


{"id":800,"date":"2010-09-01T17:43:00","date_gmt":"2010-09-01T15:43:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=800"},"modified":"2010-09-01T17:43:00","modified_gmt":"2010-09-01T15:43:00","slug":"journal-de-bord-du-skite-experiences-impensables","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/journal-de-bord-du-skite-experiences-impensables\/","title":{"rendered":"Journal de bord DU SKITE : exp\u00e9riences impensables"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-799\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/arton245.png\" width=\"601\" height=\"423\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><em> <strong>Apr\u00e8s quatre \u00e9ditions, la 5\u00e8me \u00e9dition du projet SKITE se tient \u00e0 Caen du 16 ao\u00fbt au 12 septembre 2010, \u00e0 l&rsquo;initiative conjointe de l&rsquo;association SKITE (Jean-Marc Adolphe) et l&rsquo;association Danse Perspective (Michelle Latini), en partenariat avec l&rsquo;Ecole sup\u00e9rieure d&rsquo;arts et m\u00e9dias de Caen (ESAM), le Centre Chor\u00e9graphique National de Caen \/ Basse-Normandie, le CARGO, Les Ateliers interm\u00e9diaires, l&rsquo;IMEC, le Th\u00e9\u00e2tre de Caen, et avec le soutien de la r\u00e9gion Basse-Normandie, de CulturesFrance, de la Ville de Caen. Laboratoire pluridisciplinaire de formation et de recherche artistiques, le SKITE r\u00e9unit une cinquantaine d&rsquo;artistes \u00e9mergents internationaux (danse, th\u00e9\u00e2tre, arts visuels, musique&#8230;) auxquels se sont amalgam\u00e9s des artistes de Caen et de sa r\u00e9gion, dans le cadre d&rsquo;ateliers de recherche, s\u00e9minaires et rencontres ouverts ponctuellement au public. Et, surtout, un rnedz-vous les 9.10.11 septembre avec Fragments d&rsquo;exp\u00e9riences, qui cl\u00e0\u00b4turera ces \u00ab\u00a0chantiers d&rsquo;utopies. Certains de ces fragments auront ensuite une diffusion isol\u00e9e ou group\u00e9e \u00e0 travers l&rsquo;Europe, et aux USA (New York), dans un second temps, de novembre 2010 \u00e0 avril 2011. L&rsquo;insens\u00e9, site d&rsquo;accompagnement du spectateur et espace critique suit au jour le jour les diff\u00e9rents projets. Projets \u00ab\u00a0performatifs\u00a0\u00bb, souvent, (formes br\u00e8ves m\u00ealant diverses pratiques artistiques, work in progress, dispositif hybride, installations et projets participatifs issus de ces quatre semaines de travail intensif.<\/strong> <\/em><br \/>\n<em>PETITE HISTOIRE DE L&rsquo;IMPENSABLE[[Les lignes qui suivent sont en grande partie extraites du dossier de pr\u00e9sentation du SKITE tel qu\u2019en parle Jean-Marc Adolphe, mi mars 2010]]].<\/em><br \/>\nQui ne serait pas si, au culot, Jean-Marc Adolphe ne s\u2019y \u00e9tait attel\u00e9, lui qui en parle aujourd\u2019hui comme si c\u2019\u00e9tait \u00e0 construire, toujours : \u00ab Le SKITE est un chantier d\u2019utopies cr\u00e9e en 1992, au Th\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9 Internationale \u00e0 Paris.<br \/>\n<em>C\u2019\u00e9tait :<\/em><br \/>\nImpensable et nulle part en Europe n\u2019existaient encore de \u00ab r\u00e9sidences de recherche \u00bb : d\u00e9dier quatre semaines pour un espace-temps de formation-recherche, sans aucune obligation de \u00ab production \u00bb.<br \/>\nImpensable de r\u00e9unir, avec un budget modeste, 60 artistes alors quasiment inconnus (Meg Stuart, Alain Platel, Vera Mantero, Caterina Sagna, Heddy Maalem, etc.) d\u2019horizons g\u00e9ographiques les plus divers, de New-York \u00e0 Tachkent en Ouzb\u00e9kistan, de Bruxelles \u00e0 Zagreb.<br \/>\nImpensable de ne pas savoir, de ne pas \u00ab programmer \u00bb. Faire simplement confiance aux artistes, \u00e0 leur capacit\u00e9 \u00e0 inventer l\u2019avenir.<br \/>\nImpensable d\u2019obtenir sur ce projet un financement de l\u2019Union europ\u00e9enne, non pas dans le cadre d\u2019un programme culturel, mais dans celui d\u2019un programme de formation continue (FORCE), en \u00ab concurrence \u00bb avec des porteurs de projets tels que Renault V\u00e9hicules Industriels, Eurocopter, l\u2019Association europ\u00e9enne des cadres de l\u2019industrie bancaire, etc.<br \/>\nImpensable de n\u2019avoir \u00e0 produire rien d\u2019autre que \u00ab de la rencontre \u00bb, de l\u2019avoir na\u00efvement \u00ab avou\u00e9 \u00bb \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne, et d\u2019avoir obtenu sous ce seul motif le doublement de la subvention pour r\u00e9aliser la seconde \u00e9dition d\u2019un projet alors qualifi\u00e9 par l\u2019Union Europ\u00e9enne de \u00ab projet pilote \u00bb. \u00bb<br \/>\nLa chose pos\u00e9e, reste \u00e0 la faire vivre \u00e0 Lisbonne en 1994. Petit coup de pouce, la ville est alors capitale europ\u00e9enne\u2026<br \/>\n\u00ab Impensable encore : contre toute rationalit\u00e9 budg\u00e9taire, r\u00e9unir pendant un mois 120 artistes, jeunes et moins jeunes. Permettre \u00e0 de tout jeunes artistes comme J\u00e9r\u00f4me Bel, Yves Godin (cr\u00e9ateur lumi\u00e8res), Nadia Lauro (sc\u00e9nographe encore en formation), de faire leurs toutes premi\u00e8res pr\u00e9sentations publiques.<br \/>\nImpensable de se faire traiter de \u00ab fous \u00bb par les fonctionnaires du Centro cultural de Bel\u00e9m, effar\u00e9s de voir des artistes transformer en lieux de r\u00e9p\u00e9tition des salles de r\u00e9union inutilis\u00e9es, \u00e9bahis de voir arriver 500 spectateurs attir\u00e9s par le seul bouche-\u00e0-oreille assister \u00e0 une \u00ab performance \u00bb orchestr\u00e9e par Alain Platel avec 30 personnes sur sc\u00e8ne. Partager bureaux et coulisses, pendant quatre semaines, avec les danseurs de Pina Bausch (\u00e0 qui Lisbonne 94 offrait une vaste r\u00e9trospective). Diss\u00e9miner des actions artistiques dans toute la ville de Lisbonne et \u00e0 sa p\u00e9riph\u00e9rie.<br \/>\nImpensable d\u2019entendre Gil Mendo (alors responsable de l\u2019association Forum Dan\u00e7a, aujourd\u2019hui directeur artistique de Culturgest \u00e0 Lisbonne) dire 14 ans plus tard, en 2008, combien le projet SKITE \u00e0 Lisbonne a durablement soud\u00e9 la communaut\u00e9 artistique portugaise, tout en l\u2019ouvrant sur le monde \u00bb<br \/>\nEt Adolphe de pr\u00e9ciser la parenth\u00e8se 1995-2007, o\u00f9 SKITE est suspendu<br \/>\n\u00abImpensable, apr\u00e8s le succ\u00e8s de Lisbonne 94, de d\u00e9cider de \u00ab saborder \u00bb le projet SKITE afin que celui-ci ne devienne pas un festival de plus ; et en estimant que ce projet ayant port\u00e9 ses fruits (multiplicit\u00e9 des r\u00e9sidences de recherche, \u00e9changes europ\u00e9ens, d\u00e9veloppement de formes esth\u00e9tiques \u00ab indisciplinaires \u00bb, etc.), laisser le temps faire son \u0153uvre \u00bb Suspendu SKITE, oui, mais pas inactif, pas sans vitalit\u00e9 quand en 2007, on comprend que le \u00ab r\u00e9seau Sweet and tender collaborations serait le fer de lance d\u2019une r\u00e9activation du projet SKITE.<br \/>\nEt Adolphe de poursuivre :<br \/>\n\u00ab Impensable, apr\u00e8s 14 ans d\u2019interruption, de reprendre en l\u2019\u00e9tat le projet SKITE, apr\u00e8s avoir fait connaissance, de fa\u00e7on fortuite \u00e0 Berlin, avec de jeunes artistes co-fondateurs d\u2019un r\u00e9seau informel baptis\u00e9 Sweet and tender collaborations.<br \/>\nImpensable de rassembler en trois mois les conditions pour r\u00e9unir, dans un lieu improbable, Performing Arts Forum au sud de l\u2019Aisne, 35 jeunes artistes de ce r\u00e9seau, venus de toute l\u2019Europe, mais aussi des Etats-Unis, du Mexique, du Br\u00e9sil, du Japon, d\u2019Australie et m\u00eame d\u2019Iran. Pr\u00e9senter trois jours de \u00ab fragments d\u2019exp\u00e9riences \u00bb \u00e0 Reims, au sein d\u2019un Centre dramatique (la Com\u00e9die de Reims), d\u2019une Sc\u00e8ne nationale (Le Man\u00e8ge) et d\u2019un monument historique (le Palais du Tau) \u00bb.<br \/>\nSKITE ayant \u00e9chapp\u00e9 de peu \u00e0 une mort \u00ab institutionnelle \u00bb, il reprend de plus belle. Porto, 2008, est le nouveau territoire de ces exp\u00e9riences impensables.<br \/>\n\u00ab Impensable de partir du d\u00e9sir de deux jeunes artistes portugais pour r\u00e9aliser avec eux la 4e \u00e9dition du projet SKITE \u00e0 Porto, ville culturellement sinistr\u00e9e. De convaincre le Teatro Nacional S\u00e3o Jo\u00e3o de mettre \u00e0 disposition ses espaces de r\u00e9p\u00e9tition (dont le fabuleux Monast\u00e8re de S\u00e3o Bento da Vit\u00f3ria), et l\u2019infrastructure technique. De r\u00e9unir dans un partenariat in\u00e9dit le Teatro Nacional S\u00e3o Jo\u00e3o, le Festival International de Marionnettes de Porto, et des lieux alternatifs (Maus Habitos, 555, etc.). D\u2019offrir au public de Porto une quarantaine d\u2019heures de pr\u00e9sentations publiques de performances, spectacles, rencontres, installations. De voir Meg Stuart reprendre exceptionnellement une performance de 1992, Running, avec 26 interpr\u00e8tes. Et recevoir en honneur et en beaut\u00e9, pour la pr\u00e9sentation finale des Fragments d\u2019exp\u00e9riences, le cin\u00e9aste Manoel de Oliveira, 100 ans, entamer en public une danse de remerciement.<br \/>\nImpensable, \u00e0 partir du projet SKITE-Sweet and tender collaborations Porto 2008, de donner \u00e0 de jeunes artistes l\u2019\u00e9lan n\u00e9cessaire pour impulser de nouvelles collaborations, les aider \u00e0 professionnaliser leurs parcours, et donner ainsi au r\u00e9seau Sweet and tender collaborations l\u2019occasion d\u2019une large diss\u00e9mination de projets \u00e0 travers toute l\u2019Europe et m\u00eame au-del\u00e0 \u00bb.<br \/>\n2010, Gare de Lyon, Adolphe me parle de la suite caennaise\u2026Il parle d\u2019ouvrir \u00ab les horizons \u00bb. N\u2019en ayant jamais fini de prolonger l\u2019impensable\u2026<br \/>\n\u00ab Impensable, \u00e0 l\u2019heure des budgets en berne, de r\u00e9unir les conditions et les moyens pour convier entre 40 et 60 jeunes artistes (et aussi de moins jeunes) \u00e0 Caen, pendant quatre semaines. D\u2019habiter les 11.000 nouveaux m\u00e8tres carr\u00e9s de l\u2019Ecole sup\u00e9rieure arts et m\u00e9dias, ainsi que d\u2019autres lieux du territoire caennais.<br \/>\nDe conjuguer le local et l\u2019international, en s\u2019appuyant sur de multiples comp\u00e9tences locales, dont celle de l\u2019association Danse Perspective, qui m\u00e8ne depuis 20 ans un travail exemplaire de formation-diffusion, et d\u2019accompagnement de jeunes artistes, d\u2019associer au projet des artistes de diff\u00e9rentes disciplines, actifs sur Caen et la R\u00e9gion Basse-Normandie. A leurs c\u00f4t\u00e9s, r\u00e9unir des artistes d\u2019une quinzaine de nationalit\u00e9s diff\u00e9rentes. Enfin, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 de multiples r\u00e9seaux europ\u00e9ens sont actifs, d\u2019ouvrir l\u2019horizon vers d\u2019autres territoires, et r\u00e9activer un axe avec New-York et les Etats-Unis, en conviant dix jeunes artistes-performers am\u00e9ricains, et en construisant une suite du projet outre-Atlantique, en lien avec des universit\u00e9s et des festivals.<br \/>\nDe croiser les g\u00e9n\u00e9rations, d\u2019associer au projet SKITE des artistes d\u00e9j\u00e0 confirm\u00e9s (H\u00e9la Fattoumi et Eric Lamoureux, Laura Simi, Yves-No\u00ebl Genod, Denis Mariotte, etc.), des artistes au tout d\u00e9but de leur parcours et d\u2019autres encore en formation (\u00e9tudiants de l\u2019Ecole sup\u00e9rieure arts et m\u00e9dias de Caen, de l\u2019Ecole nationale sup\u00e9rieure des arts d\u00e9coratifs de Paris, \u00e9tudiants en option \u00ab performance \u00bb \u00e0 La Cambre \u00e0 Bruxelles).<br \/>\nL\u2019impensable enfin : ne pas savoir ce qui va jaillir d\u2019un tel \u00ab laboratoire \u00bb. Et s\u2019en r\u00e9jouir \u00bb.<br \/>\n<em>CAEN&#8230; LE CHANTIER<\/em><br \/>\nFin d\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 Caen, ville partiellement d\u00e9serte sauf que l\u2019on remarque, ici et l\u00e0, dans les rues, quelques cyclistes en bande, quelques groupes de marcheurs qui semblent ne rien avoir \u00e0 voir avec des touristes\u2026<br \/>\nLes Skiters sont arriv\u00e9s. Ils sont l\u00e0. Occupent d\u00e9j\u00e0 quelques lieux, dont notamment le <em>Carg\u00d6<\/em> qui ressemble \u00e0 une base arri\u00e8re de campagne o\u00f9 se retrouvent et se regroupent les troupes.<br \/>\nLes Skiters sont l\u00e0, log\u00e9s \u00e0 l\u2019IMEC, log\u00e9s en cit\u00e9 universitaire, ici et l\u00e0. Et \u00e7a tchachent en anglais, en franglais, en espagnole, en russe\u2026Et chacun semble s\u2019y retrouver ou s\u2019accommoder de ces langues ma\u00eetris\u00e9es ou pas, o\u00f9 l\u2019information circule parce qu\u2019elle est juste, ou plus hasardeuse. \u00c7a donne des rendez-vous improbables o\u00f9 naissent des \u00e9v\u00e9nements impr\u00e9vus. L\u2019impr\u00e9vu, l\u2019inattendu, l\u2019improbable\u2026peut-\u00eatre des synonymes de la Performance. Et \u00e7a commence donc, avec un discours partag\u00e9 ou pas, mais et de toutes les mani\u00e8res, une parole mutualis\u00e9e.<br \/>\nAlors \u00e7a grouille de mouvements, de d\u00e9placements, de zones occup\u00e9es et soudainement abandonn\u00e9es. De groupes qui se font, de solitudes qui s\u2019entretiennent, de bandes qui partent \u00e0 la d\u00e9bandade. C\u2019est le SKITE. En guise d\u2019horaire fixe, les repas au CCN ou au Cargo. Et Marielle veille \u00e0 \u00e7a, en plus du reste. C\u2019est-\u00e0-dire tout ce qui tient au d\u00e9sir de travailler, de trouver un lieu, de l\u2019occuper, etc. Marielle, c\u2019est le SKITE. Celle qui fait les photocopies, conduit les arrivants, s\u2019occupent des partants, donnent un coup de t\u00e9l\u00e9phone pour d\u00e9brouiller une embrouille. Marielle ! que je baptise Skite-r\u00e9f\u00e9rence.