


{"id":798,"date":"2010-09-10T17:32:00","date_gmt":"2010-09-10T15:32:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=798"},"modified":"2010-09-10T17:32:00","modified_gmt":"2010-09-10T15:32:00","slug":"shy-dance-skite-2010","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/shy-dance-skite-2010\/","title":{"rendered":"SHY DANCE, SKITE 2010"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;-<br \/>\n<em> <strong>Ceci n&rsquo;est pas une critique et Shy Dance n&rsquo;est pas un spectacle. Ce qui suit est donc un t\u00e9moignage qui tente de rendre compte d&rsquo;un processus de travail, qui essaie de rendre sensible un commencement d&rsquo;\u00c5\u201cuvre. Ceci n&rsquo;est pas une critique et il n&rsquo;y a aucune \u00e9valuation, aucun jugement, aucune expertise de cette \u00c5\u201cuvre en devenir. Ceci n&rsquo;est pas une critique, mais la m\u00e9diation d&rsquo;un regard qui, tout en \u00e9tant dans un processus de travail, demeure \u00e9tranger malgr\u00e9 sa proximit\u00e9. C&rsquo;est que pour autant que le critique est absent, ses manques lui sont inh\u00e9rents. Il n&rsquo;est ni artiste, ni danseur, ni acteur. Il n&rsquo;utilise pas son corps comme ceux qu&rsquo;il regarde. Au mieux, il imagine, invente, sp\u00e9cule&#8230; sur ce qu&rsquo;il voit et ce qu&rsquo;il entend. Il essaie de se rapprocher d&rsquo;un espace artistique qui, de toutes les mani\u00e8res, demeure fuyant ou secret. Le contact qu&rsquo;il a avec l&rsquo;\u00c5\u201cuvre est \u00e9nigmatique. Le contact qu&rsquo;il a avec un processus de travail l&rsquo;est aussi. S&rsquo;offre \u00e0 lui, pourtant, dans l&rsquo;instant de ce travail, une libert\u00e9 qu&rsquo;il a rarement. A l&rsquo;\u00e9cart, mais invit\u00e9 \u00e0 suivre le d\u00e9but de ce travail, il est offert au critique une libert\u00e9 soudaine. Les lignes qui suivent en rendent compte.<\/strong> <\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><center>07.09.2010<\/center>&nbsp;<br \/>\n<center>Salle 25, ESAM<\/center><center><em>Shy Dance<\/em><\/center>&nbsp;<br \/>\n<em>Shy Dance<\/em>\u2026 \u00ab Danse timide \u00bb traduit Antonin\u2026<br \/>\n<em>We work about something, but we don\u2019t know what it is. We started by sleeping during 10 minutes. When you will come back, we started to work together and we will listening Music.<\/em><br \/>\nElise, Marie, Antonin, M\u00e9lanie, Pauline, Matthieu, Ana\u00efs, Olga, Cristina\u2026 Tout commencera par un temps de rencontre. Et imm\u00e9diatement une parole (Antonin) qui invite les SKITERS \u00e0 dormir. A dormir R\u00e9ellement. C\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 gagner une r\u00e9gion moins consciente o\u00f9 le sommeil profond peut-\u00eatre r\u00e9parateur. O\u00f9 le r\u00eave peut \u00eatre une autre sc\u00e8ne. O\u00f9 la vivacit\u00e9 de l\u2019inconscient peut an\u00e9antir la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 que l\u2019on pr\u00eate au sommeil. Dormir, R\u00eaver, Mourir\u2026C\u2019est H qui parle, de m\u00e9moire de connaisseur ou de curiste. Le sol de l\u2019interpr\u00e9tation du sommeil a vu maintes herbes folles pousser. Il reste, de toutes les mani\u00e8res, le territoire de tous les passages. Le lieu de l\u2019entre-deux o\u00f9 celui qui dort s\u2019absente tout en devenant plus pr\u00e9sent \u00e0 lui-m\u00eame. Il est l\u2019espace d\u2019une exigence qui ne s\u2019entend gu\u00e8re dans l\u2019\u00e9veil. Dormir\u2026 Ou trouver le temps de revenir \u00e0 soi, peut-\u00eatre. Dans cet \u00e9cart, dans cette mise \u00e0 disposition de soi o\u00f9 un autre que soi (qui se nomme m\u00eame) dispose de celui-ci, bient\u00f4t la petite musique de nuit, ou ces berceuses silencieuses, est rattrap\u00e9 par un \u00e9cho musical que l\u2019on apparentera \u00e0 un rythme jazz. Le retour du dormeur vient ainsi \u00e0 poindre sur le rythme d\u2019un saxo voluptueux, au rythme d\u2019une basse vibrante et tranquille.