe loading=\"lazy\" class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" style=\"position: absolute; clip: rect(1px, 1px, 1px, 1px);\" title=\"\u00ab\u00a0Accueil\u00a0\u00bb &#8212; POLAU\" src=\"https:\/\/polau.org\/embed\/#?secret=eTlBdY1kEs#?secret=w823Bf0YKy\" data-secret=\"w823Bf0YKy\" width=\"500\" height=\"282\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En travail, au sein des workshops, ou en repr\u00e9sentation, dans l&rsquo;espace public, la performance participative WE CAN BE HEROES se donne comme un rugissement de plaisir et de joie. 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