<br \/>\nEt tout fonctionne autrement. Je veux dire par-l\u00e0 que \u00e7a fonctionne selon des lois qui sont informul\u00e9es et donc non connues. Je veux dire que le Skite, s\u2019il est \u00ab des chantiers d\u2019utopie \u00bb, c\u2019est aussi et d\u2019abord, au sens premier du terme, un chantier. Le lieu o\u00f9 l\u2019on commence. Le lieu o\u00f9 \u00e7a s\u2019anime. Des lieux qui vivent sans interruption ou presque (car il y a toujours les autres qui vous rappellent qu\u2019il y a des r\u00e8gles, des obligations, des horaires d\u2019ouvertures et de FERMETURES). Mais voil\u00e0, le SKITER est un \u00eatre qui voudrait ignorer cette organisation habituelle. Et pour autant qu\u2019il voudrait l\u2019ignorer, il se plie aimablement \u00e0 ce qui reste de la discipline, eux les indisciplin\u00e9s. Car le SKITER est un indisciplin\u00e9 au sens o\u00f9 ils pratiquent et m\u00ealent toutes les disciplines.<br \/>\nC\u2019est un artiste de Contre-bande qui fuit toutes les r\u00e8gles, tous les acad\u00e9mismes, et qui leur pr\u00e9f\u00e8re le bricolage et la libert\u00e9 qui va avec. Le SKITER est ainsi, impr\u00e9visible. Travaillant les m\u00e9moires pour fabriquer des anti-m\u00e9moires. Jonglant avec les flux, avec les courants, avec les \u00e9nergies qu\u2019il puise on ne sait o\u00f9, sinon que la source semble un imaginaire individuel qui ne se d\u00e9ploie jamais aussi bien que dans le collectif, au sein du collectif. Le SKITER a un besoin essentiel de l\u2019AUTRE.<br \/>\nAu premier \u00ab showing \u00bb on aura vu les premiers \u00ab events \u00bb qui sont tous des \u00ab work in progress \u00bb\u2026 OK ? Je traduis : \u00e0 la premi\u00e8re pr\u00e9sentation de ces formes exp\u00e9rimentales, de ces actes improvis\u00e9s, de ces \u00ab actions \u00bb\u2026 on aura vu les \u00e9tapes, \u00e9tats\u2026 d\u2019un travail. LE SKITER est ainsi un travailleur, un Worker.<br \/>\n(pens\u00e9es : Je me demande si ce n\u2019est pas davantage un lumpenprol\u00e9taire de l\u2019art, au sens o\u00f9 Marx d\u00e9finissait le Lumpenprol\u00e9tariat comme celui qui n&rsquo;a que sa force sa conscience. Je me demande si SKITE, peut-\u00eatre, n\u2019est pas l\u2019expression de la lente paup\u00e9risation du milieu artistique qui a trouv\u00e9 son genre : la performance. Ce n\u2019est qu\u2019une pens\u00e9e, mais j\u2019ai un doute que je tiens \u00e0 partager)<br \/>\nC\u2019est donc un travailleur qui n\u2019a plus d\u2019heures, qui n\u2019a pas d\u2019heure, pour qui le temps n\u2019est plus qu\u2019un pr\u00e9texte. Et pour autant que la contrainte temporelle a disparu, la contrainte de la cr\u00e9ation persiste. CREER OU MOURIR, C\u2019EST L\u2019ISSUE.<br \/>\nLe travailleur qu\u2019est le SKITER ne fonctionne qu\u2019\u00e0 \u00e7a\u2026 au d\u00e9sir de cr\u00e9er qui est comme l\u2019\u00e9quivalent de vivre. Ou d\u2019exister.<br \/>\n\u00c7a pourrait \u00eatre un verbe conjugu\u00e9 au seul temps et \u00e0 la seule personne recevable. JE SKITE. Premi\u00e8re personne du singulier conjugable au pr\u00e9sent de l\u2019indicatif. Un rien restrictif que cette conjugaison qui n\u2019envisage aucun diff\u00e9r\u00e9, mais elle dit explicitement l\u2019urgence de l\u2019acte, sa n\u00e9cessit\u00e9, le d\u00e9sir de faire\/penser\/agir. JE SKITE DONC JE SUIS. JE PENSE SKITE. JE MANGE SKITE. JE SKITE. Soit une sorte de mani\u00e8re d\u2019\u00eatre qui fait du SKITER, un \u00eatre qui ne sp\u00e9cule plus, qui ne s\u2019\u00e9pargne rien et qui \u00ab compute \u00bb.<br \/>\nAutre verbe improbable qui d\u00e9signe l\u2019emploi que l\u2019on fait du \u00ab computer \u00bb(prononcez la finale \u00ab eur \u00bb). Car presque partout, ici, on est \u00e9quip\u00e9 de ce qu\u2019il convient d\u2019appeler \u00ab a brain machine interface \u00bb qui permet de prolonger la pens\u00e9e, le geste, etc. Le computer est au Skiter, ce que le rateau est au jardinier. Il permet d\u2019organiser, de lisser, de travailler, de parfaire\u2026 les formes d\u2019un art qui vit avec la technologie. Musical, le MAC et le PC. Bo\u00eete \u00e0 Musique mix\u00e9e, enregistr\u00e9e. Bo\u00eete \u00e0 vid\u00e9o, Bo\u00eete \u00e0 id\u00e9es\u2026 Le portatif s\u2019accorde ici avec l\u2019esprit nomade du Skiter. O\u00f9 est le WIFI ? O\u00f9 est le Code ? Et la connexion ? Et la compatibilit\u00e9\u2026 Le Computer et le SkITER ont mis au monde une langue que partagent l&rsquo;outil de travail et le travailleur.<br \/>\n(pens\u00e9es : il faudrait avoir le temps de faire l&rsquo;arch\u00e9ologie de \u00e7a. De voir quelle th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 \u00e7a induit. Regarder quel ethnosyst\u00e8me \u00e7a met en place).<br \/>\nYB<\/p>\n<hr \/>\n<p><center>30\/08\/2010<br \/>\n<center>Wojtek Ziemilski<br \/>\n<center>L\u2019ESAM, salle de conf\u00e9rence<\/center><\/center><\/center><center>15h-19h<\/center><br \/>\nUne architecture majestueuse, un grand hall ouvert sur le ciel, \u00e0 gauche un couloir \u00e9troit, au fond la salle de conf\u00e9rence. C\u2019est ici que Wojtek propose un workshop autour de l\u2019improvisation. Onze artistes ont r\u00e9pondu pr\u00e9sent.<br \/>\nAssis sur des chaises face \u00e0 un espace vide, tous seront performers et spectateurs.<br \/>\nSix improvisations s\u2019encha\u00eeneront.<br \/>\nP\u00e9n\u00e9trer cet espace sera le lieu d\u2019un respect de consignes pr\u00e9cises pos\u00e9es par Wojtek.<br \/>\nDes objets sont install\u00e9s, de fa\u00e7on arbitraire dans l\u2019espace vide : micro, scotch, chaise par exemple. A priori, ils ne sont pas \u00e0 leurs places. Mais, tr\u00e8s vite le jeu redonne leurs fonctions premi\u00e8res. Wojtek explique justement qu\u2019il s\u2019agit d\u2019utiliser l\u2019objet pour son utilit\u00e9, non de le r\u00e9inventer et donc de le rendre fictif ou anecdotique.<br \/>\nUn premier performer d\u00e9cide de venir sur sc\u00e8ne. Il ne doit pas penser \u00e0 ce qu\u2019il va faire mais se laisser guider par l\u2019instinct de ce moment. Il se saisit du lieu, des objets pr\u00e9sents, des sons, des contrastes de lumi\u00e8re. Il se concentre sur un \u00e9l\u00e9ment et cr\u00e9e une action, un mouvement. Puis, il r\u00e9p\u00e8te ce geste, le transforme, le fait \u00e9voluer. Seul le spectateur cr\u00e9e son histoire autour de cette action. D\u2019autres performers viennent le rejoindre \u00e0 tour de r\u00f4le. Le suivant vient en aide au premier. Sans \u00eatre en contradiction, il poursuit avec lui son action. Le performer doit toujours se demander ce qu\u2019il fait au moment o\u00f9 il le fait. La sc\u00e8ne devient alors un lieu de recherche o\u00f9 chacun vient se tester avec les autres. Ainsi, plusieurs actions superpos\u00e9es se compl\u00e8tent, se nourrissent et forment une situation in\u00e9dite bas\u00e9e sur l\u2019\u00e9coute, l\u2019imagination et le pr\u00e9sent. Parfois, les actions s\u2019essoufflent, se d\u00e9sorientent \u00e0 cause d\u2019 \u00ab accidents \u00bb in\u00e9vitables : des performers illustrent leurs gestes, cr\u00e9ent une fiction avec les objets, automatisent un mouvement.<br \/>\nWojtek est tr\u00e8s impliqu\u00e9 dans le d\u00e9roulement des improvisations. Si une action lui semble hors propos, il demande au performer de retourner s\u2019assoir. Ces interventions peuvent-elles \u00eatre l\u2019objet d\u2019un d\u00e9r\u00e8glement au sein m\u00eame de l\u2019improvisation ? Ce travail questionne la transmission aux performers d\u2019un principe cher \u00e0 un chef de projet. Par quel relais, un metteur en sc\u00e8ne d\u00e9finit-il un \u00ab bon \u00bb fonctionnement sur sc\u00e8ne ? Comme l\u2019utilisation d\u2019un objet d\u00e9localis\u00e9 sur sc\u00e8ne, une action a priori jug\u00e9e mauvaise, ne peut-elle pas \u00eatre \u00e9volutive au fil de l\u2019improvisation ?<br \/>\nEtre sur sc\u00e8ne, \u00eatre spectateur ou \u00eatre metteur en sc\u00e8ne, c\u2019est alors une succession de prise de d\u00e9cisions. C\u2019est \u00eatre convaincu qu\u2019on ne peut pas douter de tout.<br \/>\nLucile Perrin<\/p>\n<hr \/>\n<p><center>31\/08\/2010<br \/>\n<center>\u00c9glise Saint Nicolas,<br \/>\n<center>17h-19h<\/center><\/center><\/center><br \/>\nLes \u00ab Kid Sequence \u00bb de Yohann Allex, Hector Thami Manekehla et autres artistes-ouvriers&#8230;<br \/>\nDans la p\u00e9nombre et la fra\u00eecheur de l&rsquo;\u00e9glise Saint Nicolas, ils sont une huitaine \u00e0 s&rsquo;\u00eatre r\u00e9uni autour de Yohann Allex, com\u00e9dien, musicien et performer caennais. Ce dernier propose d&rsquo;explorer ce qu&rsquo;il appelle le \u00ab travail en temps r\u00e9el \u00bb.<br \/>\nA la mani\u00e8re du travail d&rsquo;improvisation, il cherche \u00e0 composer avec l&rsquo;instant pr\u00e9sent et op\u00e8re selon un fonctionnement instinctif, imm\u00e9diat, spontan\u00e9. Lui-m\u00eame performer au sein de son atelier, il se positionne en tant que chef d&rsquo;orchestre et dirige l&rsquo;ensemble des participants dans des actions qu&rsquo;il d\u00e9cide sur le moment, au gr\u00e9 des envies qui le traversent et des associations d&rsquo;id\u00e9es qui surgissent. Les performers qui l&rsquo;accompagnent (danseurs et musiciens) deviennent ainsi des machines \u00e0 ex\u00e9cuter, des objets modulables et p\u00e9trissables dont l&rsquo;objectif est d&rsquo;\u00eatre le plus r\u00e9actif possible tout en essayant de trouver le juste endroit des choses. Divers accessoires tels que des livres ou une guitare \u00e9lectrique sont pos\u00e9s sur le plateau et peuvent servir, \u00e0 tout moment, de support d&rsquo;exp\u00e9rimentation. De m\u00eame, un langage gestuel, instaur\u00e9 au pr\u00e9alable et toujours en possible r\u00e9-actualisation, permet \u00e0 celui qui orchestre d&rsquo;\u00eatre entendu rapidement et \u00e0 ceux qui ex\u00e9cutent de signaler leur \u00e9ventuelle incompr\u00e9hension, leur ennui, leur souffrance, leur refus ou bien leur d\u00e9sir de faire une pause, d&rsquo;aller au toilettes, d&rsquo;exp\u00e9rimenter une autre action.<br \/>\nDans tous les cas, l&rsquo;objectif n&rsquo;est pas de savoir pourquoi on fait les choses mais de trouver instinctivement comment on les ex\u00e9cute. Comment on les fait \u00e9voluer. Comment on s&rsquo;en accommode, ou non&#8230; Il s&rsquo;agit par ailleurs de renouer avec l&rsquo;imaginaire de l&rsquo;enfant, de retrouver un \u00e9tat de libert\u00e9, de s&rsquo;affranchir de sa propre autocensure ainsi que du regard des autres.<br \/>\nPauline Pigeot<\/p>\n<hr \/>\n<p><center>01\/09\/2010<br \/>\n<center>Salle de l&rsquo;ESAM,<br \/>\n<center>17h30-19h<\/center><\/center><\/center><br \/>\nPremi\u00e8re approche du travail de Min, une artiste cor\u00e9enne, danseuse et chor\u00e9graphe, qui explore la relation entre d\u00e9sir et mouvement. Venant, \u00e0 l&rsquo;origine, pour observer son travail, je me retrouve finalement \u00e0 y participer. Comme je ne parle pas anglais, c&rsquo;est Maryk qui traduit.<br \/>\nMin nous propose d&rsquo;exp\u00e9rimenter ce qui constitue sa recherche. D&rsquo;apr\u00e8s ce que je saisis de la conversation, elle a mis en place, dans son travail ant\u00e9rieur, un certain nombre de proc\u00e9d\u00e9s ou exercices permettant d&rsquo;\u00e9prouver \/ re-sentir \/ identifier les origines, les phases et les al\u00e9as du mouvement. Aussi, elle nous propose d&rsquo;explorer trois de ces proc\u00e9d\u00e9s, ne sachant pas si cela aura un int\u00e9r\u00eat pour nous comme pour elle&#8230; Nous r\u00e9alisons donc de courts exercices dans lesquels elle nous demande de travailler sur l&rsquo;action de \u00ab bouger \u00bb puis sur l&rsquo;action d&rsquo;\u00ab \u00eatre boug\u00e9 \u00bb, puis sur la diff\u00e9rence entre danser et bouger, etc. Dans une perspective de recherche quasi scientifique, elle note ensuite nos impressions et nos sensations. Comme si elle cherchait \u00e0 pointer une grammaire du mouvement, \u00e0 identifier une &#8211; ou plusieurs &#8211; g\u00e9n\u00e9alogies possibles. Elle semble vouloir d\u00e9cortiquer le double mouvement qui fait que l&rsquo;environnement ext\u00e9rieur agit sur le danseur et que parall\u00e8lement, le danseur, \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de son int\u00e9riorit\u00e9 peut se laisser aller \u00e0 cet environnement ou bien y r\u00e9sister.<br \/>\nP.P.<\/p>\n<hr \/>\n<p><center>02\/09\/2010<br \/>\n<center>CCN,<br \/>\n<center>16h<\/center><\/center><\/center><br \/>\nLors d&rsquo;une r\u00e9p\u00e9tition ouverte au public, les am\u00e9ricaines, Liz Santoro, Mich\u00e8le Boul\u00e9 et Cynthia Koppe pr\u00e9sentent l&rsquo;avanc\u00e9e de leur travail chor\u00e9graphique. Celui-ci se d\u00e9coupe en cinq s\u00e9quences offrant chacune un traitement particulier du mouvement, de l&rsquo;espace et du son. Les trois jeunes femmes ont pour point commun de porter chacune une jupe droite fendue et des chaussures \u00e0 talon qui marqueront particuli\u00e8rement les transitions entre les tableaux.<br \/>\nApr\u00e8s une entr\u00e9e sonore, martel\u00e9e par le son de l&rsquo;accessoire f\u00e9minin par excellence, le premier temps se d\u00e9roule donc dans la fixit\u00e9, face public. Post\u00e9e chacune \u00e0 un endroit du plateau, elles travaillent sur des mouvements infimes, l\u00e9gers, esquiss\u00e9s : un regard qui change de direction, une main qui se soul\u00e8ve d\u00e9licatement et prend \u00e0 peine appui sur le buste ou la taille, une jambe qui s&rsquo;incline et se positionne autrement&#8230; Au sein de ce continuum se d\u00e9veloppe une po\u00e9tique de l&rsquo;attente o\u00f9 chaque geste, \u00e0 priori insignifiant, acc\u00e8de \u00e0 une intensit\u00e9 particuli\u00e8re.