<br \/>\nEt les corps immobiles, tenus \u00e0 l\u2019inertie reviennent \u00e0 eux-m\u00eames. C\u2019est un long \u00e9tirement des nuques, des bras, des poignets\u2026 qui finit par rendre l\u2019image de l\u2019homme plastique tel qu\u2019on se le repr\u00e9sente. \u00ab L\u2019homme debout \u00bb est d\u00e9sormais revenu. Et avec lui, d\u00e9j\u00e0 \u00e9tranger au sommeil, c\u2019est l\u2019\u00e9tranger \u00e0 lui-m\u00eame. C\u2019est la solitude de soi vis-\u00e0-vis de soi qui est revenue. Cette mani\u00e8re de marcher s\u00e9par\u00e9 de soi.<br \/>\n(\u2026)<br \/>\nLe b\u00e2illement est le second geste qui viendra clore ce long \u00e9tirement. Le b\u00e2illement muet, ou presque, qui laisse s\u2019\u00e9chapper un souffle dit le retour \u00e0 l\u2019autre vie. Furtivement, on le percevrait comme un cri peint par Munch. Mais c\u2019est autre chose qu\u2019un cri, c\u2019est le dessin d\u2019une respiration qui doit trouver le souffle du mouvement \u00e0 danser. C\u2019est un souffle qui est GeistTanz. Cri pr\u00e9lude \u00e0 une danse, une transe\u2026<br \/>\n(\u2026)<br \/>\nAvec l\u2019\u00e9veil point ainsi un mouvement qui semble moins int\u00e9rieur. Un mouvement visible, tout simplement plus sensible pour la r\u00e9tine, se met en place. S\u2019esquisse alors une sorte de rituel o\u00f9 le d\u00e9placement est le miroir de l\u2019autre. O\u00f9 le placement se fait eu \u00e9gard \u00e0 la position de l\u2019autre. Avec l\u2019\u00e9veil et le mouvement appara\u00eet l\u2019espace. L\u2019occupation de l\u2019espace marqu\u00e9 par des arr\u00eats, par des soulignements, par des occupations. Avec l\u2019espace vient la tentation de l\u2019anti-mouvement. Ou du presque mouvement-absent. Un moyen, peut-\u00eatre, d\u2019\u00e9prouver son \u00e9tendue, et sa dur\u00e9e. Jeu subtile et muet de gestes contenus, ralentis\u2026 Jeu d\u2019images que la m\u00e9moire doit archiver comme autant d\u2019instantan\u00e9s, d\u2019arr\u00eats sur image. L\u2019exercice se poursuivra par \u00ab connected some people \u00bb. \u00ab Just connected \u00bb. Quelque chose doit se mettre en place qui proc\u00e8de d\u2019un lent processus insaisissable. Ici, \u00ab\u00a0faire, agir, ob\u00e9ir&#8230;\u00a0\u00bb \u00e0 une consigne a commenc\u00e9 \u00e0 agencer le groupe qui semble \u00eatre dans un recueillement. C\u2019est ce mot-l\u00e0 qui devient premier. Et avec lui celui de rituel appara\u00eet. L\u2019espace est d\u00e9sormais l\u2019expression d\u2019un rituel secret.<br \/>\n(\u2026)<br \/>\n(Pens\u00e9e :la m\u00e9tamorphose du lieu, son changement d\u2019usage, la danse timide a cet effet sur le lieu anonyme. Ce qui est en jeu \u00e0 travers ce travail, c\u2019est la mutation. Celle des individus qui deviennent un collectif, une communaut\u00e9. Et cette communaut\u00e9 aphasique ob\u00e9it dor\u00e9navant \u00e0 une r\u00e8gle de reconnaissance de l\u2019autre qui a choisi un geste. Un geste seulement).