


{"id":791,"date":"2011-03-15T20:22:00","date_gmt":"2011-03-15T19:22:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=791"},"modified":"2011-03-15T20:22:00","modified_gmt":"2011-03-15T19:22:00","slug":"salves-par-la-compagnie-maguy-marin-au-104","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/salves-par-la-compagnie-maguy-marin-au-104\/","title":{"rendered":"Salves par la Compagnie Maguy Marin au 104"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-790\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/capture_d_e_cran_2016-01-07_a_21.07.48.png\" alt=\"capture_d_e_cran_2016-01-07_a_21.07.48.png\" align=\"center\" width=\"601\" height=\"423\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><em> <strong>Depuis l&rsquo;inauguration m\u00e9diatique de 2008, le 104 a connu une existence bien chaotique : un lieu trop co\u00fbteux, une gestion fortement contest\u00e9e et un public qui ne vient pas. En novembre 2009, R. Cantarella et F. Fisbach annoncent leur d\u00e9part et le lieu reste sans directeur jusqu&rsquo;en juin 2010. Depuis la rentr\u00e9e de septembre, la nouvelle direction, men\u00e9e par Jose Manuel Gon\u00e7alves -ancien directeur de la Ferme du Buisson- tente de mettre un terme \u00e0 cette p\u00e9riode de tourments. La nouvelle politique propose notamment un programme commun avec le Th\u00e9\u00e2tre de la Ville, Prolongations, qui permet d&rsquo;accueillir dans le 19\u00e8me arrondissement ce qui sur les bords de la Seine a rencontr\u00e9 un succ\u00e8s remarquable. Cela a permis au public qui n&rsquo;avait pas pu voir Salves dans la cadre du Festival d&rsquo;Automne de profiter de trois repr\u00e9sentations suppl\u00e9mentaires les 9,10 et 11 f\u00e9vrier 2011.<\/strong> <\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p>Ce 11 f\u00e9vrier, c\u2019est la derni\u00e8re : chaque marche, chaque m\u00e8tre carr\u00e9 de la salle est occup\u00e9 par les spectateurs venus voir la cr\u00e9ation de la compagnie Maguy Marin \u2013 qui s\u2019appr\u00eate \u00e0 quitter le CCN de Rillieux-la-Pape. Chor\u00e9graphe reconnue depuis son ballet May B. en 1981, Maguy Marin tient une place atypique dans le champ de la danse fran\u00e7aise : ses cr\u00e9ations, comme Description d\u2019un combat au festival d\u2019Avignon 2009, provoquent le d\u00e9bat et mettent en p\u00e9ril toute certitude concernant la danse et le spectacle vivant. Au sein de l\u2019\u0153uvre de Maguy Marin, Salves semble s\u2019apparenter \u00e0 la recherche men\u00e9e lors des cr\u00e9ations de Umwelt (2004) et Turba (2007).<br \/>\nA propos de Salves, Maguy Marin, \u00e9voquant Hannah Arendt, parle de la pr\u00e9sence de l\u2019homme qui ouvre une br\u00e8che dans \u00ab le continuum du temps entre pass\u00e9 et futur faisant ainsi d\u00e9vier les forces antagonistes tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement de leur direction initiale \u00bb. Une trajectoire l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rente, qui rend possible l\u2019apparition de formes nouvelles. Une d\u00e9viation comme celle cr\u00e9\u00e9e par le th\u00e9\u00e2tre : libert\u00e9 \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de s\u2019\u00e9loigner du fil des \u00e9v\u00e9nements et de la r\u00e9alit\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 la pr\u00e9sence d\u2019une assembl\u00e9e vivante et h\u00e9t\u00e9roclite. Salves, comme une possibilit\u00e9 de d\u00e9vier du cours des choses \u00e9tablies, de la grande Histoire, du grand drame.<br \/>\nQuelqu\u2019un entre, concentr\u00e9 \u00e0 faire glisser ses doigts en l\u2019air, suivant le chemin d\u2019un fil transparent. D\u2019autres viennent, chacun suivant un chemin, celui du m\u00eame fil, ou bien celui d\u2019un autre fil ; impossible \u00e0 dire. Dans Salves, il y a une multitude de chemins, insaisissables, incompr\u00e9hensibles : des directions emprunt\u00e9es l\u2019espace de quelques secondes, puis laiss\u00e9es de c\u00f4t\u00e9. Comme si la salle du 104 se changeait en une grande maison plong\u00e9e dans l\u2019obscurit\u00e9, \u00e9clair\u00e9e par le passage d\u2019une lampe-torche : un nombre incalculable de pi\u00e8ces qu\u2019on observerait