<br \/>\nDans un second temps, ce sont Mich\u00e8le et Cynthia qui, affichant un visage froid et ferm\u00e9, traversent la diagonale selon des mouvements qui m&rsquo;\u00e9voquent la contorsion. En contrepoint, Liz reste dans l&rsquo;immobilit\u00e9, lointaine et inaccessible, au fond du plateau.<br \/>\nLa troisi\u00e8me s\u00e9quence consiste en ce que j&rsquo;appellerais la mise en sc\u00e8ne du solo. Toutes les trois sont assises en avant sc\u00e8ne, dos au public. Tour \u00e0 tour, elles se l\u00e8vent, longent minutieusement l&rsquo;espace sc\u00e9nique, y entrent et produisent une suite de mouvements al\u00e9atoires comme si elles \u00e9taient en train d&rsquo;improviser. Difficile de le dire avec certitude.<br \/>\nC&rsquo;est apr\u00e8s que surgit la parole, excessive, exub\u00e9rante, caricaturale. Assises au milieu du plateau, de mani\u00e8re \u00e9clat\u00e9e cette fois-ci, les trois jeunes femmes se lancent dans une conversation de bas \u00e9tage : parodie de secr\u00e9taires \u00e0 la pause caf\u00e9 ou de m\u00e9nag\u00e8res de moins de cinquante ans en manque de sensationnel&#8230; En am\u00e9ricain en plus, \u00e7a sonne! Ce qui m&rsquo;intrigue et me frappe particuli\u00e8rement dans ce tableau, c&rsquo;est leur gestuelle, entre avachissement ma\u00eetris\u00e9 et tension jouissive.<br \/>\nDans la derni\u00e8re s\u00e9quence, Mich\u00e8le prend le micro et chante sur un tube qu&rsquo;on dirait de vari\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine : souple et souriante elle est kitsch \u00e0 souhait. Elle \u00e9voque l&rsquo;image de l&rsquo;adolescente \u00e0 fleur de peau qui, dans un moment de l\u00e2cher prise, s&rsquo;\u00e9clate dans sa chambre et voit soudainement la vie en rose alors qu&rsquo;hier, disons-le, elle n&rsquo;avait qu&rsquo;une envie, celle de se supprimer. Ce pourrait \u00eatre aussi une sc\u00e8ne banale dans un cabaret miteux quelque part au milieu de nulle part&#8230; Derri\u00e8re, en fond de sc\u00e8ne, Liz et Cynthia ex\u00e9cutent une chor\u00e9graphie m\u00e9canique dans laquelle elles font claquer gestes et talons pour finir par descendre progressivement vers le sol, les jambes \u00e9cart\u00e9es, ce qui a pour effet de remonter leurs jupes et de laisser voir l&rsquo;int\u00e9rieur de leur cuisses.<br \/>\nL&rsquo;univers des am\u00e9ricaines est celui de la pr\u00e9cision et du d\u00e9tail et semble fonctionner au millim\u00e8tre pr\u00e8s. Il m&rsquo;\u00e9voque les films de Jacques Tati. Je repense aux s\u00e9quences de Playtime ou de Mon Oncle dans lesquelles le r\u00e9alisateur pointe avec ironie l&rsquo;arriv\u00e9e du monde moderne et de la technologie dans les villes, les entreprises, les foyers&#8230; Tati, ce sont des plans fixes travaill\u00e9s avec une rigueur compositionnelle et plastique, de la profondeur de champ dans laquelle s&rsquo;agr\u00e8gent des actions d\u00e9cal\u00e9es, de la mati\u00e8re sonore bruitiste d&rsquo;o\u00f9 surgissent des dialogues absurdes, parfois audible, parfois non, donnant naissance \u00e0 un langage en gromelo qui souligne le grotesque d&rsquo;une situation. Comme chez les am\u00e9ricaines, la narration est souterraine et ne constitue pas une finalit\u00e9 en soi. Les actions et mouvements prennent sens dans la dur\u00e9e et les changements de rythmes.<br \/>\n(Peut-\u00eatre cherche-t-on ici \u00e0 proposer des attitudes et des postures f\u00e9minines st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es qui ne font que complexifier l&rsquo;acc\u00e8s au champ de l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9.)<br \/>\nP.P.<\/p>\n<hr \/>\n<p><center>02.09.2010<br \/>\n<center>16H00-17H00<br \/>\n<center>CCN, Black Box<\/center><\/center><\/center><br \/>\nElles viennent toutes de New York, o\u00f9 y ont travaill\u00e9 s\u00e9par\u00e9ment ou ensemble. Elles sont \u00e0 Caen, au Centre Chor\u00e9graphique National (la cantine est ferm\u00e9e depuis quelques heures d\u00e9j\u00e0 et l\u2019ambiance est studieuse ou l\u2019espace est vide). Cynthia Koppe, Liz Santoro et Michelle Boul\u00e9 vont pr\u00e9senter ce qu\u2019elles nomment un \u00ab open \u00bb. Liz Santoro insiste \u00ab Open \u00bb pas \u00ab Showing \u00bb. Et elle justifie le premier terme en rappelant que c\u2019est un travail en cours. Une aventure qu\u2019elles ont en commun\u2026 Et dans ce travail, la place du regard du spectateur compte. Il y aura plusieurs instants, assez diff\u00e9rents pour souligner la compl\u00e9mentarit\u00e9 de chacune des \u00ab Stucks \u00bb de ce moment.<br \/>\nS\u00e9quence 1 (1+1+1) : les trois jeunes femmes en tailleur et talon aiguille arrivent sur le plateau. Bruits de talons. Un flou sonore monocorde se fait entendre et durera tout le long de la \u00ab performance \u00bb. Il ne se passera rien. Presque. Dispos\u00e9es \u00e0 cour, \u00e0 jardin et en fond de plateau, elles sont immobiles ou presque. En fait, elles bougent tr\u00e8s lentement. Le regard change. Ou une expression qui avait \u00e0 voir avec le songe. Ou la position d\u2019un doigt. Il faut parfois un temps long pour finalement percevoir le changement.<br \/>\n(pens\u00e9es : la s\u00e9quence 1, c\u2019est peut-\u00eatre une histoire de regard. Le leur, le n\u00f4tre. Une s\u00e9quence pour se voir se regarder. La s\u00e9quence 1, c\u2019\u00e9tait aussi un travail sur la lenteur du d\u00e9placement et la mutation lente. Celle qu\u2019on ne voit pas tout de suite mais qui devient visible dans l\u2019arr\u00eat final. C\u2019\u00e9tait une s\u00e9quence de dilatation. Une s\u00e9quence sur l\u2019imperceptible mouvement et la dilatation du temps. Peut-\u00eatre le furtif)<br \/>\nElles dispara\u00eetront au terme de cet \u00e9change. Reviennent en \u00ab jogging \u00bb.<br \/>\nS\u00e9quence 2 (2+1) : \u00e7a danserait si la danse ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019une expression visible et marqu\u00e9e, soulign\u00e9e et forcie, des corps. Bras, Jambes, Bassins, Bustes\u2026 Le corps est en mouvement.<br \/>\n(pens\u00e9es : ce qui a disparu, c\u2019est l\u2019expression du visage. Celle des mains aussi. La pudique expression du visage et des mains. Dans la \u00ab danse \u00bb qui danse, on gagne en mouvement ce que l\u2019on perd en \u00ab d\u00e9tails \u00bb. fin de la pens\u00e9e).<br \/>\nElles disparaissent, etc.<br \/>\nS\u00e9quence 3 :<br \/>\nS\u00e9quence 4 :<br \/>\nS\u00e9quence 5 :<br \/>\n(Je fais des photos et donc je ne prends aucune note. Je vois les performers \u00e0 travers le zoom num\u00e9rique).<br \/>\nS\u00e9quence 6 : Assises sur des chaises. Elles dialoguent. Dr\u00f4le.<br \/>\n(pens\u00e9e : C\u2019est Desesperate housewife. Si, si\u2026 Instant parodique. Le corps, la voix, les mimiques\u2026 servent \u00e0 soutenir la caricature.)<br \/>\nS\u00e9quence 7 : 2nd parodie. Tour de chant. Ch\u0153ur ob\u00e9issant. Dr\u00f4le, encore.<br \/>\nEspace biographique :<br \/>\nCynthia Koppe (USA)<br \/>\nIs a dancer living and working u New York City. She recntly performed as part of the Marina Abramovic Retrospectiv : The Artist is Present at the Museum of Modern Art, New York. She currently works with Shen Wei Dance Arts and has worked with Bill Young, Ellis Wood and others. Cynthia is also a bodyworker and Pilates instructor.<br \/>\nLiz Santoro<br \/>\nwas born in Boston, Massachusetts. She Received her early dance training at Boston Ballet School and with Marcus Schulkind. At Harvard university she completed pre-medical studies and a Bachelor\u2019s degree in neuroscience. Since moving to New York in 2003, she has performed the works of Jack Ferver, Trajal Harrell, heather Kravas, Jillian Pefia, Emily Wexler and Ann Liv Young among others. She is a 2009 recipient of the Dance Web scholarship at impulsTanz in Vienna. She has taught at Harvard University and IALS in Rome. Her choregraphic works has been presented at Dance Theater Worshop, PERFORMA09, Th\u00e9\u00e2tre de Vanves, Dixon Place, Brooklyn Arts Exchange, The Field, Gowanus Arts, Movement Research and in Paris at Festival \u00ab Il faut br\u00fbler pour briller \u00bb<br \/>\nMichelle Boul\u00e9<br \/>\nIs a dance artist, teaacher and Body talk Practitioner living in Brooklyn, NY. For the past 10 years, she has worked with Miguel Gutierrez and the Powerful people and has also worked with artists Deborah Hay (William Forsythe commission \u00ab If I Sing To You \u00bb), John Jasperse, Donna Uchizono, Neal Beasley, Christine Elmo, and Liz Santoro, among others. She is a part of teaching faculty at Movement Research in NY and alsoteaches dance at universities and centers internationally. She has shown her choreography in NY art Judson Church, CPR, Danspace Project and P.S. 122. She was a DanceWeb scholarship recipient in 2002.<br \/>\nYb.<\/p>\n<hr \/>\n<p><center>02\/09\/2010<br \/>\n<center>17H-19H<br \/>\n<center>ESAM.<br \/>\n<center>Salle 24, 2nd \u00e9tage.<center><\/center><\/center><\/center><\/center><\/center><br \/>\nMin, Chor\u00e9graphe.<br \/>\nMouvoir, danser, j\u2019aimerais essayer moi, de montrer ce que je pense et ce que je danse.<br \/>\nMin travaille. Elle est en travail. Elle pense la danse, maintenant, comme une \u00e9l\u00e9vation. La semaine d\u2019avant, elle pensait \u00ab \u00eatre mue \u00bb, maintenant \u00e7a se pr\u00e9cise. Elle pense \u00ab \u00eatre mue vers le haut \u00bb. Elle essaie donc des exp\u00e9riences afin de trouver cet \u00e9tat. Il s\u2019agit maintenant d\u2019exp\u00e9rimenter quelque chose qui la \u00ab meut vers l\u2019\u00e9l\u00e9vation \u00bb. Elle tente de trouver des stimulations qui la conduiraient \u00e0 \u00e7a. La musique a pu \u00eatre un de ces stimulis. Elle ne danse pas sur la musique, mais elle utilise la musique.<br \/>\n(Elle va essayer de faire quelque chose maintenant).<br \/>\nElle travaille son degr\u00e9 de r\u00e9sistance. Elle \u00e9puise la r\u00e9sistance au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;elle travaille. Elle cherche une \u00e9galit\u00e9 entre la r\u00e9sistance et le d\u00e9sir.<br \/>\nLes stimulations permettent de conduire au d\u00e9sir. Les stimulations c\u2019est ce qui permet au d\u00e9sir de devenir visible. \u00ab\u00a0Je danse pour rendre visible ce d\u00e9sir qui est en moi. Tout ce d\u00e9sir qui est en moi. Comment on fait \u00e7a ? Comment on le pratique ? Comment on le montre ?\u00a0\u00bb<br \/>\nTentative 1<br \/>\n(musique disco. seul dans l&rsquo;espace. Immobile. Puis l\u00e9g\u00e8rement en mouvement)<br \/>\nElle parle : \u00ab\u00a0Commencer par la plus grande stimulation. La musique. Je vais exp\u00e9rimenter, commencer par la puissance 10, puis descendre, 9.8.7\u2026. Je vais montrer ainsi comment je pratique la r\u00e9sistance. Comme il y a un regard ext\u00e9rieur, je vais avoir d\u2019autres probl\u00e8mes \u00e0 r\u00e9gler du fait de votre pr\u00e9sence\u00a0\u00bb.<br \/>\n(Pens\u00e9es: Quand Min r\u00e9siste \u00e0 l\u2019\u00e9coute de la Musique, c\u2019est comme si elle tentait de ne pas se laisser aller au rythme qu\u2019impose la musique. Donc, Puissance 10. Elle est immobile pendant que la musique se fait entendre. Puis, quand elle se met \u00e0 danser, elle est rattrap\u00e9e par la musique et la r\u00e9sistance diminue. Min pense donc la danse comme un espace d\u2019immobilit\u00e9 qui permet de sentir l\u2019imperceptible mouvement. Quand son corps et sa t\u00eate fl\u00e9chissent, c\u2019est qu\u2019ils sont pris dans un mouvement qui n\u2019est plus un mouvement int\u00e9rieur. Le regard du public sur cette immobilit\u00e9 aura pour effet d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer la baisse de r\u00e9sistance.<br \/>\nDanser, pour Min, c\u2019est donc rompre, peut-\u00eatre, avec l\u2019attente et le d\u00e9sir de mouvement du spectateur. Et c\u2019est tenter d\u2019entretenir un mouvement int\u00e9rieur, peut-\u00eatre une intensit\u00e9 propre \u00e0 elle seule, interne\u2026 et qui, peut-\u00eatre, \u00e0 un moment, va devenir sensible pour le spectateur. Et cette sensibilit\u00e9 ressentie va peut-\u00eatre s\u2019\u00e9lever au seuil de visibilit\u00e9). Tout est ind\u00e9cis.<br \/>\nYB<\/p>\n<hr \/>\n<p><center>02\/09\/2010<br \/>\n<center>Liz Santoro, Michelle Boul\u00e9, Cynthia Koppe<br \/>\n<center>CCN, Black Box<\/center><\/center><\/center>16h<br \/>\nCheveux roux, tee-shirt bleu clair, pantalon orange fluo. Liz Santoro nous informe tout de suite qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un showing mais d\u2019une r\u00e9p\u00e9tition publique. Elle met en avant son d\u00e9sir de partager avec le spectateur son travail r\u00e9alis\u00e9 depuis le d\u00e9but du Skite. Son travail met en parall\u00e8le le corps et les v\u00eatements. Une jupe serr\u00e9e, des talons hauts ou un jogging g\u00e9n\u00e8rent des postures diff\u00e9rentes du corps. Cinq tableaux se succ\u00e8dent : des positions fig\u00e9es, froides laissent peu \u00e0 peu place \u00e0 un geste chor\u00e9graphique collectif, puis \u00e0 la parole de new-yorkaises d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es, et enfin \u00e0 un show musical.<br \/>\nLa sc\u00e8ne vide. Un son sourd de micro mal \u00e9teint. Une valse de talons au loin, derri\u00e8re le public. Une tension soudaine envahit l\u2019espace. Trois femmes en tailleur marchent le long du plateau. Le regard fix\u00e9 sur le public, elles prennent des pauses. A l\u2019image de mannequins en vitrine, elles sont fig\u00e9es. Parfois, d\u2019un geste lent, elles modifient leurs positions. Des mannequins articul\u00e9s.