<br \/>\n(\u2026)<br \/>\nL\u2019\u00e9rotisation de l\u2019arr\u00eat est ce qui appara\u00eet maintenant. Il se passe quelque chose entre O et M. O, allong\u00e9e et litt\u00e9ralement ouverte et s\u2019offre \u00e0 M, qui h\u00e9site mais semble ne pas pouvoir \u00e9chapper \u00e0 cette hypnose consentie. O finit par s\u2019\u00e9carter. Elle prend de la distance par rapport au jeu qu\u2019elle a mis en place. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019\u00e9rotisation gagne un \u00e0 un les danseurs. Et O en semble le centre.<br \/>\nLa jalousie latente est apparue. Des affinit\u00e9s renvoient \u00e0 l\u2019isolement ceux que le regard n\u2019a pas cern\u00e9. La jalousie d\u00e9s\u00e9quilibre le positionnement et le placement des danseurs dans l\u2019espace. La jalousie, le d\u00e9sir, la solitude\u2026 Ces mots sont \u00e9troitement li\u00e9s. Les corps en r\u00e9fl\u00e9chissent la proximit\u00e9 et l\u2019attraction.<br \/>\nYB<\/p>\n<hr \/>\n<p><center>08.09.2010<br \/>\n<center>14h-17h00<br \/>\n<center>Salle 25, ESAM<\/center><br \/>\n<center><em>Shy Dance<\/em> (SUITE 1)<\/center><br \/>\nL\u2019allongement du temps (dur\u00e9e ou extension) est li\u00e9 \u00e0 la fr\u00e9quence avec laquelle appara\u00eet la parole qui donne une direction (\u00e9mission d\u2019un message). La fr\u00e9quence peut se traduire \u00ab rythme \u00bb, \u00ab intervention \u00bb ou \u00ab son \u00bb. Plus l\u2019\u00e9cart entre chaque \u00e9mission\/intervention est grand, moins le temps est pr\u00e9sent, et paradoxalement, plus l\u2019attente peut \u00eatre v\u00e9cue comme un moment \u00ab o\u00f9-il-ne-se-passe-rien \u00bb. A moins que l\u2019attente ne soit la condition n\u00e9cessaire \u00e0 la libert\u00e9 des flux, qu\u2019ils soient mentaux ou autres. Il faut imaginer et admettre que l\u2019action n\u2019est qu\u2019une des variables de la manifestation d\u2019un corps vivant. L\u2019espace de la performance pourrait ainsi \u00eatre le point nerveux de cette conception Le territoire sans limites de la performance est peupl\u00e9 d\u2019un ensemble de lois qui est soumis \u00e0 la relativit\u00e9. La r\u00e9ception, qui vaut pour la reconnaissance d\u2019un ordre ou d\u2019un agencement de ces lois sur sc\u00e8ne, est donc au moment de la performance l\u2019objet d\u2019un travail de trouble de la situation performative sur le regard (la r\u00e9ception). C\u2019est ce trouble qui est manifeste. Il est en partie ce sur quoi reposent ces \u0153uvres o\u00f9 dur\u00e9e, rythme, \u00e9mission d\u2019un message\u2026 sont soumis \u00e0 des d\u00e9r\u00e8glements de notre rapport logique \u00e0 la visibilit\u00e9 de l\u2019action.<\/center><\/center>Dans Shy Dance, au moment o\u00f9 le processus commence, c\u2019est cette exp\u00e9rience que l\u2019on fait. L\u2019ensemble des situations qui vient \u00e0 na\u00eetre d\u2019une improvisation collective s\u2019inscrit alors dans une continuit\u00e9 o\u00f9 un geste d\u00e9clencheur sera fil\u00e9 par le groupe ou brutalement arr\u00eat\u00e9. Ce qu\u2019il faut peut-\u00eatre admettre, c\u2019est que cette continuit\u00e9 n\u2019ob\u00e9it d\u2019aucune mani\u00e8re \u00e0 une logique narrative, mais principalement \u00e0 une logique sensitive. C\u2019est la production d\u2019espaces sensibles, qu\u2019il est presque impossible d\u2019inscrire dans une cha\u00eene signifiante, qui rend ces \u0153uvres \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Qui fait que nous sommes en pr\u00e9sence d\u2019une \u00ab danse timide \u00bb.