depuis le seuil. Les chemins rejoignent des pistes sonores qui partent dans d\u2019autres directions, se croisent, se superposent, on ne peut qu\u2019en saisir des bribes, on entend la voix d\u2019Artaud puis la rumeur d\u2019un foule, le bruit d\u2019un verre qui se brise puis un discours politique dans une langue \u00e9trang\u00e8re. L\u2019apparition de la lumi\u00e8re dirige le regard. Une partie de la sc\u00e8ne s\u2019\u00e9claire, une situation s\u2019installe \u00e0 toute vitesse, mais d\u00e8s que les yeux et l\u2019esprit s\u2019y habituent, la lumi\u00e8re dispara\u00eet. Et une autre sc\u00e8ne s\u2019\u00e9claire. Les \u00e9l\u00e9ments du d\u00e9cor sont modulables \u00e0 l\u2019infini : ce sont des structures de bois noires d\u00e9mont\u00e9es et remont\u00e9es en toute h\u00e2te par les danseurs. Les parties assembl\u00e9es forment des recoins, des tables ou des promontoires, tant\u00f4t un banc \u00e0 l\u2019avant-sc\u00e8ne, tant\u00f4t le d\u00e9but d\u2019un couloir obscur qui part sur le c\u00f4t\u00e9, \u00e9chappant aux regards. Des sc\u00e8nes comme les pi\u00e8ces d\u2019un jeu. On casse des assiettes, de gros vases chinois comme on en voit dans Tintin, des statues de la libert\u00e9 en pl\u00e2tre et de vieux postes de t\u00e9l\u00e9vision. Ces bris donnent naissance \u00e0 de nouvelles pi\u00e8ces qui se divisent elles-m\u00eames \u00e0 l\u2019infini. Impossible de constituer un drame, ou de suivre un chemin narratif. Il n\u2019y a que des d\u00e9buts, des passages ou des fins, qui se d\u00e9sagr\u00e8gent aussit\u00f4t mis en place. Bouleversant les \u00e9chelles, Salves rend visible les atomes, qui d\u2019un instant \u00e0 l\u2019autre se s\u00e9parent et se r\u00e9assemblent diff\u00e9remment. Parmi toutes les pi\u00e8ces du jeu, la sc\u00e8ne finale est la plus importante. Elle occupe tout l\u2019espace sc\u00e9nique et s\u2019\u00e9tend sur plusieurs minutes. C\u2019est encore une mise en place qui d\u00e9vie. Les danseurs installent un banquet constitu\u00e9 de multiples plats, de g\u00e2teaux, de bouquets de fleurs, quand une assiette qui se brise casse le rythme : la sc\u00e8ne devient le th\u00e9\u00e2tre d\u2019une d\u00e9molition g\u00e9n\u00e9rale.<br \/>\nMalgr\u00e9 le rythme effr\u00e9n\u00e9, les danseurs performent chaque sc\u00e8ne avec une extr\u00eame pr\u00e9cision qui conf\u00e8rent aux quelques secondes de lumi\u00e8re une intensit\u00e9 inou\u00efe. L&rsquo;adresse dont ils font preuve dans leur ma\u00eetrise du nombre incalculable d\u2019accessoires et de costumes donne le vertige<br \/>\nC\u2019est une lutte contre l\u2019obscurit\u00e9, les sons, le rythme, afin de saisir ces petits morceaux d\u2019actions ex\u00e9cut\u00e9s dans l\u2019urgence qui restent habituellement en p\u00e9riph\u00e9rie de l\u2019attention. Maguy Marin met en relief leur \u00e9tonnante th\u00e9\u00e2tralit\u00e9. Voici une proposition qui attire l\u2019attention en dehors de son trajet habituel, qui l\u2019invite \u00e0 d\u00e9vier des directions indiqu\u00e9es par la r\u00e9alit\u00e9. Cette po\u00e9tique d\u00e9borde l\u2019espace et le temps du spectacle : plus tard, dans la rue, les passantes sembleront encore faire partie de Salves. A la fin du spectacle, les gens disent \u00ab \u00e7a fait du bien \u00bb. C\u2019est vrai, \u00e7a fait du bien de se confronter \u00e0 l\u2019engagement artistique de Maguy Marin et de sa compagnie dans ces propositions qui d\u00e9passent les disciplines. Un travail mis \u00ab au service d\u2019un mouvement de pens\u00e9e \u00bb selon les mots de Maguy Marin. La libert\u00e9 avec laquelle elle met en \u0153uvre sa pens\u00e9e artistique expose son \u0153uvre aux controverses. Elle lui donne sa force et la distingue.<br \/>\n\ufeff<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211; Depuis l&rsquo;inauguration m\u00e9diatique de 2008, le 104 a connu une existence bien chaotique : un lieu trop co\u00fbteux, une gestion fortement contest\u00e9e et un public qui ne vient pas. En novembre 2009, R. Cantarella et F. Fisbach annoncent leur d\u00e9part et le lieu reste sans directeur jusqu&rsquo;en juin 2010. 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