<br \/>\nLes trois danseuses entament ensuite en ligne horizontale, une chor\u00e9graphie collective. Les talons claquent sur le plancher du th\u00e9\u00e2tre. Le regard toujours fix\u00e9 sur le public et le visage dur, un ballet rythm\u00e9 de jambes et de pieds interroge la difficult\u00e9 de bouger en jupe \u00e9troite et talons. Elles se d\u00e9chaussent, d\u00e9posent leurs chaussures align\u00e9es hors sc\u00e8ne. Deux performeuses dansent pieds nus. D\u00e8s lors, les mouvements sont plus flexibles. Elles se cherchent, se bousculent, s\u2019observent, s\u2019attendent. Des arr\u00eats r\u00e9guliers ponctuent leurs danses. La troisi\u00e8me les fixe avec insistance. Les performeuses troquent ensuite leurs jupes sobres et inconfortables contre des joggings color\u00e9s. Sur trois chaises, dos au public, elles viennent \u00e0 tour de r\u00f4le sur le plateau. Leurs travers\u00e9es du plateau se font de mani\u00e8re syst\u00e9matique, voire robotique : d\u2019abord longer la sc\u00e8ne, puis entrer au lointain. Les danses s\u2019encha\u00eenent de mani\u00e8re tr\u00e8s ritualis\u00e9e. Elles se r\u00e9pondent. Leur marche lourde et soutenue pour aller et venir sur le plateau contraste avec la lenteur de leurs mouvements. De nouveau en jupe, texte en main, trois amies se retrouvent et jasent sur les autres. Les com\u00e9diennes exag\u00e8rent tous leurs gestes et leurs intonations. Leurs corps se transforment selon le sujet de conversation. La chaise devient alors le th\u00e9\u00e2tre de leurs \u00e9motions : g\u00eane, moquerie, \u00e9tonnement, jalousie. Enfin, les performeuses se chaussent \u00e0 nouveau. Michelle commence un duo enflamm\u00e9 avec une bande enregistr\u00e9e d\u2019un chanteur am\u00e9ricain. Cynthia et Liz accompagnent, imperturbables, la chanteuse. La chanson monte en puissance : Michelle est en transe, les deux autres, visage ferm\u00e9, descendent en rythme sur leurs jambes puis \u00e9cartent leurs cuisses.<br \/>\nArr\u00eat brutal de la bande sonore. Les performeuses se rel\u00e2chent et sourient\u2026 enfin.<br \/>\nEntre adolescence et f\u00e9minit\u00e9 \u00e9vidente, les trois performeuses new-yorkaises testent leurs corps et leurs voix. Elles m\u00ealent plusieurs genres et cr\u00e9ent des contrastes fascinants : essai de v\u00eatements, exp\u00e9rimentation corporelle, chant, jeu.<br \/>\nL.P<\/p>\n<hr \/>\n<p><center>03.09.10<\/center><center>QUELQUES MOTS A \/ DE : WOJTEK ZIEMILSKI<\/center><br \/>\nUne s\u00e9rie de 8 mots soumis au regard du metteur en sc\u00e8ne et plasticien Wojtek Ziemilski.<br \/>\nPour commencer, je vais tricher. Ce seront deux mots :<br \/>\nWOJTEK ZIEMILSKI<br \/>\n(Silence) Celle-l\u00e0 elle est dure.<br \/>\nJ\u2019aurais d\u00fb finir par \u00e7a peut-\u00eatre ?<br \/>\nOui, c\u2019est \u00e7a. Peut-\u00eatre qu\u2019on finit par \u00e7a.<br \/>\nFICTION<br \/>\nPour moi, c\u2019est quand tu commences \u00e0 raconter. Soit tu te racontes, soit tu racontes \u00e0 quelqu\u2019un. Et donc tu passes de la chose \u00e0 la vue de la chose. Et au moment o\u00f9 tu as la vue, tu as une perspective, et donc la distance. Et quand tu dois \u00ab faire \u00bb cette distance, tu fais la fiction. Tu peux aller tout droit, mais tu peux faire un grand saut. Et ce voyage, c\u2019est la fiction. Ce qui veut dire, disons, que tu fais de la fiction m\u00eame quand tu fais du documentaire. M\u00eame si tu essaie de d\u00e9crire une chose simple : une pierre. Tu la fictionnalises, sauf que cette fiction est peut-\u00eatre plus directe, elle essaie de faire le voyage le plus court possible. Et je pense que c\u2019est quelque chose de tr\u00e8s probl\u00e9matique pour moi ; parce que je me m\u00e9fie de la fiction. De ce saut dans le non-r\u00e9el, ou dans un r\u00e9el qui est dans la t\u00eate. Parce que \u00e7a veut dire aussi perdre ses rep\u00e8res, et les reformuler. Mais c\u2019est quand m\u00eame s\u00e9duisant.<br \/>\nIMAGE<br \/>\nAh ! Encore une s\u00e9duction. C\u2019est curieux comme suite, fiction et image. Tu sais il y a tout ce discours, maintenant, qui dit de se m\u00e9fier des images. De ce qui est visuel, de ce qui est esth\u00e9tique, de ce qui s\u00e9duit l\u2019\u0153il. La s\u00e9duction de l\u2019image serait donc une non-pens\u00e9e. Un laisser-aller qui arr\u00eaterait ta pens\u00e9e, ou du moins ta pens\u00e9e critique, ta r\u00e9flexion. Mais j\u2019aime l\u2019image ; je comprends ce doute, cette n\u00e9cessit\u00e9 de ne pas \u00eatre s\u00e9duit par l\u2019image, mais en m\u00eame temps, il y a une esp\u00e8ce d\u2019hypocrisie dans cette critique tellement s\u00e9v\u00e8re. Moi j\u2019aime l\u2019image, et j\u2019aime l\u2019image&#8230; belle. J\u2019aime l\u2019image qui bouge d\u2019une mani\u00e8re belle, j\u2019aime le cin\u00e9ma beau. Tu vois on est ici, il y a le soleil, il y a l\u2019eau, c\u2019est joli, et je ne vois pas pourquoi je devrais ne pas l\u2019accepter. Peut-\u00eatre faut-il le remettre en relation, et ne pas s\u2019immerger comme \u00e7a dedans comme si on \u00e9tait innocent \u2013 m\u00eame si on ne peut-\u00eatre innocent \u2013 mais accepter qu\u2019il y ait des images qui nous sont agr\u00e9ables, qui nous s\u00e9duisent.<br \/>\nJ\u2019y pense beaucoup, derni\u00e8rement, \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de retirer tout : la fiction, l\u2019image ; et de rester d\u00e9nud\u00e9 : r\u00e9flexif et critique au point d\u2019un an\u00e9antissement, d\u2019une n\u00e9gation.<br \/>\nApr\u00e8s tout j\u2019aime le rapport direct (de l\u2019image) ; tu sais comme avec Brecht, tu as cette tension \u00e9norme entre l\u2019aspect critique et l\u2019aspect compl\u00e8tement ludique, presque ridicule, d\u2019un amusement, d\u2019une f\u00eate. C\u2019est un \u00e9norme sujet : l\u2019image, ce qu\u2019elle raconte, comment elle se positionne, comment elle fuit celui qui la produit, comment elle fuit \u00e0 celui qui la regarde. Je lis en ce moment un livre de Didi-Huberman : Quand les images prennent position. Toute cette r\u00e9flexion sur le poids de l\u2019image, l\u2019image comme quelque chose que tu engages et qui t\u2019engage \u00e0 la suite. \u00c7a me pla\u00eet comme exp\u00e9rience. J\u2019aime beaucoup plus l\u2019id\u00e9e de l\u2019exp\u00e9rience que l\u2019id\u00e9e de l\u2019image. Je ne suis pas tellement attach\u00e9 \u00e0 l\u2019image comme une chose premi\u00e8re ; mais juste quand elle d\u00e9clenche quelque chose que parfois d\u2019autres choses d\u00e9clenchent encore mieux (le son, la musique, le dialogue, la chaleur\u2026). L\u2019image a peut-\u00eatre quelques aspects qui la rendent particuli\u00e8rement puissante, d\u2019o\u00f9 son aspect de symbole, son aspect s\u00e9miotique, qui renvoie quelque part, qui combine\u2026 Puis l\u2019esth\u00e9tique, l\u2019exp\u00e9rience\u2026 Bon. POINT.<br \/>\nSC\u00c8NE<br \/>\nEncadrement?<br \/>\nApr\u00e8s l\u2019image, \u00e7a colle.<br \/>\nOui, je pense que \u00e7a r\u00e9sume bien. Il ya cet exemple que je donne toujours, de H\u00e9lio Oiticica, qui se promenait et qui pointait des objets, qui devenaient alors des \u0153uvres d\u2019art. Ce qu\u2019il faisait pour moi, c\u2019est cr\u00e9er la sc\u00e8ne. Il y a ce livre de Erwin Goffman : Framework Analysis, o\u00f9 il analyse des situations comme si c\u2019\u00e9taient des cadres.<br \/>\nPeut-\u00eatre que je vais revenir \u00e0 la question de la sc\u00e8ne comme un lieu de th\u00e9\u00e2tre, mais pour l\u2019instant ce n\u2019est pas quelque chose qui me pr\u00e9occupe tellement. Je pense que j\u2019aime beaucoup m\u2019amuser de l\u2019aspect sc\u00e9nique de toutes sortes de situations. Utiliser l\u2019ambig\u00fcit\u00e9 esth\u00e9tique de l\u2019aujourd\u2019hui, l\u2019incertitude qu\u2019on a \u00e0 savoir quand est-ce que quelque chose est d\u00e9j\u00e0 sur sc\u00e8ne ou quand \u00e7a ne l\u2019est pas. \u00c7a revient \u00e0 la premi\u00e8re question : celle du saut dans la fiction, et l\u2019observation de ce jeu, quand je commence \u00e0 voyager. \u00c7a fait en m\u00eame temps le voyage, et quelque part aussi la critique du voyage.<br \/>\nEncadrement, mais pas tant que \u00e7a en fait ; puisque tu es \u00e0 la fois en dehors et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, et que tu joues sur cette fronti\u00e8re ?<br \/>\nOui, tu joues sur l\u2019encadrement\u2026<br \/>\nTu marches sur le cadre ?<br \/>\nOui, tu regardes comment fonctionne cet encadrement, quand est-ce qu\u2019il appara\u00eet, quand est-ce qu\u2019il dispara\u00eet. Comme dans cette vid\u00e9o de\u2026 o\u00f9 la fille dessine et puis le mec est dans le dessin\u2026 Une vid\u00e9o des ann\u00e9es 80\u2026 Je retrouverai.<br \/>\nCORPS<br \/>\nOh l\u00e0. C\u2019est le plus probl\u00e9matique pour moi. \u00c7a ne me dit pas grand chose. Je ne pense pas avoir un f\u00e9tiche particulier du corps. Du point de vue, disons, artistique.<br \/>\nJe commence \u00e0 me demander s\u2019il y a une relation entre la s\u00e9duction du corps, son aspect \u00e9rotique, et la s\u00e9duction de l\u2019art. Est-ce que le corps n\u2019aurait pas alors un r\u00f4le particuli\u00e8rement important ? Il ne me semble pas. Je ne vois pas pourquoi le David de Michel-Ange devrait \u00eatre plus s\u00e9duisant que la Fontaine de Duchamp.<br \/>\nQuel corps m\u2019int\u00e9resse ? Quel corps me dit quelque chose ? Est-ce qu\u2019un corps sur sc\u00e8ne me dit plus parce que c\u2019est un corps ? Non. Du tout. Au contraire, je pense que \u00e7a rend les choses beaucoup plus difficiles. Parce qu\u2019il est pesant, parce qu\u2019il y a beaucoup de quelqu\u2019un dans un corps, et que donc, peut-\u00eatre, la fiction est plus loin.<br \/>\nQu\u2019est-ce qu\u2019il faudrait sur sc\u00e8ne, si ce n\u2019est pas des corps ?<br \/>\nTu peux avoir de tout, tu peux avoir des marionnettes, des projections, un film\u2026 un film qui a un corps, mais qui est quand m\u00eame plus loin. C\u2019est bien la distance.<br \/>\nTu trouves le corps trop pr\u00e9sent, en fait.<br \/>\nOui. Trop pr\u00e9sent peut-\u00eatre dans la repr\u00e9sentation. Justement peut-\u00eatre parce qu\u2019il est tellement corps. Peut-\u00eatre est-ce ce qui m\u2019int\u00e9resse dans l\u2019art dit \u00ab relationnel \u00bb, ou dans le th\u00e9\u00e2tre qui se fout de tout aspect repr\u00e9sentationnel, qui fonde en fait des exp\u00e9riences, des aventures, des jeux, des voyages, qui retire la repr\u00e9sentation du corps. Peut-\u00eatre l\u00e0 il redevient un corps avec lequel je peux entrer en relation, et qui n\u2019est pas s\u00e9par\u00e9 de moi. Cette s\u00e9paration est quelque part inhumaine, et c\u2019est peut-\u00eatre la chose qui me fait le plus d\u00e9tester le th\u00e9\u00e2tre. Au contraire de tout ce discours qu\u2019on a sur l\u2019intersubjectif, sur le fait d\u2019y retrouver un alter ego, c\u2019est en fait inhumain : \u00e7a met un corps loin, s\u00e9par\u00e9, et en plus qui n\u2019est pas soi-m\u00eame, qui est une repr\u00e9sentation de quelque chose d\u2019autre. Et tout \u00e7a avec cette sympathique origine du \u00ab je veux partager quelque chose \u00bb, de \u00ab je veux raconter une histoire \u00bb ou \u00ab j\u2019ai des choses en moi que je veux exprimer \u00bb\u2026<br \/>\nDonc un th\u00e9\u00e2tre sans corps\u2026<br \/>\nOu un th\u00e9\u00e2tre avec un corps moins\u2026 pr\u00e9tentieux donc. Qui pr\u00e9tend, donc qui veut quelque chose, mais qui pr\u00e9tend aussi \u00eatre autre chose. Et qui se cherche ailleurs : cette id\u00e9e que tu entres sur sc\u00e8ne, et qu\u2019il y a un ailleurs, et que tu commences \u00e0 puiser dedans comme si c\u2019\u00e9tait une mine. Non, c\u2019est un podium. Tu te mets sur le podium\u2026 Ce qui serait d\u2019ailleurs une id\u00e9e int\u00e9ressante. La sc\u00e8ne comme podium. Pourquoi \u00e7a ne me d\u00e9range pas ? Je ne sais pas. Un corps sur un podium \u00e7a ne me d\u00e9range pas. C\u2019est comme s\u2019il \u00e9tait le performeur parfait, parce qu\u2019il ne fait qu\u2019ex\u00e9cuter son ordre, qui est celui de correspondre \u00e0 la fonction de vainqueur. Je pense qu\u2019il y a l\u00e0 des choses \u00e0 chercher.<br \/>\nREGARD<br \/>\nOn en a parl\u00e9 un peu. Tr\u00e8s complexe, \u00e7a. Ces mots sont tellement g\u00e9n\u00e9riques qu\u2019on choisit une piste.<br \/>\nC\u2019est aussi le jeu.<br \/>\nQuand j\u2019\u00e9tudiais la philo je flippais compl\u00e8tement sur toutes les questions de regard comme subjectivit\u00e9, comme confirmation, tous les jeux de solipsisme\u2026 Je pense qu\u2019il faut \u00eatre jeune pour \u00eatre solipsiste, pour jouer \u00e0 ce jeu de la chaise dispara\u00eet quand je ferme les yeux. Dans ce sens l\u00e0, je pense que j\u2019ai plusieurs choses \u00e0 dire quand m\u00eame. D\u2019une part, une certaine modestie devrait s\u2019imposer : ne pas donner trop de poids au regard, ne pas le consid\u00e9rer comme le ma\u00eetre. D\u2019autre part, la chose la plus \u00e9vidente et banale, c\u2019est que sans le regard il n\u2019y a pas d\u2019\u0153uvre. Est-ce que c\u2019est une \u0153uvre si je la fais avec les yeux ferm\u00e9s et que je la jette ? Peut-\u00eatre. Est-ce qu\u2019elle m\u2019int\u00e9resse ? Je ne pense pas. C\u2019est curieux que quand on regarde une \u0153uvre, on parle de l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique ; et que ce mot, qui vient du grec, d\u00e9signe \u00e0 l\u2019origine l\u2019exp\u00e9rience sensible, \u00e0 travers les sens. C\u2019est donc l\u2019aspect sensuel du regard qui \u00e9tait l\u00e0. Tandis que maintenant, quand on pense au regard, on le distingue souvent de l\u2019exp\u00e9rience. Peut-\u00eatre. Je ne sais pas. Je passe.<br \/>\nIl serait de quelle nature s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas sensible ?<br \/>\nOui, je me demande si je ne dis pas des conneries.<br \/>\nLe regard peut-\u00eatre comme quelque chose d\u2019intellectuel, de critique ou d\u2019analytique. Avec cet aspect de jugement, de v\u00e9rification.<br \/>\nIl y aurait une forme de regard chaud, et une forme de regard froid, alors ?