<br \/>\nTous les exercices men\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 maintenant auront \u00e9t\u00e9 pr\u00e9paratoires \u00e0 la construction de la Shy Dance.<br \/>\n15H05.Ce qui se met en forme : un effet ludique qui \u00e9tait jusqu\u2019\u00e0 maintenant imperceptible. Yoko danse allong\u00e9e sur une table, sur un rythme disco (image de brancard des urgences). Les autres danseurs sont spectateurs, assis et convertis \u00e0 un mouvement r\u00e9p\u00e9titif (bras sur la t\u00eate, jambes crois\u00e9es, mains ballantes\u2026). Au terme de cette poign\u00e9e de minutes, Yoko, rieuse, finit par l\u00e2cher un \u00ab c\u2019est con \u00bb joyeux et enjou\u00e9. Et de regarder Shy Dance comme l\u2019expression de la timidit\u00e9. Non pas comme ce qui d\u00e9termine une psychologie, mais bien comme ce qui organise un mouvement qui, d\u00e8s son commencement, est forc\u00e9ment interdit, peut \u00eatre maladroit et contraint. Un mouvement qui ne peut \u00eatre qu\u2019esquisse\u2026<br \/>\nLe temps de Shy Dance aura \u00e9t\u00e9 de mettre en sc\u00e8ne ces \u00e9tats sous une forme ludique\u2026 Ou l\u2019art de cr\u00e9er un espace partageable, communicable, appr\u00e9hendable par tous\u2026 Le ludique \u00e9tant ce qui vraisemblablement est le plus facilement transmissible. M\u00eame si ce n\u2019est pas le plus facile \u00e0 produire. 15H11.<br \/>\nEt ils rient de cette connivence, de cette circonstance, de cet abandon. Il y a le plaisir qui est venu.<br \/>\nYB<\/p>\n<hr \/>\n<p><center>09.09.2010<br \/>\n<center>14h-16h00<br \/>\n<center>Studio de Danse du th\u00e9\u00e2tre de Caen<\/center><br \/>\n<center><em>Shy Dance (SUITE 2)<\/em><br \/>\nM\u00e9lanie est partie rejoindre Platel pour une tourn\u00e9e qui commence \u00e0 Hanovre, se poursuivra \u00e0 Gen\u00e8ve, etc\u2026 Elle a dit au revoir au groupe en marquant aupr\u00e8s de chacun, par un signe affectueux, le plaisir qu\u2019elle a eu \u00e0 \u00eatre-l\u00e0, dans la Shy Dance\u2026<\/center><\/center><\/center>Un groupe improbable avance vers le Th\u00e9\u00e2tre de Caen. C\u2019est le groupe de Shy Dance qui se d\u00e9place en portant un mannequin comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une d\u00e9pouille. De loin, celui-ci, chapeau cloche et jupe pliss\u00e9e, me rappelle au souvenir des pantins de Kantor et sa Classe morte.<br \/>\n4 \u00e9tage plus haut, le studio est ouvert. Patrick Foll, Directeur du Th\u00e9\u00e2tre de Caen, vient saluer le groupe des SKITERS. Le training commence comme il a toujours commenc\u00e9\u2026 Par le sommeil. Et au sortir de ces dix premi\u00e8res minutes, c\u2019est le m\u00eame accord\u00e9on de Mika, le m\u00eame saxo et ses variations, la m\u00eame rengaine qui rappellent les \u00ab dormeurs \u00bb. La prochaine \u00e9tape commence d\u00e9j\u00e0, a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9. Un lent retour au mouvement, \u00e0 la motricit\u00e9\u2026 se met en place. Et avec lui, peut-\u00eatre parce que c\u2019est la troisi\u00e8me rencontre, ce qui se d\u00e9gage correspond \u00e0 un principe d\u2019observation. Soit un temps du regard o\u00f9 le mouvement est tout d\u2019abord r\u00e9tinien. Contemplation ? Pr\u00e9dation ? vide ? Le lieu du regard, a priori neutre, est toujours une \u00e9nigme pour celui qui est regard\u00e9. Le temps du regard est un temps qui sugg\u00e8re des contacts, des complicit\u00e9s, des d\u00e9fis\u2026Par