


{"id":805,"date":"2010-07-24T18:37:00","date_gmt":"2010-07-24T16:37:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=805"},"modified":"2010-07-24T18:37:00","modified_gmt":"2010-07-24T16:37:00","slug":"de-rosas-a-en-atendant-danne-teresa-de-keersmaeker","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/de-rosas-a-en-atendant-danne-teresa-de-keersmaeker\/","title":{"rendered":"De Rosas \u00e0  En Atendant&#8230; d&rsquo;Anne Teresa de Keersmaeker"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;-<br \/>\n<em> <strong>C&rsquo;est au clo\u00eetre des C\u00e9lestins, dans le cadre de la 64\u00e8me \u00e9dition du In d&rsquo;Avignon, qu&rsquo; Anne Teresa de Keersmaeker a pr\u00e9sent\u00e9 En Atendant. Une pi\u00e8ce chor\u00e9graphique, pour huit danseurs habill\u00e9s de noir et baskett color\u00e9es, qui tient en partie \u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la chor\u00e9graphe pour l&rsquo;ars subtilior, musique polyphonique du XIV\u00e8me si\u00e8cle. \u00c5\u2019uvre de Keersmaeker qui, commencant dans la lumi\u00e8re du jour s&rsquo;\u00e9tire jusqu&rsquo;au d\u00e9but de la nuit&#8230;\u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un film de Straub.<\/strong> <\/em><br \/>\nPi\u00e8ce sur le temps ou sur l\u2019appr\u00e9hension que l\u2019on en a, En Atendant (un seul \u00ab t \u00bb en ancien fran\u00e7ais) est peut-\u00eatre une partition musicale autant que gestuelle sur les ponctuations que l\u2019on a du temps et pr\u00e9cis\u00e9ment de la dur\u00e9e qui est le terrain de l\u2019exp\u00e9rience. Aussi, En Atendant se regarde-t-il comme une port\u00e9e o\u00f9 l\u2019on d\u00e9c\u00e8le des formes mentales qui passent par les \u00e9tats du corps. Une course perdue, un pas de deux, un arr\u00eat imm\u00e9diat, une trajectoire solitaire ou un passage en groupe\u2026 seraient ainsi l\u2019apparition et la manifestation de figures plus int\u00e9rieures de pens\u00e9es ou d\u2019id\u00e9es qui forment une vie ou les diff\u00e9rents s\u00e9jours qui la peuplent. C\u2019est en regardant En Atendant que l\u2019on s\u2019\u00e9veille au rythme des pens\u00e9es cr\u00e9pusculaires qui viennent avec la nuit et qui sont comme l\u2019envers d\u2019un quotidien et d\u2019une vie. Et d\u2019ajouter que ces lignes sont prises dans l\u2019\u00e9nigme que pose le titre de cette pi\u00e8ce qui induit un ensemble de r\u00e9ponses sans en exclure aucune. En Atendant est ainsi le nom qui appelle son objet, qui le laisse entrevoir sans le nommer. En Atendant n\u2019a donc d\u2019autre fin que de faire sentir que quelque chose ou quelqu\u2019un manque. C\u2019est ainsi l\u2019expression qui, dans la mani\u00e8re de vivre le temps et sa dur\u00e9e, marque une intersection o\u00f9 l\u2019id\u00e9e d\u2019incertitude vaut pour le g\u00e9n\u00e9rique de tous les espoirs, de tous les manques, de tous les regrets\u2026 En Atendant est donc un temps interm\u00e9diaire qui est d\u2019une intensit\u00e9 rare. Un instant ou un point, dans la vie v\u00e9cue, qui est app\u00e9tit.