<br \/>\nOui, peut-\u00eatre. Et il y a effectivement, une forme de regard qui se laisse aller, et une autre qui recherche le diff\u00e9rent. C\u2019est \u00e9videmment li\u00e9 \u00e0 la mani\u00e8re dont tu te situes; et je d\u00e9couvre de plus en plus le plaisir de se resituer, de changer de regard. Donc de regarder la m\u00eame chose, mais avec un regard diff\u00e9rent, et donc de la vivre d\u2019une autre mani\u00e8re. C\u2019est assez puissant comme sensation. Car du coup tu changes le jeu, la fiction, tu changes ce saut que tu fais, juste parce que tu acceptes de regarder d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre. Et si on ne le fait pas d\u2019habitude, c\u2019est un peu par \u00e9conomie de moyen. Et un peu je pense parce qu\u2019on est arrogant. C\u2019est curieux parce qu\u2019on se pense ma\u00eetre, et donc, comme s\u2019il n\u2019y avait qu\u2019un regard, on regarde et en m\u00eame temps on devient esclave. Parce qu\u2019on n\u2019a pas la libert\u00e9 de l\u2019ajuster, de le d\u00e9velopper. On essaie ici d\u2019organiser des \u00ab Showing \u00bb, toutes sortes de travaux en processus, et de voir comment on peut les d\u00e9velopper, et \u00e7a ne donne rien. Tu le montres, les gens regardent, et ils ne disent rien, ou alors ce qu\u2019ils disent ressemble \u00e0 une critique. La mani\u00e8re de montrer est compl\u00e8tement ferm\u00e9e, on ne voit pas trop comment atteindre cette libert\u00e9 de regard\u2026<br \/>\nMais en m\u00eame temps, d\u2019affirmer que j\u2019ai ce regard-ci, un regard affirm\u00e9, c\u2019est une certaine garantie de mon identit\u00e9. \u00c7a garantit la simplicit\u00e9 de mon identit\u00e9, donc le fait que je sais o\u00f9 mettre le prochain pas. Si je mets toujours \u00e7a en doute, j\u2019en deviens fou, je ne peux pas avancer\u2026<br \/>\nAvant je me mettais tr\u00e8s souvent dans des regards tr\u00e8s d\u00e9cid\u00e9s : \u00ab voil\u00e0, c\u2019est ce que je veux \u00bb. Mais durant ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es, je fais beaucoup plus de ce regard bienveillant, ouvert, et en recherche ; et l\u00e0 je d\u00e9couvre que je reviens dans un regard plus dur, plus s\u00e9v\u00e8re\u2026 Point.<br \/>\nPAROLE<br \/>\nAh, c\u2019est bien ; celle-l\u00e0 je devrais la passer. Parole parole parole\u2026<br \/>\nJ\u2019ai toujours d\u00e9test\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre de parole ; et puis la premi\u00e8re performance que j\u2019ai faite en Pologne, il y a un an, ce n\u2019est que moi \u00e0 parler sur sc\u00e8ne, \u00e0 lire ; et c\u2019est en bonne partie sur les paroles, sur la langue.<br \/>\nJe ne sais pas, je n\u2019ai pas trop envie de passer du temps \u00e0 analyser \u00e7a.<br \/>\nCHOISIR<br \/>\nOui, voil\u00e0 un choix : quand je dis que je n\u2019ai pas trop envie de faire \u00e7a, c\u2019est aller \u00e0 droite et ne pas avoir de m\u00e9moire. Oublier le conditionnel pass\u00e9 : \u00ab j\u2019aurais d\u00fb \u00bb. J\u2019essaie de mettre \u00e7a en pratique. Choisir, puis accepter, continuer. Et trouver la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 du geste de choisir ; la simplicit\u00e9 de dire \u00ab Je tourne \u00e0 droite. Oups, je suis tomb\u00e9, je suis dans l\u2019eau, je suis mouill\u00e9. C\u2019est comme \u00e7a. \u00bb En m\u00eame temps je suis super t\u00eatu. Quand je choisis quelque chose, il est tr\u00e8s difficile pour moi d\u2019accepter que le choix n\u2019ait pas les cons\u00e9quences que je voudrais. Ce qui parfois complique les choses. Mais ce qui m\u2019a quand m\u00eame amen\u00e9 \u00e0 pas mal de r\u00e9alisations. Assumer les choix\u2026<br \/>\nC\u2019est tout ?<br \/>\nNon, pour finir je vais justement te demander de choisir un mot que tu aurais aim\u00e9 entendre\u2026<br \/>\nM\u00c9MOIRE.<br \/>\nJe ne sais plus o\u00f9 j\u2019ai lu \u00e7a\u2026 L\u2019id\u00e9e c\u2019est que la cr\u00e9ation, c\u2019est la m\u00e9moire. C\u2019est la m\u00e9moire qui est cet \u00e9l\u00e9ment cr\u00e9atif. Le nouveau, c\u2019est ce qui arrive quand on reconstruit, quand on fait devant le chemin qui est derri\u00e8re. Mais la m\u00e9moire ce n\u2019est pas le pass\u00e9. C\u2019est la chose la plus pr\u00e9sente. C\u2019est ce que tu as, ce que tu portes avec toi. Elle a une dr\u00f4le de relation avec le projet, avec ce qu\u2019il y a devant, avec la perspective.<br \/>\nMais peut-\u00eatre que je me sens aussi pi\u00e9g\u00e9 avec la m\u00e9moire. Parce que avant je faisais toutes sortes de travaux disons abstraits, ou en relation avec la m\u00e9moire ext\u00e9rieure, remise au pr\u00e9sent. C\u2019est assez \u00e9trange de se voir faire \u00e7a. Parce que je ne suis m\u00eame pas s\u00fbr que c\u2019est l\u2019art que j\u2019aime. Que je voudrais voir ou vivre. Et donc \u00e7a va contre mon id\u00e9e qu\u2019il faut faire de l\u2019art qu\u2019on voudrait voir ou vivre.<br \/>\nEst-ce que tu veux revenir au premier mot qu\u2019on a laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9 ?<br \/>\nJe pense qu\u2019au final il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit assez bien.<br \/>\nGarance Malivel<\/p>\n<hr \/>\n<p><center>03.08.10 12h Yoko SATO<\/center>Performance r\u00e9alis\u00e9e sur la pelouse du Conservatoire.<br \/>\nUne pelouse parsem\u00e9e de parapluies. Multiformes, multicolores. Cinq performers entament des jeux de composition\/d\u00e9composition, d\u2019empilement puis de dispersion dans les airs, d\u00e9ployant le potentiel po\u00e9tique du parapluie. Jeux d\u2019ombres et de lumi\u00e8re. Jeux d\u2019enfants : variations autour d\u2019un tigre en peluche qui appara\u00eet, dispara\u00eet, choy\u00e9 puis martyris\u00e9. Rencontre de l\u2019esth\u00e9tique nipponne et des sons de la harpe.<br \/>\nLes cinq performers se font face \u00e0 pr\u00e9sent, pour ex\u00e9cuter une composition \u00e9labor\u00e9e sur les principes du Tao. Echanges de mouvements, d\u2019\u00e9nergies et de voix. L\u2019un danse avec son foie, l\u2019autre avec son c\u0153ur, ses reins, son estomac ou ses poumons. Chacun incarne un des \u00e9l\u00e9ments fondateurs du Tao : l\u2019or, l\u2019arbre, la terre, le feu, l\u2019eau. Puis vient une suite chor\u00e9graphi\u00e9e de mouvements respir\u00e9s, synchronis\u00e9s. Qui s\u2019acc\u00e9l\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 l\u2019harmonie retrouv\u00e9e d\u2019une ronde lente et de sons concert\u00e9s, accompagn\u00e9s, de nouveau, par ceux de la harpe.<br \/>\nImage finale : les performers rassembl\u00e9s autour de la chor\u00e9graphe soufflent dans chacun de ses organes un son, pour un ultime \u00e9change d\u2019\u00e9nergies.<br \/>\nG.M<\/p>\n<hr \/>\n<p><center>03\/09\/2010<br \/>\n<center>ESAM,<br \/>\n<center>21h-00h<\/center><\/center><\/center>De la performance en veux-tu en voil\u00e0&#8230;<br \/>\nTrois heures durant, le skite ouvre ses portes au public qui se laissera surprendre par de multiples formes br\u00e8ves dites en chantier.<br \/>\nAu march\u00e9 des arts, rue de l&rsquo;ESAM, le skiter ou le spectateur lambda \u2013 attir\u00e9 par le bouche \u00e0 oreille \u2013 glane des corps, des atmosph\u00e8res, des images, des sons. Il cherche les salles concern\u00e9es, passe la t\u00eate dans l&rsquo;entreb\u00e2illement des portes, s&rsquo;entasse dans les endroits devenus exigus ; il se r\u00e9f\u00e8re fr\u00e9quemment \u00e0 son programme A4 sans savoir o\u00f9 se rendre en priorit\u00e9, et puis il part finalement avant la fin de la proposition, afin d&rsquo;\u00eatre s\u00fbr de ne pas rater l&rsquo;essentiel, la perle rare, celle qui se d\u00e9roulerait juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9&#8230; Boulimie artistique, n\u00e9vrose consommatrice, peur de l&rsquo;ennui? C&rsquo;est l&rsquo;esprit du Skite, le jeu de la performance \u2013 \u00eatre au bon endroit au bon moment \u2013 la r\u00e8gle aussi de ces moments d&rsquo;interaction pluridisciplinaires ou la r\u00e9ception est \u00e0 l&rsquo;image des propositions : fragment\u00e9e et partielle.<br \/>\nSortant de l&rsquo;atelier de l&rsquo;artiste polonais Wojtek Ziemilski, j&rsquo;entends un bit r\u00e9p\u00e9titif, binaire ; quelques pas et et j&rsquo;arrive jusqu&rsquo;au conglom\u00e9rat en question (je ne peux gu\u00e8re aller plus loin si je ne veux pas d\u00e9ranger les autres spectateurs) ; devant moi Maud Le Pladec et Julien Gall\u00e9e-Ferr\u00e9 viennent de d\u00e9buter leur performance.<br \/>\nTout deux droits comme des \u00ab i \u00bb ils attendent, et puis, progressivement, \u00ab entrent dans la danse \u00bb. Il s&rsquo;agit de mouvements simples, r\u00e9guliers qui partent d&rsquo;abord des jambes et des bras et qui s&rsquo;effectuent dans un \u00ab sur-place \u00bb relatif. L&rsquo;impression d&rsquo;assister \u00e0 un \u00e9chauffement puis \u00e0 une course. L&rsquo;ensemble de la performance \u00e9voluera sur une succession de crescendo et de decrescendo faisant augmenter ou diminuer le nombre et le rythme des mouvements. La d\u00e9termination \u00e0 cr\u00e9er du flux est constante. C\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, concentr\u00e9s dans leur parcours personnel, les deux performers cherchent \u00e9galement la symbiose : leurs mouvements, m\u00eames lorsqu&rsquo;ils ne sont pas identiques, se font \u00e9cho et finissent toujours par se rejoindre pour se d\u00e9caler \u00e0 nouveau. Une v\u00e9ritable \u00e9criture m\u00eal\u00e9e aux al\u00e9as du temps r\u00e9el et de l&rsquo;improvisation cimente le duo.<br \/>\n\u00c7a ressemble en fait \u00e0 un training parcouru d&rsquo;accidents chor\u00e9graphiques qui d\u00e9vient la trajectoire, tentent une autre direction, cherchent \u00e0 prolonger puis \u00e0 rel\u00e2cher l&rsquo;effort. L&rsquo;image qui me saisit est celle de la sueur qui perle sur le visage de Maud et transperce peu \u00e0 peu le tee-shirt de Julien. Quoi de plus juste que cette transpiration \u2013 ph\u00e9nom\u00e8ne biologique incontr\u00f4lable \u2013 qui surgit par rapport \u00e0 l&rsquo;intensit\u00e9 de l&rsquo;effort et repositionne le corps au niveau organique.<br \/>\nL&rsquo;acte performatif est ici entendu dans son sens premier et c&rsquo;est donc lui qui, tout naturellement, provoquera l&rsquo;arr\u00eat de la boucle : Julien, n&rsquo;arrivant pas retrouver l&rsquo;\u00e9nergie pour se relancer, finira par quitter le plateau en disant \u00ab C&rsquo;est elle qui a gagn\u00e9. \u00bb<br \/>\nA partir d&rsquo;une action simple \u2013 \u00ab qui de nous deux tiendra le plus longtemps \u00bb \u2013 l&rsquo;imaginaire du spectateur envisage aussi bien la figure sportive que la figure de l&rsquo;ali\u00e9nation que la figure du cr\u00e9ateur en recherche.<br \/>\nP.P.<\/p>\n<hr \/>\n<p><center>03.09.2010<br \/>\n<center>21h-23h.<br \/>\n<center>ESAM (Ecole sup\u00e9rieure Arts et M\u00e9dias)<\/center><br \/>\nOuvert au public, le SKITE offre ce soir un nouveau temps qui se lit ici comme le partage d\u2019un espace au sein duquel, depuis plusieurs jours d\u00e9j\u00e0, \u00e7a fourmille. Les propositions seront multiples. Elles commenceront par une \u00ab perf \u00bb dans l\u2019entr\u00e9e majestueuse de l\u2019Ecole, dans les escaliers. L\u00e0, C\u2019est une proposition de Sophie Quenon qui s\u2019intitule \u00ab TAS \u00bb. Soit une grappe de performers, immobile, propos\u00e9e au regard d\u2019un public qui vient voir. C\u2019est juste une grappe qui est l\u00e0, presque l\u2019image d\u2019un charnier vertical qui nous rappelle que l\u2019\u00eatre mort est parfois enterr\u00e9 debout. Curieuse sensation de ce qui est donn\u00e9 \u00e0 voir ou nous regarde passer press\u00e9 de d\u00e9couvrir l\u2019int\u00e9rieur. La grappe est fig\u00e9e \u00e0 un mur, cinq ou six corps la composent. Si le corps dispara\u00eet dans cet amas de chair habill\u00e9e, les corps disent leur pr\u00e9sence. C\u2019est une grappe de SKITER. Ils forment une \u0153uvre. Ils sont en travail. On ne regarde que trop bri\u00e8vement ceux qui travaillent \u00e0 faire une \u0153uvre.<\/center><\/center>A l\u2019int\u00e9rieur, une bande s\u2019agite \u00e0 d\u00e9placer un mur de cartons qui doivent trouver un \u00e9quilibre. La r\u00e8gle de l\u2019\u00e9quilibre et de la vitesse est ici mise en cause. Comment trouver un \u00e9quilibre dans la vitesse pourrait \u00eatre la question. \u00c7a regarde un peu plus longtemps et sous la surface de verre qui couvre l\u2019atrium, quelque chose tient de la performance. Moins une \u00ab perf \u00bb qu\u2019une performance. Comprenons un exercice de virtuosit\u00e9.<br \/>\n\u00c7a d\u00e9ambulera toute la soir\u00e9e, allant de coins en coins, et de salles en salles, \u00e0 la rencontre de travaux qui, pour la majorit\u00e9, se nomme \u00ab sans titre \u00bb. Prises de vitesse ou inscrit de mani\u00e8re irr\u00e9m\u00e9diable dans la recherche, les formes ont donc pour nom \u00ab sans titre \u00bb.<br \/>\n(pens\u00e9e : j\u2019imagine que c\u2019est aussi le titre de tous les \u00ab dossiers \u00bb que l\u2019on ouvre sur l\u2019ordinateur et que l\u2019on ne renomme pas. \u00ab Sans titre \u00bb renseigne donc sur une \u00e9tape. Il faut le croire).<br \/>\nCe sera aussi le nom de la pr\u00e9sentation du travail de Maud Le Pladec et Julien Gall\u00e9e-Ferr\u00e9e. Eux ont d\u00e9cid\u00e9 de squatter un angle mort. Un ordinateur pos\u00e9 sur le sol, ils se lancent pendant 45 minutes dans une s\u00e9rie de mouvements accompagn\u00e9s par une percussion redondante. Ils semblent chercher l\u2019\u00e9puisement. Ils tirent sur la corde. Le public s\u2019affranchira de l\u2019\u00e9coute et de l\u2019attention, et fuit cet instant qui dure.