le regard (j\u2019entends l\u2019injonction : \u00ab Parle regard \u00bb). Le regard parle et personne n\u2019est certain de comprendre ce qu\u2019il dit. C\u2019est un temps pictural, un temps o\u00f9 le regard s\u2019inscrit dans une histoire du portrait. Et ce qui est vrai du regard, peut-\u00eatre, l\u2019est tout autant des corps immobiles qui pourraient tous \u00eatre les h\u00e9ritiers de figures peintes, ici et l\u00e0. Le dos de Yoko, la main d\u2019Elise, le corps pench\u00e9 d\u2019Olga, la nuque de Marie\u2026 Toutes ces figures, vues ici et l\u00e0, sont toutes ici, sous d\u2019autres lumi\u00e8res, dans un autre lieu\u2026 C\u2019est un temps de composition donc. Je veux dire, un temps d\u2019invention. Voil\u00e0\u2026 depuis plusieurs jours maintenant, le mot le plus juste pour d\u00e9signer ces exp\u00e9rimentations, ces r\u00e9p\u00e9titions, ces explorations\u2026 c\u2019est peut-\u00eatre le mot de composition. \u00ab Composer \u00bb est un mot qui me permet de penser toutes les entr\u00e9es qu\u2019empruntent les danseurs. Un art de la composition\u2026<br \/>\n\u00ab Vous devez chercher un \u00e9v\u00e9nement. Ne pas chercher l\u2019\u00e9vidence, l\u2019attendu. Mais au contraire travailler \u00e0 l\u2019\u00e9viter. Personne ne doit savoir, et personne ne peut construire \u00e0 votre place. Cherchez le mouvement qui n\u2019est pas fabriqu\u00e9, qui n\u2019est pas reproductible\u2026 Il faut vous appeler selon des lois qui ignorent la parole et la communication \u00bb<br \/>\nRien ne va de soi. Bient\u00f4t, alors qu\u2019apr\u00e8s chaque temps Antonin prend la parole pour parler de ce qu\u2019il vient de voir, une discussion s\u2019engage. Et, peut-\u00eatre pour la premi\u00e8re fois, les danseurs exigent de conna\u00eetre les lois du processus et des m\u00e9canismes qui leur permettront de comprendre le sens de leur action. Et ce n\u2019est pas qu\u2019ils ne comprennent pas d\u2019ailleurs, mais bien plut\u00f4t qu\u2019ils veulent ma\u00eetriser toutes les nuances qui conduisent \u00e0 un effet. Ils cherchent donc, et c\u2019est l\u00e0 encore peut-\u00eatre le seul mot qu\u2019il convient d\u2019utiliser, ils cherchent, dis-je : la justesse. Les r\u00e8gles de la perfection. Les lois de l\u2019excellence. Ils veulent conna\u00eetre les principes qui guident leurs gestes et produisent la raret\u00e9 qu\u2019ils vivent. S\u2019ils ont tous conscience du \u00ab r\u00e9sultat \u00bb ou de \u00ab l\u2019effet \u00bb, ils veulent maintenant ne plus rien laisser au hasard.<br \/>\nS\u2019ils avaient la conscience de l\u2019outil remarquable qu\u2019est leur corps, s\u2019ils ont la c\u00e9r\u00e9bralit\u00e9 pour se plier \u00e0 toutes les plasticit\u00e9s, ils exigent maintenant d\u2019\u00eatre libre. Et cette libert\u00e9 passe par la ma\u00eetrise d\u2019un processus d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre. En d\u00e9finitive, ils veulent \u00eatre Ma\u00eetre d\u2019eux-m\u00eames. Etre agi, autant qu\u2019agir.