


{"id":797,"date":"2014-12-24T10:36:13","date_gmt":"2014-12-24T09:36:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=797"},"modified":"2014-12-24T10:36:13","modified_gmt":"2014-12-24T09:36:13","slug":"laffaire-morand-ou-la-pensee-locale","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/laffaire-morand-ou-la-pensee-locale\/","title":{"rendered":"L\u2019affaire Morand\u2026 ou la pens\u00e9e locale"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">&#8212;&#8211;<br \/>\nEt si les enseignants refusaient \u00e0 la rentr\u00e9e prochaine de recevoir les \u201cservices de com\u201d du CDN de Caen Basse-Normandie\u2026 au pr\u00e9texte de\u2026<\/p>\n<hr \/>\n<p>R\u00e9cemment, suite \u00e0 un \u00e9ni\u00e8me spectacle de Jean Lambert Wild, Directeur de la Com\u00e9die de Caen (depuis 2007) qui s\u2019en va distraire le Limousin, au Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Union \u00e0 compter du 1er janvier, un petit accroc est venu \u00e9maill\u00e9 la sortie de celui-ci.<br \/>\n\u00c0 la suite de la repr\u00e9sentation du spectacle vieux de plus de 10 ans \u2013 <em>Crise de nerfs parlez moi d\u2019amour<\/em> de JLW (cr\u00e9ation en 2003)\u2013, Dominique Morand (enseignant en th\u00e9\u00e2tre de son \u00e9tat au Lyc\u00e9e Malherbe de Caen) aura fait entendre, en salle, son point de vue en d\u00e9clarant \u00e0 haute voix, et un peu fort si l\u2019on en juge la r\u00e9action d\u2019une partie du personnel du CDN \u00e0 l\u2019origine d\u2019une lettre ouverte\u2026 aura fait entendre donc : \u201cbient\u00f4t le retour du th\u00e9\u00e2tre\u201d.<br \/>\n\u00c9pisode cocasse o\u00f9 un spectateur, oublieux des salles de classe que sont devenues trop souvent les salles de spectacles, en vient \u00e0 jouer un mauvais \u00e9l\u00e8ve\u2026 S\u00e9quence p\u00e9dagogique manquant de pr\u00e9paration o\u00f9 \u201cLe retour du th\u00e9\u00e2tre\u201d est esp\u00e9r\u00e9\u2026 comme si quelqu\u2019un savait ce qu\u2019il en est du th\u00e9\u00e2tre et de ses pratiques. \u201cC\u2019est quoi le th\u00e9\u00e2tre Dominique Morand ?\u201d interviendrait un \u00e9l\u00e8ve curieux ou espi\u00e8gle\u2026<br \/>\nUne lettre \u00e9crite dans la foul\u00e9e de ce \u201cSarajevo esth\u00e9tique\u201d, de cet \u201cattentat\u201d oratoire, relance l\u2019histoire\u2026 aupr\u00e8s de sa hi\u00e9rarchie (inspecteur) &#038; consorts (lettre adress\u00e9e itou \u00e0 la DRAC).<br \/>\nDevant ses \u00e9l\u00e8ves \u2013 public captif et encadr\u00e9 \u2013 \u201cchoqu\u00e9s\u201d comme d\u2019autres (d\u2019apr\u00e8s le contenu de la lettre qui nous est parvenue), ce qui ne devait \u00eatre qu\u2019une fin de soir\u00e9e \u2013 comme on dit une \u201cfin de r\u00e8gne\u201d \u2013 trouve de nouveaux retentissements puisque Morand a \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9 devant la DAAC, et ensuite la DRH du rectorat qui l\u2019entendra sur, je cite Morand, \u201cson comportement professionnel\u201d. Affaire qui d\u00e9g\u00e9n\u00e8re, en quelque sorte, puisque les signataires ont bien choisi leurs destinataires.