<br \/>\n(pens\u00e9e : pendant cet exercice, un long moment, Maud apr\u00e8s un enjambement lat\u00e9ral se sera retrouv\u00e9 face au regard de Carolin Carlson. La danseuse aux cheveux encore blonds l\u2019aura regard\u00e9 sans sourciller et Maud , \u00e0 moins de deux m\u00e8tres, a continu\u00e9 de danser. Je les regarde toutes les deux. L\u2019une a commenc\u00e9 par la performance il y a quelques dizaines d\u2019ann\u00e9es. L\u2019autre poursuit ce que Carlson n\u2019a toujours pas fini de travailler. Je regrette un instant qu\u2019il n\u2019y ait pas un dialogue entre les deux).<br \/>\nJulien et Maud transpirent. Les v\u00eatements collent \u00e0 la peau. Les visages rougissent. Le rythme ne faiblit pas. Ils se sont entra\u00een\u00e9s et ont pr\u00e9sent\u00e9 cet apr\u00e8s-midi, \u00e0 un public invit\u00e9, leur travail.<br \/>\n(Pens\u00e9e : je me demande quelle est la partie du travail pr\u00e9sent\u00e9 qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 vue et peut-\u00eatre a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 comment\u00e9e cet apr\u00e8s-midi. Et je me souviens que la performance peut \u00eatre li\u00e9e \u00e0 l\u2019improvisation imm\u00e9diate. Mais qu\u2019elle est parfois \u00e9galement pr\u00e9par\u00e9e).<br \/>\nLes 45 minutes sont \u00e9coul\u00e9es. Le public restant se disperse. Julien dit : \u00ab c\u2019est elle qui a gagn\u00e9 \u00bb.<br \/>\nYB<\/p>\n<hr \/>\n<p><center>5\/09\/2010<br \/>\n<center>S\u00e9ance de pr\u00e9sentations au CCN&#8230;<\/center><\/center><center>15h<\/center><br \/>\nTrajal Harrell, danseur et chor\u00e9graphe new-yorkais, pr\u00e9sente une partie du solo qu&rsquo;il est en train de travailler actuellement. Apr\u00e8s avoir install\u00e9 les spectateurs sur le plateau, dans une relation de proximit\u00e9 avec l&rsquo;espace de la repr\u00e9sentation, il avoue \u00eatre un peu tendu (il attendait seulement une vingtaine de personnes et nous sommes approximativement le double.)<br \/>\nEn premier lieu, c&rsquo;est la lumi\u00e8re qui cr\u00e9e le dispositif sc\u00e9nographique : deux lampes en forme de champignons rouges sont post\u00e9es sur le sol, face \u00e0 face (environ trois m\u00e8tres de distance) ; deux autres, des sortes de tubes luminescents changeant de couleur, se font face de la m\u00eame mani\u00e8re, de sorte que la disposition des quatre objets forme un quadrilat\u00e8re. Cet espace sera celui de la repr\u00e9sentation.<br \/>\nLe danseur p\u00e9n\u00e8tre sur le plateau dans le noir presque total \u2013 seuls les deux tubes luminescents sont allum\u00e9s \u2013 et s&rsquo;avance vers son t\u00e9l\u00e9phone portable pour d\u00e9clencher la musique. Des notes de piano se font entendre, calmes et sereines, entrecoup\u00e9es de plages de silence, rejointes plus tard par un violon. Trajal effectuera avec ses bras, son bassin et sa t\u00eate des mouvements dans la lenteur, la souplesse, la circularit\u00e9.<br \/>\nOn le distingue \u00e0 peine dans l&rsquo;obscurit\u00e9 qui l&rsquo;entoure. Il faut redoubler d&rsquo;attention pour percevoir ses gestes et ses intentions. Les lampes, comme des veilleuses, rappellent \u2013 d&rsquo;une mani\u00e8re stylis\u00e9e et moderne \u2013 les cierges que l&rsquo;on allume dans les lieux de recueillement. L&rsquo;intimit\u00e9 du dispositif ouvrirait alors un espace de l&rsquo;ordre du d\u00e9voilement, peut-\u00eatre du rite ou du rituel&#8230;<br \/>\n<center>15h45<\/center><br \/>\nArtiste fran\u00e7aise, actuellement en formation au Centre National de Danse Contemporaine \u00e0 Angers, Malika Djardi, pr\u00e9sente une \u00e9tape de son travail chor\u00e9graphique. Celui-ci se d\u00e9veloppe \u00e0 partir d&rsquo;un entretien sonore que la jeune femme a r\u00e9alis\u00e9 avec sa m\u00e8re.<br \/>\nS&rsquo;appuyant sur une mati\u00e8re autobiographique, Malika investit le champ du t\u00e9moignage, de la parole intime et personnelle et cherche l&rsquo;endroit o\u00f9 corporalit\u00e9 et m\u00e9moire individuelle \u2013 c&rsquo;est \u00e0 dire tissu narratif trou\u00e9 \u2013 coexistent.<br \/>\nLongtemps, elle \u00e9voluera sur le plateau avec un voile noir sur la t\u00eate.<br \/>\nLa M\u00e8re \u2013 sa m\u00e8re \u2013 raconte.<br \/>\nLes ann\u00e9es de complicit\u00e9 avec cet homme, beau, discret puis les jours devenus habitudes, routine. La maladie ensuite. La disparition. Rester.<br \/>\nSeule avec ses enfants. Adolescents.<br \/>\nSe souvenir de ce que, jeune fille, on attendait de l&rsquo;amour&#8230; Constater le chemin parcouru.<br \/>\nLa fille, pendant ce temps, avance sur le plateau : (dans le d\u00e9sordre et sans certitude) \u00e9tire le bras, se retourne soudainement, chute. Recommence. Apn\u00e9e du corps allong\u00e9 qui cherche l&rsquo;air. Recommence. Et puis \u00e0 un moment, cette image du voile qui s&rsquo;enroule autour du cou, comme une strangulation, pour finir par glisser de lui-m\u00eame et d\u00e9masquer le visage. H\u00e9ritage dont on se d\u00e9parti, identit\u00e9 qui se r\u00e9v\u00e8le et s&rsquo;affirme.<br \/>\nLe voile c&rsquo;est aussi et avant tout l&rsquo;incarnation et la trace d&rsquo;une pratique religieuse. La m\u00e8re raconte les cinq pri\u00e8res, sa conversion \u00e0 l&rsquo;islam. Ce choix personnel qui a conditionn\u00e9 sa vie.<br \/>\n<center>17h<\/center><br \/>\nSur une proposition performative d&rsquo;Olga Dukhovnaya, un groupe de huit personnes d&rsquo;\u00e2ges, d&rsquo;horizons et d&rsquo;exp\u00e9riences artistiques extr\u00eamement vari\u00e9s, s&rsquo;est constitu\u00e9 pour travailler autour de ce que l&rsquo;on nomme l&rsquo;effet koulechov.<br \/>\nL&rsquo;effet koulechov est une pratique de montage invent\u00e9e par le r\u00e9alisateur du m\u00eame nom en 1922 et consiste en la juxtaposition de deux images de nature et de caract\u00e9ristiques spatiales et temporelles diff\u00e9rentes. La signification d\u00e9coule ainsi de la collusion inattendue entre les deux images.<br \/>\nL&rsquo;enjeu d&rsquo;une telle proposition r\u00e9side alors dans la mani\u00e8re de transcrire l&rsquo;effet cin\u00e9matographique au sein de l&rsquo;espace th\u00e9\u00e2tral dans des conditions du temps r\u00e9el. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un travail sur le mode de narration.<br \/>\nCostum\u00e9s, d\u00e9guis\u00e9s, accoutr\u00e9s (ils portent une combinaison de plong\u00e9e, une tenue de foot, un masque, un juste-au-corps, etc.) les huit protagonistes s&rsquo;engagent dans une action commune qui sera le fil conducteur de l&rsquo;exp\u00e9rience : traverser le plateau.<br \/>\nImperturbables, r\u00e9guliers, align\u00e9s, les performers vont et viennent de cour \u00e0 jardin . Au sein de ce continuum, ils s&rsquo;arr\u00eatent \u2013 seuls ou \u00e0 plusieurs, de mani\u00e8re d\u00e9cal\u00e9e \u2013 effectuent chacun un geste, net et pr\u00e9cis, puis repartent, changent de direction, recommencent&#8230;<br \/>\nDes situations ou sayn\u00e8tes gestuelles \u00e0 l&rsquo;effet comique se nouent ainsi. La transposition de l&rsquo;effet koulechov fonctionne selon une accumulation de gestes qui prennent sens dans leur succession imm\u00e9diate. Ce proc\u00e9d\u00e9 fonctionnera particuli\u00e8rement bien lorsque l&rsquo;un des performers lira la quatri\u00e8me de couverture de Rom\u00e9o et Juliette. La lecture de l&rsquo;intrigue, entrecoup\u00e9e par le flux des travers\u00e9es, cr\u00e9era des d\u00e9calages entre le \u00ab\u00a0son\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0l&rsquo;image\u00a0\u00bb, la voix et le geste, ce qui inscrira l&rsquo;ensemble dans une tonalit\u00e9 parodique.<br \/>\nP.P.<\/p>\n<hr \/>\n<p><center>07.09.2010<br \/>\n<center>Salle 25, ESAM<br \/>\n<center>Shy Dance<\/center><\/center><\/center><br \/>\nCeci n\u2019est pas une critique et Shy Dance n\u2019est pas un spectacle. Ce qui suit est donc un t\u00e9moignage qui tente de rendre compte d\u2019un processus de travail, qui essaie de rendre sensible un commencement d\u2019\u0153uvre. Ceci n\u2019est pas une critique et il n\u2019y a aucune \u00e9valuation, aucun jugement, aucune expertise de cette \u0153uvre en devenir. Ceci n\u2019est pas une critique, mais la m\u00e9diation d\u2019un regard qui, tout en \u00e9tant dans un processus de travail, demeure \u00e9tranger malgr\u00e9 sa proximit\u00e9. C\u2019est que pour autant que le critique est absent, ses manques lui sont inh\u00e9rents. Il n\u2019est ni artiste, ni danseur, ni acteur. Il n\u2019utilise pas son corps comme ceux qu\u2019il regarde. Au mieux, il imagine, invente, sp\u00e9cule\u2026 sur ce qu\u2019il voit et ce qu\u2019il entend. Il essaie de se rapprocher d\u2019un espace artistique qui, de toutes les mani\u00e8res, demeure fuyant ou secret. Le contact qu\u2019il a avec l\u2019\u0153uvre est \u00e9nigmatique. Le contact qu\u2019il a avec un processus de travail l\u2019est aussi. S\u2019offre \u00e0 lui, pourtant, dans l\u2019instant de ce travail, une libert\u00e9 qu\u2019il a rarement. A l\u2019\u00e9cart, mais invit\u00e9 \u00e0 suivre le d\u00e9but de ce travail, il est offert au critique une libert\u00e9 soudaine. Les lignes qui suivent en rendent compte.<br \/>\nShy Dance\u2026 \u00ab Danse timide \u00bb traduit Antonin\u2026<br \/>\nWe work about something, but we don\u2019t know what it is. We started by sleeping during 10 minutes. When you will come back, we started to work together and we will listening Music.<br \/>\nElise, Marie, Antonin, M\u00e9lanie, Pauline, Matthieu, Ana\u00efs, Olga, Cristina\u2026 Tout commencera par un temps de rencontre. Et imm\u00e9diatement une parole (Antonin) qui invite les SKITERS \u00e0 dormir. A dormir R\u00e9ellement. C\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 gagner une r\u00e9gion moins consciente o\u00f9 le sommeil profond peut-\u00eatre r\u00e9parateur. O\u00f9 le r\u00eave peut \u00eatre une autre sc\u00e8ne. O\u00f9 la vivacit\u00e9 de l\u2019inconscient peut an\u00e9antir la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 que l\u2019on pr\u00eate au sommeil. Dormir, R\u00eaver, Mourir\u2026C\u2019est H qui parle, de m\u00e9moire de connaisseur ou de curiste. Le sol de l\u2019interpr\u00e9tation du sommeil a vu maintes herbes folles pousser. Il reste, de toutes les mani\u00e8res, le territoire de tous les passages. Le lieu de l\u2019entre-deux o\u00f9 celui qui dort s\u2019absente tout en devenant plus pr\u00e9sent \u00e0 lui-m\u00eame. Il est l\u2019espace d\u2019une exigence qui ne s\u2019entend gu\u00e8re dans l\u2019\u00e9veil. Dormir\u2026 Ou trouver le temps de revenir \u00e0 soi, peut-\u00eatre. Dans cet \u00e9cart, dans cette mise \u00e0 disposition de soi o\u00f9 un autre que soi (qui se nomme m\u00eame) dispose de celui-ci, bient\u00f4t la petite musique de nuit, ou ces berceuses silencieuses, est rattrap\u00e9 par un \u00e9cho musical que l\u2019on apparentera \u00e0 un rythme jazz. Le retour du dormeur vient ainsi \u00e0 poindre sur le rythme d\u2019un saxo voluptueux, au rythme d\u2019une basse vibrante et tranquille.<br \/>\nEt les corps immobiles, tenus \u00e0 l\u2019inertie reviennent \u00e0 eux-m\u00eames. C\u2019est un long \u00e9tirement des nuques, des bras, des poignets\u2026 qui finit par rendre l\u2019image de l\u2019homme plastique tel qu\u2019on se le repr\u00e9sente. \u00ab L\u2019homme debout \u00bb est d\u00e9sormais revenu. Et avec lui, d\u00e9j\u00e0 \u00e9tranger au sommeil, c\u2019est l\u2019\u00e9tranger \u00e0 lui-m\u00eame. C\u2019est la solitude de soi vis-\u00e0-vis de soi qui est revenue. Cette mani\u00e8re de marcher s\u00e9par\u00e9 de soi.<br \/>\n(\u2026)<br \/>\nLe b\u00e2illement est le second geste qui viendra clore ce long \u00e9tirement. Le b\u00e2illement muet, ou presque, qui laisse s\u2019\u00e9chapper un souffle dit le retour \u00e0 l\u2019autre vie. Furtivement, on le percevrait comme un cri peint par Munch. Mais c\u2019est autre chose qu\u2019un cri, c\u2019est le dessin d\u2019une respiration qui doit trouver le souffle du mouvement \u00e0 danser. C\u2019est un souffle qui est GeistTanz. Cri pr\u00e9lude \u00e0 une danse, une transe\u2026<br \/>\n(\u2026)<br \/>\nAvec l\u2019\u00e9veil point ainsi un mouvement qui semble moins int\u00e9rieur. Un mouvement visible, tout simplement plus sensible pour la r\u00e9tine, se met en place. S\u2019esquisse alors une sorte de rituel o\u00f9 le d\u00e9placement est le miroir de l\u2019autre. O\u00f9 le placement se fait eu \u00e9gard \u00e0 la position de l\u2019autre. Avec l\u2019\u00e9veil et le mouvement appara\u00eet l\u2019espace. L\u2019occupation de l\u2019espace marqu\u00e9 par des arr\u00eats, par des soulignements, par des occupations. Avec l\u2019espace vient la tentation de l\u2019anti-mouvement. Ou du presque mouvement-absent. Un moyen, peut-\u00eatre, d\u2019\u00e9prouver son \u00e9tendue, et sa dur\u00e9e. Jeu subtile et muet de gestes contenus, ralentis\u2026 Jeu d\u2019images que la m\u00e9moire doit archiver comme autant d\u2019instantan\u00e9s, d\u2019arr\u00eats sur image. L\u2019exercice se poursuivra par \u00ab connected some people \u00bb. \u00ab Just connected \u00bb. Quelque chose doit se mettre en place qui proc\u00e8de d\u2019un lent processus insaisissable. Ici, \u00ab\u00a0faire, agir, ob\u00e9ir&#8230;\u00a0\u00bb \u00e0 une consigne a commenc\u00e9 \u00e0 agencer le groupe qui semble \u00eatre dans un recueillement. C\u2019est ce mot-l\u00e0 qui devient premier. Et avec lui celui de rituel appara\u00eet. L\u2019espace est d\u00e9sormais l\u2019expression d\u2019un rituel secret.<br \/>\n(\u2026)<br \/>\n(Pens\u00e9e :la m\u00e9tamorphose du lieu, son changement d\u2019usage, la danse timide a cet effet sur le lieu anonyme. Ce qui est en jeu \u00e0 travers ce travail, c\u2019est la mutation. Celle des individus qui deviennent un collectif, une communaut\u00e9. Et cette communaut\u00e9 aphasique ob\u00e9it dor\u00e9navant \u00e0 une r\u00e8gle de reconnaissance de l\u2019autre qui a choisi un geste. Un geste seulement).