<br \/>\nyb<\/p>\n<hr \/>\n<p><center>10.09.2010<br \/>\n<center>14h-15h23<br \/>\n<center>Studio de Danse du th\u00e9\u00e2tre de Caen<br \/>\n<center><em>Shy Dance <\/em> (SUITE 3)<\/center><br \/>\nComment continuer \u00e0 \u00e9crire sur un travail dont on est le t\u00e9moin ? Depuis le d\u00e9but du Skite, j\u2019ai cherch\u00e9 une mani\u00e8re de regarder et d\u2019\u00e9crire. Une fa\u00e7on diff\u00e9rente de parler de ce qui est donn\u00e9 \u00e0 voir. J\u2019ai tent\u00e9 de me d\u00e9tacher d\u2019une \u00e9criture o\u00f9 dispara\u00eet celui qui \u00e9crit, pour privil\u00e9gier un geste qui serait moins travaill\u00e9. J\u2019ai donc choisi d\u2019\u00e9crire en temps r\u00e9el, de privil\u00e9gier le premier jet, de m\u2019\u00e9carter d\u2019un \u00ab retour sur ce qui est \u00e9crit \u00bb. Et faisant cela, j\u2019ai l\u2019impression d\u2019\u00eatre au plus proche de la \u00ab m\u00e9thode \u00bb qui innerverait les SKITERS. Ecrire est donc devenu, en soi, une sorte de performance o\u00f9 l\u2019on trouvera peut-\u00eatre des choses justes et des d\u00e9chets. Des id\u00e9es \u00e0 revoir, \u00e0 amender, \u00e0 creuser\u2026 Ou des pans de textes \u00e0 supprimer. J\u2019avoue ne pas avoir de rapport critique \u00e0 ce que j\u2019\u00e9cris dans le SKITE et, d\u2019une certaine mani\u00e8re, il faut bien admettre que c\u2019est une forme de nudit\u00e9 ou de d\u00e9nuement qui est la principale manifestation de cette \u00e9criture.<\/center><\/center><\/center>Alors quoi ? Alors \u00e0 quoi peuvent bien servir ces lignes ? Avec le tout petit recul que m\u2019offre Shy Dance, j\u2019ai l\u2019impression de fonctionner comme un enregistreur. C\u2019est cela, j\u2019enregistre ce qui se passe, ce que je devine, ce que je crois voir. Je les enregistre.<br \/>\nL\u2019\u00e9criture comme enregistrement, espace sonore et traces, bande lin\u00e9aire faite de graphes qui alt\u00e8rent la nature de l\u2019enregistr\u00e9 ou, au contraire, en rend une partie. J\u2019enregistre en \u00e9crivant. J\u2019archive d\u2019une certaine mani\u00e8re. Le temps de Shy Dance est ainsi le temps de la fabrication d\u2019une archive. C\u2019est-\u00e0-dire un bout de commencement d\u2019une histoire. Je ne dis pas le commencement d\u2019une histoire, car l\u2019histoire de Shy Dance est en aval de ce que je vois. Elle participe sans doute d\u2019histoires individuelles dont j\u2019ignore tout. Et Shy Dance, pour une part, est l\u2019espace de rencontres de ces histoires singuli\u00e8res qui tendent \u00e0 devenir l\u2019histoire d\u2019un collectif en marche.<br \/>\nShy Dance est ainsi une histoire en marche, un petit bout d\u2019histoire, dans ces parcours singuliers, qui vient nourrir les destins personnels. Et j\u2019imagine qu\u2019il y avait alors une n\u00e9cessit\u00e9 secr\u00e8te \u00e0 ce que les uns et les autres se retrouvent maintenant, l\u00e0, dans le studio de Danse du Th\u00e9\u00e2tre. J\u2019imagine qu\u2019il n\u2019y a pas de hasard \u00e0 cette rencontre. J\u2019imagine qu\u2019il y a une logique \u00e0 venir se retrouver chaque jour pour travailler ensemble, sous des modalit\u00e9s identiques, et chercher \u00e0 faire \u0153uvre de soi. Shy Dance est ainsi une \u00e9tape. Une halte \u00e0 Caen qui, pour Yoko, Marie, Elise, Matthieu\u2026 n\u2019est pas autre chose que l\u2019un des points d\u2019un itin\u00e9raire complexe. Et s\u2019il m\u2019est permis d\u2019exc\u00e9der un peu le r\u00f4le de t\u00e9moin pour lui pr\u00e9f\u00e9rer celui d\u2019interpr\u00e8te, alors il me semble que tous les mouvements de la Shy Dance (le bras sur la t\u00eate, la main en mesure, la connexion du regard, les complicit\u00e9s gestuelles, la lenteur et le pas\u2026 jusqu\u2019au mannequin, jusqu\u2019\u00e0 la pomme sur sc\u00e8ne\u2026) font partis du mouvement plus g\u00e9n\u00e9ral, plus invisible et inconnu, de leurs vies.