<br \/>\nVoil\u00e0 donc une exclamation \u201cBient\u00f4t le retour du th\u00e9\u00e2tre\u201d qui se verra forc\u00e9ment sanctionn\u00e9e d\u2019une peine plus ou moins lourde. On imagine ce qu\u2019il en fut si les m\u00eames avaient per\u00e7u un \u201ccasse toi pauv\u2019 con\u201d (sic). Quel comportement aurait-on reprocher \u00e0 Morand ? Quel manque de professionnalisme aurait-on pu lui trouver ?<br \/>\nBref, Morand se trouve accus\u00e9, car de fait il est responsable en tant que fonctionnaire, avec ou sans \u00e9l\u00e8ve. Devant ses \u00e9l\u00e8ves, sa conduite, pour autant qu\u2019elle r\u00e9fl\u00e9chit une opinion et non un jugement, lui vaut de compara\u00eetre devant un \u201ctribunal\u201d.<br \/>\nIl faut alors esp\u00e9rer que ses \u201cjuges\u201d, soucieux de justice et d\u2019une \u00e9thique professionnelle, mais \u00e9galement non ignorants de l\u2019histoire du th\u00e9\u00e2tre (un art vivant), accordent \u00e0 Morand le b\u00e9n\u00e9fice d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 un spectateur plus qu\u2019un autre, plus qu\u2019un enseignant en service command\u00e9 et en repr\u00e9sentation. C\u2019est-\u00e0-dire, et gageons qu\u2019il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de rappeler l\u2019histoire du th\u00e9\u00e2tre aux \u201cjuges\u201d, que l\u2019opinion de Morand a enrichi l\u2019histoire de la r\u00e9ception du th\u00e9\u00e2tre prompte \u00e0 faire entendre les batailles et les petits conflits inh\u00e9rents \u00e0 la sc\u00e8ne. C\u2019est une opinion (soulignons-la) qui a \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9e et non un jugement. Pour autant que l\u2019on puisse d\u00e9lib\u00e9rer sur \u201cl\u2019obligation de r\u00e9serve\u201d d\u2019un fonctionnaire (rappelons que la mesure est exig\u00e9e), il faut alors statuer sur l\u2019expression \u201cBient\u00f4t le retour du th\u00e9\u00e2tre\u201d. Un linguiste, parmi les juges, sera donc indispensable. En l\u2019attendant, \u00e9valuons l\u2019\u00e9nonc\u00e9\u2026<br \/>\nRappelons tout d\u2019abord les closes de \u201cl\u2019obligation de r\u00e9serve\u201d :<br \/>\n<quote><strong>Tout agent public doit faire preuve de r\u00e9serve et de mesure dans l&rsquo;expression \u00e9crite et orale de ses opinions personnelles. Cette obligation ne concerne pas le contenu des opinions (la libert\u00e9 d&rsquo;opinion est reconnue aux agents publics) mais leur mode d&rsquo;expression.<\/strong><\/quote><br \/>\nS\u00e9mantiquement, la phrase de Morand exprime une temporalit\u00e9 et un objet. Une proximit\u00e9 de l\u2019objet. L\u2019\u00e9crit ne pouvant se substituer \u00e0 l\u2019oral, il faudrait un enregistrement pour faire entendre un implicite. Essayons d\u2019imaginer le sonore de l\u2019\u00e9nonc\u00e9\u2026 Deux propositions s\u2019offrent \u00e0 nous, et glosons :<br \/>\n1\/ \u201cbient\u00f4t le retour du th\u00e9\u00e2tre\u201d laisse entendre que \u201cle th\u00e9\u00e2tre n\u2019\u00e9tait plus l\u00e0\u201d.<br \/>\n2\/ le m\u00eame \u00e9nonc\u00e9 fait entendre un d\u00e9ceptif : \u201cle retour du th\u00e9\u00e2tre\u201d correspondrait \u00e0 l\u2019ennui qui revient apr\u00e8s que JLW nous a gratifi\u00e9 d\u2019un Th\u00e9\u00e2tre (notons la majuscule) incroyable.