<br \/>\nEn front des vo\u00fbtes et arcades du clo\u00eetre, \u00e0 l\u2019ombre de deux platanes centenaire, \u00e0 m\u00eame un sol poussi\u00e9reux, de part et d\u2019autre d\u2019un rectangle de terre \u00e0 peine ocre ; l\u00e0, au milieu de pierres qui ont abrit\u00e9 la pratique d\u2019une spiritualit\u00e9\u2026 En Atendant commencera par l\u2019apparition d\u2019un joueur de fl\u00fbte traversi\u00e8re.Le temps pour lui d\u2019interpr\u00e9ter les premiers mouvements de sa partition, c\u2019est un long souffle de 10 minutes qui cherche \u00e0 faire entendre. Souffle infiniment loin de toutes notes sonores et, n\u00e9anmoins, infiniment musical puisqu\u2019il est le pr\u00e9lude m\u00e9canique de tous les sons. Temps de lenteur et d\u2019attention port\u00e9 au modelage d\u2019un ton. Infiniment beau, succ\u00e8dera \u00e0 cet instant, celui d\u2019une voix, a cappella, entra\u00eenant un corps, d\u2019abord seul. Et de l\u2019instrument, de la voix, du corps na\u00eetront un \u00e9quilibre qui va se d\u00e9cliner sous toutes sortes de figures qui se feront \u00e9cho et se r\u00e9pondront. Les danseurs de Keersmaeker, dans le silence balay\u00e9 par le vent du clo\u00eetre, r\u00e9gleront ainsi leur pas sur un son naturel ou sur l\u2019ars subtilior qui les am\u00e8ne seul, par deux ou \u00e0 trois \u00e0 fouetter, caresser ou hacher l\u2019aire de danse. Tour \u00e0 tour \u00e9pousant une colonne et s\u2019y lovant, ou plaqu\u00e9s au sol dans un amalgame de chair, ou en qu\u00eate d\u2019un \u00e9quilibre qui se regarde comme un point de fuite\u2026 ils dansent, marchent, courent, s\u2019arr\u00eatent, tr\u00e9buchent. N\u2019\u00e9tait-ce une libert\u00e9 de mouvements qui composent un hi\u00e9roglyphe secret, on pourrait croire qu\u2019ils sont n\u00e9s de la pierre.Ici gisants partiellement nus, l\u00e0 haut-reliefs saillant dans la lumi\u00e8re du jour. Plus loin ronde-bosse et figure isol\u00e9e ou bas-reliefs se distinguant \u00e0 peine de la nuit qui gagne\u2026 ils forment des sculptures vivantes ou des statues anim\u00e9es, peut-\u00eatre le contrepoint du mouvement d\u2019une partition. Une pose semble \u00e9voquer la consolation. Une autre une \u00e9treinte \u00e9ph\u00e9m\u00e8re.<br \/>\nEt chaque fois, pris dans une forge musicale qui les forme ou dans l\u2019\u00e9tau du silence qui enveloppe le clo\u00eetre, ils sont les signe d\u2019un paysage o\u00f9 l\u2019on reconna\u00eet une beaut\u00e9 humble, sans appr\u00eat. Une gr\u00e2ce o\u00f9 les corps en mouvement, parfois un infime geste, mettent en dialogue l\u2019absence et la pr\u00e9sence d\u2019un tiers que l\u2019on nomme v\u00e9rit\u00e9 et po\u00e9sie, parce que le lexique est pauvre de mots plus nuanc\u00e9s pour d\u00e9signer une int\u00e9riorit\u00e9 qui se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 soi.<br \/>\nEn Atendant s\u2019ach\u00e8ve alors dans la p\u00e9nombre de la nuit. Et dans l\u2019\u00e9garement qui saisit celui qui a \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 par une justesse puissante, c\u2019est l\u2019un des po\u00e8mes d\u2019H\u00f6lderlin qui s\u2019impose \u00e0 l\u2019oreille int\u00e9rieure : \u00ab C\u2019est la loi du destin, que chacun se d\u00e9couvre soi-m\u00eame ; au retour du silence, qu\u2019une langue naisse [\u2026] Depuis que nous sommes un dialogue et nous entendons les uns les autres, \u00e9prouv\u00e9 l\u2019homme \u00bb. Avec En Atendant, cette langue, un court instant, \u00e9tait sensible.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;- C&rsquo;est au clo\u00eetre des C\u00e9lestins, dans le cadre de la 64\u00e8me \u00e9dition du In d&rsquo;Avignon, qu&rsquo; Anne Teresa de Keersmaeker a pr\u00e9sent\u00e9 En Atendant. 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