<br \/>\n(\u2026)<br \/>\nL\u2019\u00e9rotisation de l\u2019arr\u00eat est ce qui appara\u00eet maintenant. Il se passe quelque chose entre O et M. O, allong\u00e9e et litt\u00e9ralement ouverte et s\u2019offre \u00e0 M, qui h\u00e9site mais semble ne pas pouvoir \u00e9chapper \u00e0 cette hypnose consentie. O finit par s\u2019\u00e9carter. Elle prend de la distance par rapport au jeu qu\u2019elle a mis en place. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019\u00e9rotisation gagne un \u00e0 un les danseurs. Et O en semble le centre.<br \/>\nLa jalousie latente est apparue. Des affinit\u00e9s renvoient \u00e0 l\u2019isolement ceux que le regard n\u2019a pas cern\u00e9. La jalousie d\u00e9s\u00e9quilibre le positionnement et le placement des danseurs dans l\u2019espace. La jalousie, le d\u00e9sir, la solitude\u2026 Ces mots sont \u00e9troitement li\u00e9s. Les corps en r\u00e9fl\u00e9chissent la proximit\u00e9 et l\u2019attraction.<br \/>\nYB<\/p>\n<hr \/>\n<p><center>08.09.2010<br \/>\n<center>14h-17h00<br \/>\n<center>Salle 25, ESAM<br \/>\n<center>Shy Dance (SUITE 1)<\/center><\/center><\/center><\/center><br \/>\nL\u2019allongement du temps (dur\u00e9e ou extension) est li\u00e9 \u00e0 la fr\u00e9quence avec laquelle appara\u00eet la parole qui donne une direction (\u00e9mission d\u2019un message). La fr\u00e9quence peut se traduire \u00ab rythme \u00bb, \u00ab intervention \u00bb ou \u00ab son \u00bb. Plus l\u2019\u00e9cart entre chaque \u00e9mission\/intervention est grand, moins le temps est pr\u00e9sent, et paradoxalement, plus l\u2019attente peut \u00eatre v\u00e9cue comme un moment \u00ab o\u00f9-il-ne-se-passe-rien \u00bb. A moins que l\u2019attente ne soit la condition n\u00e9cessaire \u00e0 la libert\u00e9 des flux, qu\u2019ils soient mentaux ou autres. Il faut imaginer et admettre que l\u2019action n\u2019est qu\u2019une des variables de la manifestation d\u2019un corps vivant. L\u2019espace de la performance pourrait ainsi \u00eatre le point nerveux de cette conception Le territoire sans limites de la performance est peupl\u00e9 d\u2019un ensemble de lois qui est soumis \u00e0 la relativit\u00e9. La r\u00e9ception, qui vaut pour la reconnaissance d\u2019un ordre ou d\u2019un agencement de ces lois sur sc\u00e8ne, est donc au moment de la performance l\u2019objet d\u2019un travail de trouble de la situation performative sur le regard (la r\u00e9ception). C\u2019est ce trouble qui est manifeste. Il est en partie ce sur quoi reposent ces \u0153uvres o\u00f9 dur\u00e9e, rythme, \u00e9mission d\u2019un message\u2026 sont soumis \u00e0 des d\u00e9r\u00e8glements de notre rapport logique \u00e0 la visibilit\u00e9 de l\u2019action.<br \/>\nDans Shy Dance, au moment o\u00f9 le processus commence, c\u2019est cette exp\u00e9rience que l\u2019on fait. L\u2019ensemble des situations qui vient \u00e0 na\u00eetre d\u2019une improvisation collective s\u2019inscrit alors dans une continuit\u00e9 o\u00f9 un geste d\u00e9clencheur sera fil\u00e9 par le groupe ou brutalement arr\u00eat\u00e9. Ce qu\u2019il faut peut-\u00eatre admettre, c\u2019est que cette continuit\u00e9 n\u2019ob\u00e9it d\u2019aucune mani\u00e8re \u00e0 une logique narrative, mais principalement \u00e0 une logique sensitive. C\u2019est la production d\u2019espaces sensibles, qu\u2019il est presque impossible d\u2019inscrire dans une cha\u00eene signifiante, qui rend ces \u0153uvres \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Qui fait que nous sommes en pr\u00e9sence d\u2019une \u00ab danse timide \u00bb.<br \/>\nTous les exercices men\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 maintenant auront \u00e9t\u00e9 pr\u00e9paratoires \u00e0 la construction de la Shy Dance.<br \/>\n15H05.Ce qui se met en forme : un effet ludique qui \u00e9tait jusqu\u2019\u00e0 maintenant imperceptible. Yoko danse allong\u00e9e sur une table, sur un rythme disco (image de brancard des urgences). Les autres danseurs sont spectateurs, assis et convertis \u00e0 un mouvement r\u00e9p\u00e9titif (bras sur la t\u00eate, jambes crois\u00e9es, mains ballantes\u2026). Au terme de cette poign\u00e9e de minutes, Yoko, rieuse, finit par l\u00e2cher un \u00ab c\u2019est con \u00bb joyeux et enjou\u00e9. Et de regarder Shy Dance comme l\u2019expression de la timidit\u00e9. Non pas comme ce qui d\u00e9termine une psychologie, mais bien comme ce qui organise un mouvement qui, d\u00e8s son commencement, est forc\u00e9ment interdit, peut \u00eatre maladroit et contraint. Un mouvement qui ne peut \u00eatre qu\u2019esquisse\u2026<br \/>\nLe temps de Shy Dance aura \u00e9t\u00e9 de mettre en sc\u00e8ne ces \u00e9tats sous une forme ludique\u2026 Ou l\u2019art de cr\u00e9er un espace partageable, communicable, appr\u00e9hendable par tous\u2026 Le ludique \u00e9tant ce qui vraisemblablement est le plus facilement transmissible. M\u00eame si ce n\u2019est pas le plus facile \u00e0 produire. 15H11.<br \/>\nEt ils rient de cette connivence, de cette circonstance, de cet abandon. Il y a le plaisir qui est venu.<br \/>\nYB<\/p>\n<hr \/>\n<p><center>08.09.10<br \/>\n<center>12h<br \/>\n<center>Eglise Saint-Nicolas<\/center><\/center><\/center><center>Ma chor\u00e9graphie et autres choses<br \/>\n<center>Thami MANEKEHLA \/ Anabel CAIRO VEGA \/ Yohann ALLEX\/Perrig VILLERBU<\/center><\/center><br \/>\n\u00c0 la crois\u00e9e des transepts de l\u2019\u00e9glise Saint-Nicolas, sur le plateau noir qui sera le th\u00e9\u00e2tre des op\u00e9rations, Anabel s\u2019avance. Craie \u00e0 la main, elle se met \u00e0 tracer fr\u00e9n\u00e9tiquement de grandes courbes, lignes traversantes, spirales\u2026 au gr\u00e9 des mouvements de son corps. Une fois le plateau jalonn\u00e9 de ces signes, elle sort. Puis revient, arm\u00e9e d\u2019une serpill\u00e8re \u00e0 l\u2019aide de laquelle elle s\u2019efforce d\u2019effacer, le plus rapidement possible, ce qu\u2019elle vient de tracer. Un nouveau dessin d\u2019eau est cr\u00e9\u00e9, qui lui aussi dispara\u00eet. La chose et sa d\u00e9construction. Le ton est donn\u00e9.<br \/>\nSecond \u00ab tableau \u00bb : Thami entre en sc\u00e8ne, poings serr\u00e9s. Sons \u00e9lectro, \u00e0 r\u00e9sonnance industrielle, concoct\u00e9s par Perrig. Seule la t\u00eate, ponctuellement, change de direction. Il traverse le plateau, puis \u00e0 son oppos\u00e9 se fige, mains sur les hanches. D\u00e9hanch\u00e9s, ouvertures de bras, sourires\u2026 parodie de mannequin ? Le rythme acc\u00e9l\u00e8re ; les gestes aussi. Pantin m\u00e9canis\u00e9 qui semble s\u2019emballer. Nouvelle m\u00e9tamorphose : Thami esquisse \u00e0 pr\u00e9sent des gestes de ballerine, aller, puis retour, en travers\u00e9es diagonales. S\u2019emballe, elle aussi, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019irruption brutale d\u2019un \u00ab YMCA \u00bb, voix et geste \u00e0 l\u2019appui. Entrent alors les trois autres protagonistes, entamant en ligne, de mani\u00e8re d\u00e9synchronis\u00e9e, les gestes de la \u00ab Macarena \u00bb, c\u00e9l\u00e8bre tube pop des ann\u00e9es 90.<br \/>\nChangement de musique, changement de style : ambiance blues. Deux couples se forment, entament par un dandinement fr\u00e9n\u00e9tique une chor\u00e9graphie faisant alterner danses de salon et mouvements saccad\u00e9s des danses un peu fig\u00e9es de night-club.<br \/>\nNouveau tableau : seul Yohann reste en sc\u00e8ne. Entame d\u2019une voix \u00e9tonnamment a\u00e9rienne et cristalline, un chant aux r\u00e9sonnances religieuses, qui envahit l\u2019espace de l\u2019\u00e9glise. Contraste saisissant. Anabel lui \u00f4te sa chemise, Thami son pantalon noir, et tous deux le rev\u00eatent &#8211; Christ \u00e9plor\u00e9 momentan\u00e9 \u2013 d\u2019habits de soie color\u00e9s. La voix s\u2019intensifie, le drame aussi. Puis cesse avec la sortie brutale de Yohann.<br \/>\nNouveau contraste, nouvelle image : chacun r\u00e9appara\u00eet muni d\u2019un v\u00e9lo. Encombrement sur le plateau, sonnettes, courbes contraintes.<br \/>\nActe final : Anabel, de nouveau craie en main, tente de suivre et tracer les mouvements que Thami effectue devant elle. Jeu paradoxal, orchestre infernal. Puis tous entrent en sc\u00e8ne, munis d\u2019une pelote de laine de couleur vive qu\u2019ils d\u00e9vident consciencieusement sur la surface du plateau. \u00c0 leur sortie subsiste l\u2019\u0153uvre de leurs tribulations : sur le tableau noir qui s\u2019\u00e9tendait sous leurs pieds s\u2019entrem\u00ealent les courbes blanches de la craie, et celles, color\u00e9es, de la laine. Tableau aussi \u00e9ph\u00e9m\u00e8re que fragile, qui rappelle en un \u00e9cho circulaire le premier trac\u00e9 d\u2019Anabel, qui avait \u00e9t\u00e9 aussit\u00f4t effac\u00e9.<br \/>\n\u00c0 plusieurs \u00e9gards, cette pi\u00e8ce \u2013 que Thami pr\u00e9sente plus comme une somme de mat\u00e9riaux assembl\u00e9s que comme un tout achev\u00e9 \u2013 rel\u00e8ve du paradoxe et de l\u2019hybridit\u00e9. Paradoxe de la construction\/d\u00e9construction, de la tentative d\u2019inscrire le mouvement. Et jeu sur l\u2019hybridit\u00e9 des formes d\u2019expression, des sons, des styles de danse\u2026 Sur l\u2019hybridit\u00e9 des genres aussi : masculinit\u00e9 et f\u00e9minit\u00e9 se trouvent questionn\u00e9s \u00e0 travers des clich\u00e9s tourn\u00e9s en d\u00e9rision &#8211; de la serpill\u00e8re devenue outil burlesque de d\u00e9construction de l\u2019 \u00ab \u0153uvre \u00bb, au chanteur rock transform\u00e9 en diva \u00e0 la voix cristalline, en passant par Thami m\u00e9tamorphos\u00e9 en mannequin qui s\u2019emballe ou en ballerine \u00e9gar\u00e9e. Autant de travestissements qui contribuent \u00e0 flouter les contours de cette pi\u00e8ce toute en contrastes.<br \/>\nCollage : tel pourrait \u00eatre le mot r\u00e9sumant l\u2019esth\u00e9tique de cette juxtaposition de s\u00e9quences, de tableaux, de musiques et de danses. Quelques mots de Thami glan\u00e9s la veille en r\u00e9p\u00e9tition : \u00ab Everything must be as fast as possible \u00bb. \u00ab Tout doit se passer le plus rapidement possible \u00bb, au profit d\u2019une collision des ambiances et des sons, cr\u00e9ant une po\u00e9sie \u00e9trange, des chocs \u00e9motionnels parfois inexpliqu\u00e9s. \u00ab I don\u2019t want it to make sense. We\u2019ve been too clever. \u00bb . \u00ab Je ne veux pas que cela ait un sens. On a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 trop intelligents. \u00bb Faut-il alors comprendre que ce travail s\u2019inscrit en faux contre une certaine tradition occidentale, par son refus de toute logique narrative et de cloisonnement des genres ? Faut-il en d\u00e9duire qu\u2019\u00e0 une recherche de rationalit\u00e9 et de \u00ab pertinence \u00bb se substitue un art de la d\u00e9construction et de la d\u00e9rision ? La danse classique, le tango, les danses populaires et festives, fractionn\u00e9s et confront\u00e9s, transform\u00e9s en images st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es, s\u2019annuleraient dans la parodie et le burlesque.<br \/>\nEn \u00e9crivant ces mots, je repense \u00e0 la r\u00e9ponse de Thami lorsque je lui demandais comment, \u00e0 14 ans, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 joueur de criquet professionnel dans l\u2019\u00e9quipe junior sud-africaine, il s\u2019\u00e9tait mis \u00e0 la danse et \u00e0 la performance : \u00ab Tu vois, j\u2019habitais l\u00e0. \u00bb &#8211; Puis, me montrant l\u2019emplacement face \u00e0 lui : \u00ab Et l\u00e0, il y avait un studio de danse. Je n\u2019en ai jamais fait, et n\u2019ai jamais aim\u00e9 ce qu\u2019ils faisaient. Mais c\u2019est \u00e7a qui m\u2019a fait danser. \u00bb Marqu\u00e9 par toute une tradition de danse, sans avoir connu d\u2019apprentissage conventionnel, le parcours de Thami est donc celui d\u2019un autodidacte en qu\u00eate d\u2019une expression du corps toujours plus vivante et libre, \u00e9mancip\u00e9e des conventions de l\u2019esth\u00e9tique occidentale. Il y parvient, avec une volont\u00e9 et une \u00e9nergie \u00e9tonnantes, au plaisir, ici, du spectateur emport\u00e9 par une po\u00e9sie dont la logique lui \u00e9chappe.<br \/>\nG.M<\/p>\n<hr \/>\n<p><center>09.09.2010<br \/>\n<center>14h-16h00<br \/>\n<center>Studio de Danse du th\u00e9\u00e2tre de Caen<\/center><\/center><\/center><center>Shy Dance (SUITE 2)<\/center><br \/>\nM\u00e9lanie est partie rejoindre Platel pour une tourn\u00e9e qui commence \u00e0 Hanovre, se poursuivra \u00e0 Gen\u00e8ve, etc\u2026 Elle a dit au revoir au groupe en marquant aupr\u00e8s de chacun, par un signe affectueux, le plaisir qu\u2019elle a eu \u00e0 \u00eatre-l\u00e0, dans la Shy Dance\u2026<br \/>\nUn groupe improbable avance vers le Th\u00e9\u00e2tre de Caen. C\u2019est le groupe de Shy Dance qui se d\u00e9place en portant un mannequin comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une d\u00e9pouille. De loin, celui-ci, chapeau cloche et jupe pliss\u00e9e, me rappelle au souvenir des pantins de Kantor et sa Classe morte.