<br \/>\nSeules les oreilles du parterre pourraient nous \u00e9clairer sur l\u2019oral et ses implicites. Et cela n\u2019interdirait d\u2019aucune mani\u00e8re \u00e0 Morand de plaider, contre tous, pour la seconde proposition. Car ce qui est en cause, c\u2019est juste le mode d\u2019expression et non son contenu.<br \/>\nAutrement dit, Morand a exprim\u00e9 une opinion (tout va bien), sur un mode d\u2019expression dont seuls les signataires (espace de r\u00e9ception) sont \u00e0 m\u00eame de dire qu\u2019elle d\u00e9roge \u00e0 l\u2019obligation de r\u00e9serve.<br \/>\nMais bref\u2026 que s\u2019est-il pass\u00e9 ? Ou, variation \u00e0 la charge s\u00e9mantique plus int\u00e9ressante, qu\u2019est-ce qui ne passe pas ?<br \/>\n<em>Ergo<\/em>, Morand a fait entendre un souhait, un espoir, une repr\u00e9sentation personnelle exprim\u00e9e par un mot d\u2019esprit. Quelque chose, finalement, que pratiquent r\u00e9guli\u00e8rement les enseignants \u00e0 qui l\u2019on demande de donner aux \u00e9l\u00e8ves une conscience critique. \u00c9l\u00e8ve, combien de fois avons-nous pu entendre des enseignants s\u2019engager, et finalement nous permettre de nous interroger sur leurs choix afin de d\u00e9terminer les n\u00f4tres. Mes enseignants n\u2019\u00e9taient pas des exemples, mais des mod\u00e8les d\u2019engagement. Et sans entrer dans le biographique, qu\u2019a fait Platon avec ses \u00e9l\u00e8ves ? Que peint E. M. Remarque quand il \u00e9crit <em>\u00c0 l\u2019Ouest rien de nouveau <\/em> ? Et de quoi se moque Pr\u00e9vert sinon de ces professeurs sans esprit (relire \u201cl\u2019accent grave\u201d et les r\u00e9parties de l\u2019\u00e9l\u00e8ve Hamlet)\u2026 D\u2019\u00e9vidence, si les \u00e9l\u00e8ves ont besoin de quelque chose, c\u2019est d\u2019engagement, d\u2019un savoir d\u00e9fendu (Galil\u00e9e plut\u00f4t que les bulles papales), d\u2019une opinion ferme quand les sondages font douter (qui reprochera \u00e0 un enseignant de rappeler les fondements partag\u00e9s de la civilisation quand les terroristes du populisme font leur miel sur le dos de la libert\u00e9 d\u2019expression ?)\u2026<br \/>\nD\u00e8s lors, la lettre qui condamne Morand est \u00e9tonnante et ce qui lui est reproch\u00e9 l\u2019est tout autant. Non pas au nom d\u2019une quelconque \u201clibert\u00e9 d\u2019expression\u201d (loi contrari\u00e9e depuis l\u2019affaire Dieudonn\u00e9), certainement pas au nom \u201cd\u2019une respectabilit\u00e9 \u00e0 laquelle il a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e atteinte\u201d. Pas plus qu\u2019il n\u2019est possible de pr\u00eater foi aux arguments d\u00e9velopp\u00e9s par la lettre : \u201crespect du travail et des techniciens\u201d (qui ne sont pas signal\u00e9s comme signataires), reproche de ne pas \u201cd\u00e9velopper\u201d l\u2019esprit critique et d\u2019imposer un \u201cjugement personnel\u201d, etc.<br \/>\nQue d\u2019inepties et de st\u00e9r\u00e9otypes dans ce courrier qui m\u00e9lange affect et codes arbitraires. La lettre ou la pratique favorite des fran\u00e7ais sous l\u2019occupation, plut\u00f4t que le d\u00e9bat convoqu\u00e9 et public. Qui aurait reproch\u00e9 aux signataires de provoquer ce grand d\u00e9bat sur l\u2019\u00e9tat du th\u00e9\u00e2tre, et pourquoi pas sur le th\u00e9\u00e2tre que fait Jean Lambert Wild ? Il aurait \u00e9t\u00e9 tellement incroyable qu\u2019au terme de deux mandats (et un peu plus), le public se retrouve \u00e0 d\u00e9battre sur un projet v\u00e9cu, des spectacles vus, une aventure commune\u2026 Pour reprendre les termes de la lettre, Morand n\u2019a pas \u201cimpos\u00e9\u201d un jugement, mais son \u00e9nonc\u00e9 \u00e9tait une invitation \u00e0 \u201cpartager\u201d (ou pas) une opinion.