<br \/>\nShy Dance est ainsi un point de vie. Non ? Non pas un lieu de vie, mais un point de vie. Un point dans une trajectoire. Un point qui m\u00eala plusieurs trajectoires et qui, aujourd\u2019hui, forment ensemble un seul trac\u00e9.<br \/>\n(\u2026)<br \/>\nLe temps mort\u2026 L\u2019expression pourrait inqui\u00e9ter si elle ne d\u00e9signait pas autre chose dans Shy Dance. Qu\u2019est-ce que \u00e7a veut dire \u00ab un temps mort \u00bb ? Quand on dit \u00e7a, on songe souvent \u00e0 un arr\u00eat, \u00e0 une suspension. On d\u00e9signe ainsi un temps qui vient en rupture avec un temps o\u00f9 l\u2019action serait visible. O\u00f9 le mouvement est nourri par une \u00e9nergie qui se traduit par du d\u00e9placement, du positionnement, de la \u00ab figure \u00bb\u2026<br \/>\nEt d\u2019une certaine mani\u00e8re, paradoxalement, c\u2019est parce qu\u2019il y a \u00ab du temps mort \u00bb que l\u2019on peut le distinguer du temps anim\u00e9.<br \/>\nMais, peut-\u00eatre que \u00e7a d\u00e9signe autre chose, ici, dans Shy Dance qui est organis\u00e9 sur des temps morts (temps mort au pluriel). Peut-\u00eatre que le \u00ab temps mort \u00bb, ici, renvoie \u00e0 du temps de recherche. C\u2019est-\u00e0-dire, que \u00ab temps mort \u00bb et \u00ab temps de recherche \u00bb c\u2019est synonyme ou presque. Car ici, dans Shy Dance, \u00ab temps mort \u00bb \u00e7a veut dire \u00ab suspension \u00bb et recherche. Les danseurs de Shy Dance observent ainsi une s\u00e9rie de temps (a priori mort) qui sont des temps d\u2019enqu\u00eate.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait pr\u00e9visible. L\u00e0 o\u00f9 il y a du mort, il y a de l\u2019enqu\u00eate. Et d\u2019ajouter que l\u2019enqu\u00eate porte ici sur la \u00ab mort du temps \u00bb. Cette mani\u00e8re que l\u2019on a de meubler le temps, de ne plus l\u2019\u00e9prouver, de ne plus le sentir, de ne plus vivre le temps dans sa d\u00e9composition (fraction de seconde, poign\u00e9e de minute, heures infinies, etc\u2026). S\u2019attachant \u00e0 faire sentir des \u00ab temps morts \u00bb, c\u2019est peut-\u00eatre \u00e7a qui \u00e9tait aussi en jeu dans Shy Dance. Une tentative de retrouver la sensation du temps et peut-\u00eatre de faire l\u2019\u00e9preuve d\u2019une \u00ab minute sup\u00e9rieure \u00bb. Celle o\u00f9 se manifeste une pr\u00e9sence.<br \/>\nJe vous quitte.<br \/>\n\u00ab salut \u00bb comme disait l\u2019autre au terme d\u2019un article \u00ab la fin d\u2019un commencement \u00bb qui concluait la revue Arguments. Belle revue.<br \/>\nYannick Butel<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;- Ceci n&rsquo;est pas une critique et Shy Dance n&rsquo;est pas un spectacle. Ce qui suit est donc un t\u00e9moignage qui tente de rendre compte d&rsquo;un processus de travail, qui essaie de rendre sensible un commencement d&rsquo;\u00c5\u201cuvre. Ceci n&rsquo;est pas une critique et il n&rsquo;y a aucune \u00e9valuation, aucun jugement, aucune expertise de cette \u00c5\u201cuvre en devenir. Ceci n&rsquo;est pas une critique, mais la m\u00e9diation d&rsquo;un regard qui, tout en \u00e9tant dans un processus de travail, demeure \u00e9tranger malgr\u00e9 sa<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-798","article","type-article","status-publish","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/798","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=798"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=798"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}