


{"id":802,"date":"2010-07-30T18:20:00","date_gmt":"2010-07-30T16:20:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=802"},"modified":"2010-07-30T18:20:00","modified_gmt":"2010-07-30T16:20:00","slug":"de-la-danse-en-atendant","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/de-la-danse-en-atendant\/","title":{"rendered":"De la danse en atendant"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211;<br \/>\n<em> <strong>D\u00e9but d&rsquo;une soir\u00e9e d&rsquo;\u00e9t\u00e9, le soleil n&rsquo;est pas encore couch\u00e9, la chaleur pesante avignonnaise s&rsquo;estompe. Les festivaliers s&rsquo;accumulent sur les gradins des C\u00e9lestins. Ils attendent de voir la derni\u00e8re cr\u00e9ation de la compagnie flamande Rosas dirig\u00e9e par Anne Teresa de Keersmaeker : En atendant.<\/strong> <\/em><br \/>\nA peine franchie la porte du clo\u00eetre, l\u2019atmosph\u00e8re est pos\u00e9e. Et c\u2019est dans un silence marqu\u00e9 que le fl\u00fbtiste, dix minutes durant s\u2019essouffle devant les yeux des spectateurs. On attend, il fait attendre ou peut-\u00eatre attend-il lui-m\u00eame quelque chose ?<br \/>\nCe moment de suspension permet d\u2019observer au d\u00e9tail, la beaut\u00e9 de l\u2019architecture alors que le soleil commence \u00e0 faiblir. Des colonnes de pierre aux deux monumentaux platanes sem\u00e9s c\u00f4t\u00e9 cour et jardin de l\u2019espace sc\u00e9nique en passant par ce sol poussi\u00e9reux et in\u00e9gal : le doute plane sur la r\u00e9elle possibilit\u00e9 d\u2019assister \u00e0 une repr\u00e9sentation spectaculaire.<br \/>\nCe questionnement est rapidement \u00e9vinc\u00e9. Huit danseurs apparaissent pour exprimer par leur corps et le mouvement, la po\u00e9tique sous-jacente du lieu. Une chanteuse, une joueuse de vi\u00e8le et un fl\u00fbtiste viennent soutenir le propos chor\u00e9graphique, \u00e0 moins que ce ne soit le contraire. On peut se demander d\u2019ailleurs si l\u2019on peut parler de dialogues entre les corps et les airs musicaux propos\u00e9s aux oreilles. La musique sacr\u00e9e appelle \u00e0 la recherche du moi, de la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 que ces corps, ces mouvements tentent de traduire par le geste.<br \/>\nL\u2019intention de Keersmaeker est de se baser fortement sur la musique ; la musicalit\u00e9 donnant mati\u00e8re au mouvement m\u00eame si sa derni\u00e8re pi\u00e8ce The Song \u00e9tait essentiellement constitu\u00e9e de silences.<br \/>\nLe choix du r\u00e9pertoire de l\u2019ars subtilior s\u2019est impos\u00e9 par l\u2019invitation des directeurs du festival  \u00e0 la cr\u00e9ation de cette nouvelle pi\u00e8ce en Avignon aux C\u00e9lestins. Forme musicale polyphonique originaire du Sud de la France notamment \u00e0 l\u2019\u00e9poque m\u00e9di\u00e9vale du XIVe si\u00e8cle, elle s\u2019est impos\u00e9e assez rapidement aupr\u00e8s de la chor\u00e9graphe. Ses vingt-cinq derni\u00e8res ann\u00e9es de cr\u00e9ation lui ont permis d\u2019arpenter divers styles musicaux (Steve Reich, Bach, Monteverdi, Mozart, \u2026). Cet int\u00e9r\u00eat particulier n\u2019est pourtant pas exploit\u00e9 et valoris\u00e9 \u00e0 outrance. En effet, les musiciens install\u00e9s c\u00f4t\u00e9 cour sur un banc (seul \u00e9l\u00e9ment du d\u00e9cor rajout\u00e9) vont et viennent sans artifice ni soutien acoustique. Tout est donn\u00e9 \u00e0 voir et \u00e0 entendre m\u00eame ces instants suspendus o\u00f9 la ville reprend le dessus sur ce lieu magique, et o\u00f9 klaxons, sir\u00e8nes et festivit\u00e9s du Off transpercent les longs silences marqu\u00e9s et rythm\u00e9s par les pulsations des danseurs. Car de la vie, il y en a dans ces corps, ces pr\u00e9sences v\u00eatues de noirs perch\u00e9s sur des baskets color\u00e9s. Les huit danseurs imposent leur souffle, leur rythme. Tant\u00f4t solo puis duo, parfois \u00e0 l\u2019unisson, ils tracent dans l\u2019espace et le sol des marques du temps. On reconna\u00eet le travail de la chor\u00e9graphe lors des suites r\u00e9p\u00e9titives et\/ou d\u00e9cal\u00e9es. Des corps, des mouvements en coalition avec le lieu.<br \/>\nD\u2019encha\u00eenement en encha\u00eenement, de d\u00e9parts d\u00e9cal\u00e9s en course abus\u00e9e, l\u2019\u00e9vocation des dieux n\u2019est gu\u00e8re loin surtout quand, dans la p\u00e9nombre, des corps se d\u00e9voilent, laissant appara\u00eetre leur singularit\u00e9. N\u2019est-ce pas ici une qu\u00eate de l\u2019autre, une recherche de qui\u00e9tude insaisissable, de dialogues de corps \u00e0 corps ? Les quelques t\u00e2tonnements, fr\u00f4lements et emboitements peuvent laisser supposer cela. Pour autant, chacun semble \u00eatre livr\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame et la pesanteur, le poids du pass\u00e9 ne laisse gu\u00e8re de place \u00e0 une histoire, une narration autre que charnelle, spirituelle. Toujours en \u00e9coute, parfois en d\u00e9calage, les huit danseurs cohabitent sur cet espace sacr\u00e9. D\u2019\u00e9change de regards \u00e0 des \u00e9changes de v\u00eatements, une v\u00e9ritable complicit\u00e9 semble s\u2019instaurer sous nos yeux. On assiste \u00e0 l\u2019organisation d\u2019une beaut\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e de l\u2019Ancien au go\u00fbt du jour.<br \/>\nLa beaut\u00e9 du geste et du lieu ainsi que la virtuosit\u00e9 musicale laisse une place importante \u00e0 la nature des choses. On se laisse emporter par l\u2019onirisme mais rapidement rattrap\u00e9 par de longues phrases chor\u00e9graphiques parfois pesantes et bavardes.<br \/>\nOn assiste cependant \u00e0 une tr\u00e8s belle r\u00e9-appropriation de l\u2019espace, \u00e9pur\u00e9 \u00e0 son maximum, envahi par un sentiment m\u00eal\u00e9 de tensions et d\u2019apaisement possible par le brio et la singularit\u00e9 des danseurs.<br \/>\nEn atendant<br \/>\nD\u2019Anne Teresa de Keersmaeker<br \/>\nRosas<br \/>\nCr\u00e9ation 2010 pour le Festival d\u2019Avignon<br \/>\nhttp:\/\/www.rosas.be\/<br \/>\nhttp:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/Artiste\/25<br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Rosas | EN ATENDANT\" width=\"500\" height=\"281\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/pjB2UCXHo7I?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211; D\u00e9but d&rsquo;une soir\u00e9e d&rsquo;\u00e9t\u00e9, le soleil n&rsquo;est pas encore couch\u00e9, la chaleur pesante avignonnaise s&rsquo;estompe. 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