<br \/>\nOn ne comprend pas ce qui a pouss\u00e9 les signataires \u00e0 \u00e9crire un semblable courrier et \u00e0 l\u2019adresser \u00e0 un autre que Morand. D\u2019une formule tautologique, on s\u2019\u00e9tonnera de cette lettre parce qu\u2019elle est \u00e9tonnante.<br \/>\nOn ne peut croire que Jean Lambert Wild ne soit pas habitu\u00e9 \u00e0 ces r\u00e9actions publiques. On ne peut croire que la critique ne l\u2019ait pas \u00e9reint\u00e9. On ne peut croire que lui-m\u00eame n\u2019ait pas de temps \u00e0 autres, au terme de quelques soir\u00e9es, agit un peu de la m\u00eame mani\u00e8re (a-t-on oubli\u00e9 la joute vive avec Thomas Ferrand pour \u201cun shoah blablabla\u201d, et la querelle d\u00e8s son arriv\u00e9e avec les r\u00e9dacteurs d\u2019<em>Encrenage<\/em>). Ou encore le \u201cproc\u00e8s\u201d en irresponsabilit\u00e9 fait \u00e0 Lacascade pour son bilan financier\u2026 (On attend le prochain audit avec impatience).<br \/>\nMais il est vrai que Jean Lambert Wild n\u2019est pas signataire de cette lettre. Lui pr\u00eater qu\u2019il en soit l\u2019instigateur ne serait pas davantage convenable. Sauf \u00e0 remarquer le masculin pluriel : \u201cnous avons \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s choqu\u00e9s\u201d, qui ponctue le courrier, alors que les signataires sont du genre f\u00e9minin puriel. Du seul point de vue de la fiction, on imagine le metteur en sc\u00e8ne en relecteur, corrigeant et, au m\u00e9pris de la parit\u00e9, mais respecteux de la langue fran\u00e7aise comme il l\u2019est, rectifiant un point de grammaire et d\u2019orthographe.<br \/>\nBref, la lettre est \u00e9crite et Morand passe au \u201ctribunal\u201d\u2026 On ne conna\u00eet pas, d\u2019ailleurs, la sanction puisque l\u2019omerta institutionnelle a gagn\u00e9 sur le \u201cd\u00e9sordre\u201d public.<br \/>\nUne lettre comme une autre donc, ou pas tout \u00e0 fait\u2026<br \/>\nUne lettre qui vient \u00e0 la fin d\u2019une mandature, au moment d\u2019un d\u00e9part vers d\u2019autres horizons, \u00e0 un moment o\u00f9 il faut laisser une image en quelque sorte\u2026<br \/>\nOn aurait aim\u00e9 que les z\u00e9l\u00e9s du CDN se mobilisent pour d\u2019autres circonstances\u2026 par exemple sur les atteintes au spectacle dont fut victime Castellucci et la censure qui obligea le metteur en sc\u00e8ne \u00e0 supprimer certaines sc\u00e8nes (\u00e0 Dijon) de<em> Sur le concept de visage de dieu,<\/em> ou \u00e0 propos de Rodrigo Garcia et son <em>Golgota Picnic<\/em>\u2026 Mais l\u00e0-dessus, il n\u2019y aura pas eu de communiqu\u00e9 des z\u00e9l\u00e9s du CDN. On aurait aim\u00e9 les entendre soutenir plus audiblement les intermittents du spectacle et leur lutte, et trouver leurs signatures au bas de la lettre du 4 juin 2014, \u00e0 l\u2019attention du premier ministre. Mais l\u00e0-dessus pas davantage de tintamarre et pas un seul nom du CDN\u2026<br \/>\nMais bon, ne jugeons de rien et essayons de comprendre la raison de cette lettre.