<br \/>\n4 \u00e9tage plus haut, le studio est ouvert. Patrick Foll, Directeur du Th\u00e9\u00e2tre de Caen, vient saluer le groupe des SKITERS. Le training commence comme il a toujours commenc\u00e9\u2026 Par le sommeil. Et au sortir de ces dix premi\u00e8res minutes, c\u2019est le m\u00eame accord\u00e9on de Mika, le m\u00eame saxo et ses variations, la m\u00eame rengaine qui rappellent les \u00ab dormeurs \u00bb. La prochaine \u00e9tape commence d\u00e9j\u00e0, a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9. Un lent retour au mouvement, \u00e0 la motricit\u00e9\u2026 se met en place. Et avec lui, peut-\u00eatre parce que c\u2019est la troisi\u00e8me rencontre, ce qui se d\u00e9gage correspond \u00e0 un principe d\u2019observation. Soit un temps du regard o\u00f9 le mouvement est tout d\u2019abord r\u00e9tinien. Contemplation ? Pr\u00e9dation ? vide ? Le lieu du regard, a priori neutre, est toujours une \u00e9nigme pour celui qui est regard\u00e9. Le temps du regard est un temps qui sugg\u00e8re des contacts, des complicit\u00e9s, des d\u00e9fis\u2026Par le regard (j\u2019entends l\u2019injonction : \u00ab Parle regard \u00bb). Le regard parle et personne n\u2019est certain de comprendre ce qu\u2019il dit. C\u2019est un temps pictural, un temps o\u00f9 le regard s\u2019inscrit dans une histoire du portrait. Et ce qui est vrai du regard, peut-\u00eatre, l\u2019est tout autant des corps immobiles qui pourraient tous \u00eatre les h\u00e9ritiers de figures peintes, ici et l\u00e0. Le dos de Yoko, la main d\u2019Elise, le corps pench\u00e9 d\u2019Olga, la nuque de Marie\u2026 Toutes ces figures, vues ici et l\u00e0, sont toutes ici, sous d\u2019autres lumi\u00e8res, dans un autre lieu\u2026 C\u2019est un temps de composition donc. Je veux dire, un temps d\u2019invention. Voil\u00e0\u2026 depuis plusieurs jours maintenant, le mot le plus juste pour d\u00e9signer ces exp\u00e9rimentations, ces r\u00e9p\u00e9titions, ces explorations\u2026 c\u2019est peut-\u00eatre le mot de composition. \u00ab Composer \u00bb est un mot qui me permet de penser toutes les entr\u00e9es qu\u2019empruntent les danseurs. Un art de la composition\u2026<br \/>\n\u00ab Vous devez chercher un \u00e9v\u00e9nement. Ne pas chercher l\u2019\u00e9vidence, l\u2019attendu. Mais au contraire travailler \u00e0 l\u2019\u00e9viter. Personne ne doit savoir, et personne ne peut construire \u00e0 votre place. Cherchez le mouvement qui n\u2019est pas fabriqu\u00e9, qui n\u2019est pas reproductible\u2026 Il faut vous appeler selon des lois qui ignorent la parole et la communication \u00bb<br \/>\nRien ne va de soi. Bient\u00f4t, alors qu\u2019apr\u00e8s chaque temps Antonin prend la parole pour parler de ce qu\u2019il vient de voir, une discussion s\u2019engage. Et, peut-\u00eatre pour la premi\u00e8re fois, les danseurs exigent de conna\u00eetre les lois du processus et des m\u00e9canismes qui leur permettront de comprendre le sens de leur action. Et ce n\u2019est pas qu\u2019ils ne comprennent pas d\u2019ailleurs, mais bien plut\u00f4t qu\u2019ils veulent ma\u00eetriser toutes les nuances qui conduisent \u00e0 un effet. Ils cherchent donc, et c\u2019est l\u00e0 encore peut-\u00eatre le seul mot qu\u2019il convient d\u2019utiliser, ils cherchent, dis-je : la justesse. Les r\u00e8gles de la perfection. Les lois de l\u2019excellence. Ils veulent conna\u00eetre les principes qui guident leurs gestes et produisent la raret\u00e9 qu\u2019ils vivent. S\u2019ils ont tous conscience du \u00ab r\u00e9sultat \u00bb ou de \u00ab l\u2019effet \u00bb, ils veulent maintenant ne plus rien laisser au hasard.<br \/>\nS\u2019ils avaient la conscience de l\u2019outil remarquable qu\u2019est leur corps, s\u2019ils ont la c\u00e9r\u00e9bralit\u00e9 pour se plier \u00e0 toutes les plasticit\u00e9s, ils exigent maintenant d\u2019\u00eatre libre. Et cette libert\u00e9 passe par la ma\u00eetrise d\u2019un processus d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre. En d\u00e9finitive, ils veulent \u00eatre Ma\u00eetre d\u2019eux-m\u00eames. Etre agi, autant qu\u2019agir.<br \/>\nyb<\/p>\n<hr \/>\n<p><center>08.09.10<br \/>\n<center>17h, CCN Black Box \/<\/center><\/center><center>09.09.10<br \/>\n<center>19h, IMEC<\/center><\/center><center>Teturo HATTORI \/ Bastien LEFEVRE<\/center><br \/>\n\u00ab The idea is very simple : it\u2019s about my meeting with Bastien. Enjoy. \u00bb<br \/>\nChacun \u00e0 une extr\u00e9mit\u00e9 du plateau, sur une ligne transversale, les deux danseurs se font face. Tous deux de taille similaire, \u00e2g\u00e9s de 26, Bastien et Teturo ont encore en commun d\u2019\u00eatre entr\u00e9s dans la danse relativement tard, vers 19 ans. L\u00e0, ils s\u2019avancent l\u2019un vers l\u2019autre, chacun pronon\u00e7ant des paroles presque inintelligibles, l\u2019un en fran\u00e7ais, l\u2019autre en japonais. Et ne se rencontrent pas. Puis, tout \u00e0 tour parlant et dansant, ils transcrivent en mouvement les improvisations parl\u00e9es de l\u2019autre. Peu en importe le sens puisque seuls les accents, intonations, sont compris. Dialogue de sourd : les exhortations et expressions populaires de l\u2019un r\u00e9pondent aux chansons \u00e0 boire nippones de l\u2019autre. Dialogue des corps : se tisse peu \u00e0 peu un nouveau langage, commun, marqu\u00e9 seulement d\u2019un accent plus saccad\u00e9 chez Teturo, plus souple chez Bastien. La communication est parfaite lorsque s\u2019accordent leurs mouvements dans les duos ponctu\u00e9s d\u2019interjections et d\u2019expressions. L\u2019articulation des corps est irr\u00e9prochable, et son degr\u00e9 d\u2019aboutissement \u00e9tonnant apr\u00e8s seulement quatre jours de travail commun. La qualit\u00e9 de l\u2019entente est tangible par-del\u00e0 l\u2019obstacle de la langue, et la complicit\u00e9 r\u00e9elle.<br \/>\nSi la pi\u00e8ce semble fond\u00e9e sur l\u2019id\u00e9e d\u2019incommunicabilit\u00e9, il s\u2019agit ici d\u2019une v\u00e9ritable rencontre. Avec humour et inventivit\u00e9, les deux danseurs s\u2019amusent des clich\u00e9s nippons ou fran\u00e7ais. Dans cette sc\u00e8ne, notamment, o\u00f9 ils trouvent un terrain d\u2019entente en explorant les similarit\u00e9s ou diff\u00e9rences des onomatop\u00e9es et expressions non verbales de chacune des deux cultures. Autre symbiose, \u00e9galement, trouv\u00e9e dans le vocabulaire commun de l\u2019esth\u00e9tique manga de leur enfance. Appara\u00eet alors l\u2019influence du genre de danse athl\u00e9tique de Teturo, qui poss\u00e8de \u00e0 Nagoya sa propre compagnie &#8211; exclusivement compos\u00e9e d\u2019hommes.<br \/>\nAvec fra\u00eecheur et \u00e9nergie, les tribulations de Bastien et Teturo nous montrent le peu de poids du langage et de ce que qu\u2019il peut vouloir dire, lorsqu\u2019\u00e0 travers les corps, \u00e7a parle. N\u2019avoir compris que la moiti\u00e9 des mots entendus ne retire en rien du plaisir au spectateur puisqu\u2019un autre langage, dr\u00f4le et \u00e9mouvant, s\u2019est cr\u00e9\u00e9. L\u2019image finale en t\u00e9moigne : \u00e0 genoux l\u2019un en face de l\u2019autre, Teturo demande &#8211; en japonais &#8211; \u00e0 Bastien : \u00ab Tu me comprends ? \u00bb. Lui r\u00e9pond \u2013 en fran\u00e7ais \u2013 \u00ab Non, Teturo. \u00bb. Et pourtant, quelle belle entente.<br \/>\nG.M<\/p>\n<hr \/>\n<p><center>10.09.2010<br \/>\n<center>14h-15h23<\/center><\/center><center>Studio de Danse du th\u00e9\u00e2tre de Caen<\/center><center>Shy Dance (SUITE 3)<\/center><br \/>\nComment continuer \u00e0 \u00e9crire sur un travail dont on est le t\u00e9moin ? Depuis le d\u00e9but du Skite, j\u2019ai cherch\u00e9 une mani\u00e8re de regarder et d\u2019\u00e9crire. Une fa\u00e7on diff\u00e9rente de parler de ce qui est donn\u00e9 \u00e0 voir. J\u2019ai tent\u00e9 de me d\u00e9tacher d\u2019une \u00e9criture o\u00f9 dispara\u00eet celui qui \u00e9crit, pour privil\u00e9gier un geste qui serait moins travaill\u00e9. J\u2019ai donc choisi d\u2019\u00e9crire en temps r\u00e9el, de privil\u00e9gier le premier jet, de m\u2019\u00e9carter d\u2019un \u00ab retour sur ce qui est \u00e9crit \u00bb. Et faisant cela, j\u2019ai l\u2019impression d\u2019\u00eatre au plus proche de la \u00ab m\u00e9thode \u00bb qui innerverait les SKITERS. Ecrire est donc devenu, en soi, une sorte de performance o\u00f9 l\u2019on trouvera peut-\u00eatre des choses justes et des d\u00e9chets. Des id\u00e9es \u00e0 revoir, \u00e0 amender, \u00e0 creuser\u2026 Ou des pans de textes \u00e0 supprimer. J\u2019avoue ne pas avoir de rapport critique \u00e0 ce que j\u2019\u00e9cris dans le SKITE et, d\u2019une certaine mani\u00e8re, il faut bien admettre que c\u2019est une forme de nudit\u00e9 ou de d\u00e9nuement qui est la principale manifestation de cette \u00e9criture.<br \/>\nAlors quoi ? Alors \u00e0 quoi peuvent bien servir ces lignes ? Avec le tout petit recul que m\u2019offre Shy Dance, j\u2019ai l\u2019impression de fonctionner comme un enregistreur. C\u2019est cela, j\u2019enregistre ce qui se passe, ce que je devine, ce que je crois voir. Je les enregistre.<br \/>\nL\u2019\u00e9criture comme enregistrement, espace sonore et traces, bande lin\u00e9aire faite de graphes qui alt\u00e8rent la nature de l\u2019enregistr\u00e9 ou, au contraire, en rend une partie. J\u2019enregistre en \u00e9crivant. J\u2019archive d\u2019une certaine mani\u00e8re. Le temps de Shy Dance est ainsi le temps de la fabrication d\u2019une archive. C\u2019est-\u00e0-dire un bout de commencement d\u2019une histoire. Je ne dis pas le commencement d\u2019une histoire, car l\u2019histoire de Shy Dance est en aval de ce que je vois. Elle participe sans doute d\u2019histoires individuelles dont j\u2019ignore tout. Et Shy Dance, pour une part, est l\u2019espace de rencontres de ces histoires singuli\u00e8res qui tendent \u00e0 devenir l\u2019histoire d\u2019un collectif en marche.<br \/>\nShy Dance est ainsi une histoire en marche, un petit bout d\u2019histoire, dans ces parcours singuliers, qui vient nourrir les destins personnels. Et j\u2019imagine qu\u2019il y avait alors une n\u00e9cessit\u00e9 secr\u00e8te \u00e0 ce que les uns et les autres se retrouvent maintenant, l\u00e0, dans le studio de Danse du Th\u00e9\u00e2tre. J\u2019imagine qu\u2019il n\u2019y a pas de hasard \u00e0 cette rencontre. J\u2019imagine qu\u2019il y a une logique \u00e0 venir se retrouver chaque jour pour travailler ensemble, sous des modalit\u00e9s identiques, et chercher \u00e0 faire \u0153uvre de soi. Shy Dance est ainsi une \u00e9tape. Une halte \u00e0 Caen qui, pour Yoko, Marie, Elise, Matthieu\u2026 n\u2019est pas autre chose que l\u2019un des points d\u2019un itin\u00e9raire complexe. Et s\u2019il m\u2019est permis d\u2019exc\u00e9der un peu le r\u00f4le de t\u00e9moin pour lui pr\u00e9f\u00e9rer celui d\u2019interpr\u00e8te, alors il me semble que tous les mouvements de la Shy Dance (le bras sur la t\u00eate, la main en mesure, la connexion du regard, les complicit\u00e9s gestuelles, la lenteur et le pas\u2026 jusqu\u2019au mannequin, jusqu\u2019\u00e0 la pomme sur sc\u00e8ne\u2026) font partis du mouvement plus g\u00e9n\u00e9ral, plus invisible et inconnu, de leurs vies.<br \/>\nShy Dance est ainsi un point de vie. Non ? Non pas un lieu de vie, mais un point de vie. Un point dans une trajectoire. Un point qui m\u00eala plusieurs trajectoires et qui, aujourd\u2019hui, forment ensemble un seul trac\u00e9.<br \/>\n(\u2026)<br \/>\nLe temps mort\u2026 L\u2019expression pourrait inqui\u00e9ter si elle ne d\u00e9signait pas autre chose dans Shy Dance. Qu\u2019est-ce que \u00e7a veut dire \u00ab un temps mort \u00bb ? Quand on dit \u00e7a, on songe souvent \u00e0 un arr\u00eat, \u00e0 une suspension. On d\u00e9signe ainsi un temps qui vient en rupture avec un temps o\u00f9 l\u2019action serait visible. O\u00f9 le mouvement est nourri par une \u00e9nergie qui se traduit par du d\u00e9placement, du positionnement, de la \u00ab figure \u00bb\u2026<br \/>\nEt d\u2019une certaine mani\u00e8re, paradoxalement, c\u2019est parce qu\u2019il y a \u00ab du temps mort \u00bb que l\u2019on peut le distinguer du temps anim\u00e9.<br \/>\nMais, peut-\u00eatre que \u00e7a d\u00e9signe autre chose, ici, dans Shy Dance qui est organis\u00e9 sur des temps morts (temps mort au pluriel). Peut-\u00eatre que le \u00ab temps mort \u00bb, ici, renvoie \u00e0 du temps de recherche. C\u2019est-\u00e0-dire, que \u00ab temps mort \u00bb et \u00ab temps de recherche \u00bb c\u2019est synonyme ou presque. Car ici, dans Shy Dance, \u00ab temps mort \u00bb \u00e7a veut dire \u00ab suspension \u00bb et recherche. Les danseurs de Shy Dance observent ainsi une s\u00e9rie de temps (a priori mort) qui sont des temps d\u2019enqu\u00eate.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait pr\u00e9visible. L\u00e0 o\u00f9 il y a du mort, il y a de l\u2019enqu\u00eate. Et d\u2019ajouter que l\u2019enqu\u00eate porte ici sur la \u00ab mort du temps \u00bb. Cette mani\u00e8re que l\u2019on a de meubler le temps, de ne plus l\u2019\u00e9prouver, de ne plus le sentir, de ne plus vivre le temps dans sa d\u00e9composition (fraction de seconde, poign\u00e9e de minute, heures infinies, etc\u2026). S\u2019attachant \u00e0 faire sentir des \u00ab temps morts \u00bb, c\u2019est peut-\u00eatre \u00e7a qui \u00e9tait aussi en jeu dans Shy Dance. Une tentative de retrouver la sensation du temps et peut-\u00eatre de faire l\u2019\u00e9preuve d\u2019une \u00ab minute sup\u00e9rieure \u00bb. Celle o\u00f9 se manifeste une pr\u00e9sence.<br \/>\nJe vous quitte.<br \/>\n\u00ab salut \u00bb comme disait l\u2019autre au terme d\u2019un article \u00ab la fin d\u2019un commencement \u00bb qui concluait la revue Arguments. Belle revue.<br \/>\nyb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s quatre \u00e9ditions, la 5\u00e8me \u00e9dition du projet SKITE se tient \u00e0 Caen du 16 ao\u00fbt au 12 septembre 2010, \u00e0 l&rsquo;initiative conjointe de l&rsquo;association SKITE (Jean-Marc Adolphe) et l&rsquo;association Danse Perspective (Michelle Latini), en partenariat avec l&rsquo;Ecole sup\u00e9rieure d&rsquo;arts et m\u00e9dias de Caen (ESAM), le Centre Chor\u00e9graphique National de Caen \/ Basse-Normandie, le CARGO, Les Ateliers interm\u00e9diaires, l&rsquo;IMEC, le Th\u00e9\u00e2tre de Caen, et avec le soutien de la r\u00e9gion Basse-Normandie, de CulturesFrance, de la Ville de Caen. 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