<br \/>\nProc\u00e8de-t-elle d\u2019une r\u00e9action \u00e0 une injure faite au service des relations publiques ? (Morand aurait contrari\u00e9 le travail des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du CDN qui arpente les salles de cours en d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e ?)<br \/>\nProc\u00e8de-t-elle d\u2019une r\u00e9action esth\u00e9tique (les signataires auraient alors un jugement plus aiguis\u00e9 et on attendrait des arguments ) ?<br \/>\nProc\u00e8de-t-elle d\u2019une commande pass\u00e9e par le ma\u00eetre de lieux qui aura agi ses troupes ? (difficile d\u2019imaginer qu\u2019il n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 au courant de cette \u201cinitiative\u201d)<br \/>\nProc\u00e8de-t-elle d\u2019un signe fait au prochain directeur Marcial Di Fonzo Bo\u2026 \u201cTu arrives ici et tu as une \u00e9quipe qui te d\u00e9fendra\u201d ou, plus strat\u00e9giquement \u201ctu as une \u00e9quipe soud\u00e9e devant toi\u201d (comprenne qui veut).<br \/>\nProc\u00e8de-t-elle\u2026 etc.<br \/>\nEn fait, elle ne proc\u00e8de sans doute de rien de tout cela.<br \/>\nC\u2019est au mieux une lettre perdue, une occasion de se taire, un coup de th\u00e9\u00e2tre alors qu\u2019il n\u2019y en a plus.<br \/>\nReste ce que pointe de mani\u00e8re la plus juste une lettre sans int\u00e9r\u00eat. A savoir que les \u201c\u00e9l\u00e8ves\u201d auront eu l\u00e0 un exemple. Un exemple oui\u2026 et il faut souhaiter qu\u2019ils aient vent de tout cela. De la lettre, des remontrances faites \u00e0 leur professeur, de la conduite du CDN, des lettres de soutien adress\u00e9es \u00e0 Monsieur Morand, etc. Afin qu\u2019ils apprennent que \u201cParler\u201d publiquement n\u2019est pas sans cons\u00e9quence. Afin qu\u2019ils apprennent qu\u2019un engagement, paradoxalement, doit \u00eatre mesur\u00e9 (conseil et non loi). Afin qu\u2019ils sachent que la loi, d\u00e9sormais, peut-\u00eatre saisie par les groupuscules les plus attentistes, \u00e0 compter du moment o\u00f9 une conduite, un geste, un mot\u2026 d\u00e9pla\u00eet.<br \/>\nEt de se poser encore la question de l\u2019exemple. C\u2019est quoi l\u2019exemple qu\u2019aura donn\u00e9 le groupe de signataires du CDN ?<br \/>\nA l\u2019arriv\u00e9e de JLW, il y eut des \u201cpetits proc\u00e8s\u201d (entre autre celui d\u2019Eric Lacascade, et personne pour le d\u00e9fendre m\u00eame parmi ceux qui ont v\u00e9cu des saisons incroyables) et des intimidations (cf. L\u2019<em>Encrenage<\/em>)\u2026 Rien de tr\u00e8s visibles en soi, mais d\u2019une certaine mani\u00e8re, ce fut la marque d\u2019entr\u00e9e en la mati\u00e8re du ma\u00eetre des lieux qui, dans son esprit, arrivait sans doute pour remettre de l\u2019ordre sur le territoire. Apr\u00e8s le d\u00e9sordre \u00e9conomique imput\u00e9 \u00e0 Lacascade, l\u2019ordre esth\u00e9tique et public serait restaur\u00e9, encourag\u00e9 par les \u00e9nergies politiques soucieuses de la chose publique (\u00e0 commencer par la gestion de l\u2019argent public).<br \/>\nBient\u00f4t, celui dont le projet proposait de nous ouvrir \u00e0 une sc\u00e8ne moderne et technologique, privil\u00e9gia le th\u00e8me de l\u2019enfance. Et l\u2019on peut s\u2019inqui\u00e9ter de ce \u201cgo\u00fbt de l\u2019enfance\u201d dont JLW habilla sa com et ses spectacles. On peut s\u2019inqui\u00e9ter de \u201cl\u2019\u00e9ducation\u201d qu\u2019entreprit le \u201cpo\u00e8te\u201d (cf. notice wikip\u00e9dia). Lui le \u201cMarin\u201d contrari\u00e9 s\u2019est sans doute senti une mission\u2026 et ces cr\u00e9ations en sont l\u2019expression. L\u00e0-dessus, rien \u00e0 dire, sinon que l\u2019on peut toujours les contester, sauf \u00e0 penser que l\u2019on ne peut plus en parler.<br \/>\nAu d\u00e9part de JLW, il y aura eu, encore, l\u2019affaire Morand\u2026 dont on esp\u00e8re que l\u2019on conna\u00eetra l\u2019issue.<br \/>\nDu 1er janvier 2007 \u00e0 ce 31 d\u00e9cembre 2014, ce qui aura ponctu\u00e9 l\u2019exercice du directeur du CDN, c\u2019est donc une mani\u00e8re de penser l\u2019espace public et la parole qui s\u2019y d\u00e9ploie. Avec 350% d\u2019augmentation des abonnements, il fallait au moins penser l\u2019espace public et son or.. ganisation.<br \/>\nQue le limousin le sache, le po\u00e8te qui arrive n\u2019est pas homme \u00e0 se laisser marcher sur les pieds, et pourrait bien marcher sur les leurs\u2026<br \/>\nAnnon\u00e7ant la cr\u00e9ation d\u2019un espace d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la critique th\u00e9\u00e2trale (pour le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Union), on s\u2019\u00e9tonne encore du go\u00fbt de JLW pour la critique quand il valide par son silence la lettre contre Morand. De fait, l\u2019expression du public, avec sa grammaire, sa syntaxe, son irr\u00e9ductible d\u00e9sir de faire entendre ce qu\u2019il pense, son impulsivit\u00e9\u2026 n\u2019est-elle pas celle qu\u2019il faut encourager ? N\u2019est-elle pas \u201cPopulaire\u201d comme le th\u00e9\u00e2tre se revendique de l\u2019\u00eatre ? Cr\u00e9er un espace d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la critique est louable en soi (la chose fut tent\u00e9e \u00e0 Caen \u2013 sans grande r\u00e9ussite il est vrai si l\u2019on en juge par la fr\u00e9quentation de ces rendez-vous ), mais si cela conduit \u00e0 la juguler, on s\u2019inqui\u00e8te pour tous les Morands \u00e0 venir\u2026<br \/>\nAllez, fermons-l\u00e0 ! le plus beau souvenir que l\u2019on pourrait conserver de JLW, c\u2019est encore, risquons le mot, celui d\u2019un clown\u2026 Identit\u00e9 qu\u2019il aime par dessus-tout jusqu\u2019\u00e0 le mettre en sc\u00e8ne dans Godot.<br \/>\nPour suspendre, rappelons enfin un extrait du dialogue pour le moins tendu de Jean-Lambert Wild avec Emilie Barrier, \u00e0 propos, justement, d\u2019<em>En attendant Godot,<\/em> pr\u00e9sent\u00e9 en septembre dernier au Th\u00e9\u00e2tre de L\u2019Union, lors de la 31\u00e8me \u00e9diton du festival des Francophonies en Limousin. Et gageons que les \u201cauteurs de lettre\u201d apprendront de leur directeur ce qu\u2019il exige de la critique. Je cite :<br \/>\n<quote><br \/>\n<br \/>&mdash;&nbsp;<em>J&rsquo;ai une derni\u00e8re question, oui, mais moins m\u00e9andreuse. C&rsquo;est une question  tr\u00e8s pragmatique : je m&rsquo;interrogeais sur  votre conception de la critique, sur l&rsquo;importance que vous adjugez au fait de dire des mots autour du th\u00e9\u00e2tre, de chercher, de creuser, et de laisser des traces. Et je me posais la question brutale de savoir comment vous allez d\u00e9velopper la critique, ici en Limousin ?<\/em><br \/>\n<em>&#8212; Alors c&rsquo;est tr\u00e8s concret : d&rsquo;abord je crois \u00e0 la critique et je crois au libre exercice de la critique. Elle organise la m\u00e9moire de notre endroit. Elle en est une traduction, une amplification. La critique n&rsquo;est pas un jugement, pas du tout. Ce n&rsquo;est pas un jugement la critique, c&rsquo;est une analyse de cet endroit, de cette m\u00e9moire, du placement que vous avez dans l&rsquo;endroit o\u00f9 vous \u00eates.<br \/>\nJe l&rsquo;expliquais derni\u00e8rement \u00e0 quelqu&rsquo;un : des amers qui nous permettent \u00e0 nous de nous diriger, de savoir o\u00f9 je suis et ce que je suis. Suis-je plut\u00f4t ici ou plut\u00f4t l\u00e0 ? <\/em><br \/>\n<em>Ce sont des points de navigation dans un espace gigantesque. Donc il faut que cette critique se d\u00e9veloppe. Elle se d\u00e9veloppera parce que je pense qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui la critique doit \u00eatre accompagn\u00e9e de toutes les formes possibles. Il faut lui laisser cette libert\u00e9 d&rsquo;existence, de parole et d&rsquo;esprit. Il faut pour \u00e7a lui en laisser la place. Donc nous aurons au Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Union, lorsque j&rsquo;en serai le directeur, le plaisir d&rsquo;accueillir  r\u00e9guli\u00e8rement l&rsquo;AICT, qui est  l&rsquo;Association Internationale de Critique Th\u00e9\u00e2trale. Il y aura des colloques, et ce sera un beau moment d&rsquo;\u00e9mulation et d&rsquo;exaltation o\u00f9 l&rsquo;on pourra confronter tous ces esprits et voir justement ce qu&rsquo;il en sort.<br \/>\nMoi je suis toujours \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute. Ce sont vraiment des endroits, pour le coup, d\u2019exp\u00e9rience utile. Alors apr\u00e8s, la critique elle est vaste, et aujourd&rsquo;hui elle a tendance \u00e0 se d\u00e9velopper tout azimut. Il faut simplement qu&rsquo;elle ne perde pas la colonne vert\u00e9brale de ce qui l&rsquo;unit \u00e0 notre royaume qu&rsquo;est le th\u00e9\u00e2tre.<br \/>\nVoil\u00e0, je ne pouvais pas dire plus.<\/em><br \/>\nPropos recueillis par Emilie Barrier. <\/quote><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211; Et si les enseignants refusaient \u00e0 la rentr\u00e9e prochaine de recevoir les \u201cservices de com\u201d du CDN de Caen Basse-Normandie\u2026 au pr\u00e9texte de\u2026 R\u00e9cemment, suite \u00e0 un \u00e9ni\u00e8me spectacle de Jean Lambert Wild, Directeur de la Com\u00e9die de Caen (depuis 2007) qui s\u2019en va distraire le Limousin, au Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Union \u00e0 compter du 1er janvier, un petit accroc est venu \u00e9maill\u00e9 la sortie de celui-ci. \u00c0 la suite de la repr\u00e9sentation du spectacle vieux de plus de 10<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-797","article","type-article","status-publish","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/797","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=797"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=797"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}